La gare de Jungfraujoch, la plus haute gare d’Europe à 3 454 m
À 3 454 mètres d’altitude, la gare de Jungfraujoch détient toujours le record de plus haute gare ferroviaire d’Europe. Mais le chiffre ne raconte qu’une partie de l’histoire : pour y arriver, un train à crémaillère s’enfonce littéralement dans les Alpes suisses et traverse l’Eiger puis le Mönch avant de terminer sa course dans une gare creusée à l’intérieur de la montagne.
Ouverte en 1912 après 16 années de travaux, la Jungfraubahn constitue encore aujourd’hui une sacrée démonstration d’ingénierie : 9,3 km de voie, dont 7,6 km en tunnel, et près de 1 400 mètres de dénivelé. À l’arrivée, les voyageurs débouchent au milieu des glaciers, avec l’observatoire du Sphinx perché encore une centaine de mètres plus haut. Il fallait manifestement beaucoup aimer les trains et assez peu respecter la notion de terrain raisonnable.
Crédit photo martin_vmorris (CC BY-SA 2.0).
À retenir
- La gare de Jungfraujoch se trouve à 3 454 m d’altitude dans les Alpes suisses.
- Elle est la plus haute gare ferroviaire d’Europe, mais pas la plus haute du monde.
- La Jungfraubahn mesure 9,3 km, dont 7,6 km en tunnel à travers l’Eiger et le Mönch.
- La construction a commencé en 1896 et la ligne a atteint Jungfraujoch en 1912.
- 30 ouvriers ont perdu la vie durant le chantier, principalement lors d’accidents liés aux explosifs.
- Les trains font aujourd’hui un arrêt panoramique de cinq minutes à Eismeer, à 3 160 m.
- L’observatoire du Sphinx domine le site à environ 3 570 m d’altitude.
Pourquoi Jungfraujoch est-elle la plus haute gare d’Europe ?
La gare terminale de la Jungfraubahn se trouve à 3 454 mètres au-dessus du niveau de la mer, entre les sommets du Mönch et de la Jungfrau.
Elle détient ainsi le record européen pour une gare ferroviaire.
Le Jungfraujoch lui-même est un col glaciaire des Alpes bernoises, dans l’ensemble classé au patrimoine mondial de l’UNESCO des Alpes suisses Jungfrau-Aletsch. La gare n’est pas installée en plein air au milieu du col : elle est largement aménagée à l’intérieur de la roche.
Le train entre dans la montagne plusieurs kilomètres auparavant et termine son parcours sur des quais souterrains. Des tunnels permettent ensuite aux voyageurs de rejoindre le complexe touristique, les sorties vers la neige et les ascenseurs menant au Sphinx.
La gare de Jungfraujoch aménagée à l’intérieur de la montagne. Crédit photo Andrew Bossi (CC BY-SA 2.5).
Jungfraujoch n’est pas la plus haute gare du monde
Les recherches sur Jungfraujoch sont parfois associées à l’expression « gare la plus haute du monde ». Le record européen est incontestable, mais le record mondial se trouve beaucoup plus haut.
La gare de Tanggula, sur la ligne ferroviaire Qinghai-Tibet en Chine, se situe à environ 5 068 mètres d’altitude.
Jungfraujoch reste néanmoins exceptionnelle par sa situation au cœur des Alpes, son ancienneté et surtout par le fait qu’elle constitue la destination d’une ligne touristique empruntée par plus d’un million de visiteurs certaines années.
En 2025, 1 056 600 personnes ont rejoint Jungfraujoch – Top of Europe.
Crédit photo Andrew Bowden (CC BY-SA 2.0).
Le projet fou d’Adolf Guyer-Zeller
L’idée de construire un chemin de fer aussi haut dans la montagne remonte à la fin du XIXe siècle.
Le 27 août 1893, l’entrepreneur suisse Adolf Guyer-Zeller se promenait au-dessus de Mürren avec sa fille lorsqu’il a observé un train de la nouvelle Wengernalpbahn monter en direction de Kleine Scheidegg.
Il a alors imaginé de prolonger l’aventure beaucoup plus haut.
Le soir même, il a esquissé dans sa chambre d’hôtel le tracé d’un chemin de fer partant de Kleine Scheidegg. Son projet initial était encore plus ambitieux que la ligne actuelle : il envisageait d’atteindre le sommet de la Jungfrau, avec un dernier tronçon assuré par un ascenseur dans la roche.
Le Conseil fédéral lui a accordé la concession en décembre 1894.
Les travaux ont commencé le 27 juillet 1896.
