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Les ruines des dômes de Cap Romano, des igloos sur pilotis

Pendant des années, six étranges dômes blancs ont semblé flotter au large de la Floride, comme des igloos échoués sous les tropiques. Il s’agissait de la Cape Romano Dome House, une maison futuriste construite au début des années 1980 près de Cap Romano, au sud de Marco Island, puis progressivement encerclée par la mer à mesure que le littoral reculait.

Les photographies de ces étonnants igloos sur pilotis montrent désormais un paysage disparu. Deux dômes se sont effondrés lors de l’ouragan Irma en 2017, puis l’ouragan Ian a fait tomber les quatre derniers le 28 septembre 2022. Aujourd’hui, il ne reste plus de Cape Romano Dome House dressée au-dessus de l’eau : seulement des pilotis, des fragments de béton et des vestiges partiellement immergés.

Dômes de Cape Romano sur pilotis en Floride avant leur disparition sous la mer
Les dômes de Cape Romano en 2016, alors que l’érosion avait déjà fait disparaître le terrain qui entourait autrefois la maison. Crédit photo Andy Morffew (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • La Cape Romano Dome House était une maison composée de six dômes reliés entre eux, construite par Bob Lee entre 1980 et 1982.
  • Elle développait environ 220 à 223 m² et comptait trois chambres et trois salles de bains.
  • La maison utilisait des panneaux solaires, une grande citerne de récupération d’eau de pluie et plusieurs équipements pensés pour fonctionner de manière autonome.
  • Elle n’avait pas été construite dans la mer : l’érosion côtière a progressivement fait disparaître le terrain autour d’elle.
  • Deux des six dômes sont tombés lors de l’ouragan Irma en 2017.
  • Les quatre derniers ont été engloutis lors de l’ouragan Ian le 28 septembre 2022.
  • Il ne reste aujourd’hui que des vestiges immergés et quelques éléments pouvant encore apparaître au-dessus de l’eau.

Une maison futuriste construite en 1982 sur une plage de Floride

À la fin des années 1970, Bob Lee, producteur de pétrole indépendant à la retraite et bricoleur particulièrement inventif, commence à acheter des terrains dans les Ten Thousand Islands, au sud de Marco Island.

La construction de sa maison débute en 1980 et s’achève en 1982.

Le bâtiment comprend six modules en béton reliés entre eux, certains aménagés sur deux niveaux. L’ensemble atteint environ 2 400 pieds carrés, soit près de 223 m², avec trois chambres et trois salles de bains.

Bob Lee n’avait guère d’affection pour les angles droits. Sa fille Jane Maples a expliqué qu’il considérait les coins des pièces et des plafonds comme de l’espace perdu. Les plafonds courbes des dômes devaient au contraire procurer une sensation d’ouverture et donner l’impression de pièces plus vastes.

Vu de l’extérieur, le résultat tenait à mi-chemin entre une station lunaire, une colonie d’igloos et un décor de science-fiction oublié sous le soleil de Floride. Cette esthétique rétrofuturiste rappelle aussi la Futuro House abandonnée de Royse City, autre maison-vaisseau spatial héritée des rêves architecturaux du XXe siècle.

Vue aérienne des six dômes de Cape Romano en 2004 avant leur isolement complet par la mer


Vue aérienne de la Cape Romano Dome House le 31 décembre 2004, alors que les six dômes étaient encore debout. Crédit photo Obsession911 (CC BY-SA 3.0).

Une maison autonome bien avant la mode du « off-grid »

La forme des dômes était originale, mais le plus intéressant se cachait dans leur fonctionnement.

Bob Lee avait conçu une maison capable de vivre avec relativement peu d’infrastructures extérieures. Des panneaux photovoltaïques alimentaient notamment les équipements électriques, épaulés par des batteries et un générateur lorsque l’ensoleillement ne suffisait pas.

La toiture arrondie avait également une fonction pratique. La pluie et même la rosée ruisselaient vers un réseau de gouttières avant d’être dirigées vers une grande citerne située sous le dôme central.

Selon le petit-fils de Bob Lee, cette citerne pouvait contenir environ 23 000 gallons d’eau, soit près de 87 000 litres. L’eau était filtrée avant d’alimenter douches, lavabos et appareils ménagers.

