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Les cimetières colorés du Guatemala

Dans les hauts plateaux du Guatemala, certains cimetières ressemblent de loin à des villages miniatures peints en turquoise, rose, jaune, bleu ou vert. À Chichicastenango, l’un des exemples les plus connus, les couleurs ne servent pas seulement à égayer les sépultures : elles s’inscrivent dans une relation aux morts où traditions mayas K’iche’, catholicisme, mémoire familiale et cérémonies continuent de se côtoyer.

Ces cimetières colorés du Guatemala ne répondent pourtant pas tous exactement aux mêmes usages. Chichicastenango, Nebaj ou Quetzaltenango possèdent leurs propres histoires, tandis que les célèbres cerfs-volants géants de la Toussaint appartiennent surtout à Santiago Sacatepéquez et Sumpango. Derrière les photographies éclatantes se cache donc un patrimoine funéraire beaucoup plus riche qu’une simple envie de repeindre les tombes.

Tombes colorées du cimetière de Chichicastenango au Guatemala
Tombes et croix colorées du cimetière de Chichicastenango, dans les hauts plateaux du Guatemala. Crédit photo Ralf Steinberger (CC BY 2.0).

À retenir

  • Les cimetières vivement colorés sont particulièrement présents dans les hauts plateaux du Guatemala.
  • Le cimetière de Chichicastenango, dans le département du Quiché, est l’un des exemples les plus connus.
  • Ses tombes utilisent des couleurs très variées, qui peuvent avoir une valeur symbolique mais aussi correspondre aux préférences des familles ou du défunt.
  • Le cimetière possède deux autels mayas où des cérémonies sont encore régulièrement pratiquées.
  • À l’approche de la Toussaint, des familles repeignent et entretiennent les tombes, puis viennent se recueillir, apporter des fleurs, de la nourriture ou des offrandes.
  • Les célèbres cerfs-volants géants de la Toussaint sont surtout liés à Santiago Sacatepéquez et Sumpango, et non spécifiquement à Chichicastenango.
  • Le savoir-faire des grands cerfs-volants de ces deux communautés est inscrit depuis 2024 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Chichicastenango, un cimetière transformé par la couleur

Chichicastenango se trouve dans le département du Quiché, au cœur des hauts plateaux guatémaltèques. La ville est surtout connue pour son marché et ses traditions mayas K’iche’, mais son cimetière municipal possède lui aussi une identité visuelle immédiatement reconnaissable.

Les sépultures y prennent des formes très différentes : petites constructions ressemblant à des maisons, caveaux plus imposants, croix peintes ou simples tombes basses. Mais ce sont surtout leurs couleurs qui attirent le regard.

Bleu vif, turquoise, jaune citron, rose, vert, rouge, blanc : la pierre grise est clairement en minorité.

Tombes peintes de couleurs vives dans le cimetière de Chichicastenango


Des tombes peintes du cimetière de Chichicastenango, photographiées en 2010. Crédit photo David Dennis (CC BY-SA 2.0).

Le résultat peut rappeler le Cimetière joyeux de Săpânța et ses célèbres croix peintes, mais les deux traditions sont très différentes. En Roumanie, la couleur accompagne des portraits et des épitaphes racontant la vie du défunt ; à Chichicastenango, elle s’inscrit dans un ensemble de pratiques funéraires, familiales et religieuses propres aux hauts plateaux mayas.

Pourquoi les tombes sont-elles peintes de toutes les couleurs ?

Il serait tentant d’imaginer un nuancier officiel des cimetières guatémaltèques : une couleur pour chaque âge, chaque parent et chaque caractère. La réalité est plus souple.

À Chichicastenango, certaines couleurs possèdent traditionnellement une dimension symbolique. Le blanc peut être associé à la pureté, le turquoise à la protection et le jaune à l’énergie du soleil. D’autres usages ont relié certaines teintes à la place occupée dans la famille.

Mais ces correspondances ne constituent pas un code universel appliqué tombe après tombe. Les familles peuvent aussi choisir une couleur appréciée par le défunt ou simplement renouveler la décoration selon leurs propres préférences.

Sépultures colorées du cimetière de Chichicastenango au Guatemala
Une partie du cimetière coloré de Chichicastenango, avec plusieurs styles de sépultures et une palette pour le moins éloignée du gris funéraire. Crédit photo Richard Liblanc (CC BY 2.0).

La couleur n’efface donc pas le deuil. Elle permet plutôt de personnaliser la tombe et d’inscrire le défunt dans un paysage funéraire qui reste intimement lié à la communauté.

Un cimetière où traditions mayas et catholicisme cohabitent

Chichicastenango offre depuis longtemps l’un des exemples les plus visibles du syncrétisme religieux guatémaltèque.

Les pratiques catholiques introduites après la conquête espagnole y coexistent avec des rites mayas bien plus anciens. Cette combinaison est particulièrement visible autour de l’église Santo Tomás, mais également dans le cimetière.

