Dans la province de Burgos, au cœur de la vallée de Mirandilla entre Contreras et Santo Domingo de Silos, se trouve le cimetière de Sad Hill, célèbre décor de la scène finale du Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone.
Avec ses milliers de croix disposées en cercles concentriques au milieu d’un paysage presque désert, le lieu ressemble à un authentique cimetière militaire du Far West. Pourtant, aucune dépouille ne repose sous ces tombes : Sad Hill est un gigantesque décor construit en 1966, abandonné après le tournage puis ressuscité près d’un demi-siècle plus tard par une bande de cinéphiles particulièrement obstinés.
Vue du cimetière de Sad Hill restauré. Crédit photo santiago lopez-pastor (CC BY-SA 2.0).
À retenir
- Sad Hill est le faux cimetière construit pour la scène finale du Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone.
- Le décor a été conçu par Carlo Simi et construit en 1966 avec l’aide d’environ 250 militaires espagnols.
- Il comprenait quelque 5 000 tombes fictives disposées autour d’une arène circulaire pavée.
- Après près de cinquante ans d’abandon, des bénévoles ont commencé sa restauration en 2015.
- Les 5 000 tombes avaient de nouveau été matérialisées en 2019 grâce notamment à une campagne de parrainage.
- Le cimetière se visite aujourd’hui dans la province de Burgos, entre Contreras et Santo Domingo de Silos.
Le cimetière de Sad Hill, un décor de western grandeur nature
On pourrait se demander qui sont tous ces soldats enterrés au milieu de nulle part. La réponse est simple : personne.
Sad Hill n’est pas un véritable cimetière, mais une construction cinématographique conçue spécialement pour le duel final de le Bon, la Brute et le Truand, sorti en 1966. Dans cette scène devenue emblématique, Blondin, Tuco et Sentenza se retrouvent au centre du cimetière pour se disputer l’or caché dans une tombe.
Dans la catégorie des lieux de fiction devenus beaucoup plus réels après le passage des caméras, on retrouve aussi la tombe de James Bond aux îles Féroé, autre sépulture sans occupant mais avec une solide carrière touristique.
Le décor de Sad Hill a été imaginé par le chef décorateur italien Carlo Simi. Son organisation n’avait rien d’aléatoire : environ 5 000 tombes fictives rayonnaient en cercles concentriques autour d’une place centrale pavée d’environ 30 mètres de diamètre. L’ensemble du cimetière atteignait près de 300 mètres de diamètre.
Sergio Leone voulait donner au lieu l’allure d’une véritable arène. Les morts formaient en quelque sorte les gradins silencieux autour des trois pistoleros. Un Colisée sans lions, mais avec beaucoup plus de revolvers et Ennio Morricone à la sono.
Crédit photo Voyagerix/DepositPhotos.
5 000 fausses tombes construites avec l’aide de l’armée espagnole
Le chantier a été mené à une vitesse assez peu compatible avec un vrai cimetière. Environ 250 soldats de l’armée espagnole ont participé à la construction du décor, réalisée en quelques jours pendant l’été 1966.
Les « tombes » étaient constituées de monticules de terre surmontés de croix en bois. Il ne s’agissait donc pas de milliers de pierres tombales, comme on le lit parfois.
Les militaires ont également été employés comme figurants dans différentes séquences tournées dans la région. Selon les témoignages recueillis plus tard, les soldats du rang percevaient environ 250 pesetas par jour de tournage, certains gradés jusqu’à 900 pesetas.
Le résultat reste impressionnant : à l’écran, rien ou presque ne laisse deviner que cet immense cimetière de la guerre de Sécession américaine vient d’être créé de toutes pièces dans la campagne espagnole.
La tombe d’Arch Stanton
Au cœur de l’intrigue se trouve le nom d’Arch Stanton, inscrit sur la tombe censée cacher le trésor recherché par les personnages.
La tombe est évidemment fictive, mais sa croix a été recréée lors de la restauration du site. C’est aujourd’hui l’un des détails les plus recherchés par les visiteurs, qui peuvent donc photographier une tombe célèbre dont le propriétaire n’a jamais existé. Voilà qui simplifie au moins les questions de succession.
[NOUVELLE IMAGE CC — À AJOUTER ICI]
Source :
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sad_Hill_-_Cruz_Arch_Stanton.jpg
La fausse tombe d’Arch Stanton au cimetière de Sad Hill, décor du duel final du Bon, la Brute et le Truand. Crédit photo Trastolillo (CC BY-SA 4.0).
Les autres lieux de tournage du Bon, la Brute et le Truand près de Burgos
Sad Hill n’est qu’un des grands décors utilisés par Sergio Leone dans la région de Burgos. Les paysages de la vallée de l’Arlanza permettaient de recréer l’Ouest américain sans traverser l’Atlantique, même s’il leur manquait quelques saguaros, ces cactus devenus emblématiques du Far West.
Plusieurs scènes importantes ont été tournées à quelques kilomètres les unes des autres :
- les intérieurs de la mission San Antonio ont été filmés dans le monastère de San Pedro de Arlanza ;
- la bataille du pont de Langstone a été tournée sur la rivière Arlanza, près d’Hortigüela ;
- le camp de prisonniers de Betterville a été construit près de Carazo ;
- le duel final a été tourné dans la vallée de Mirandilla, à Sad Hill.
