Il pousse dans un pot depuis le XVIIe siècle, a traversé des générations de jardiniers et se trouvait à seulement quelques kilomètres de l’explosion atomique d’Hiroshima. Le pin Yamaki, un bonsaï japonais de Pinus parviflora ‘Miyajima’, a pourtant survécu au 6 août 1945 et continue aujourd’hui de vivre à Washington.
Son histoire comporte même un étonnant second chapitre : lorsque Masaru Yamaki l’a offert aux États-Unis en 1976, les responsables américains ignoraient encore qu’ils venaient de recevoir un arbre qui avait survécu à Hiroshima. Ce passé n’a été révélé qu’un quart de siècle plus tard par les petits-fils de son ancien propriétaire.
Le pin Yamaki, un bonsaï de Pinus parviflora ‘Miyajima’ cultivé depuis 1625 et survivant du bombardement atomique d’Hiroshima. Crédit photo Sage Ross (CC BY-SA 3.0).
À retenir
- Le pin Yamaki est un pin blanc du Japon, Pinus parviflora ‘Miyajima’, cultivé comme bonsaï depuis 1625.
- Il se trouvait dans la propriété de la famille Yamaki à environ 3 km de l’explosion atomique d’Hiroshima le 6 août 1945.
- Un haut mur entourant la pépinière a protégé le bonsaï et plusieurs autres arbres de la déflagration.
- Masaru Yamaki l’a offert aux États-Unis en 1976 dans le cadre du cadeau japonais pour le bicentenaire américain.
- Son histoire de survivant d’Hiroshima n’a été révélée au musée qu’en 2001, lors de la visite de deux petits-fils de Masaru Yamaki.
- Le bonsaï est toujours vivant et exposé au National Bonsai & Penjing Museum, à Washington.
Un bonsaï cultivé depuis 1625
Le pin Yamaki appartient à la variété japonaise Pinus parviflora ‘Miyajima’, un pin blanc du Japon particulièrement apprécié dans l’art du bonsaï.
Le National Bonsai & Penjing Museum indique qu’il est en formation comme bonsaï depuis 1625. La National Bonsai Foundation a ainsi célébré en 2025 son 400e anniversaire.
Cette formulation est plus précise que de simplement lui attribuer un âge biologique exact. Un bonsaï peut avoir été prélevé ou commencé avant sa mise en culture documentée ; ce que l’on sait ici avec certitude, c’est que la tradition de formation de cet arbre remonte au début du XVIIe siècle.
Il est resté pendant plusieurs générations dans la famille Yamaki, une famille importante de producteurs et maîtres du bonsaï de la région d’Hiroshima.
La longévité d’un tel arbre demande un entretien constant : taille, contrôle des racines, arrosage, fertilisation et rempotages périodiques. Un bonsaï vieux de plusieurs siècles n’est donc pas un arbre qu’on a oublié dans un coin de jardin pendant 400 ans. C’est plutôt une œuvre vivante transmise de jardinier en jardinier.
Dans un registre beaucoup plus accessible, les étapes de la taille d’un bonsaï sur une année donnent une idée du travail régulier nécessaire pour conserver la forme d’un arbre miniature.
Le 6 août 1945, à trois kilomètres de la bombe
Le matin du 6 août 1945 à 8 h 15, la bombe atomique explose au-dessus d’Hiroshima.
La propriété des Yamaki se trouve alors à environ 3 kilomètres de l’hypocentre. La puissance de l’onde de choc brise toutes les fenêtres de la maison familiale.
D’après le témoignage transmis plus tard par la famille au National Bonsai & Penjing Museum, les membres de la famille présents à l’intérieur sont touchés par des éclats de verre, mais aucun ne conserve de blessure permanente.
À l’extérieur, le vieux pin blanc et de nombreux autres bonsaïs reposent sur leurs bancs dans la pépinière.
Et eux aussi survivent.
La raison tient en partie à un détail architectural providentiel : un haut mur entourait la pépinière. Il a protégé les arbres contre une partie des effets directs de la déflagration.
