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La Poste Thiers de Nice, l’étonnant monument Art déco construit avec 300 000 briques rouges

Face à la gare de Nice-Ville, la Poste Thiers de Nice ressemble presque à un bâtiment qui aurait raté son train pour le nord de la France. Sa masse de briques rouges, sa tour-horloge et ses lignes Art déco tranchent franchement avec l’image lumineuse et méditerranéenne de la Côte d’Azur.

Ce gigantesque Hôtel des Postes inauguré en 1931 n’est pourtant pas arrivé là par erreur. Conçu par l’architecte Guillaume Tronchet, il a nécessité environ 300 000 briques venues de Sarzana, en Italie. Derrière ses façades se cachait aussi une véritable machine à traiter le courrier, avec une immense salle de tri et même un tunnel souterrain relié directement aux quais de la gare.

Façade en briques rouges de la Poste Thiers à Nice
La façade en briques rouges de la Poste Thiers dans son environnement urbain niçois. Crédit photo : m-louis .® / Flickr (CC BY-SA 2.0).

À retenir

  • La Poste Thiers a été construite en 1930-1931 par Guillaume Tronchet et inaugurée le 7 décembre 1931.
  • Le bâtiment comprend environ 300 000 briques provenant de Sarzana, en Italie.
  • Sa tour-horloge mesure 27 mètres de haut.
  • La façade associe les briques à des sculptures des frères Martel et à trois vitraux de Jacques Grüber.
  • Un tunnel souterrain reliait autrefois directement la Poste aux quais de la gare PLM pour transporter les sacs postaux.
  • Le bâtiment est aujourd’hui labellisé Architecture contemporaine remarquable et abrite toujours le bureau de poste Nice Thiers.

Un immense bâtiment rouge au milieu de Nice

Lorsque le nouvel Hôtel des Postes ouvre ses portes le 7 décembre 1931, il ne passe pas exactement inaperçu. Guillaume Tronchet, architecte du gouvernement, a imaginé un édifice monumental destiné à occuper une position stratégique juste à côté de la gare.

Le problème, du moins pour une partie des Niçois de l’époque, est son apparence. À la place des façades claires et enduites familières de la Riviera apparaît une énorme masse de briques rouges digne, aux yeux de certains, d’une ville située quelques centaines de kilomètres plus au nord.

Le ministère de la Culture rappelle que le bâtiment a suscité de nombreuses polémiques dès sa construction. Son aspect austère détonnait fortement avec les immeubles du quartier.

Ce choix de la brique n’est pourtant ni improvisé ni purement économique. Guillaume Tronchet joue avec différents formats, des angles en quart de rond, des briques longues ou demi-longues et des éléments taillés en biseau pour faire varier les reliefs et les ombres sur les façades.

Le matériau devient ainsi une partie essentielle du décor. Cette utilisation monumentale de la brique rappelle, dans un registre architectural beaucoup plus ancien, la porte de Haarlem aux Pays-Bas, dont la spectaculaire maçonnerie rouge participe elle aussi directement à l’identité du monument.

Poste Thiers de Nice et sa façade monumentale en briques rouges


La Poste Thiers et son imposante façade de briques rouges à Nice. Crédit photo : Matti Blume / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

300 000 briques venues d’Italie

Les chiffres donnent une meilleure idée de l’échelle du chantier. L’Hôtel des Postes est constitué d’environ 300 000 briques fabriquées à Sarzana, ville de Ligurie située en Italie, au nord de La Spezia.

Ces centaines de milliers de pièces de terre cuite ne forment pas simplement une grande enveloppe uniforme. Leur disposition permet de souligner les ouvertures, les angles et les volumes, tout en donnant du rythme à une façade qui aurait facilement pu devenir massive et monotone.

La partie la plus visible est la tour-horloge haute de 27 mètres. Dressée à l’angle de l’ensemble, elle transforme un bâtiment administratif en véritable repère urbain.

