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Palmenti de Pietragalla : les anciens pressoirs à vin aux airs de village de hobbits

À l’entrée de Pietragalla, en Basilicate, un groupe de petites constructions de pierre semble sortir directement de la colline. Leurs portes basses, leurs façades arrondies et leurs toits couverts d’herbe donnent au site l’apparence d’un village de hobbits égaré dans le sud de l’Italie.

Ces édifices semi-enterrés ne servaient pourtant pas d’habitations. Les Palmenti de Pietragalla formaient un véritable quartier consacré à la vinification, où le raisin était foulé, le moût récupéré puis mis à fermenter avant d’être transporté dans les caves du village.

Vue générale des Palmenti de Pietragalla aux toits couverts d’herbe
Vue générale des Palmenti de Pietragalla. Crédit photo Vanguardiala (CC BY-SA 4.0 DEED).

À retenir

  • Les Palmenti de Pietragalla se trouvent en Basilicate, dans la province de Potenza.
  • Ils ressemblent à de petites maisons, mais servaient à transformer le raisin en vin.
  • Chaque palmento contenait plusieurs cuves placées à des niveaux différents.
  • Le raisin était foulé dans la cuve supérieure et le moût s’écoulait par gravité vers les cuves inférieures.
  • Les constructions semi-enterrées profitaient de l’inertie thermique de la roche et de la terre.
  • Les sources ne s’accordent pas sur une date unique : le site s’est développé et transformé sur plusieurs siècles.
  • Environ 200 structures composent aujourd’hui le Parco Urbano dei Palmenti.
  • Le parc extérieur est actuellement accessible librement.

Que sont les Palmenti de Pietragalla ?

Le mot italien palmento, dont le pluriel est palmenti, désigne une installation utilisée pour fouler le raisin et recueillir le moût. À Pietragalla, ces installations ont pris la forme de petites constructions rupestres, creusées ou aménagées dans une roche relativement tendre.

Les Palmenti sont regroupés sur un versant situé à l’est du centre ancien. L’ensemble forme aujourd’hui le Parco Urbano dei Palmenti, un paysage mêlant architecture rurale, terre, végétation et mémoire viticole.

Les façades visibles ne représentent qu’une petite partie de chaque structure. Une grande partie du volume intérieur se trouve sous la terre ou dans la roche, ce qui explique leur aspect de terriers géants soigneusement maçonnés.

Chemin passant entre plusieurs Palmenti de Pietragalla


Un passage entre les constructions semi-enterrées de Pietragalla. Crédit photo Mngon (Giuseppe Cillis) (CC BY-SA 4.0 DEED).

Des maisons de hobbits qui n’étaient pas des maisons

La comparaison avec un village de hobbits vient naturellement à l’esprit. Les ouvertures arrondies, les façades de pierre et les toitures végétalisées pourraient presque accueillir quelques habitants de la Comté.

Cette ressemblance reste toutefois purement visuelle. Contrairement aux habitations troglodytiques de Matera ou aux maisons creusées dans la roche volcanique de Kandovan, les Palmenti n’étaient pas conçus pour loger des familles.

Ils formaient des espaces de travail saisonniers. Pendant les vendanges, les habitants y apportaient le raisin récolté dans les vignobles environnants. Le reste de l’année, les petites constructions retrouvaient leur calme, avec pour seuls occupants les cuves, les outils et une persistante odeur de cave.

Façade en pierre d’un palmento de Pietragalla avec une petite porte

Comment le vin était-il produit dans les Palmenti ?

L’intérieur d’un palmento comportait généralement plusieurs cuves creusées dans la roche et disposées à des hauteurs différentes. Cette organisation utilisait simplement la pente et la gravité, sans pompe ni installation électrique.

Le processus suivait plusieurs étapes :

  • les raisins étaient transportés jusqu’au site après les vendanges ;
  • ils étaient déposés et foulés dans la cuve située au niveau supérieur ;
  • le jus et le moût s’écoulaient vers une cuve placée plus bas ;
  • la fermentation pouvait s’y poursuivre pendant environ quinze à vingt jours ;
  • le vin était ensuite versé dans des récipients ou des tonneaux ;
  • les tonneaux étaient transportés vers les caves du centre ancien pour la maturation et la conservation.

Les Palmenti n’étaient donc pas de simples caves. Ils correspondaient à la partie du cycle durant laquelle le raisin devenait du vin. Le stockage prolongé intervenait ailleurs, dans les cavités du village.

Pietragalla (PZ), 2002, Borgo dei Palmenti.

Pourquoi les Palmenti ont-ils été construits sous terre ?

Leur implantation semi-enterrée répondait à des besoins très concrets. La masse de la roche et de la terre limitait les variations rapides de température à l’intérieur. Les vendangeurs pouvaient ainsi travailler dans un environnement moins exposé à la chaleur de la journée ou au froid nocturne.

Une petite ouverture aménagée dans certaines façades complétait l’entrée principale et favorisait la circulation de l’air. Cette ventilation était importante dans un espace humide où le raisin fermentait et libérait du dioxyde de carbone.

La terre et l’herbe déposées sur les voûtes protégeaient également les structures tout en les intégrant au relief. Ce principe rappelle certaines architectures nordiques, notamment Lindarbakki, la maison islandaise couverte de gazon, même si le climat et la fonction des bâtiments sont très différents.

Depuis certains passages, il est possible de marcher presque au niveau des toits. Le visiteur peut alors regarder les façades en contrebas tout en avançant sur une colline qui dissimule en réalité une série de pièces et de cuves.

