Des années 1930 aux années 1970, la société américaine Aerolux Light Corporation a produit d’étonnantes ampoules décoratives dans lesquelles apparaissaient des fleurs, des oiseaux, des animaux et toutes sortes de petits motifs lumineux. Une fois allumées, ces créations prenaient des teintes violettes, roses, orangées ou vertes qui leur donnaient davantage l’allure d’un minuscule objet d’art que d’une simple ampoule.
Ces ampoules Aerolux n’étaient d’ailleurs pas conçues pour éclairer réellement une pièce. Leur intérêt était avant tout décoratif : sous le verre se cachait une petite sculpture métallique qui s’illuminait grâce à une décharge électrique dans un gaz à basse pression.
Différents modèles d’ampoules figuratives Aerolux. Crédit image IceHorse (CC BY-SA 1.0).
À retenir
- Les ampoules Aerolux ont été produites à New York principalement entre les années 1930 et les années 1970.
- Les éléments en forme de fleurs ou d’animaux n’étaient pas de simples filaments incandescents, mais des structures métalliques intégrées dans une ampoule à décharge.
- Le verre renfermait du néon, de l’argon ou un mélange de gaz à basse pression.
- Des revêtements phosphorescents permettaient d’obtenir plusieurs couleurs sur un même motif.
- Ces ampoules étaient surtout décoratives et sont aujourd’hui devenues des objets de collection.
Aerolux, des ampoules décoratives fabriquées à New York
Aerolux Light Corporation fabriquait ses ampoules dans une usine de New York. L’entreprise s’est spécialisée dans des lampes à décharge très particulières dont les éléments internes pouvaient prendre la forme de fleurs, d’animaux, de symboles religieux, de personnages ou encore de motifs publicitaires.
Philip J. Kayatt, président d’Aerolux, travaillait déjà sur ce principe au début des années 1930. Un brevet déposé en 1932 et accordé en 1935 décrit ainsi une lampe destinée notamment à la décoration et à la publicité, capable de faire apparaître une silhouette lumineuse dans une enveloppe de verre.
Ces créations appartiennent à une époque où l’électricité était encore volontiers mise en scène comme une nouveauté spectaculaire. Quelques décennies auparavant, elle nourrissait déjà l’imaginaire futuriste d’Albert Robida dans La Vie électrique.
Des fleurs lumineuses, mais pas vraiment des filaments classiques
On parle volontiers de filaments en forme de fleurs pour décrire ces ampoules, et l’expression permet de comprendre immédiatement leur apparence. Leur fonctionnement est toutefois différent de celui d’une ampoule à incandescence classique.
Dans une ampoule traditionnelle, un filament métallique est porté à très haute température jusqu’à devenir lumineux. Une Aerolux fonctionne plutôt comme une lampe à décharge gazeuse.
L’ampoule renferme du néon, de l’argon ou un mélange de gaz à basse pression. Une tension électrique provoque une décharge autour des éléments métalliques placés dans le bulbe.
Certains de ces éléments sont recouverts de phosphores. Excités par la décharge électrique, ces revêtements émettent alors différentes couleurs.
C’est ce procédé qui permet à une même ampoule de faire apparaître, par exemple, des pétales violets avec des feuilles vertes.
Des sculptures miniatures à l’intérieur d’une ampoule
À l’intérieur du bulbe lumineux, toutes sortes de créations pouvaient donc prendre vie.
Les fleurs restent les modèles les plus connus, mais Aerolux a également fabriqué des oiseaux, des animaux, des signes du zodiaque, des personnages et divers motifs fantaisie.
Le Corning Museum of Glass conserve par exemple une Decorative Neon Glow Bulb: Roses fabriquée par Aerolux à New York vers 1950-1960. Haute d’un peu plus de 10 cm, elle contient deux roses stylisées à l’intérieur de son enveloppe de verre.
Le principe était très différent de celui d’une ampoule destinée à illuminer une pièce : l’objectif était surtout de regarder l’ampoule elle-même.
Une logique que l’on retrouve encore aujourd’hui lorsque la lumière devient une composante de l’œuvre, comme dans les boîtes de papier et de lumière de Brittany Otto.
Des ampoules fragiles
Ces éclairages étaient toutefois délicats à manipuler, davantage en tout cas que l’ampoule centenaire de la caserne de Livermore.
Les revêtements phosphorescents déposés sur les éléments métalliques pouvaient s’écailler si l’ampoule était fortement secouée ou soumise à des chocs.
Une partie du motif pouvait alors perdre sa fluorescence tandis que de minuscules fragments de matière se déplaçaient à l’intérieur du bulbe.
Autrement dit, ce n’était clairement pas le genre d’ampoule à ranger en vrac au fond d’un carton.
Des ampoules qui consommaient peu, mais éclairaient peu
Les Aerolux ne demandaient que quelques watts de puissance, généralement autour de 3 à 5 W selon les modèles.
Cette faible consommation ne signifiait cependant pas qu’elles constituaient un éclairage domestique particulièrement efficace : la lumière était principalement concentrée autour des structures décoratives.
Elles servaient surtout de veilleuses, de lampes d’ambiance ou d’objets décoratifs.
Le principe du petit objet qui produit sa propre lumière continue d’ailleurs à inspirer des créations bien plus récentes, comme ces boucles d’oreilles en forme de lampadaire qui s’allument réellement.
De quelques cents à plusieurs centaines de dollars
À l’époque de leur production en grande série, certains modèles Aerolux auraient été commercialisés à des tarifs descendant jusqu’à environ 20 cents.
La situation est évidemment très différente aujourd’hui.
La production originale a disparu et les modèles anciens en bon état sont devenus recherchés par les collectionneurs. Leur valeur dépend du motif, de la rareté, de l’état du revêtement fluorescent et du fait que l’ampoule fonctionne encore.
Certaines Aerolux ont ainsi été proposées ou vendues ces dernières années pour plusieurs centaines de dollars, avec des modèles particulièrement recherchés dépassant parfois les 500 dollars.
Les ampoules Aerolux en vidéo
Photographiées éteintes, les ampoules Aerolux ressemblent déjà à de minuscules sculptures enfermées sous verre. Mais c’est évidemment lorsqu’elles sont mises sous tension que leur fonctionnement devient le plus intéressant.
Les couleurs ne proviennent donc pas d’une série de petites LED cachées dans les fleurs : elles sont directement liées au fonctionnement de la décharge gazeuse et aux matériaux employés dans l’ampoule.
Près d’un siècle après les premiers brevets de Philip J. Kayatt, ces objets restent un étonnant mélange de technique électrique, de design et de décoration vintage.
Sources pour aller plus loin
- Corning Museum of Glass – Decorative Neon Glow Bulb: Roses
- Google Patents – brevet US1989041A de Philip J. Kayatt, 1935
- Wikimedia Commons – Aerolux Figural Light Bulbs Collage
- Colossal – The Timeless Beauty of Vintage Aerolux Light Bulbs
- Architectural Digest – le regain d’intérêt pour les ampoules Aerolux

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