La maison possédait également un chauffe-eau solaire, un réfrigérateur à faible consommation et plusieurs inventions personnelles de Bob Lee, dont un système de chauffage sous le plancher et un mécanisme permettant d’approvisionner la cheminée en bûches.

Pour une maison construite au début des années 1980 sur une île isolée, l’ensemble était plutôt en avance sur son époque.

Des dômes pensés pour mieux résister aux ouragans

Les formes arrondies n’étaient pas seulement destinées à supprimer les coins des chambres.

Bob Lee estimait également qu’elles permettraient au vent de glisser autour de la structure plutôt que de frapper de grandes façades planes. Les épais dômes de béton ont effectivement montré une résistance remarquable.

Lorsque l’ouragan Andrew frappe la Floride en 1992, les murs et les fondations principales résistent relativement bien. Les grandes fenêtres, en revanche, ne bénéficient pas de la même robustesse : elles sont endommagées et l’intérieur de la maison subit de lourds dégâts.

La famille Lee quitte finalement la Cape Romano Dome House.

La maison était donc particulièrement résistante au vent. Son véritable adversaire allait être beaucoup plus difficile à combattre : la disparition progressive du sol sur lequel elle avait été construite.

Comment les dômes de Cape Romano se sont retrouvés en pleine mer

Les photographies les plus connues peuvent donner l’impression que Bob Lee avait délibérément construit six igloos sur pilotis dans le golfe du Mexique.

Ce n’était pas le cas.

Lors de leur construction, les dômes se trouvaient sur la terre ferme, avec une plage autour de la maison. Mais Cape Romano appartient à un littoral d’îles barrières particulièrement mobile, remodelé en permanence par les courants, les vagues et les tempêtes.

Au fil des années, le rivage recule autour de la maison.

En 2004, l’eau atteint déjà les piliers. Les tempêtes successives accélèrent ensuite l’érosion, jusqu’à donner l’impression spectaculaire que le bâtiment s’est aventuré tout seul au large.

C’est le même type de vulnérabilité côtière qui a également menacé, dans un contexte très différent, El Águila, l’étrange maison en forme d’aigle d’Uruguay, dont une partie de la construction historique a disparu sous l’effet de l’érosion.

Cape Romano Dome House encerclée par la mer en Floride peu avant l’ouragan Irma en 2017
La Cape Romano Dome House le 4 août 2017, quelques semaines avant le passage de l’ouragan Irma. Crédit photo Haydn Blackey (CC BY-SA 2.0).

John Tosto tente de sauver la Cape Romano Dome House

En 2005, John Tosto, habitant de Naples en Floride, achète la propriété pour environ 300 000 dollars.

Son objectif n’est pas simplement de repeindre les dômes. Il envisage de les déplacer vers une partie plus stable du terrain.

Le projet est pour le moins ambitieux : soulever les modules avec une grue, les transporter puis les installer sur de nouveaux piliers de béton beaucoup plus hauts.

Mais quelques mois après l’achat, l’ouragan Wilma frappe la région et enlève encore une partie du rivage. Le terrain disponible pour déplacer les dômes se réduit considérablement.

Les difficultés administratives, environnementales et techniques s’accumulent également.

En 2007, le comté de Collier ordonne finalement la démolition de la structure, jugée dangereuse. Le sauvetage n’aboutit jamais et les dômes deviennent définitivement l’un des lieux abandonnés les plus insolites de Floride.

Irma fait tomber deux dômes en 2017

Le 10 septembre 2017, l’ouragan Irma traverse la région de Marco Island.

Cette fois, l’érosion et les décennies passées dans l’eau ont suffisamment fragilisé les fondations : deux des six dômes s’effondrent dans le golfe.

Il n’en reste désormais plus que quatre.

Quatre dômes de Cape Romano encore debout en 2019 après l’ouragan Irma


Les quatre dômes encore debout de Cape Romano en août 2019, après la destruction de deux modules lors de l’ouragan Irma. Crédit photo Flyhighnewport (CC BY-SA 4.0).

L’ouragan Ian engloutit les quatre derniers en 2022

Pendant cinq années supplémentaires, les quatre dômes survivants continuent à tenir au-dessus de l’eau.

