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Les Voyageurs de Bruno Catalano, ces sculptures déchirées par le vide

Dans cette vidéo des Galeries Bartoux, Bruno Catalano ouvre les portes de son atelier et présente son travail autour des Voyageurs, ces personnages de bronze dont une partie du corps semble s’être effacée en chemin.

Les personnages de Bruno Catalano semblent avoir perdu une partie de leur corps en chemin. Leurs pieds restent solidement ancrés au sol, leur tête et leur buste sont encore là, une valise accompagne souvent leur marche, mais entre les deux s’ouvre un vide parfois immense. Ces silhouettes en bronze appartiennent à sa série emblématique Les Voyageurs.

Derrière leur apparence impossible se cache une histoire intimement liée à celle du sculpteur français. Le voyage, l’exil, ce que l’on emporte avec soi et ce que l’on laisse derrière sont au cœur de ces œuvres. Et cette manière très particulière de déchirer ses personnages n’était, à l’origine, même pas prévue.

À retenir

  • Bruno Catalano est né au Maroc en 1960 et s’est installé avec sa famille à Marseille à l’âge de dix ans.
  • Sa série Les Voyageurs débute en 1995.
  • La spectaculaire déchirure de ses personnages apparaît en 2004 à la suite d’un accident de coulée.
  • Le vide évoque notamment le voyage, le déracinement, la séparation et ce que chacun transporte de son histoire.
  • Les valises ne sont pas seulement symboliques : elles participent également à la construction et à l’équilibre visuel de plusieurs sculptures.
  • En septembre 2013, une dizaine de Voyageurs ont été exposés à Marseille dans le cadre de Marseille-Provence 2013.

Qui est Bruno Catalano ?

Bruno Catalano est né au Maroc en 1960, dans une famille aux origines franco-italiennes. À dix ans, il quitte le pays avec sa famille pour s’installer à Marseille.

Avant de devenir sculpteur, son parcours prend justement des allures de voyage. Formé au métier d’électricien par son père, il commence à travailler à vingt ans sur des bateaux pour une compagnie maritime, puis rejoint la SNCM. Cette expérience de la mer et du déplacement laissera une trace durable dans son travail artistique.

Il commence à travailler l’argile en 1991, fréquente un atelier de modelage et de dessin à Marseille et poursuit en grande partie sa formation en autodidacte. En 1995, il ouvre son premier atelier marseillais.

C’est cette même année que débute Les Voyageurs, une série qu’il poursuit encore plusieurs décennies plus tard.

Les Voyageurs, des sculptures traversées par le vide

Au premier regard, les personnages de Bruno Catalano semblent défier quelques règles élémentaires de l’anatomie, et parfois même de la gravité.

Ce sont des hommes, des femmes ou des enfants représentés de manière figurative, généralement debout ou en mouvement. Pourtant, une grande partie de leur torse a disparu. Le paysage visible derrière la sculpture traverse littéralement leur corps.

Il ne reste parfois qu’une jambe, quelques fragments du torse, une épaule et une liaison étonnamment étroite entre les différentes parties de la statue.

La plupart de ces personnages transportent également un sac ou une valise. Ce bagage devient l’un des signes distinctifs des Voyageurs.

Une déchirure née d’un accident en 2004

Le plus étonnant est que cette construction spectaculaire n’était pas prévue lorsque Bruno Catalano a commencé sa série.

Selon la biographie officielle de l’artiste, le tournant survient en 2004 à la suite d’un accident de coulée. Une brèche apparaît dans le corps d’une sculpture en bronze.

Plutôt que de considérer la pièce comme perdue, Bruno Catalano exploite cet accident. Le vide devient progressivement un élément essentiel de son langage artistique.

Les premières figures relativement classiques laissent alors place à ces corps incomplets qui feront connaître son travail : des silhouettes dont une partie semble avoir été arrachée au cours de leur voyage.

Que signifie le vide dans les sculptures de Bruno Catalano ?