16 années de travaux à travers l’Eiger et le Mönch
La première partie du tracé entre Kleine Scheidegg et le glacier de l’Eiger se trouvait à ciel ouvert. Plus haut, le chantier est devenu nettement moins aimable : il fallait désormais creuser directement dans la montagne.
Les ouvriers, dont beaucoup venaient d’Italie, ont travaillé dans des conditions difficiles avec pioches, foreuses et explosifs.
La dynamite a permis d’avancer dans la roche mais a également provoqué de nombreux accidents. Au cours des 16 années de chantier, 30 travailleurs ont perdu la vie, principalement lors d’opérations de minage.
Les difficultés n’étaient pas seulement techniques. Les ouvriers ont organisé six grèves et la direction du chantier a changé huit fois.
Adolf Guyer-Zeller n’a pas vu son projet aboutir : il est mort en avril 1899, moins de trois ans après le début des travaux.
Travaux de forage pendant la construction de la Jungfraubahn vers 1900. Crédit photo auteur inconnu (domaine public).
Le projet a aussi été revu à la baisse. Les difficultés financières et techniques ont conduit à abandonner l’idée d’atteindre le sommet de la Jungfrau. La destination finale est devenue le Jungfraujoch.
Le percement a finalement atteint le col le 21 février 1912. Quelques mois plus tard, les premiers voyageurs ont pu parcourir l’intégralité de la ligne.
9,3 km de chemin de fer dont 7,6 km sous la montagne
La Jungfraubahn part historiquement de Kleine Scheidegg, à 2 061 m d’altitude, et atteint Jungfraujoch à 3 454 m.
Sur ses 9,3 km de longueur, environ 7,6 km sont creusés dans l’Eiger et le Mönch. La ligne franchit un dénivelé d’environ 1 393 mètres.
Il s’agit d’un chemin de fer à crémaillère, système indispensable pour négocier des pentes beaucoup trop fortes pour un train classique.
La Suisse semble avoir développé une certaine spécialité dans ce domaine. Le Pilatusbahn détient ainsi le record du train à crémaillère le plus raide du monde, avec une pente maximale de 48 %.
Dans une autre catégorie, le Stoosbahn est le funiculaire le plus pentu du monde. En résumé, lorsqu’une montagne suisse dit « non », les ingénieurs locaux semblent surtout entendre « trouvez un autre système de rails ».
Eismeer, une fenêtre à 3 160 mètres dans l’Eiger
L’un des moments les plus étonnants du trajet se déroule avant même l’arrivée.
Les trains s’arrêtent environ cinq minutes à la station Eismeer, située à 3 160 m. Des baies aménagées dans la roche donnent directement sur un paysage de glace et de sommets.
Eismeer avait ouvert dès 1905 comme terminus provisoire de la ligne en construction. À l’époque, la station disposait même d’une salle d’attente, d’un restaurant et de chambres permettant aux visiteurs de séjourner dans la montagne.
Aujourd’hui, l’arrêt sert surtout de belvédère spectaculaire avant de reprendre le tunnel vers Jungfraujoch.
L’ancienne station Eigerwand, qui permettait autrefois d’observer la face nord de l’Eiger à travers des ouvertures creusées dans la paroi, ne fait plus partie des arrêts réguliers du trajet touristique.
Une gare souterraine à 3 454 mètres
Après Eismeer, le train poursuit son parcours à travers le Mönch avant d’arriver à la gare terminale.
Depuis Eigergletscher, le trajet jusqu’à Jungfraujoch demande aujourd’hui environ 26 minutes. Sur la ligne complète depuis Kleine Scheidegg, la Jungfraubahn effectue le parcours en environ 35 minutes.
À l’arrivée, pas de joli petit bâtiment de gare posé dans la neige avec quelques géraniums héroïques : les voies et les quais sont installés dans la montagne.
Les passagers rejoignent ensuite le complexe « Top of Europe » par un réseau de galeries.
Crédit photo Marie-Lan Nguyen (CC BY 4.0).
Le contraste est assez saisissant : on quitte un quai ferroviaire souterrain pour se retrouver quelques minutes plus tard devant le glacier d’Aletsch et les hauts sommets alpins.
Le Sphinx, un observatoire perché à près de 3 600 mètres
Depuis la gare, un ascenseur permet d’accéder au célèbre observatoire du Sphinx.
Le bâtiment scientifique a été achevé en 1937 sur un éperon rocheux dominant le Jungfraujoch. Sa plateforme se trouve autour de 3 572 mètres d’altitude, soit plus de 100 mètres au-dessus de la gare.
L’observatoire comprend aujourd’hui des laboratoires, une station météorologique, des terrasses destinées aux expériences scientifiques et une coupole astronomique.
Les chercheurs y travaillent notamment sur l’atmosphère, le climat et différents phénomènes liés à la haute altitude.