Près d’un siècle plus tard, cette architecture paraît beaucoup moins incongrue. Mais en 1931, installer une sorte de forteresse de briques rouges devant la gare de Nice avait manifestement de quoi faire tousser quelques amateurs de murs couleur crème.

Tour-horloge de la Poste Thiers à Nice
La tour-horloge de 27 mètres constitue l’un des éléments les plus reconnaissables de la Poste Thiers. Crédit photo Gunnar Klack / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

Des sculptures des frères Martel et trois vitraux de Jacques Grüber

L’apparente austérité du bâtiment cache un programme décoratif beaucoup plus élaboré qu’une simple succession de briques.

La façade est notamment ponctuée de figures sculptées par les frères Jan et Joël Martel. Leur matériau clair crée volontairement un contraste avec le rouge sombre des murs.

La sculpture devient ainsi partie intégrante de l’architecture, comme sur certains immeubles où les personnages semblent littéralement sortir de la façade. C’est le cas, à une échelle spectaculaire, de la Grande Cariatide de la rue de Turbigo à Paris.

L’Hôtel des Postes possède également trois vitraux de Jacques Grüber, l’une des grandes figures de l’École de Nancy et du renouveau du vitrail français au début du XXe siècle.

Né en 1870, Grüber a d’abord développé un vocabulaire marqué par les formes végétales de l’Art nouveau avant d’évoluer vers des compositions davantage structurées et géométriques. Ce passage progressif entre deux époques trouve un intéressant parallèle dans la Villa Demoiselle de Reims, où architecture, vitraux et arts décoratifs annoncent eux aussi la transition vers l’Art déco.

Sculptures sur la façade en briques rouges de la Poste Thiers à Nice


Les sculptures claires des frères Martel se détachent sur la façade en briques rouges de la Poste Thiers. Crédit photo : Fred Romero / Flickr (CC BY 2.0).

Un tunnel souterrain reliait directement la Poste à la gare

La partie la plus insolite de la Poste Thiers n’était pourtant pas visible depuis la rue.

L’édifice devait avant tout fonctionner comme une énorme infrastructure de traitement du courrier. Sa proximité avec la gare n’avait donc rien d’anecdotique.

Un tunnel reliait directement l’Hôtel des Postes aux quais de l’ancienne gare PLM, la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée. Les sacs postaux arrivés par train pouvaient être placés sur des chariots puis transférés sous l’avenue, sans avoir à traverser la circulation en surface.

Une fois arrivés dans le bâtiment, plusieurs monte-charges permettaient de poursuivre leur voyage jusqu’aux installations de traitement. La documentation de la Ville de Nice mentionne une salle de tri de 1 800 m² équipée notamment de tables à dépression.

Sous ses airs de monument Art déco, la Poste était donc avant tout une gigantesque machine logistique. Le courrier disposait même de son passage souterrain privé ; difficile de faire plus VIP pour une carte postale.

Une salle de tri ventilée avec de l’air ozoné

La modernité du bâtiment ne se limitait pas au tunnel.

Le ministère de la Culture mentionne également un procédé de ventilation ozonée utilisé dans l’immense salle de tri. L’objectif était d’améliorer les conditions d’air dans cet espace où travaillaient de nombreux employés et où transitaient quotidiennement de grandes quantités de courrier.

Ces équipements montrent que Tronchet ne concevait pas simplement une façade destinée à impressionner les voyageurs. L’architecture, les circulations, les monte-charges, le tunnel et la ventilation répondaient tous au fonctionnement d’un grand centre postal moderne des années 1930.

Façade de la Poste Thiers de Nice en briques rouges
Malgré son aspect monumental, l’édifice a d’abord été conçu comme un outil particulièrement fonctionnel pour le traitement du courrier. Crédit photo Matti Blume / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

La légende d’une poste prévue pour Lille

Une architecture aussi inhabituelle sous le soleil de Nice ne pouvait guère échapper à la fabrication d’une légende locale.