Le pin Yamaki devient ainsi l’un des nombreux hibakujumoku, ces arbres ayant survécu au bombardement atomique. Mais contrairement à beaucoup d’arbres survivants restés au Japon, celui-ci allait poursuivre son histoire de l’autre côté du Pacifique.
Au Japon, d’autres arbres sont devenus des symboles après des catastrophes. À Rikuzentakata, le pin miracle resté debout après le tsunami de 2011 a lui aussi incarné la survie et la mémoire, même si l’arbre original est ensuite mort des effets du sel.
Un cadeau japonais aux États-Unis en 1976
En 1976, les États-Unis célèbrent le bicentenaire de leur indépendance. Le Japon offre alors une importante collection de bonsaïs destinée à devenir le cœur de la collection japonaise du futur National Bonsai & Penjing Museum.
Masaru Yamaki fait partie des donateurs.
Parmi les arbres envoyés aux États-Unis se trouve son vieux pin blanc japonais, cultivé depuis 1625.
Le geste est d’autant plus remarquable que Masaru Yamaki avait personnellement vécu le bombardement d’Hiroshima. Pourtant, lorsqu’il remet le bonsaï aux Américains, il ne met pas en avant son histoire de survivant de la bombe.
Le musée sait que l’arbre vient de Masaru Yamaki et d’Hiroshima, mais ses responsables ignorent encore une partie essentielle de son passé.
Le bonsaï s’installe donc à Washington comme un spécimen exceptionnellement ancien de la collection japonaise, sans que personne ne mesure encore tout ce qu’il a traversé.
Le secret du pin Yamaki révélé 25 ans plus tard
Le retournement de l’histoire se produit le 8 mars 2001.
Deux jeunes Japonais, Shigeru et Akira Yamaki, arrivent au National Bonsai & Penjing Museum. Ils demandent où se trouve le bonsaï autrefois offert par leur grand-père Masaru Yamaki.
Les deux frères ne l’avaient jamais vu directement : leur grand-père l’avait donné avant leur naissance. Ils le connaissaient néanmoins grâce aux photographies et aux histoires familiales.
Lors de leur rencontre avec le conservateur Warren Hill, ils expliquent alors ce que les archives américaines ne mentionnaient pas : le pin avait survécu au bombardement atomique d’Hiroshima avec la famille Yamaki.
L’arbre était donc exposé aux États-Unis depuis vingt-cinq ans lorsque son histoire complète a été révélée.
Shigeru Yamaki est ensuite retourné au Japon pour réunir des documents et des photographies familiales. Il est revenu à Washington en 2003 avec de nouvelles informations permettant de documenter beaucoup plus précisément le passé du bonsaï et la carrière de Masaru Yamaki.
Depuis, l’arbre est souvent surnommé le Peace Tree, « l’arbre de la paix ».
Un symbole de paix plutôt qu’un simple survivant
L’histoire du pin Yamaki pourrait facilement être réduite à une formule spectaculaire : « un bonsaï qui a résisté à la bombe atomique ».
Mais sa trajectoire est plus intéressante que cela.
L’arbre est passé d’une famille japonaise ayant vécu Hiroshima à une collection nationale américaine, offert sans mise en avant particulière de son passé nucléaire. Ce n’est que plusieurs décennies plus tard que ce lien historique est devenu public.
La National Bonsai Foundation le présente aujourd’hui comme un symbole de résilience, de paix et d’amitié internationale.
Il rappelle également une caractéristique particulière des arbres remarquables : leur durée de vie peut faire d’eux les témoins silencieux de plusieurs époques humaines successives.
Au Japon, Ishiwari-zakura, le cerisier qui pousse dans un bloc de granit à Morioka, est lui aussi âgé de plusieurs siècles. Ces arbres doivent autant leur célébrité à leur histoire qu’à leur botanique.
Vue arrière du pin Yamaki au National Bonsai & Penjing Museum. Crédit photo Sage Ross (CC BY-SA 3.0).
