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Le baobab prison

Près de Wyndham, en Australie-Occidentale, un immense baobab australien au tronc creux est connu sous le nom de Prison Boab Tree (baobab prison) ou Hillgrove Lockup. Avec une circonférence d’environ 15 mètres, cet Adansonia gregorii est traditionnellement associé aux patrouilles de police qui transportaient autrefois des prisonniers dans le Kimberley.

Un second « baobab prison » se trouve près de Derby, à plusieurs centaines de kilomètres plus à l’ouest. Les deux arbres sont souvent présentés comme d’anciennes cellules creusées dans des troncs géants, mais leur histoire n’est pas aussi simple : l’usage du boab de Wyndham comme lieu de détention temporaire est documenté dans les inventaires patrimoniaux locaux, tandis que celui de Derby reste beaucoup plus incertain.

Baobab prison de Wyndham en Australie-Occidentale
Le Prison Boab Tree de Wyndham en Australie-Occidentale. Crédit photo Djambalawa (CC BY-SA 3.0).

À retenir

  • Le Prison Boab Tree de Wyndham est un énorme baobab australien creux situé sur King River Road, en Australie-Occidentale.
  • Son tronc atteint environ 15 mètres de circonférence.
  • Les inventaires patrimoniaux locaux indiquent qu’il a servi de lieu de détention temporaire aux premières patrouilles de police.
  • Un autre baobab célèbre près de Derby est lui aussi surnommé Prison Boab Tree, mais son utilisation comme véritable cellule est beaucoup moins solidement documentée.
  • Les récits selon lesquels une trentaine de prisonniers auraient été enfermés simultanément à l’intérieur doivent être considérés avec prudence.
  • Ces arbres appartiennent à l’espèce Adansonia gregorii, le baobab australien ou boab.

Le baobab prison de Wyndham

Le Prison Boab Tree de Wyndham se trouve sur King River Road, dans la région du Kimberley. L’inventaire patrimonial de la localité le désigne également sous le nom de Hillgrove Lockup.

Son énorme tronc renflé est naturellement creux. La circonférence de l’arbre est donnée autour de 15 mètres, ce qui suffit déjà à expliquer pourquoi son intérieur a pu attirer l’attention des voyageurs et des premières patrouilles de police.

Le registre patrimonial de Wyndham indique que l’arbre a été utilisé par des policiers à cheval comme lieu de détention pour la nuit lorsqu’ils déplaçaient des prisonniers entre Derby et Wyndham.

Il faut replacer cette histoire dans un contexte particulièrement dur. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, des prisonniers aborigènes pouvaient être conduits sur de longues distances, parfois enchaînés, jusqu’aux lieux où ils devaient être jugés ou emprisonnés.

Intérieur du baobab prison de Wyndham


L’intérieur creux du Prison Boab Tree de Wyndham. Crédit photo Jon Connell (CC BY 2.0).

Combien de prisonniers tenaient dans l’arbre ?

C’est ici que l’histoire devient beaucoup plus difficile à démêler de la légende.

Des récits touristiques ont longtemps affirmé que le tronc aurait pu contenir jusqu’à 30 prisonniers et que ceux qui ne trouvaient pas de place à l’intérieur étaient enchaînés à l’extérieur.

Le chiffre est spectaculaire, mais les inventaires patrimoniaux officiels consultés confirment surtout l’utilisation de Wyndham comme overnight lockup, c’est-à-dire comme lieu de détention temporaire pour la nuit. Ils ne documentent pas avec la même précision le scénario des trente personnes enfermées simultanément.

Mieux vaut donc retenir ce qui est établi : le boab de Wyndham est historiquement associé aux déplacements et à la détention de prisonniers, mais certains détails très précis répétés depuis des décennies peuvent provenir de récits locaux amplifiés au fil du temps.

Un baobab australien au tronc naturellement creux

Le boab australien, Adansonia gregorii, appartient au même genre botanique que les célèbres baobabs africains et malgaches.

Il pousse principalement dans le nord-ouest de l’Australie. Son tronc renflé peut prendre des proportions impressionnantes et certains vieux spécimens deviennent naturellement creux.

Cette silhouette particulière explique le surnom d’« arbre bouteille » parfois donné aux baobabs.

On retrouve des formes encore plus spectaculaires à Madagascar, notamment le long de l’avenue des baobabs, l’un de ces paysages qui semblent presque sortir d’un conte.

Le Prison Boab Tree trouve également naturellement sa place parmi ces arbres insolites aux formes ou aux histoires particulièrement étonnantes.

Le baobab prison de Derby : une histoire beaucoup plus controversée

Un autre arbre, situé près de Derby, porte lui aussi le nom de Prison Boab Tree.

