Matera, en Basilicate dans le sud de l’Italie, est la spectaculaire ville de pierre qui sert de décor à une grande partie de la séquence italienne de Mourir peut attendre. Le James Bond sorti en 2021 exploite ses ruelles escarpées, ses places et ses célèbres Sassi pour lancer Daniel Craig et son Aston Martin DB5 dans une poursuite où la vieille ville est quelque peu malmenée.
Souvent recherchée comme le « village italien de James Bond » ou même comme une ville des Pouilles, Matera est en réalité une ville de Basilicate, juste à l’ouest des Pouilles. Son intérêt dépasse largement le cinéma : ses quartiers troglodytiques et le parc des églises rupestres sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1993 et témoignent d’une occupation humaine remontant à la Préhistoire.

À retenir
- Matera se trouve en Basilicate, et non dans les Pouilles.
- La ville joue un rôle majeur dans la séquence italienne de Mourir peut attendre, le dernier James Bond avec Daniel Craig.
- Les quartiers historiques du Sasso Caveoso, du Sasso Barisano et de la Civita ont été utilisés pour le tournage.
- Le fameux pont du film n’est pas à Matera : il se trouve à Gravina in Puglia, dans les Pouilles.
- Le cimetière de Vesper et l’« Hotel Balcony » ont été en partie créés spécialement pour le film.
- Les Sassi ont été évacués dans les années 1950 avant d’être progressivement réhabilités et réoccupés à partir des années 1980.
Matera, la ville italienne spectaculaire de Mourir peut attendre
Dans Mourir peut attendre (No Time to Die), James Bond et Madeleine Swann arrivent à Matera après quelques scènes de voyage dans le sud de l’Italie.
La production ne s’est pas contentée de quelques plans généraux. Une grande partie du centre ancien apparaît à l’écran, notamment le Sasso Caveoso, le Sasso Barisano et la Civita, le noyau situé entre les deux grands quartiers des Sassi.
Les rues étroites, les escaliers, les constructions en tuf et les changements constants de niveau constituent un décor idéal pour une poursuite. La réalité est évidemment un peu plus calme : hors tournage, on croise davantage de visiteurs armés d’un appareil photo que de tueurs de Spectre.
Matera constitue ainsi un nouveau lieu emblématique de la saga après Gara Medouar, le faux cratère de Spectre au Maroc ou Khao Phing Kan, devenue « l’île de James Bond » en Thaïlande.
Les Sassi de Matera. Crédit photo Paola Sucato (CC BY 2.0).
Les lieux de Matera visibles dans Mourir peut attendre
Plusieurs scènes faciles à reconnaître ont été tournées dans des lieux bien réels de la ville.
La Piazza Duomo, devant la cathédrale de Matera, apparaît lors du spectaculaire saut à moto de Bond. La cathédrale domine la Civita depuis le XIIIe siècle et offre normalement une ambiance nettement moins acrobatique.
Autre lieu important : la Piazza San Giovanni. C’est là que l’Aston Martin DB5 de Bond se retrouve encerclée avant de répondre à ses poursuivants à l’aide des mitrailleuses dissimulées derrière ses phares.
La production a également utilisé le secteur de la Madonna delle Vergini, une église rupestre située dans le paysage rocheux de la Murgia, pour une partie de la séquence du cimetière.
Le film assemble ainsi plusieurs secteurs de Matera pour créer un espace cinématographique beaucoup plus compact qu’il ne l’est réellement.
Ruelles et constructions des Sassi. Crédit photo Robbie Shade (CC BY 2.0).
Le célèbre pont de James Bond n’est pas à Matera
C’est l’un des meilleurs tours de passe-passe géographiques du film.
Lorsque Bond se retrouve sur un immense pont de pierre avant d’effectuer un saut particulièrement peu recommandé sans doublure ni assurance adéquate, le spectateur est censé croire qu’il se trouve toujours à Matera.
En réalité, ce pont est le Ponte dell’Acquedotto de Gravina in Puglia, une ville des Pouilles située à environ une demi-heure de route.
L’ouvrage franchit lui aussi une profonde ravine et mesure environ 37 mètres de haut pour un peu moins de 100 mètres de long. Le montage et les effets visuels l’intègrent au paysage de Matera comme s’il reliait le cimetière au centre ancien.
Le Ponte dell’Acquedotto de Gravina in Puglia, utilisé dans Mourir peut attendre pour la spectaculaire séquence du pont. Dans le film, le montage le fait apparaître comme s’il se trouvait à Matera. Crédit photo MAURIZIOFOTOGRAFIA (CC BY-SA 4.0).
Cette proximité explique aussi pourquoi Matera est parfois recherchée comme une ville des Pouilles. Matera est bien en Basilicate, mais une partie importante du tournage italien s’est déroulée de l’autre côté de la frontière régionale.
