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Lucid Stead, la cabane de miroirs qui semblait disparaître dans le désert

Dans le désert californien, une vieille cabane en bois paraît avoir perdu plusieurs morceaux de ses murs. À travers les ouvertures, le sable, les buissons et les montagnes semblent se poursuivre sans interruption, comme si le bâtiment était devenu partiellement transparent.

Cette illusion porte le nom de Lucid Stead. En 2013, l’artiste américain Phillip K. Smith III a transformé une ancienne cabane de colon située près de Joshua Tree en remplaçant certaines parties de son bardage par des miroirs.

Le jour, la construction se fondait dans le paysage comme un mirage. À la tombée de la nuit, ses portes et ses fenêtres se remplissaient lentement de couleurs. La discrète ruine du désert prenait alors l’apparence d’un étrange signal lumineux posé au milieu de nulle part.

Lucid Stead, cabane en bois et en miroirs dans le désert de Joshua Tree
Lucid Stead, installation de Phillip K. Smith III près de Joshua Tree en 2013. Photo : Cbaldwin82, licence CC BY-SA 4.0.

À retenir

Lucid Stead était une installation artistique temporaire créée en 2013 par Phillip K. Smith III près de Joshua Tree, en Californie.

L’artiste a utilisé une cabane abandonnée vieille d’environ 70 ans. Il a associé ses planches patinées à des miroirs en verre et en acrylique, un éclairage LED, des tubes fluorescents, des composants électroniques programmés et une alimentation solaire.

La construction mesurait environ 4,3 mètres de large, 6,2 mètres de long et 2,9 mètres de haut.

Lucid Stead n’existe plus sous cette forme et ne peut pas être visitée. Certains de ses éléments ont toutefois été réutilisés dans des œuvres ultérieures de l’artiste.

Qu’est-ce que Lucid Stead ?

Lucid Stead n’était pas une maison en verre, ni une cabane entièrement recouverte de miroirs. Phillip K. Smith III est intervenu sur une petite habitation abandonnée déjà présente sur une parcelle désertique située près de la localité de Joshua Tree.

La structure était une homesteader shack, c’est-à-dire une modeste cabane associée à l’histoire de la colonisation et de l’occupation des terres du désert californien. De nombreux bâtiments de ce type ont été construits dans la région au cours du XXe siècle, parfois avec des moyens très rudimentaires.

La cabane utilisée par Smith avait environ 70 ans au moment de la création de l’œuvre. Ses planches décolorées, son bois irrégulier et son état général témoignaient déjà de plusieurs décennies d’exposition au soleil, au vent et aux écarts de température.

Plutôt que de restaurer la construction ou de masquer son vieillissement, l’artiste a conservé cette apparence fragile. Le bois ancien formait ainsi un contraste essentiel avec la surface parfaitement lisse des miroirs et la précision de l’éclairage électronique.

Dans la même région, l’architecte Kendrick Bangs Kellogg a suivi une démarche très différente avec Desert House, une maison organique intégrée aux rochers de Joshua Tree. Lucid Stead ne cherchait pas à devenir une habitation confortable : elle utilisait au contraire une ruine existante comme support d’une expérience visuelle.

Comment les miroirs rendaient-ils la cabane presque invisible ?

L’artiste a retiré certaines bandes horizontales du bardage et les a remplacées par des miroirs. Ces surfaces réfléchissaient le sol, la végétation, le ciel et les montagnes situées autour du bâtiment.

Depuis certains angles, les bandes de paysage réfléchies s’alignaient avec l’environnement visible derrière la cabane. Le regard avait alors l’impression que plusieurs portions de la construction avaient disparu.

L’effet ne reposait donc pas sur une véritable transparence, mais sur un camouflage optique par réflexion. Il changeait constamment selon la position du spectateur, l’heure de la journée, la luminosité et la couleur du ciel.

Une personne se déplaçant de quelques mètres pouvait voir une bande de miroir refléter successivement le sable, une montagne, une silhouette ou un fragment de ciel. La cabane ne disparaissait jamais complètement : elle oscillait entre présence matérielle et mirage.

