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La vie à Bagnères-de-Luchon à la fin du 19ème siècle

À la fin du XIXe siècle, Bagnères-de-Luchon est l’une des grandes stations thermales des Pyrénées. Curistes, familles aisées, excursionnistes et premiers pyrénéistes s’y croisent entre les thermes, les allées ombragées et les chemins qui remontent vers l’Hospice de France ou le port de Venasque. L’arrivée du chemin de fer en 1873 puis l’ouverture du casino en 1880 accélèrent encore le développement de la ville.

Ces photographies anciennes permettent d’observer ce Luchon des années 1880 et 1890 presque au quotidien : randonnées en montagne, promenades aux Quinconces, bicyclettes encore très nouvelles, familles en villégiature, ours montreur et même corrida. Une grande partie de ces images appartient au fonds Eugène Trutat conservé à Toulouse, témoignage exceptionnel sur les Pyrénées et leurs habitants à la fin du XIXe siècle.

Vallée du Lys près de Bagnères-de-Luchon en septembre 1881
Vallée du Lys près de Luchon en septembre 1881. Photographie d’Eugène Trutat. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Eugène Trutat (domaine public).

À retenir

  • À la fin du XIXe siècle, Bagnères-de-Luchon est avant tout une importante station thermale et de villégiature, bien avant le développement de Superbagnères comme station de ski.
  • La gare ouvre en 1873 et le casino en 1880, favorisant l’arrivée d’une clientèle française et étrangère.
  • En 1881, les visiteurs étrangers représentent environ un tiers de la clientèle recensée pendant la saison thermale ; parmi eux, les Britanniques sont largement majoritaires.
  • Une grande partie des photographies présentées ici provient du fonds Eugène Trutat de la Bibliothèque de Toulouse.
  • Les images documentent aussi bien le thermalisme que le pyrénéisme, les loisirs, la bicyclette et la vie sociale de Luchon dans les années 1880-1890.

Luchon, grande station thermale à la fin du XIXe siècle

Bien avant d’être associée aux sports d’hiver, Bagnères-de-Luchon doit sa réputation à ses eaux thermales. Le quartier des thermes se développe fortement au XIXe siècle autour des Allées d’Étigny et du parc des Quinconces.

La transformation s’accélère à partir de 1873 avec l’arrivée du chemin de fer. Le voyage jusqu’au cœur des Pyrénées devient beaucoup plus simple et la clientèle n’est plus composée uniquement de curistes. On vient aussi à Luchon pour séjourner, se promener, assister aux spectacles ou partir en excursion.

Le casino, construit entre 1878 et 1880, complète cette nouvelle ville de villégiature. En 1881, les étrangers constituent environ un tiers de la clientèle de la saison thermale et 70 % d’entre eux sont britanniques : le petit bourg pyrénéen est alors étonnamment cosmopolite.

À cette époque, Luchon n’est pas encore la station de sports d’hiver que l’on connaîtra au XXe siècle. Le ski et les séjours à la neige prendront leur essor plus tard, dans un contexte où les stations de montagne commencent à se promouvoir à grand renfort d’images, comme le montrent ces affiches publicitaires pour les sports d’hiver des années 1920 et 1930.

Thermes de Bagnères-de-Luchon vers 1890


Les thermes de Bagnères-de-Luchon vers 1890. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Allée de la Pique à Bagnères-de-Luchon vers 1890
L’Allée de la Pique vers 1890. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Promenade aux Quinconces à Bagnères-de-Luchon en 1895


Aux Quinconces en 1895. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Personnes devant les thermes de Bagnères-de-Luchon en septembre 18959
Devant les thermes, le 12 septembre 1895. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Allées d’Étigny à Bagnères-de-Luchon en septembre 1897
Les Allées d’Étigny en septembre 1897. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Les Pyrénées sous l’objectif d’Eugène Trutat

Eugène Trutat, né en 1840 et mort en 1910, n’est pas seulement photographe. Naturaliste, géologue et explorateur des Pyrénées, il utilise très tôt la photographie comme outil scientifique et documentaire. Il devient directeur du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse en 1890 et compte parmi les fondateurs de la section des Pyrénées centrales du Club Alpin Français.

Ses photographies offrent aujourd’hui une documentation particulièrement précieuse sur les paysages, les excursions mais aussi les scènes ordinaires rencontrées pendant ses déplacements. Certaines sont réalisées sur papier, d’autres sur plaques de verre, avec un matériel évidemment un peu moins pratique qu’un téléphone glissé dans la poche.

Ces vues de Luchon prennent tout leur sens lorsqu’on les rapproche d’autres témoignages visuels de la même époque, comme les baigneurs des plages normandes vers 1900 : mer ou montagne, le tourisme de loisirs est alors en pleine transformation.