Son énorme tronc creux et son association à l’histoire des prisonniers du Kimberley en ont fait l’un des arbres les plus connus de la région.

Baobab prison de Derby en Australie-Occidentale
Le Prison Boab Tree près de Derby. Crédit photo Marie-Luise Klaus (CC BY-ND 2.0).

Le registre patrimonial de Derby adopte toutefois une formulation beaucoup plus prudente : le grand baobab creux est considéré comme ayant pu servir de point de détention pour des prisonniers conduits vers Derby.

Cette nuance est importante.

Le contexte historique est bien réel : des personnes arrêtées étaient effectivement transportées sur de très longues distances et parfois contraintes de marcher enchaînées. Mais cela ne prouve pas que le tronc du baobab de Derby lui-même ait servi de cellule fermée.

Pourquoi doute-t-on de l’utilisation du baobab de Derby comme prison ?

Les témoignages précis sont tardifs et les descriptions anciennes de Derby ne mentionnent pas toujours l’utilisation du tronc comme cellule.

La proximité de Derby pose également question. L’arbre se trouve suffisamment près de la ville pour que l’idée d’une halte carcérale obligatoire à l’intérieur du tronc ne soit pas aussi évidente que le laisse entendre la légende.

Les sources patrimoniales modernes parlent donc davantage d’un arbre « believed to have been used », c’est-à-dire supposé avoir été utilisé comme point de détention, que d’une ancienne prison dont l’usage serait parfaitement démontré.

Cette distinction évite deux excès : présenter la légende comme une certitude, mais aussi prétendre que toute l’histoire est inventée. Le lieu reste directement associé à une période où les prisonniers aborigènes du nord-ouest australien subissaient des déplacements forcés et des conditions d’incarcération particulièrement dures.

Tronc creux du baobab prison de Derby en Australie-Occidentale


Le tronc creux du Prison Boab Tree de Derby. Crédit photo W. Bulach (CC BY-SA 4.0).

Une photographie du baobab prison de Derby en 1959

La réputation de l’arbre n’est pas récente. Cette photographie prise en 1959 montre que le baobab était déjà identifié et photographié plusieurs décennies avant l’explosion du tourisme dans le Kimberley.

Baobab prison de Derby photographié en 1959
Le Prison Boab Tree de Derby photographié en 1959. Crédit photo Philip Schubert (CC BY-ND 2.0).

Les images anciennes constituent aussi une bonne raison de ne pas chercher à attribuer à ces arbres un âge précis à partir de leur seule apparence.

Certaines sources touristiques ou patrimoniales avancent plusieurs milliers d’années pour certains boabs (1500 ans par exemple pour celui de Derby), mais leur âge exact reste difficile à établir. Les estimations très précises doivent donc être prises avec prudence.

Des arbres devenus des attractions touristiques

Qu’ils aient réellement enfermé des détenus à l’intérieur de leur tronc ou qu’une partie de leur réputation relève de récits transmis et amplifiés, les deux Prison Boab Trees sont devenus des monuments du Kimberley.

Leur succès touristique a toutefois eu un coût. Les troncs portent de nombreuses inscriptions laissées par des visiteurs et les sites ont dû être protégés afin de limiter les dégradations.

Cette transformation en attraction touristique pose également une question de mémoire : derrière l’image insolite d’une « prison dans un arbre » se trouve une histoire coloniale beaucoup moins légère, liée au traitement des populations aborigènes et au système judiciaire de l’époque.

Pour comparer avec une prison dont le statut est beaucoup moins ambigu, on peut découvrir la minuscule prison de l’île de Sercq, un bâtiment de deux cellules construit en 1856 et encore bien réel.

Wyndham et Derby : deux arbres, deux degrés de certitude

Le surnom de « baobab prison » recouvre donc en réalité deux histoires différentes.

À Wyndham, les inventaires patrimoniaux locaux décrivent le Prison Boab Tree comme un ancien lieu de détention temporaire utilisé par les premières patrouilles de police.

À Derby, le lien avec les prisonniers et leur traitement est historiquement important, mais l’utilisation précise de l’intérieur du tronc comme cellule reste davantage du domaine de la tradition que du fait solidement établi.

Dans les deux cas, les énormes troncs creux de ces Adansonia gregorii restent suffisamment extraordinaires sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter. Un arbre de quinze mètres de circonférence avec une pièce naturelle dans le ventre se débrouille déjà assez bien tout seul pour attirer l’attention.

Dans un registre beaucoup plus spectaculaire, Bass Rock en Écosse a lui aussi servi de prison, mais cette fois au milieu de la mer, dans une forteresse presque imprenable dont les détenus ont fini par prendre eux-mêmes le contrôle au XVIIe siècle.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Le baobab prison”

  1. Retour de ping : 7 Arbres insolites - 2Tout2Rien

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