L’Institut guatémaltèque du tourisme indique que le cimetière municipal possède deux autels mayas où des cérémonies sont régulièrement organisées.

Bougies, fumée, encens, fleurs et offrandes peuvent ainsi apparaître entre les tombes colorées.

Cérémonie autour d’un feu dans le cimetière de Chichicastenango


Un officiant entretient un feu cérémoniel dans le cimetière de Chichicastenango. Crédit photo David Dennis (CC BY-SA 2.0).

Ce mélange de spiritualités explique pourquoi le lieu ne peut pas être résumé à une curiosité touristique particulièrement photogénique. Il s’agit toujours d’un cimetière actif et d’un espace rituel.

À la Toussaint, les familles reviennent auprès des morts

La période autour du 1er novembre donne une dimension particulière aux cimetières du Guatemala.

À Chichicastenango, des familles nettoient et repeignent les tombes avant la Toussaint. Elles reviennent ensuite auprès de leurs proches avec des fleurs, des bougies et parfois de la nourriture.

Le principe n’est pas de transformer le cimetière en fête foraine funéraire. Le repas, les paroles adressées aux ancêtres et les offrandes prolongent plutôt le lien entre la famille vivante et ceux qui l’ont précédée.

Familles et offrandes dans le cimetière de Chichicastenango au Guatemala
Des habitants réunis au cimetière de Chichicastenango autour d’un feu cérémoniel, de fleurs et d’offrandes. Crédit photo Ralf Steinberger (CC BY 2.0).

Le photographe Ralf Steinberger décrit notamment des familles mangeant auprès des tombes et parlant à leurs ancêtres. Dans ce contexte, le cimetière reste moins une frontière hermétique entre vivants et morts qu’un lieu où la mémoire familiale continue à être entretenue très concrètement.

Le cimetière fait partie du paysage de Chichicastenango

Le cimetière municipal se trouve à l’est du centre de Chichicastenango.

Depuis certaines rues, ses tombeaux colorés apparaissent sur la colline comme une accumulation de petites constructions peintes.

Cimetière coloré de Chichicastenango sur une colline du Guatemala
Le cimetière de Chichicastenango visible sur la colline depuis les rues de la ville. Crédit photo Greg Willis (CC BY-SA 2.0).

Les coordonnées du secteur central du cimetière sont approximativement :

14.9433, -91.1159

soit environ :

14°56′36″ N, 91°06′57″ O. Voici sa position sur Google Maps:

cimetiere colore Chichicastenango guatemala maps

INGUAT présente officiellement le lieu comme un point d’intérêt culturel, mais la visite demande évidemment un peu plus de retenue que celle d’un monument ordinaire. Des familles viennent réellement s’y recueillir et des cérémonies peuvent s’y dérouler.

Nebaj : des tombes colorées dans une région marquée par la guerre civile

Les cimetières vivement peints ne se limitent pas à Chichicastenango.

On en rencontre notamment à Nebaj, plus au nord dans le département du Quiché. La ville se trouve au cœur de la région Ixil, profondément touchée par le conflit armé interne guatémaltèque, particulièrement au début des années 1980.

Cette histoire donne à certaines sépultures une portée différente de l’image simplement pittoresque du « cimetière multicolore ».

Tombes colorées du cimetière de Nebaj dans le département du Quiché


Le cimetière de Nebaj, dans la région Ixil du Guatemala. Crédit photo Murray Foubister (CC BY-SA 2.0).

Cette photographie mérite donc d’être conservée avec son contexte, plutôt que comme simple variation supplémentaire sur le thème « regardez comme les tombes sont jolies ».

Les cimetières colorés ne sont pas propres à une seule ville

Chichicastenango est le plus célèbre, mais l’usage de couleurs vives se retrouve dans plusieurs communautés des hauts plateaux.

L’INGUAT décrit d’ailleurs les tombes peintes de couleurs voyantes comme une coutume caractéristique de l’Altiplano.

On en trouve notamment autour de Nebaj et dans d’autres localités du Quiché, mais également dans la région de Quetzaltenango, dont la ville principale est couramment appelée Xela.

Cela permet aussi de corriger une confusion fréquente : Chichicastenango n’est pas un département. La ville appartient au département du Quiché, tandis que Quetzaltenango désigne à la fois une ville et son département. Sololá est, lui, un autre département voisin des hauts plateaux occidentaux.

Des tombes comme œuvres d’art à ciel ouvert

Le Guatemala n’est évidemment pas le seul endroit où les sépultures prennent une dimension artistique.

Mais les couleurs de Chichicastenango produisent un contraste particulièrement fort avec les grands cimetières monumentaux européens. À Gênes, par exemple, le cimetière de Staglieno transforme les tombeaux en véritables sculptures de marbre.

À Chichicastenango, l’effet vient moins du luxe des matériaux que de l’accumulation des couleurs, de la diversité des formes et du fait que les tombes continuent à être repeintes et entretenues.