Troupeau de moutons dans la neige près de Luchon en 1885
Un troupeau de moutons en hiver, en 1885. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Groupe de randonneurs dans les Pyrénées près de Luchon en 1885


Groupe de randonneurs en 1885. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Port de Venasque près de Bagnères-de-Luchon en 1885
Le port de Venasque en 1885. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Porte d’Enfer près de Bagnères-de-Luchon vers 1890
La Porte d’Enfer vers 1890. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Ravin de Juzet près de Bagnères-de-Luchon vers 1890
Le ravin de Juzet vers 1890. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Glacier des Crabioules dans les Pyrénées vers 1890


Le glacier au sud des Crabioules vers 1890. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Excursions, Hospice de France et naissance du pyrénéisme

À la fin du XIXe siècle, séjourner à Luchon ne signifie pas seulement prendre les eaux. La ville devient aussi une porte d’entrée privilégiée vers la haute montagne.

L’Hospice de France, le port de Venasque, la vallée du Lys ou les Crabioules apparaissent régulièrement dans les photographies. Guides, familles et membres du Club Alpin Français empruntent ces itinéraires qui participent au développement du pyrénéisme, à la fois pratique sportive, découverte scientifique et exploration des montagnes.

Les clichés réalisés autour du congrès du Club Alpin Français de septembre 1893 montrent à quel point Luchon est déjà intégrée à cette nouvelle culture de la montagne.

Arrivée à l’Hospice de France près de Luchon le 12 août 1892
Arrivée à l’Hospice de France le 12 août 1892. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Chemin de la vallée du Lys près de Luchon en 1892
Chemin de la vallée du Lys en 1892. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Congrès du Club Alpin Français à Luchon le 10 septembre 1893
Congrès du Club Alpin Français à Luchon, le 10 septembre 1893. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Hospice du port de Venasque près de Luchon en septembre 1893


Hospice du port de Venasque en septembre 1893. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Participants au congrès du Club Alpin Français à Luchon en 1893
« Luchon au Club Alpin », congrès du 10 septembre 1893. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Route de la vallée du Lys près de Luchon en septembre 1893
Route de la vallée du Lys en septembre 1893. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Congrès du Club Alpin Français à Bagnères-de-Luchon en 1893
Congrès de Luchon, le 10 septembre 1893. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Excursion à Luchon le 10 septembre 1893


À Luchon, le 10 septembre 1893. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Photographie ancienne de Luchon provenant du fonds Trutat
Photographie ancienne provenant du fonds Trutat consacré à Luchon et aux Pyrénées. Crédit Bibliothèque de Toulouse (domaine public).

Hospice de France au pied de la Maladeta en 1895
L’Hospice de France au pied de la Maladeta en 1895. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Hospice de France près de Bagnères-de-Luchon en 1895
L’Hospice de France en 1895. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Entrée de la route forestière de Superbagnères en 1896


Entrée de la route forestière de Superbagnères en 1896. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Famille au port de Venasque près de Luchon en septembre 1898
Une famille au port de Venasque, le 6 septembre 1898. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Vallée du Lys en septembre 1898
Vallée du Lys en septembre 1898. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Saint-Aventin en septembre 1898
Saint-Aventin en septembre 1898. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Groupe au port de Venasque près de Luchon en septembre 1899


Au port de Venasque en septembre 1899. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Scène dans la vallée du Lys près de Luchon en septembre 1899
Dans la vallée du Lys en septembre 1899. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Champ de neige près de Bagnères-de-Luchon en mai 1899
Champ de neige en mai 1899. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Curistes, familles et vie quotidienne à Luchon

Ces photographies ont aussi l’intérêt de quitter les grands paysages pour montrer des personnes. On déjeune en plein air, on pose en famille, on se promène dans les jardins ou devant les thermes.

Ce ne sont évidemment pas des instantanés de toute la société luchonnaise : la photographie reste alors relativement contraignante et les visiteurs aisés sont particulièrement présents dans les collections. Elles montrent néanmoins avec beaucoup de précision vêtements, chapeaux, ombrelles, voitures, loisirs et manières de poser devant l’objectif.

On retrouve le même biais dans de nombreuses photographies domestiques de l’époque, comme dans ces intérieurs de maisons du XIXe siècle : les archives visuelles documentent particulièrement bien les milieux ayant les moyens et l’occasion de se faire photographier.

