Avec son cou interminable, ses jambes très fines, ses grandes oreilles et une tête qui paraît presque trop petite pour le reste du corps, la gazelle-girafe possède une silhouette difficile à confondre.
Mais le gérénuk ne s’est pas contenté d’adopter l’allure d’une girafe miniature. Cette antilope d’Afrique orientale se dresse sur ses pattes arrière pour atteindre des feuilles situées jusqu’à environ 2,4 mètres du sol, là où la plupart des autres petites antilopes ne peuvent pas déjeuner.
Cette posture verticale lui permet d’exploiter une couche de végétation située entre celle des minuscules dik-diks et celle des véritables girafes. Dans les brousses sèches où chaque branche comestible compte, manger à l’étage supérieur constitue un avantage appréciable.
Le gérénuk se reconnaît à son cou allongé, ses jambes fines et sa petite tête. Crédit photo bgodfroid.
À retenir
- La gazelle-girafe est également appelée gérénuk ou gazelle de Waller.
- Son nom scientifique est Litocranius walleri.
- Elle vit dans les régions sèches de Djibouti, d’Éthiopie, de Somalie, du Kenya et du nord-est de la Tanzanie.
- Son long cou et ses puissantes pattes arrière lui permettent de se nourrir debout.
- Elle peut atteindre des branches situées à environ 2,4 mètres de hauteur.
- Elle mange principalement des feuilles, des bourgeons, des fleurs et des fruits.
- Elle tire l’essentiel de l’eau dont elle a besoin de sa nourriture.
- Seuls les mâles portent des cornes.
- L’espèce est classée Quasi menacée, avec une population en diminution.
Crédit photo jean/flickr (CC BY 2.0).
Qu’est-ce que la gazelle-girafe ?
La gazelle-girafe est une antilope de taille moyenne appartenant à la famille des bovidés et à la sous-famille des Antilopinae.
Son nom scientifique, Litocranius walleri, signifie approximativement « crâne de pierre de Waller ». L’espèce avait d’abord été décrite en 1879 sous le nom Gazella walleri, ce qui explique l’appellation française de gazelle de Waller.
Les classifications zoologiques actuelles la placent dans le genre Litocranius, dont elle constitue l’unique espèce vivante reconnue.
Le mot « gérénuk » vient du somali garanuug, nom local de l’animal. Plusieurs sources le traduisent par « cou de girafe », mais il reste plus prudent de le présenter simplement comme le nom somali de cette antilope. Le surnom français de gazelle-girafe décrit, lui, assez clairement la situation.
L’animal figure naturellement parmi les animaux aux silhouettes les plus inhabituelles. Il ne s’agit pourtant ni d’un hybride ni d’un proche parent miniature de la girafe : son long cou représente une adaptation développée indépendamment.
Crédit photo kyslynskyy.
Pourquoi le gérénuk possède-t-il un cou aussi long ?
Le long cou du gérénuk lui permet d’atteindre des feuilles et de jeunes pousses situées au-dessus de la zone habituellement exploitée par les petites antilopes.
Dans les milieux semi-arides, plusieurs herbivores doivent partager une végétation souvent clairsemée. Les espèces limitent en partie la concurrence en se nourrissant à des hauteurs différentes :
- les dik-diks recherchent les feuilles et les pousses proches du sol ;
- les gérénuks exploitent les branches intermédiaires ;
- les girafes atteignent les étages les plus élevés.
Cette répartition verticale évite que tous les animaux se disputent exactement les mêmes feuilles.
Le cou ne travaille pas seul. Les longues jambes, les lèvres mobiles, la petite tête et les puissants muscles des membres postérieurs participent également à cette spécialisation.
Comme l’antilope saïga et son étonnant museau, la gazelle-girafe montre jusqu’où l’évolution peut modifier l’apparence d’un herbivore pour répondre aux contraintes d’un environnement difficile.
Crédit photo Panegyrics of Granovetter (CC BY-SA 2.0).
Comment la gazelle-girafe mange-t-elle debout ?
Pour atteindre une branche élevée, le gérénuk prend appui sur ses deux membres postérieurs et redresse presque verticalement son corps.
Ses pattes arrière et son bassin supportent alors son poids, tandis que son long cou gagne encore plusieurs dizaines de centimètres. L’animal peut poser ses membres antérieurs contre un tronc ou les utiliser pour attirer une branche vers sa bouche.
Cette posture n’est pas une acrobatie exceptionnelle réservée aux jours de grande motivation. Elle fait partie de son comportement alimentaire normal.
Le gérénuk peut ainsi brouter jusqu’à environ huit pieds, soit 2,4 mètres de hauteur. Il accède à une nourriture qui reste hors de portée de la majorité des gazelles et des petites antilopes.