Alyson Shotz utilise un principe comparable avec une clôture recouverte de miroirs qui se camoufle dans son environnement. Dans les deux cas, l’objet demeure bien réel, mais il emprunte les couleurs et les formes du paysage pour perturber la perception de ses limites.

Une œuvre construite avec le paysage

Pour Phillip K. Smith III, les miroirs ne servaient pas uniquement à créer une photographie spectaculaire. Ils forçaient surtout le visiteur à regarder plus attentivement ce qui entourait la cabane.

Une même surface pouvait refléter une lumière jaune le matin, un ciel bleu intense en milieu de journée, puis une teinte orangée à l’approche du coucher du soleil. Le désert devenait ainsi l’un des matériaux de l’installation.

Lucid Stead changeait sans moteur et sans déplacement physique. Le mouvement venait du soleil, des nuages, du spectateur et de la lente transformation de la lumière naturelle.

L’œuvre s’inscrivait dans une démarche fondée sur quatre éléments régulièrement évoqués par l’artiste : la lumière et l’ombre, la lumière réfléchie, la lumière projetée et le changement.

Cette utilisation du miroir comme ouverture sur le paysage rappelle également les installations réfléchissantes de Shirin Abedinirad. Ses œuvres peuvent donner l’impression d’ouvrir le sol, une porte ou une sculpture sur le ciel environnant.

Pourquoi Lucid Stead changeait-elle de couleur la nuit ?

Lorsque le soleil descendait derrière les montagnes, les bandes de miroir perdaient progressivement leur efficacité. Le désert ne disparaissait pas, mais il devenait trop sombre pour produire les mêmes reflets.

Un second dispositif prenait alors le relais.

Les portes et les fenêtres de la cabane étaient équipées de lumières LED et de tubes fluorescents reliés à un programme électronique. Les couleurs changeaient lentement, sans clignotement brutal ni succession frénétique.

Une ouverture pouvait paraître bleue depuis un point de vue, puis verte ou violette quelques instants plus tard. Les différentes surfaces colorées se répondaient et semblaient flotter dans l’obscurité.

L’intérieur recevait également une lumière blanche qui révélait les poutres diagonales et la structure du bâtiment. La cabane, presque effacée pendant la journée, retrouvait alors une présence très nette.

Lucid Stead éclairée en bleu, orange et vert au crépuscule dans le désert


Les ouvertures colorées de Lucid Stead au crépuscule. Photo : Cbaldwin82, licence CC BY-SA 4.0.

Une cabane alimentée par l’énergie solaire

Le site se trouvait dans une zone isolée du désert, sans installation électrique adaptée à une œuvre lumineuse de ce type.

Phillip K. Smith III a donc utilisé un ensemble de panneaux solaires pour alimenter les lampes, les composants électroniques et le programme qui contrôlait les changements de couleur.

Le dispositif associait ainsi une structure rudimentaire vieille de plusieurs décennies à des technologies contemporaines : miroirs en acrylique, éclairage programmable, électronique sur mesure et énergie solaire.

L’installation complète comprenait notamment du contreplaqué, des miroirs en verre, des miroirs acryliques, des LED, des tubes fluorescents et des équipements électroniques conçus pour le projet.

Une œuvre conçue pour ralentir le regard

Lucid Stead a surtout été pensée comme une expérience du temps.

Dans une ville, un écran lumineux attire généralement l’attention par sa vitesse, sa luminosité ou ses changements rapides. Ici, les transitions étaient lentes et dépendaient en partie du rythme naturel du désert.

Il fallait rester devant la cabane pour remarquer que les reflets s’étaient déplacés, qu’une couleur avait glissé vers une autre ou que le bâtiment avait commencé à émerger de l’obscurité.

L’œuvre invitait ainsi le spectateur à s’accorder au calme, à la solitude et aux changements progressifs de l’environnement. Elle ne montrait pas seulement une cabane transformée : elle rendait perceptibles des variations lumineuses que l’on remarque rarement en passant rapidement.