Le pin Yamaki est-il le plus vieux bonsaï du monde ?
Non, aucun record mondial de ce type n’est établi pour le pin Yamaki.
Sa mise en formation remonte à 1625, ce qui en fait un bonsaï exceptionnellement ancien. Il est également présenté par la National Bonsai Foundation comme le plus ancien bonsaï de la collection du musée.
Mais d’autres bonsaïs sont crédités d’âges encore supérieurs, parfois de plusieurs siècles supplémentaires. Les estimations sont d’ailleurs difficiles à comparer : certains arbres ont poussé longtemps dans la nature avant leur transformation en bonsaï, tandis que d’autres disposent d’un historique de culture beaucoup mieux documenté.
Il faut également distinguer l’âge d’un bonsaï de celui des arbres sauvages les plus anciens. Certains organismes végétaux dépassent très largement quelques siècles : Old Tjikko, un épicéa clonal de Suède, possède par exemple un système racinaire vieux d’environ 9 500 ans.
Le véritable intérêt du Yamaki Pine n’est donc pas un record contestable, mais la combinaison rarissime de quatre siècles de culture documentée et d’une histoire humaine exceptionnelle.
Un tronc marqué par quatre siècles de culture
Sur les photographies rapprochées, le vieux pin révèle une écorce épaisse et irrégulière, très éloignée de l’image parfois un peu lisse d’un bonsaï de jardinerie.
Cette apparence est justement recherchée dans l’art du bonsaï : le but n’est pas seulement de garder un arbre petit, mais de lui donner l’allure et les proportions d’un arbre ancien dans la nature.
Le pin Yamaki a ainsi été façonné pendant des générations tout en restant un organisme vivant. Sa conservation passe encore aujourd’hui par des tailles régulières, le travail de sa ramification et des rempotages extrêmement prudents.
En 2020, les équipes du National Bonsai & Penjing Museum ont notamment documenté un nouveau rempotage du pin, une opération délicate pour un arbre possédant une telle valeur historique.
Détail du vieux tronc du pin Yamaki, cultivé comme bonsaï depuis 1625. Crédit photo Sarah Stierch (CC BY 4.0).
Où voir le bonsaï qui a survécu à Hiroshima ?
Le pin Yamaki est toujours vivant et exposé au National Bonsai & Penjing Museum, au sein de l’U.S. National Arboretum à Washington D.C.
Il accueille les visiteurs dans la collection japonaise du musée.
L’entrée de l’Arboretum et du musée est gratuite. Le National Bonsai & Penjing Museum est généralement ouvert tous les jours de 10 h à 16 h. Il ferme toutefois lors des jours fériés fédéraux entre novembre et février.
L’entrée visiteurs recommandée pour le GPS est :
2400 R Street NE, Washington, DC 20002, États-Unis
L’Arboretum lui-même est généralement ouvert de 8 h à 17 h, avec une dernière admission à 16 h 30. Il reste préférable de vérifier les horaires officiels avant une visite.
Plus de quatre siècles après le début de sa formation et plus de 80 ans après Hiroshima, le pin Yamaki continue donc à produire de nouvelles aiguilles. Pour un arbre miniature, il transporte une quantité d’histoire assez peu miniature.
Sources pour aller plus loin
- National Bonsai Foundation – The Yamaki Pine: 400 Years of History
- National Bonsai Foundation – The Yamaki Pine: A story of resilience, dedication, and care across centuries
- National Bonsai Foundation – Japanese Collection
- U.S. National Arboretum – National Bonsai & Penjing Museum
- National Bonsai Foundation – Repotting the World-Famous Yamaki Pine
- Wikimedia Commons – Hiroshima Survivor (Bonsai)



Retour de ping : Air Bonsai - un bonzai flottant dans l'air - 2Tout2Rien
Retour de ping : Des mini-cabanes dans des bonzais par Dave Creek - 2Tout2Rien