Un faux cimetière et un faux hôtel pour James Bond
Hollywood a également ajouté quelques éléments au paysage.
Le cimetière où Bond vient se recueillir sur la tombe de Vesper Lynd n’existe pas tel quel. Certaines parties de cette séquence ont été tournées autour de la Madonna delle Vergini, mais le décor a été aménagé pour les besoins du film.
Même chose pour le très photogénique « Hotel Balcony » où Bond et Madeleine passent la nuit. Malgré son apparence parfaitement intégrée aux Sassi, la structure en bois visible à l’écran a été construite spécialement pour le tournage sous l’un des belvédères de la ville.
Et Matera n’est pas le seul morceau du puzzle italien : la route côtière censée conduire Bond vers la ville a été filmée sur la SS18 entre Sapri et Maratea. La gare de Sapri devient même dans le film la fictive « Civita Lucana ».
Autrement dit, le Matera de James Bond est en réalité un montage géographique composé de plusieurs lieux du sud de l’Italie.
Matera et ses Sassi, une ville creusée dans la roche
Bien avant 007, Matera possédait déjà un décor difficile à reproduire en studio.
Les deux quartiers appelés Sasso Caveoso et Sasso Barisano forment un ensemble complexe de maisons, cours, citernes, passages et cavités creusés ou construits dans le tuf.
Le site inscrit par l’UNESCO couvre également le plateau calcaire de la Murgia situé de l’autre côté de la Gravina. L’ensemble comprend plus d’un millier d’habitations anciennes ainsi que des églises, monastères et ermitages rupestres.
La première occupation documentée remonte au Paléolithique. Matera ne doit cependant pas être présentée trop simplement comme « la plus vieille ville du monde » : son histoire est longue, complexe et s’est développée par phases successives.
Espaces creusés dans la roche au cœur de Matera, où la ville moderne repose parfois directement sur des structures plus anciennes. Crédit photo : Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
Un intérieur creusé dans le tuf avec une ouverture sur les Sassi. Crédit photo : Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
Des Sassi évacués dans les années 1950 puis réhabilités
L’histoire récente de Matera est moins romantique que son apparence de décor de cinéma.
Au milieu du XXe siècle, les conditions sanitaires et de logement dans les Sassi sont devenues particulièrement difficiles. Dans les années 1950, leurs habitants ont été déplacés vers de nouveaux quartiers.
Les anciens quartiers se sont alors partiellement vidés et dégradés.
À partir des années 1980, le mouvement s’inverse. Des bâtiments sont restaurés et la population commence à revenir. Maisons, restaurants, ateliers, chambres d’hôtes et hôtels occupent désormais de nombreuses anciennes structures.
Cette spectaculaire réhabilitation contribue au classement des Sassi et du parc des églises rupestres au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1993. Matera devient ensuite Capitale européenne de la culture en 2019.
La ville possède donc une histoire beaucoup plus complexe qu’une simple collection de jolies grottes. On retrouve néanmoins le principe de l’habitat directement intégré à la roche dans ces autres habitations troglodytiques étonnantes à travers le monde.
Les constructions de pierre des Sassi de Matera. Crédit photo Michele Ursino (CC BY-SA 2.0).
Face aux Sassi, les grottes de la Murgia Materana
L’un des paysages les plus étonnants apparaît lorsqu’on regarde au-delà des maisons de Matera, vers l’autre rive de la Gravina.
Face au Sasso Caveoso s’étend le plateau de la Murgia Materana. Ses parois calcaires sont percées de nombreuses cavités et d’églises rupestres, certaines aménagées depuis des siècles.
L’UNESCO inclut d’ailleurs cette Murgia dans le même site patrimonial que les Sassi : la ville et le plateau opposé forment un seul paysage culturel marqué par une très longue occupation humaine.
Le Sasso Caveoso au bord de la Gravina, avec San Pietro Caveoso, le rocher portant Santa Maria de Idris et la Murgia de l’autre côté du ravin. Crédit photo : Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
La courte vidéo tournée depuis Matera permet particulièrement bien de voir les ouvertures qui parsèment les falaises de la Murgia, de l’autre côté de la Gravina.
La Gravina de Matera et son paysage rocheux. Crédit photo Gianluca Campanella (CC BY 2.0).
Matera, décor de cinéma bien avant James Bond
Ses paysages de pierre, peu marqués visuellement par les constructions modernes dans certains secteurs, lui permettent notamment de jouer le rôle de villes beaucoup plus anciennes.
Pier Paolo Pasolini y a tourné des scènes de L’Évangile selon saint Matthieu, sorti en 1964. Mel Gibson a également utilisé Matera comme décor de Jérusalem dans La Passion du Christ en 2004.
La ville apparaît encore dans Wonder Woman en 2017 avant d’accueillir James Bond.