Il est tentant de voir ces personnages comme des voyageurs partis à la recherche de la partie manquante d’eux-mêmes. Mais les œuvres de Bruno Catalano permettent une lecture plus large.

Le parcours personnel du sculpteur fournit une première clé. Enfant, il a connu le départ du Maroc et l’installation en France. Adulte, il a travaillé sur des navires avant de consacrer sa vie à la sculpture.

Le déplacement, le déracinement, la séparation et le bagage que chacun transporte avec lui traversent ainsi toute la série.

La valise matérialise ce que le personnage emporte. Le vide peut, lui, évoquer ce qui a été abandonné, perdu ou transformé par le départ.

Mais les Voyageurs ne racontent pas une histoire complètement fermée. On ignore généralement d’où viennent ces personnages, où ils vont et ce que contient leur bagage. Cette absence de récit précis permet à chacun d’y projeter sa propre expérience du voyage.

Comment ces sculptures peuvent-elles tenir debout ?

C’est probablement la deuxième question qui vient à l’esprit après « pourquoi leur manque-t-il la moitié du corps ? ».

Car ces œuvres sont réalisées en bronze, un matériau qui ne pardonne guère les fantaisies avec l’équilibre.

La difficulté augmente avec les sculptures monumentales, dont certaines atteignent plusieurs mètres. Les différentes parties visibles doivent rester reliées malgré l’immense espace vide qui les sépare.

Dans plusieurs Voyageurs, la valise participe à cette liaison. Elle n’est donc pas seulement un symbole du départ : elle contribue à la construction d’une silhouette qui paraît physiquement impossible.

Le résultat joue constamment entre masse et absence de matière. De face comme de profil, le décor situé derrière l’œuvre devient lui-même une partie de la sculpture.

Les Voyageurs de Bruno Catalano à Marseille en 2013

L’histoire de Bruno Catalano est étroitement liée à Marseille et c’est justement dans cette ville que Les Voyageurs ont bénéficié d’une exposition particulièrement remarquée en septembre 2013.

Dans le cadre de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, une dizaine de personnages en bronze ont été installés place Villeneuve-Bargemon, devant le Pavillon M et à proximité du Vieux-Port.

Ces silhouettes grandeur nature, avec leurs valises et leurs énormes portions de corps absentes, prenaient une dimension particulière dans une ville portuaire historiquement liée aux départs et aux arrivées.

Pour Bruno Catalano, cette exposition avait également une résonance personnelle : Marseille avait été la ville de son arrivée en France puis celle de ses débuts artistiques.

L’exposition s’est achevée à la fin du mois de septembre 2013, mais les Voyageurs ont depuis continué leur route.

Des Voyageurs désormais exposés dans le monde entier

La série a largement dépassé Marseille.

Au fil des années, des sculptures monumentales de Bruno Catalano ont notamment été présentées à Paris, Venise, Arcachon, Sydney, New York ou encore Gênes.

En 2019, plusieurs œuvres ont ainsi investi différents lieux de Venise dans le cadre de l’exposition Poser ses valises. En 2024, d’autres Voyageurs ont été installés sur Park Avenue à New York et à Gênes.

Bruno Catalano continue parallèlement à travailler sur cette série commencée en 1995. Le motif a évolué, les personnages ont changé et les dimensions sont devenues parfois monumentales, mais le principe reste immédiatement reconnaissable : un être humain, un bagage et un immense morceau d’absence.

La vidéo des Galeries Bartoux présentée au début de cet article permet justement de découvrir Bruno Catalano dans son atelier et de voir ces sculptures autrement que comme de simples prouesses visuelles.

Dans un registre très différent, le bronze peut également donner naissance aux danseuses de bronze de Jonathan Hateley, dont les silhouettes associent corps humains et formes végétales.

Et pour remonter beaucoup plus loin dans l’histoire de la sculpture monumentale, découvrez aussi le Cavalier de bronze et son gigantesque socle taillé dans la pierre de Tonnerre.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Les Voyageurs de Bruno Catalano, ces sculptures déchirées par le vide”

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