Observatoire du Sphinx. Crédit photo a_v_a.
Son architecture perchée au sommet d’un rocher au milieu des glaciers lui donne toujours une légère allure de base de super-vilain. Heureusement, les scientifiques semblent pour l’instant surtout préoccupés par l’atmosphère terrestre.
Comment monter au Jungfraujoch aujourd’hui ?
Deux grands itinéraires permettent aujourd’hui d’atteindre la plus haute gare d’Europe.
La solution la plus rapide passe par Grindelwald Terminal. L’Eiger Express, une télécabine tricâble ouverte en 2020, rejoint Eigergletscher en environ 15 minutes. Les voyageurs prennent ensuite la Jungfraubahn à travers la montagne.
Le trajet Grindelwald Terminal – Jungfraujoch demande actuellement environ 50 minutes en comptant la correspondance.
L’itinéraire historique reste disponible : depuis Grindelwald ou Lauterbrunnen, on rejoint Kleine Scheidegg avec la Wengernalpbahn, puis la Jungfraubahn. Le trajet est plus long, mais permet de parcourir l’approche traditionnelle de la montagne.
Pour ceux qui préfèrent traverser les Alpes plutôt que les escalader, le Glacier Express offre une autre manière spectaculaire de découvrir la Suisse en train. Il relie Zermatt à Saint-Moritz sur près de huit heures, avec une philosophie sensiblement différente : beaucoup de kilomètres, beaucoup de fenêtres, et nettement moins de tunnels terminant à 3 454 mètres.
Vue de la gare Jungfraujoch et des glaciers. Crédit photo aranha.
Combien coûte le trajet vers Jungfraujoch ?
Les tarifs varient selon la période, le point de départ, l’itinéraire et les cartes de réduction utilisées.
En août 2026, le site officiel affiche des voyages vers Jungfraujoch à partir de 129,60 CHF.
Entre le 1er mai et le 31 octobre 2026, une réservation de place est obligatoire sur les liaisons concernées. Les prix et modalités évoluent régulièrement : il est donc préférable de vérifier directement la billetterie officielle avant le départ plutôt que de confier son portefeuille à un tarif lu dans un article vieux de trois ans.
Même en été, il faut prévoir des vêtements adaptés à la haute montagne. À 3 454 mètres, des températures négatives restent possibles et les conditions météorologiques peuvent évoluer rapidement.
Un des grands voyages ferroviaires des Alpes suisses
La Jungfraubahn n’est pas la ligne suisse la plus longue, ni la plus raide, ni même le chemin de fer le plus élevé du monde.
Elle combine cependant plusieurs caractéristiques assez uniques : une construction commencée au XIXe siècle, plus de sept kilomètres de tunnels creusés dans deux montagnes, une gare souterraine à 3 454 mètres et une arrivée au milieu d’un paysage glaciaire.
Le Glacier Express montre les Alpes à travers de grandes baies panoramiques, le Pilatusbahn attaque les pentes à 48 % et le Stoosbahn grimpe avec ses cabines cylindriques. Jungfraujoch a choisi une autre méthode : traverser directement la montagne.
Et si l’ambiance alpine vous intéresse au-delà des rails, l’hôtel Belvédère du col de la Furka constitue un autre morceau particulièrement photogénique de l’histoire touristique suisse, face au glacier du Rhône.
Vidéo de la gare de Jungfraujoch et de la Jungfraubahn
Voici un aperçu du trajet vers la plus haute gare d’Europe et du site de Jungfraujoch :
La vidéo permet notamment de mieux comprendre un détail que les photos montrent difficilement : une grande partie de l’expérience ferroviaire se déroule réellement à l’intérieur de l’Eiger et du Mönch.
Coordonnées de la gare de Jungfraujoch
La gare est située dans le massif de la Jungfrau, à proximité immédiate du col du Jungfraujoch.
Coordonnées approximatives : 46.5475, 7.9852.Voici sa position sur Google Maps:
Elle n’est évidemment pas accessible par la route. L’accès touristique normal se fait par les transports ferroviaires et remontées mécaniques de la région de la Jungfrau.
Sources pour aller plus loin
- Jungfrau Railways – Jungfraujoch Top of Europe
- Jungfrau Railways – histoire et construction de la Jungfraubahn
- Jungfrau Railways – accès, itinéraires et temps de trajet
- Jungfrau Railways – tarifs 2026
- High Altitude Research Stations Jungfraujoch and Gornergrat – histoire du Sphinx
- High Altitude Research Station – altitude et installations scientifiques
- Guinness World Records – record mondial ferroviaire et gare de Tanggula