Le résultat évoque parfois un animal en train d’essayer discrètement de marcher sur deux jambes. En réalité, la technique est très efficace, même si elle aurait probablement valu une remarque sévère à table.
Crédit photo Fabiola Leyton and Carlos Castillo (CC0).
Que mange le gérénuk ?
La gazelle-girafe est un herbivore principalement folivore. Elle consomme surtout :
- des feuilles ;
- de jeunes rameaux ;
- des bourgeons ;
- des fleurs ;
- des fruits ;
- des graines et des gousses.
Elle sélectionne les parties les plus tendres et les plus nutritives des arbres et des arbustes. Les acacias et d’autres végétaux épineux de la brousse africaine constituent une part importante de son alimentation.
Contrairement à de nombreuses antilopes, le gérénuk ne passe pas l’essentiel de son temps à brouter de l’herbe. Sa petite bouche et ses lèvres mobiles lui permettent plutôt de prélever précisément des feuilles entre les épines.
Une étude ancienne de contenus stomacaux avait même identifié plus de 80 espèces végétales chez un seul individu. Cela ne signifie pas qu’il commande systématiquement tout le menu, mais montre une alimentation végétale très diversifiée.
La gazelle-girafe peut-elle vivre sans boire ?
Le gérénuk est particulièrement bien adapté aux régions où les points d’eau restent rares et éloignés.
Il récupère l’essentiel de l’humidité nécessaire dans les feuilles, les fleurs, les fruits et les jeunes pousses qu’il consomme. Il peut donc passer de longues périodes sans boire directement dans une mare ou une rivière.
Il serait toutefois excessif d’affirmer que son organisme n’a pas besoin d’eau. Comme tous les mammifères, il en a besoin pour fonctionner, mais il l’obtient principalement par son alimentation plutôt qu’en allant régulièrement boire.
Cette autonomie lui évite de longs déplacements vers les points d’eau, où se concentrent souvent les prédateurs et les autres herbivores.
Comment distinguer le mâle de la femelle ?
Le dimorphisme sexuel reste assez facile à observer : seuls les mâles portent des cornes.
Celles-ci mesurent généralement entre 25 et 44 centimètres. Elles sont annelées, incurvées vers l’arrière, puis leurs extrémités reviennent légèrement vers l’avant.
Les mâles possèdent également un cou plus musclé et un corps un peu plus massif. Les femelles conservent une silhouette plus fine et ne portent aucune corne.
Le gérénuk mesure approximativement de 71 à 94 centimètres au garrot et pèse généralement entre 29 et 50 kilogrammes selon le sexe et les populations.
Le contraste entre les sexes reste moins spectaculaire que chez le nyala, dont le mâle et la femelle semblent presque appartenir à deux espèces différentes. Les cornes du gérénuk paraissent également modestes à côté de celles du grand koudou, capables d’approcher 1,80 mètre en suivant leurs spirales.
Portrait d’un gérénuk, avec sa petite tête, ses grands yeux et ses oreilles largement ouvertes. Crédit photo John Verive/flickr (CC BY-SA 2.0)
Où vit le gérénuk ?
La gazelle-girafe vit dans les régions arides et semi-arides de l’Afrique orientale.
Sa répartition comprend :
- le sud de Djibouti ;
- l’est de l’Éthiopie ;
- la Somalie ;
- le Kenya ;
- le nord-est de la Tanzanie.
Elle fréquente surtout les brousses sèches, les savanes arbustives, les zones couvertes d’acacias et les paysages épineux disposant de suffisamment de végétation ligneuse.
Le gérénuk évite généralement les grandes plaines entièrement dégagées. Les arbres et les buissons lui fournissent à la fois sa nourriture, de l’ombre et des cachettes contre les prédateurs.
Les réserves de Samburu et de Buffalo Springs, dans le nord du Kenya, figurent parmi les lieux les plus connus pour l’observer dans son milieu naturel.
Crédit photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).
Le gérénuk vit-il seul ou en groupe ?
Les mâles adultes sont souvent solitaires et territoriaux. Ils marquent les arbres et les arbustes avec les sécrétions de glandes situées devant leurs yeux.
Les femelles peuvent former de petits groupes composés de quelques adultes et de leurs jeunes. Les jeunes mâles se réunissent parfois en groupes temporaires avant d’établir leur propre territoire.
Le gérénuk reste surtout actif pendant la journée. Lorsqu’un danger approche, il peut se figer derrière un buisson afin de devenir moins visible.
S’il est repéré, il s’enfuit en se faufilant entre les arbres et les arbustes. Sa vitesse maximale, estimée à environ 55 kilomètres par heure, reste inférieure à celle de certaines gazelles des plaines, mais ses changements de direction rendent la poursuite difficile.