La beauté du lieu n’est donc pas celle d’une nécropole-musée figée dans le passé. Elle évolue avec les familles.

Et les immenses cerfs-volants de la Toussaint ?

Les cerfs-volants géants sont souvent associés dans les articles touristiques aux cimetières colorés du Guatemala. La relation avec les morts est bien réelle, mais la tradition la plus célèbre ne vient pas de Chichicastenango.

Elle est particulièrement liée à deux municipalités du département de Sacatepéquez : Santiago Sacatepéquez et Sumpango.

Chaque année autour de la Toussaint, les communautés réalisent d’immenses cerfs-volants, ou barriletes gigantes, couverts de dessins et de motifs extrêmement détaillés.

Cerfs-volants géants du festival de Sumpango au Guatemala
Les grands cerfs-volants colorés présentés lors du festival de Sumpango, au Guatemala. Crédit photo Mario V. Guerra / Salmonnegro (CC BY-SA 4.0).

La tradition associe ces constructions à la mémoire des défunts et au lien avec les ancêtres. Certaines pièces peuvent atteindre des dimensions spectaculaires et demandent des semaines ou des mois de travail collectif.

En 2024, l’UNESCO a inscrit la « technique de fabrication des cerfs-volants géants de Santiago Sacatepéquez et Sumpango » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Voilà donc un lien authentique avec la Toussaint guatémaltèque, mais à quelques dizaines de kilomètres des tombes colorées de Chichicastenango.

Pourquoi ces cimetières paraissent-ils si différents des nôtres ?

Une grande partie de l’étonnement vient probablement de nos propres habitudes.

Dans beaucoup de cimetières européens, le granit gris, le marbre sombre et les couleurs discrètes dominent. Dans plusieurs communautés guatémaltèques, une tombe jaune vif, turquoise ou rose n’est pas nécessairement perçue comme contradictoire avec le respect dû aux morts.

La couleur peut exprimer une appartenance familiale, une mémoire personnelle, une préférence esthétique ou une symbolique religieuse.

Elle rappelle surtout qu’il n’existe pas une seule façon universelle de matérialiser le souvenir des morts.

C’est ce que montrent également ces tombes insolites imaginées ailleurs dans le monde, où l’humour, l’architecture ou la personnalité du défunt prennent parfois le dessus sur les conventions funéraires.

Visiter le cimetière de Chichicastenango avec discrétion

Le cimetière se visite et figure même parmi les points d’intérêt signalés par l’Institut guatémaltèque du tourisme.

Mais il reste avant tout un véritable cimetière et un lieu rituel.

Photographier l’ensemble depuis les allées ou depuis l’extérieur ne pose pas les mêmes questions que de braquer un objectif sur une cérémonie, une famille ou un moment de recueillement.

La bonne règle est assez simple : regarder les tombes comme un patrimoine culturel, mais les personnes comme des personnes.

Le même principe vaut d’ailleurs dans d’autres nécropoles devenues célèbres auprès des voyageurs, comme le très orné cimetière de Bonaventure à Savannah : beauté du lieu ou pas, personne n’a jamais demandé à devenir décor de vacances.

Cimetière coloré de Chichicastenango au Guatemala
Vue du cimetière de Chichicastenango, dans les hauts plateaux du Guatemala. Crédit photo dave massie (CC BY 2.0).

Vidéo de Chichicastenango et de son cimetière

Une vue aérienne permet de mieux comprendre la position du cimetière coloré dans la ville de Chichicastenango :

Des cimetières où la couleur entretient la mémoire

Les cimetières colorés du Guatemala attirent d’abord pour leur esthétique. Il est difficile de passer devant des dizaines de tombes turquoise, roses ou jaunes sans sortir l’appareil photo.

Mais à Chichicastenango comme à Nebaj, ces couleurs appartiennent à des lieux encore pleinement intégrés à la vie des communautés. On repeint les sépultures, on revient voir les morts, on apporte des fleurs, on allume des feux ou des bougies et l’on continue à inscrire les disparus dans la vie familiale.

Le spectacle est moins étrange lorsqu’on le regarde ainsi. Ce ne sont pas vraiment des cimetières qui refusent d’être tristes : ce sont surtout des cimetières où le souvenir des morts n’a jamais reçu l’obligation réglementaire d’être peint en gris.

Cimetière de Chichicastenango au Guatemala
Vue du cimetière de Chichicastenango, dans les hauts plateaux du Guatemala. Crédit photo Ben Norvell (CC BY 2.0).

Sources pour aller plus loin

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2 commentaires sur “Les cimetières colorés du Guatemala”

  1. festivités lors d’un décés, eux, au moins, ils sont cohérents : si tu crois au paradis, on ne peut que se réjouir de savoir que son proche est au paradis, non ?

    enfin, si on croit vraiment au paradis et que l’on ne pense pas égoïstement à soi (bashing catho inside) ^^

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