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Les blackhouses d’Écosse, les maisons traditionnelles des Hébrides

Sur l’île de Lewis, dans les Hébrides extérieures, quelques maisons basses aux murs de pierre et aux épais toits de chaume témoignent encore d’un mode de vie aujourd’hui disparu. Ces blackhouses d’Écosse, ou taighean-dubha en gaélique, étaient des habitations rurales conçues pour affronter le vent, la pluie et les hivers de l’Atlantique Nord.

Leur architecture paraît rudimentaire, mais elle répondait avec une grande efficacité aux contraintes locales : murs massifs, matériaux disponibles sur place, feu de tourbe, toit bas et parfois hommes et bétail réunis sous la même couverture. Plusieurs blackhouses sont encore visibles sur l’île de Lewis, notamment à Arnol et à Geàrrannan.

Blackhouse traditionnelle à Gearrannan sur l'île de Lewis en Écosse
Une blackhouse traditionnelle à Gearrannan, sur l’île de Lewis. Crédit photo CaptainOates (CC BY 2.0).

À retenir

  • Les blackhouses sont des maisons traditionnelles surtout associées aux Highlands et aux Hébrides d’Écosse.
  • Leur nom gaélique est taigh-dubh au singulier et taighean-dubha au pluriel.
  • Elles possédaient de gros murs de pierre sèche, un toit de chaume et généralement un foyer de tourbe sans véritable cheminée.
  • Dans de nombreuses blackhouses, humains et bétail vivaient sous le même toit, dans des espaces distincts.
  • La blackhouse n°42 d’Arnol, sur l’île de Lewis, a été habitée jusqu’en 1965 et constitue aujourd’hui l’un des exemples les mieux conservés.
  • À Geàrrannan, plusieurs maisons ont été restaurées et forment aujourd’hui un village patrimonial visitable.

Qu’est-ce qu’une blackhouse ?

Une blackhouse est une maison traditionnelle écossaise que l’on rencontrait notamment dans les Hébrides, les Highlands et certaines régions rurales du nord-ouest de l’Écosse.

Ces constructions sont généralement très basses. Leurs murs extérieurs, épais et arrondis aux angles, sont bâtis en pierre sèche. Ils pouvaient être constitués de deux parements de pierres entre lesquels de la terre ou d’autres matériaux étaient ajoutés pour renforcer l’isolation.

Le toit, posé sur une charpente en bois, était couvert de chaume. Il descendait assez bas et sa forme limitait la prise au vent, un détail loin d’être anecdotique sur des îles régulièrement balayées par les tempêtes de l’Atlantique.

Les matériaux provenaient essentiellement des environs : pierre, terre, bois disponible, chaume et tourbe. Une architecture locale au sens très littéral du terme.

Blackhouses aux murs de pierre et toits de chaume à Gearrannan en Écosse


Des blackhouses restaurées à Gearrannan, dans les Hébrides extérieures. Crédit photo Andrew Bennett (CC BY 2.0).

Les blackhouses s’inscrivent dans une longue tradition d’habitats ruraux conçus pour affronter des paysages difficiles. On retrouve d’ailleurs ce rapport étroit entre maison et environnement dans ces petites maisons isolées dans la nature, dont plusieurs exemples se trouvent dans les Highlands écossais.

Pourquoi les appelle-t-on des « blackhouses » ?

L’origine exacte du terme blackhouse, littéralement « maison noire », n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser.

La fumée du feu de tourbe noircissait effectivement l’intérieur et le chaume, mais ce n’est probablement pas à elle seule l’origine du nom.

Dans les Hébrides, le terme taigh-dubh s’est surtout imposé lorsqu’un nouveau type d’habitation est apparu au XIXe siècle. Ces maisons plus modernes, bâties avec des murs maçonnés à la chaux, des fenêtres et des cheminées, ont été appelées taighean-geala, les « maisons blanches ».