La scène du pont a notamment mobilisé plus de 2 000 figurants. Le cours d’eau représentait à l’écran le Río Grande pendant la guerre de Sécession.
Le décor de Betterville a lui aussi connu récemment une seconde vie : une partie de la palissade, du pont et des tours de surveillance a été reconstruite en 2024 près de Carazo. Il existe donc désormais dans la région une véritable petite route de pèlerinage pour les amateurs du film.
Un décor abandonné pendant près de cinquante ans
Après le tournage, personne n’avait prévu de transformer Sad Hill en attraction touristique. Le décor a simplement été abandonné.
Les croix en bois ont progressivement disparu, certaines ayant notamment été récupérées par les habitants des environs. La végétation a recouvert les monticules et même le grand cercle pavé central. En quelques décennies, l’un des cimetières les plus célèbres du cinéma avait quasiment été avalé par le paysage.
Vue générale du cimetière de Sad Hill restauré. Crédit photo Estevoaei (CC BY-SA 4.0).
En 2014, plusieurs passionnés ont créé l’Association culturelle Sad Hill avec l’idée plutôt ambitieuse de faire réapparaître le décor.
Les véritables travaux ont commencé en octobre 2015. Les bénévoles ont dégagé la végétation, retrouvé le cercle pavé enseveli et replacé progressivement les croix.
Une campagne de financement participatif permettait notamment de parrainer une tombe et de faire inscrire un nom sur une croix. L’opération a rencontré un succès assez considérable pour un cimetière dépourvu de morts : le 5 février 2019, l’association annonçait avoir atteint à nouveau les 5 000 tombes.
Cette résurrection rappelle, dans un registre très différent, le cheval de Troie utilisé dans le film Troie et devenu une véritable attraction à Çanakkale : certains accessoires et décors finissent par avoir une vie touristique beaucoup plus longue que leur carrière à l’écran.
Sad Hill Unearthed, le documentaire sur cette improbable reconstruction
La restauration a elle-même fini par devenir un film.
Le réalisateur espagnol Guillermo de Oliveira a suivi le travail des bénévoles pour Sad Hill Unearthed (Desenterrando Sad Hill), documentaire sorti en 2017.
Le film raconte la reconstruction du cimetière mais revient aussi sur le tournage de Sergio Leone. On y retrouve notamment des témoignages d’anciens figurants ainsi que des interventions d’Ennio Morricone, Clint Eastwood, du réalisateur Joe Dante ou encore de James Hetfield, chanteur de Metallica et grand amateur du western.
La Cinémathèque française l’a notamment programmé en 2018 dans le cadre d’un cycle consacré à Sergio Leone. Pas besoin, donc, de rattacher son existence au catalogue changeant d’une plateforme de streaming : le documentaire se défend très bien tout seul.
Le cimetière de Sad Hill restauré. Crédit photo Mijnmedia (CC BY-SA 4.0).
Visiter le cimetière de Sad Hill en Espagne
Le cimetière de Sad Hill se trouve dans le parc naturel Sabinares del Arlanza-La Yecla, entre Santo Domingo de Silos et Contreras, dans la province de Burgos.
Le site est en plein air et se découvre librement. Pour une visite en voiture, l’approche par Contreras est généralement la plus pratique, mais la dernière partie du trajet se déroule dans un espace naturel où les conditions des pistes et du stationnement peuvent évoluer. Mieux vaut suivre la signalisation locale plutôt que demander à une citadine basse de se prendre soudain pour le cheval de Clint Eastwood.
Le secteur se prête aussi à la randonnée et au VTT. La Burgos Film Commission indique que Sad Hill est accessible aux personnes à mobilité réduite, tout en précisant que le terrain peut devenir difficile lorsqu’il est humide.
Cimetière de Sad Hill restauré dans la vallée de Mirandilla. Crédit photo santiago lopez-pastor (CC BY-SA 2.0).
Coordonnées GPS de Sad Hill
Les coordonnées données par la Castilla y León Film Commission sont :
41°59′26″ N, 3°24′30″ O
soit environ :
41.990556, -3.408333
Voici sa position sur Google Maps:
Pour situer le voyage, Santo Domingo de Silos constitue également une excellente base dans le secteur, avec son célèbre monastère bénédictin et les paysages calcaires environnants.
Crédit photo Voyagerix/DepositPhotos.
Vidéo du cimetière de Sad Hill
Voici une vue aérienne de ce faux cimetière devenu l’un des lieux de tournage les plus célèbres du western spaghetti :
Plus d’un demi-siècle après le tournage, le décor créé pour quelques minutes de cinéma existe donc toujours. Il a même probablement davantage de visiteurs aujourd’hui que lorsque Blondin, Tuco et Sentenza tournaient en rond au son de The Ecstasy of Gold.
Sources pour aller plus loin
- Burgos Film Commission – lieux de tournage du Bon, la Brute et le Truand
- Castilla y León Film Commission – cimetière de Sad Hill et coordonnées
- Association culturelle Sad Hill – restauration et 5 000 tombes
- Burgos Film Commission – reconstruction de Betterville
- Cinémathèque française – Sad Hill Unearthed
- El País – soldats espagnols et tournage de Sad Hill