Déjeuner au Bois Neuf près de Luchon vers 1890
Déjeuner au Bois Neuf vers 1890. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Portrait de famille à Bagnères-de-Luchon vers 1890


Portrait de famille vers 1890. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Bourdette aux Quinconces de Luchon le 12 septembre 1895
Bourdette aux Quinconces, le 12 septembre 1895. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Entrée au concours à Bagnères-de-Luchon en septembre 1895
Entrée au concours en septembre 1895. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Scène de vie à Bagnères-de-Luchon en septembre 1895
Scène de vie à Luchon en septembre 1895. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Promeneurs aux Quinconces à Luchon en septembre 1897


Aux Quinconces en septembre 1897. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Promenade aux Quinconces de Luchon en septembre 1898
Aux Quinconces en septembre 1898. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Scène aux Quinconces de Bagnères-de-Luchon en septembre 1898
Une autre scène aux Quinconces en septembre 1898. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Descente de la Buvette à Luchon en septembre 1898
Descente de la Buvette en septembre 1898. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Couple avec son chien à Luchon en juillet 1899


Un couple avec son chien en juillet 1899. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Femme en chaise roulante à Bagnères-de-Luchon le 9 juillet 1899
Une dame en chaise roulante, le 9 juillet 1899. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

La bicyclette, nouveau loisir des années 1890

Un détail revient avec insistance dans les photographies du milieu des années 1890 : la bicyclette.

Le vélo connaît alors un développement spectaculaire en Europe. À Luchon, il apparaît à la fois comme moyen de déplacement, activité sportive et loisir mondain. Hommes et femmes se font photographier avec leur machine, prennent des leçons et participent même à des courses.

Les clichés de 1895 et 1896 saisissent donc un changement très concret des habitudes : le vélo n’est plus seulement une curiosité mécanique, il entre progressivement dans la vie quotidienne et les loisirs.

Cyclistes avec leurs bicyclettes à Bagnères-de-Luchon en 1895
Des cyclistes à Luchon en 1895. Crédit photo Eugène Trutat / Bibliothèque de Toulouse (domaine public).

Homme à bicyclette à Luchon en septembre 1895
Un homme à vélo en septembre 1895. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Leçon de bicyclette à Bagnères-de-Luchon le 5 septembre 1895


Une leçon de vélo à Luchon, le 5 septembre 1895. Crédit photo Eugène Trutat / Bibliothèque de Toulouse (domaine public).

Apprentissage du vélo à Luchon le 5 septembre 1895
Une autre vue de la leçon de vélo du 5 septembre 1895. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Course de bicyclettes à Bagnères-de-Luchon en septembre 1896
Une course de vélo à Luchon en septembre 1896. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Un ours dans les rues de Luchon

Toutes les scènes ne ressemblent pas à une paisible promenade thermale.

En septembre 1895, Eugène Trutat photographie ainsi un ours accompagné de deux conducteurs dans une rue de Luchon. La fiche de la Bibliothèque de Toulouse classe la scène parmi les montreurs d’animaux savants et l’art du spectacle.

Le cliché rappelle une pratique longtemps présente dans les Pyrénées : des ours dressés étaient conduits de ville en ville pour effectuer des numéros devant le public. Avec le regard actuel porté sur le bien-être animal, la scène paraît évidemment beaucoup moins pittoresque que pour certains spectateurs du XIXe siècle.

Ours avec ses deux conducteurs dans une rue de Luchon en septembre 1895
Un ours et ses deux conducteurs à Luchon en septembre 1895. Photographie d’Eugène Trutat. Crédit Bibliothèque de Toulouse (domaine public).

Des corridas parmi les divertissements de la station

Les deux dernières photographies de cette série montrent une autre facette inattendue du Luchon de la Belle Époque : une corrida organisée le 3 juillet 1899.

Les spectacles taurins font alors partie des distractions proposées aux visiteurs de plusieurs stations du sud de la France. À Luchon, des arènes accueillent ce type de manifestations à la charnière des XIXe et XXe siècles.

Le contraste avec les images de randonneurs, de curistes ou de cyclistes est saisissant, mais c’est précisément ce qui rend le fonds intéressant : il ne documente pas une seule image de la ville, mais tout un univers de pratiques sociales et de loisirs.

Corrida à Bagnères-de-Luchon le 3 juillet 1899


Corrida à Luchon, le 3 juillet 1899. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Spectateurs lors d’une corrida à Luchon le 3 juillet 1899
Une autre vue de la corrida du 3 juillet 1899 à Luchon. Crédit Bibliothèque de Toulouse, fonds Trutat (domaine public).

Un témoignage photographique sur le Luchon de la Belle Époque

Ces images montrent finalement beaucoup plus qu’une station thermale. Elles racontent une ville en transformation, où l’arrivée du train facilite les voyages, où le thermalisme côtoie le tourisme de montagne et où de nouveaux loisirs comme la bicyclette trouvent rapidement leur place.

Elles témoignent aussi du rôle considérable joué par les photographes de la fin du XIXe siècle. Eugène Trutat ne cherchait pas uniquement les grands panoramas : il photographiait aussi les routes, les vêtements, les loisirs, les familles et les gestes ordinaires. Plus d’un siècle plus tard, ce sont précisément ces petits détails qui donnent à ses images toute leur valeur documentaire.

Pour poursuivre ce voyage visuel dans les années 1890, on peut également découvrir le Tyrol photographié en photochromes dans les années 1890, où la couleur donne une apparence étonnamment moderne à des paysages de la même période.

Sources pour aller plus loin

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