Les anciennes habitations sont alors devenues, par contraste, les « maisons noires ».

L’étymologie reste toutefois discutée, notamment parce qu’un rapprochement a également été proposé entre le gaélique dubh, « noir », et des termes liés à la couverture de chaume.

Une maison adaptée au climat des Hébrides

Une blackhouse devait avant tout résister au climat.

Les murs très épais procuraient une forte inertie thermique et le toit bas limitait l’exposition aux vents violents. Le chaume était maintenu par des cordages, parfois lestés par des pierres.

Au centre de l’espace de vie brûlait généralement un feu de tourbe. Dans les formes traditionnelles, il n’y avait pas de cheminée comparable à celles des maisons modernes.

La fumée se diffusait dans l’intérieur avant de s’échapper progressivement à travers le toit.

Cela rendait évidemment l’atmosphère enfumée, mais présentait aussi quelques avantages pratiques : la fumée contribuait à repousser les insectes et imprégnait le chaume.

Lorsque celui-ci était retiré lors de l’entretien de la toiture, cette matière enrichie de suie pouvait être utilisée dans les champs.

Il serait toutefois trop simple de dire que l’intégralité du toit était remplacée chaque année : du chaume était ajouté ou renouvelé régulièrement, tandis que les réfections complètes étaient moins fréquentes.

Intérieur d'une blackhouse à Arnol sur l'île de Lewis
Intérieur d’une blackhouse traditionnelle à Arnol, sur l’île de Lewis, avec son espace de vie autour du foyer. Source : Wikimedia Commons.

Hommes et animaux vivaient sous le même toit

L’une des particularités des blackhouses est leur organisation intérieure.

La maison pouvait être divisée en plusieurs espaces :
– une pièce de vie pour la famille ;
– une étable pour le bétail ;
– parfois une grange pour les céréales et le stockage.

Cette proximité peut sembler assez déroutante aujourd’hui, mais elle avait une logique pratique. Les animaux étaient protégés du mauvais temps et leur présence contribuait aussi à maintenir un peu de chaleur dans le bâtiment.

À Arnol, la blackhouse n°42 comprend notamment une pièce d’habitation appelée aig an teine, une étable ou bathaich, ainsi qu’une grange, le sabhal.

Les zones réservées au bétail pouvaient disposer de systèmes d’écoulement pour évacuer l’humidité et les déjections.

De la blackhouse à la « white house »

À partir du XIXe siècle et surtout au début du XXe siècle, les blackhouses ont progressivement laissé place à des maisons plus modernes.

Les nouvelles white houses introduisent plusieurs changements importants :
– murs maçonnés au mortier ;
– fenêtres plus grandes et ouvrantes ;
– véritables cheminées ;
– toit plus conventionnel ;
– séparation plus nette entre logement humain et bâtiments agricoles.

À Arnol, l’évolution est particulièrement facile à comprendre puisque la blackhouse n°42 côtoie une white house plus récente.

Cette transition ne s’est pas faite du jour au lendemain. Certaines blackhouses des Hébrides sont restées habitées jusque dans les années 1960 et 1970.

Arnol n°42, une blackhouse conservée presque intacte

Le village d’Arnol, sur la côte ouest de l’île de Lewis, permet de voir l’un des exemples les plus intéressants de blackhouse traditionnelle.

La maison n°42 a été construite au XIXe siècle et est restée occupée jusqu’en 1965.

Lorsque ses habitants l’ont quittée, une grande partie de son aménagement a été conservée, ce qui explique son intérêt actuel.

On y retrouve :
– les murs massifs de pierre ;
– le toit de chaume ;
– le foyer de tourbe ;
– la séparation entre habitation et espaces agricoles.

Le feu de tourbe y est encore entretenu dans le cadre de la présentation patrimoniale du lieu.

Blackhouse d'Arnol sur l'île de Lewis en Écosse


Une blackhouse à Arnol, sur l’île de Lewis. Crédit photo Tdecember / Wikimedia Commons (CC BY 3.0).