Ils deviennent une curiosité touristique bien connue des plaisanciers autour de Marco Island, ainsi qu’un refuge pour les oiseaux et la vie marine.

Puis arrive l’ouragan Ian.

Le 28 septembre 2022, cette tempête dévastatrice frappe le sud-ouest de la Floride. Les quatre structures restantes ne résistent pas.

Elles basculent à leur tour sous l’eau.

Après environ quarante ans d’existence, la Cape Romano Dome House disparaît entièrement en tant que bâtiment émergé.

Comme le château de Noisy, ou château Miranda, aujourd’hui démoli, les dômes de Cape Romano appartiennent désormais à cette étrange catégorie d’architectures spectaculaires que l’on ne peut plus découvrir autrement que par les photographies et les vidéos prises avant leur disparition.

Que reste-t-il aujourd’hui des dômes de Cape Romano ?

Il ne faut donc plus se rendre à Cape Romano en espérant retrouver les fameux « igloos » blancs perchés sur leurs piliers.

Ils n’existent plus sous cette forme.

À leur emplacement subsistent principalement des piliers, des morceaux de béton, des armatures et différents vestiges immergés. Certains éléments peuvent rester visibles au-dessus de l’eau en fonction de la marée et des conditions.

Les anciennes coordonnées permettent toujours de localiser le site : 25.8453, -81.6811. Voici la position sur Google Maps:

domes de Cap Romano floride usa maps

L’ancienne adresse « 1527 Buccaneer Ct, Marco Island », encore reprise par certains sites, prête désormais à confusion : le lieu est au large et n’a rien d’une maison accessible depuis une rue.

Le secteur des Ten Thousand Islands est lui-même isolé et parcouru de chenaux, hauts-fonds et mangroves. Une observation du site nécessite donc un bateau et une bonne connaissance des conditions locales.

Des ruines devenues habitat marin

Bien avant leur effondrement complet, les piliers et les parties immergées de la maison avaient commencé à attirer la vie marine.

En 2013, une journaliste de Florida Weekly racontait avoir observé autour des structures une très forte concentration de poissons et de raies.

Un projet avait même été imaginé en 2015 pour déplacer les dômes plus au large et les immerger volontairement afin d’en faire un récif artificiel officiel.

Il n’a jamais obtenu les financements nécessaires.

La nature a finalement choisi une solution nettement moins administrative : laisser l’érosion et les ouragans faire le travail.

Cela ne signifie pas pour autant que l’ancienne maison peut être décrite comme un « récif écologique parfait ». Les ruines sont avant tout les vestiges d’une construction humaine, avec béton et armatures métalliques, aujourd’hui intégrés à l’environnement marin.

Extraterrestres et gardes armés : les légendes des dômes

Une construction blanche composée de six bulles géantes, isolée au milieu d’un paysage côtier presque désert, avait évidemment tout ce qu’il fallait pour stimuler l’imagination.

Au fil des années, des histoires d’extraterrestres, d’activités secrètes ou de propriétaires particulièrement hostiles ont circulé autour de la Cape Romano Dome House.

Jane Maples, la fille de Bob Lee, racontait ainsi avoir entendu dans une pharmacie de Marco Island des habitants affirmer que les dômes étaient surveillés par des hommes armés de mitrailleuses.

La réalité était beaucoup moins inquiétante : il s’agissait simplement d’une maison familiale conçue par un inventeur amateur particulièrement imaginatif.

Comme souvent avec les architectures insolites, la silhouette du bâtiment a fait une bonne partie du travail à la place des faits.

Les dômes de Cape Romano avant leur disparition en vidéo

Cette vidéo permet de découvrir la Cape Romano Dome House lorsqu’elle se dressait encore au-dessus du golfe du Mexique :

Ces images ont désormais une véritable valeur historique : depuis septembre 2022, ce panorama n’existe plus.

Les dômes de Bob Lee auront finalement résisté plusieurs décennies aux vents, aux embruns et aux ouragans, mais pas au recul continu du littoral sous leurs piliers.

Et pour rester dans la famille des architectures qui semblent avoir confondu bâtiment et igloo, on peut encore découvrir Igloo City, cet immense hôtel en forme d’igloo abandonné en Alaska. Celui-là est toujours sur la terre ferme, ce qui constitue déjà un avantage appréciable.

Sources pour aller plus loin

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