Lions, léopards, guépards, hyènes et lycaons peuvent s’attaquer aux adultes. Les jeunes sont également vulnérables aux chacals, aux caracals et aux grands rapaces.
Des suricates surveillant un gérénuk. Crédit photo Loren Javier (CC BY-ND 2.0).
Comment se reproduit la gazelle de Waller ?
La reproduction peut avoir lieu toute l’année, même si la disponibilité de la nourriture influence probablement les périodes de naissance.
Après une gestation d’environ six à sept mois, la femelle donne généralement naissance à un seul petit dans un endroit dissimulé par la végétation.
Pendant les premières semaines, le jeune reste caché et demeure immobile pendant que sa mère part se nourrir. Elle revient plusieurs fois par jour pour l’allaiter et le nettoyer.
La femelle peut également manger les déjections de son petit afin de limiter les odeurs susceptibles d’attirer des prédateurs. La méthode manque peut-être d’élégance, mais son efficacité compte davantage que les bonnes manières lorsque des lions vivent dans le voisinage.
Le jeune commence progressivement à suivre sa mère. Les femelles deviennent autonomes plus rapidement, tandis que les jeunes mâles peuvent rester avec leur mère pendant près de deux ans.
Pourquoi le gérénuk est-il classé Quasi menacé ?
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe actuellement *Litocranius walleri* dans la catégorie **Quasi menacé**, avec une tendance démographique en diminution.
Les principales menaces sont :
- la conversion des brousses en terres agricoles ;
- l’extension des villes, des villages et des routes ;
- la fragmentation des habitats ;
- la chasse et le commerce de viande sauvage ;
- la concurrence avec le bétail dans certaines régions dégradées.
Le gérénuk peut vivre dans des territoires non protégés, mais cette capacité l’expose directement aux transformations des paysages et aux activités humaines.
L’African Wildlife Foundation estime qu’environ 10 % seulement de la population se trouve dans des zones bénéficiant d’un certain niveau de protection. Les réserves publiques et les conservancies communautaires jouent donc un rôle important pour maintenir les corridors entre les différentes populations.
La gazelle-girafe dans son environnement d’Afrique orientale. Crédit photo Regina Hart (CC BY 2.0).
La gazelle-girafe en vidéo
Voici une petite vidéo sur cet élégant mammifère, le gérénuk ou gazelle girafe:
Questions fréquentes sur la gazelle-girafe
Quel est le vrai nom de la gazelle-girafe ?
L’animal est appelé gérénuk, gazelle de Waller, antilope-girafe ou gazelle-girafe. Son nom scientifique est Litocranius walleri.
Pourquoi le gérénuk se tient-il debout ?
Il se dresse sur ses pattes arrière afin d’atteindre des feuilles et de jeunes pousses situées trop haut pour la majorité des petites antilopes.
À quelle hauteur peut-il manger ?
Son long cou et sa posture verticale lui permettent d’atteindre des branches situées jusqu’à environ 2,4 mètres du sol.
Le gérénuk est-il une gazelle ?
Il appartient à la même sous-famille que les gazelles, mais il est aujourd’hui classé dans un genre distinct, Litocranius, et non dans le genre Gazella.
La gazelle-girafe boit-elle de l’eau ?
Elle tire l’essentiel de son eau des végétaux qu’elle consomme et peut rester longtemps sans rejoindre un point d’eau.
Les femelles possèdent-elles des cornes ?
Non. Seuls les mâles portent des cornes annelées et recourbées pouvant atteindre environ 44 centimètres.
Où peut-on voir des gérénuks sauvages ?
Ils vivent dans la Corne de l’Afrique, au Kenya et dans le nord-est de la Tanzanie. Les réserves de Samburu et de Buffalo Springs comptent parmi les sites réputés pour leur observation.
Le gérénuk est-il menacé de disparition ?
L’espèce est classée Quasi menacée et sa population diminue, principalement en raison de la disparition et de la fragmentation de ses habitats.
Sources pour aller plus loin
- Mammal Diversity Database — taxonomie, répartition et statut du gérénuk
- UICN — fiche de conservation de Litocranius walleri
- Los Angeles Zoo — anatomie, alimentation, reproduction et comportement
- San Diego Zoo Wildlife Alliance — hauteur d’alimentation et partage de la végétation
- Animal Diversity Web — régime alimentaire, comportement social et reproduction
- African Wildlife Foundation — menaces, population et conservation du gérénuk
- Rufford Foundation — conservation du gérénuk autour du lac Natron en Tanzanie









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