Le désert de Joshua Tree a également servi de terrain de jeu à Ari Fararooy pour ses autoportraits surréalistes réalisés avec des miroirs dans le paysage. Chez Smith, le reflet ne sert cependant pas à multiplier une silhouette humaine, mais à fragmenter l’architecture et le territoire.

Lucid Stead existe-t-elle toujours ?

Non. Lucid Stead était une installation temporaire et ne constitue pas aujourd’hui une attraction ouverte aux visiteurs.

La présentation publique de 2013 s’est déroulée pendant deux week-ends au mois d’octobre. L’œuvre a ensuite été démontée et la cabane n’a pas conservé son apparence de construction zippée par des bandes de paysage.

Il ne faut donc pas chercher son adresse précise ni tenter de rejoindre le site : il s’agit d’une propriété privée et l’installation visible sur les photographies n’existe plus sous cette forme.

Les deux images libres utilisées dans cet article ont été prises les 13 et 19 octobre 2013, pendant la courte période où le public pouvait découvrir le projet.

Que sont devenus les éléments de la cabane ?

Phillip K. Smith III n’a pas abandonné toutes les parties ajoutées à Lucid Stead.

Les quatre fenêtres et la porte originales ont notamment été réutilisées dans Lucid Stead: Four Windows and a Doorway, une installation présentée en galerie en 2016.

L’artiste a orienté les surfaces colorées les unes vers les autres. Les lumières se reflétaient alors à l’infini et se mélangeaient dans l’espace intérieur, sans le désert et sans la cabane.

D’autres fragments de bois ont nourri la série Lucid Stead Elements. L’œuvre temporaire a ainsi donné naissance à plusieurs sculptures et installations autonomes.

Lucid Stead a également joué un rôle important dans la carrière de Smith. Le projet a largement circulé dans la presse et sur internet, puis l’artiste a poursuivi ses recherches avec des installations monumentales associant miroirs, lumière et environnement.

Qui est Phillip K. Smith III ?

Phillip K. Smith III est un artiste américain né en Californie en 1972. Il a suivi une double formation en art et en architecture à la Rhode Island School of Design.

Son travail utilise principalement la lumière, la couleur, les surfaces réfléchissantes et les caractéristiques propres à chaque lieu. Certaines œuvres se présentent comme de grandes installations extérieures, tandis que d’autres prennent la forme de sculptures lumineuses destinées aux musées et aux galeries.

Lucid Stead reste l’un de ses projets les plus connus. L’installation réunissait déjà plusieurs thèmes qui structurent toujours son travail : la transformation lente, la perception de l’espace, la relation entre architecture et paysage et l’utilisation de la lumière comme matériau.

Lucid Stead en vidéo

La vidéo officielle permet de comprendre beaucoup plus clairement les changements de lumière, impossibles à restituer complètement avec deux photographies fixes.

Questions fréquentes sur Lucid Stead

Lucid Stead était-elle réellement transparente ?

Non. Certaines bandes de bois avaient été remplacées par des miroirs qui reflétaient le désert. Depuis les bons angles, les reflets se confondaient avec le paysage et donnaient l’impression que des parties de la cabane étaient transparentes.

Où se trouvait Lucid Stead ?

L’installation se trouvait sur une propriété privée située dans le désert californien, près de Joshua Tree. Son emplacement précis n’a pas vocation à devenir un lieu touristique.

Peut-on encore visiter la cabane ?

Non. Lucid Stead était une œuvre temporaire présentée en 2013. Elle a été démontée et n’existe plus sous la forme visible sur les photographies.

Quelle était la taille de Lucid Stead ?

La structure mesurait environ 4,3 mètres de large, 6,2 mètres de long et 2,9 mètres de haut.

Comment les lumières fonctionnaient-elles ?

Des LED, des tubes fluorescents et des composants électroniques programmés produisaient de lentes transitions colorées dans les portes et les fenêtres. L’ensemble recevait son énergie de panneaux solaires.

Qui a créé Lucid Stead ?

L’installation a été créée par Phillip K. Smith III, artiste américain formé à l’art et à l’architecture et connu pour ses œuvres utilisant la lumière, les miroirs et les paysages.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Lucid Stead, la cabane de miroirs qui semblait disparaître dans le désert”

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