La Basilicate voisine offre d’ailleurs d’autres décors tout aussi cinématographiques : le village médiéval abandonné de Craco a lui aussi servi à plusieurs productions.
Une autre vue des Sassi de Matera. Crédit photo Paola Sucato (CC BY 2.0).
Matera lorsque la nuit tombe
Le changement d’ambiance est particulièrement spectaculaire le soir.
Les façades couleur pierre disparaissent progressivement dans l’obscurité tandis que les éclairages des ruelles, des églises et des maisons dessinent les différents niveaux des Sassi.
C’est aussi une bonne manière de comprendre à quel point cette ville construite sur une pente est verticale : une rue peut devenir le toit d’une habitation située plusieurs mètres plus bas.
Les Sassi de Matera à la nuit tombée. Crédit photo : Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
Matera éclairée à la nuit tombée. Crédit photo Georgie Pauwels (CC BY 2.0).
Matera vue du ciel
Vue depuis les airs, Matera révèle particulièrement bien l’organisation spectaculaire de ses Sassi : maisons imbriquées dans la pente, ruelles, escaliers et constructions qui semblent parfois se superposer les unes aux autres.
Cette vue par drone permet aussi de comprendre pourquoi la ville a constitué un décor aussi efficace pour Mourir peut attendre : son relief très accidenté donne l’impression d’un immense labyrinthe minéral.
Conseils pratiques pour visiter Matera
Matera se découvre essentiellement à pied. Les Sassi forment un dédale de ruelles, d’escaliers et de passages en pente : de bonnes chaussures sont presque plus utiles qu’un programme de visite trop précis.
Pour une première découverte, un bon point de repère est la Piazza Vittorio Veneto, en bordure du centre historique. Elle donne accès au Sasso Barisano et à plusieurs belvédères.
Coordonnées GPS du centre historique : 40.66665, 16.60646. Voici la position sur Google Maps:
Où se garer à Matera ?
Si vous arrivez en voiture, mieux vaut choisir votre parking avant d’entrer dans le centre et programmer directement ses coordonnées dans le GPS. Une partie du centre historique et des Sassi est couverte par des zones à trafic limité contrôlées par caméra.
Une solution très pratique est le parking souterrain de la Piazza Cesare Firrao, situé à seulement quelques minutes à pied de Piazza Vittorio Veneto.
Coordonnées GPS : 40.66914, 16.60545
Autre possibilité, un peu plus éloignée mais intéressante lorsque les parkings centraux sont pleins : le parking de Via Giuseppe Saragat.
Coordonnées GPS : 40.66670, 16.59670
Depuis ce secteur, il faut compter environ 10 à 15 minutes de marche pour rejoindre le centre historique.
Conseil important : ne programmez pas simplement « Sassi di Matera » dans votre GPS en voiture. Selon l’itinéraire choisi, le navigateur peut vous conduire vers une entrée de la ZTL alors que l’accès est réservé aux véhicules autorisés.
La ville de Matera utilise plusieurs zones à trafic limité autour du centre et des Sassi. Les horaires varient selon la période de l’année et peuvent être modifiés. Il est donc préférable de vérifier les règles en vigueur avant le départ sur la page officielle de la commune : https://comune.matera.it/ztl-apu/.
Une fois la voiture garée, le plus agréable est de descendre progressivement dans les Sassi depuis Piazza Vittorio Veneto puis de rejoindre le Sasso Caveoso. Les différents quartiers sont proches sur une carte, mais les dénivelés et les innombrables escaliers rallongent sérieusement les distances.
Pour observer Matera depuis l’autre côté de la Gravina, il faut ensuite rejoindre la Murgia Materana. C’est là que se trouvent les grottes visibles depuis la ville et plusieurs des meilleurs panoramas sur les Sassi.
En été, prévoyez de l’eau et, si possible, privilégiez le matin ou la fin de journée. La pierre accumule la chaleur et les montées deviennent rapidement sportives sous le soleil.
Sources pour aller plus loin
- UNESCO — Les Sassi et le parc des églises rupestres de Matera : https://whc.unesco.org/fr/list/670
- Italia.it — Sur les traces de 007 dans Mourir peut attendre : https://www.italia.it/it/italia/cosa-fare/tour-sud-italia-007-no-time-to-die
- Italia.it — Cathédrale de Matera et tournage de James Bond : https://www.italia.it/it/basilicata/matera/cattedrale-di-maria-santissima-della-bruna-e-sant-eustachio
- Italia.it — Église San Giovanni Battista : https://www.italia.it/it/basilicata/matera/chiesa-di-s–giovanni-battista-a-matera
- Commission européenne — Matera, Capitale européenne de la culture 2019 : https://culture.ec.europa.eu/it/news/2019-european-capitals-of-culture-plovdiv-and-matera













j adore cette ville