Selon une histoire encore régulièrement racontée, le bâtiment aurait initialement été conçu pour Lille. Une erreur aurait ensuite envoyé à Nice un projet destiné au nord de la France, ce qui expliquerait cette étrange profusion de briques rouges sur la Côte d’Azur.

La Ville de Nice présente elle-même cette histoire comme une légende. Les sources patrimoniales attribuent sans ambiguïté la construction niçoise à Guillaume Tronchet en 1930-1931 et aucun élément solide ne permet de transformer l’anecdote lilloise en fait historique.

L’explication demeure pourtant tenace, probablement parce qu’elle est presque trop parfaite. Quand une poste semble avoir oublié de descendre du train en arrivant sur la Riviera, l’imagination locale se charge volontiers de lui acheter un billet retour.

Un bâtiment décrié devenu patrimoine

Le temps a sensiblement changé le regard porté sur l’Hôtel des Postes. L’édifice autrefois critiqué pour son aspect austère fait aujourd’hui partie des architectures remarquables du XXe siècle à Nice.

Ce retournement n’est d’ailleurs pas complètement exceptionnel dans la ville. La Fontaine du Soleil de Nice a elle aussi connu critiques, polémiques et déplacement avant de retrouver sa place dans le patrimoine local.

L’Hôtel des Postes a reçu en 2000 le label alors appelé « Patrimoine du XXe siècle ». Il relève aujourd’hui du label Architecture contemporaine remarquable.

Une nuance mérite toutefois d’être précisée : le bâtiment n’est pas classé ni inscrit au titre des monuments historiques. La base patrimoniale du ministère de la Culture le signale comme un édifice non protégé bénéficiant de ce label architectural.

Horloge de la Poste Thiers de Nice sur la façade en briques rouges
L’horloge de la Poste Thiers se détache sur la façade en briques rouges du bâtiment. Crédit photo Fred Romero / Flickr (CC BY 2.0).

La Poste Thiers fonctionne toujours aujourd’hui

Le bâtiment n’est pas devenu un simple décor patrimonial figé dans les années 1930.

Le bureau La Poste Nice Thiers fonctionne toujours au 21 avenue Thiers, 06000 Nice. Le groupe La Poste confirme encore cette adresse et les services accessibles au public.

L’intérieur a naturellement beaucoup évolué. La Poste Immobilier indique notamment que le bureau a été modernisé en 2011 puis en 2017, tandis que l’ancien centre courrier a été transformé en espace de coworking.

Ouvert en 2020, celui-ci occupe plus de 2 400 m² et a été conçu pour accueillir environ 300 postes de travail. Un changement d’époque assez parlant : les sacs de lettres, les chariots et les tables de tri ont en partie cédé la place aux ordinateurs portables et aux réunions en visioconférence.

Où voir la Poste Thiers à Nice ?

La Poste Thiers se trouve au 21 avenue Thiers, 06000 Nice, immédiatement au sud de la gare Nice-Ville. Ses coordonnées GPS sont : 43.7034° N, 7.2608° E (43.7034, 7.2608). Voici sa position sur Google Maps:

poste thiers nice france Maps

Le bâtiment peut naturellement être observé depuis l’espace public, et le bureau de poste reste accessible pendant ses heures d’ouverture. Pour la photographie, les angles formés par l’avenue Thiers, la rue Gounod et les rues voisines permettent de mieux apprécier la hauteur de la tour et le développement des façades.

Ceux qui aiment les curiosités architecturales niçoises peuvent ensuite changer complètement de décor avec l’histoire du Plongeoir de Nice, dont l’étonnante construction perchée au-dessus de la Méditerranée appartient à un autre visage du patrimoine local.

Avec ses 300 000 briques rouges, sa tour de 27 mètres, ses vitraux, ses sculptures et son ancien tunnel postal, la Poste Thiers est finalement bien plus qu’un endroit où retirer un recommandé. Elle constitue l’un des bâtiments les plus singuliers de Nice et probablement celui qui entretient le mieux l’impression d’avoir été livré dans la mauvaise ville.

Sources pour aller plus loin

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