Toits couverts d’herbe des Palmenti de Pietragalla vus depuis la colline

Alt : Toits couverts d’herbe des Palmenti de Pietragalla vus depuis la colline

De quand datent les Palmenti de Pietragalla ?

Attribuer une date unique à l’ensemble est délicat. Les différentes sources patrimoniales ne décrivent pas exactement la même chronologie.

La commune de Pietragalla indique que certaines grottes auraient été construites autour de 1300. Une autre présentation municipale mentionne une utilisation pour la production du vin dès le XVIe siècle. L’inventaire patrimonial de la région Basilicate signale pour sa part que les Palmenti sont documentés à partir de 1705.

D’autres descriptions consacrées aux constructions actuellement visibles insistent surtout sur leur développement aux XVIIIe et XIXe siècles. Ces informations ne sont pas nécessairement incompatibles : le site a pu commencer par quelques cavités anciennes, puis s’agrandir, être recreusé et recevoir de nouvelles façades au fur et à mesure du développement de la viticulture.

La formulation « maisons de hobbits du Moyen Âge » était donc trop catégorique. Il est plus juste de présenter les Palmenti comme un ensemble rural constitué et transformé sur plusieurs siècles, avec une forte expansion à l’époque moderne et au XIXe siècle.

Alignement de petites entrées en pierre dans le parc des Palmenti

Combien de Palmenti compte le site ?

Les sources actuelles évoquent environ 200 structures. Elles ne possèdent pas toutes la même taille ni le même état de conservation. Certaines sont encore facilement reconnaissables, tandis que d’autres se confondent davantage avec la pente et la végétation.

Cette concentration explique le caractère exceptionnel du site. Un palmento isolé constitue un ancien outil de production agricole ; deux cents structures regroupées sur une même colline forment presque une petite zone industrielle rurale, mais avec davantage de mousse, de pierre et de portes miniatures.

Les Palmenti ont continué à être utilisés pour la vinification jusque dans les années 1960. Leur abandon progressif accompagne la modernisation des équipements, le déplacement de la production et l’évolution de la vie agricole.

Des témoignages patrimoniaux signalent même la persistance ponctuelle d’une production locale appelée colatamurro, rappelant que le site n’est pas seulement un décor ancien : il reste lié à une mémoire viticole encore vivante.

Les Palmenti et les rùtt : deux fonctions différentes

Les Palmenti ne doivent pas être confondus avec les rùtt, terme dialectal utilisé à Pietragalla pour désigner les caves creusées près du centre historique.

Le système traditionnel reposait sur plusieurs lieux successifs :

  • les vignobles produisaient le raisin ;
  • les Palmenti servaient au foulage et à la fermentation ;
  • les rùtt accueillaient ensuite les tonneaux pendant la maturation et la conservation du vin.

Après la fermentation, les récipients étaient transportés depuis le versant des Palmenti jusqu’aux caves situées au nord du village, parfois à dos d’âne. Le vin quittait ainsi son étrange petit quartier de pierre pour rejoindre les profondeurs du bourg.

Les caves du centre ancien ont également nourri le folklore local. À la lumière d’une bougie, leurs galeries et leurs ombres devaient paraître nettement moins accueillantes qu’une cave moderne éclairée par un néon.

Une architecture rurale intégrée au paysage

Le principal intérêt des Palmenti dépasse leur ressemblance avec l’univers de Tolkien. Ils constituent un exemple d’architecture vernaculaire pensée à partir du terrain, des matériaux disponibles et d’un usage agricole précis.

La roche fournit les murs et les cuves. La pente permet l’écoulement du moût. L’enfouissement tempère l’atmosphère intérieure. La couverture de terre protège les voûtes et fait presque disparaître les constructions dans la colline.

Cette architecture utilise peu d’éléments ajoutés au paysage. Elle transforme directement le relief en outil de production, bien avant que les expressions « bâtiment bioclimatique » et « intégration paysagère » ne viennent garnir les dossiers d’architectes.

Dans un registre beaucoup plus récent et domestique, une maison de hobbit construite avec des matériaux simples reprend elle aussi cette idée d’un abri discret, proche du sol et partiellement dissimulé par la végétation.

Panorama du Parco Urbano dei Palmenti à Pietragalla en Basilicate

Vidéo des Palmenti de Pietragalla

La vidéo permet de mieux comprendre l’organisation du site, avec ses passages étroits, ses portes réparties à différents niveaux et ses toits qui se confondent avec la colline :

Peut-on visiter le Parco Urbano dei Palmenti ?

Le Parco dei Palmenti se trouve à l’entrée de Pietragalla, le long de la Strada Statale 169. La commune indique actuellement que l’accès extérieur est libre.

La promenade permet d’observer les façades, de circuler entre les constructions et de prendre de la hauteur sur une partie des toits végétalisés. L’accès libre au parc ne garantit toutefois pas que l’intérieur de chaque palmento soit ouvert ou sécurisé.

Pour découvrir les cuves, les caves du centre ancien et les objets liés à la viticulture, une visite accompagnée reste plus instructive. Des événements patrimoniaux associent notamment la promenade dans les Palmenti, la Casa Museo della Civiltà Contadina et certaines anciennes caves.

Pietragalla se situe dans la province de Potenza, au cœur de la Basilicate. Le village peut compléter un itinéraire consacré à l’architecture rupestre du sud de l’Italie, notamment avec Matera, même si les deux sites n’avaient pas la même fonction : l’un produisait le vin, l’autre abritait une population entière.

Sources pour aller plus loin

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