La proximité d’Arnol avec des maisons plus modernes permet aussi de comprendre concrètement le passage de la blackhouse à la white house.

Blackhouse numéro 42 à Arnol sur l'île de Lewis
La blackhouse n°42 d’Arnol, aujourd’hui conservée comme monument historique. Source : Wikimedia Commons.

Geàrrannan, un village de blackhouses restauré

À une vingtaine de kilomètres d’Arnol se trouve Geàrrannan, aussi écrit Gearrannan ou Garenin.

Le site rassemble plusieurs blackhouses restaurées dans un spectaculaire paysage côtier.

Les dernières habitations traditionnelles du village ont été abandonnées dans les années 1970. À partir de la fin des années 1980, plusieurs bâtiments ont été restaurés afin de préserver ce patrimoine.

Aujourd’hui, le Geàrrannan Blackhouse Village permet de découvrir :
– des blackhouses restaurées ;
– une maison aménagée comme autrefois ;
– des démonstrations liées au Harris Tweed ;
– une exposition sur la vie rurale des Hébrides ;
– des hébergements aménagés dans certains bâtiments.

Gearrannan Blackhouse Village sur l'île de Lewis en Écosse
Le village de blackhouses de Geàrrannan sur l’île de Lewis. Crédit photo Colin Smith / Geograph / Wikimedia Commons.

Ce type d’architecture nordique utilisant des matériaux disponibles sur place rappelle, dans un autre contexte, Lindarbakki, la petite maison islandaise couverte de gazon qui semble sortir de terre.

Les blackhouses vues du ciel

Vue d’en haut, la logique de leur construction apparaît encore mieux : maisons basses, murs épais et toitures intégrées au relief forment un ensemble presque fondu dans le paysage côtier.

Voici une petite vidéo aérienne prise par un drone du village de Gearrannan:

Où voir des blackhouses sur l’île de Lewis ?

Deux lieux sont particulièrement intéressants.

Geàrrannan Blackhouse Village

Geàrrannan se trouve sur la côte ouest de Lewis, près de Carloway.

Coordonnées approximatives :

58°17′47″ N, 6°47′37″ O

Le site officiel indique environ :
– 45 minutes de route depuis Stornoway ;
– 20 minutes depuis les pierres dressées de Calanais ;
– 1 h 15 environ depuis le terminal de ferry de Tarbert.

Le village possède aujourd’hui un centre d’accueil, un musée, un café, une boutique et plusieurs hébergements aménagés dans des blackhouses restaurées.

Arnol Blackhouse

Arnol se situe plus au nord sur la côte ouest de Lewis.

Coordonnées approximatives :

58°20′56″ N, 6°35′54″ O.

Voici sa position sur Google Maps:

Les-blackhouses-d-Ecosse-black-houses-irlande-arnol-maps.

La blackhouse n°42 et la white house voisine permettent de comprendre en quelques mètres l’évolution de l’habitat rural des Hébrides entre le XIXe et le XXe siècle.

Les blackhouses écossaises ne sont d’ailleurs pas les seules architectures nordiques à avoir transformé des matériaux inattendus en protection contre le climat. Au Danemark, les maisons traditionnelles de l’île de Læsø utilisent même des toits constitués de zostères marines.

Des maisons couvertes de végétation existent aussi en Islande, comme la maison Lindarbakki et son toit de gazon.

Les blackhouses donnent aujourd’hui l’impression de constructions très simples. Elles montrent pourtant une adaptation particulièrement poussée à leur environnement : murs massifs contre le vent, chaume contre le froid, tourbe pour le chauffage et organisation intérieure pensée autour des besoins agricoles. Une architecture née moins d’un souci esthétique que d’une nécessité quotidienne, et devenue depuis l’un des symboles du patrimoine rural des Hébrides.

Sources pour aller plus loin

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