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Plantes carnivores en time-lapse : The Green Reapers [vidéo]

Dionées qui referment leurs pièges, droseras couverts de gouttelettes collantes, népenthès transformés en urnes : dans The Green Reapers, le vidéaste français Thomas Blanchard filme au plus près des plantes carnivores et du petit monde qui les entoure. Le résultat mélange macro, vidéo 8K et time-lapse pour rendre visibles des mouvements qui passent souvent inaperçus à vitesse normale.

Ces plantes ne tirent pourtant pas leur énergie de leurs victimes comme le ferait un animal. Elles restent photosynthétiques : les insectes et autres petites proies leur permettent surtout de récupérer de l’azote et d’autres nutriments difficiles à trouver dans les sols pauvres où beaucoup d’espèces carnivores ont évolué.

Dionée attrape-mouche Dionaea muscipula et ses pièges
La dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula) possède des feuilles transformées en pièges capables de se refermer rapidement. Crédit photo Mokkie (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • The Green Reapers est un film expérimental de Thomas Blanchard associant insectes filmés en 8K et time-lapses de plantes carnivores.
  • Le projet a demandé environ quatre mois de travail et de patience.
  • Les plantes carnivores utilisent toujours la photosynthèse pour obtenir leur énergie ; leurs proies leur apportent surtout des nutriments difficiles à trouver dans leur milieu.
  • La dionée utilise un piège à fermeture rapide, les droseras des feuilles collantes et les népenthès des urnes dans lesquelles les proies chutent.
  • Les insectes et autres arthropodes représentent l’essentiel de leurs proies, même si certaines grandes plantes à urnes peuvent exceptionnellement capturer de petits vertébrés.

The Green Reapers, quatre mois pour filmer les plantes carnivores

Thomas Blanchard présente The Green Reapers comme un film expérimental consacré au monde miniature des insectes et des plantes carnivores.

Le réalisateur a associé des séquences d’insectes tournées en 8K à des time-lapses montrant la croissance et les mouvements des végétaux. On assiste notamment à l’émergence d’un papillon, au développement de plantes et à différentes scènes de capture.

L’ensemble a demandé environ quatre mois de travail. Thomas Blanchard précise également que les insectes capturés pendant le tournage ont été relâchés.

La musique est signée Alexis Dehimi.

Le time-lapse est particulièrement adapté aux plantes carnivores. Une dionée peut fermer son piège très rapidement, mais chez d’autres espèces les mouvements nécessaires à la capture et à la digestion s’étalent sur plusieurs minutes, plusieurs heures, voire davantage.

Pourquoi les plantes carnivores capturent-elles des insectes ?

Le terme « carnivore » peut prêter à confusion.

Une plante carnivore n’a pas abandonné la photosynthèse. Comme les autres végétaux verts, elle utilise la lumière pour produire l’énergie nécessaire à son fonctionnement.

La différence se situe surtout du côté des éléments nutritifs.

Beaucoup de plantes carnivores vivent dans des tourbières, marais, sols sableux acides ou autres milieux très pauvres en azote et en minéraux disponibles. Capturer des animaux leur permet de récupérer une partie des substances qui leur manquent.

Les victimes sont surtout des insectes, araignées et autres petits arthropodes.

Les stratégies employées sont en revanche très différentes : certaines plantes ferment brutalement leur piège, d’autres collent leurs victimes, tandis que d’autres encore les font simplement tomber dans une cavité remplie de liquide.

La dionée, un piège qui se referme en une fraction de seconde

La dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula) est probablement la plus célèbre des plantes carnivores.

Les deux lobes de ses feuilles forment un piège bordé de longues structures rappelant des dents. À l’intérieur se trouvent de petits poils sensibles au contact.

La plante ne se referme pas au premier choc venu. D’après les observations décrites notamment par les Royal Botanic Gardens de Kew, le piège est généralement déclenché lorsque deux poils sont stimulés, ou lorsqu’un même poil est touché deux fois dans un court intervalle.

Ce système limite les fermetures provoquées par une goutte de pluie ou un débris.

Après la fermeture initiale, de nouvelles stimulations provoquées par une véritable proie permettent également à la plante de déterminer si cela vaut la peine de poursuivre la digestion.

Et si vous vous demandez à quoi ressemble la plante lorsqu’elle cesse temporairement de jouer les pièges à insectes, la dionée produit aussi une étonnante fleur portée très haut au-dessus de ses mâchoires.

Le drosera colle littéralement ses proies

Les droseras ont choisi une stratégie beaucoup moins brutale, mais tout aussi efficace.

Leurs feuilles sont couvertes de fins tentacules terminés par de petites gouttes brillantes de mucilage collant. Pour un insecte, elles peuvent ressembler à des gouttelettes de nectar.

Une fois posé, l’animal se retrouve englué.

Ses mouvements déclenchent alors une réaction progressive : des tentacules voisins se courbent vers la proie et, chez certaines espèces, une partie de la feuille peut elle-même se replier.

Drosera rotundifolia et ses tentacules couverts de mucilage collant


Un drosera à feuilles rondes (Drosera rotundifolia). Ses tentacules produisent le mucilage collant qui permet de retenir de petits insectes. Crédit photo Aurelijus Banelis (CC BY-SA 4.0).

La digestion libère ensuite des nutriments qui sont absorbés par la feuille.

À vitesse normale, cette lente fermeture est beaucoup moins spectaculaire que celle de la dionée. Le time-lapse permet justement d’en révéler toute la mécanique.

Les népenthès transforment leurs feuilles en pièges à urne

Avec les népenthès, aucun claquement et pratiquement aucun mouvement nécessaire à la capture.

L’extrémité de certaines feuilles se transforme en une profonde urne. Son rebord peut produire du nectar qui attire les insectes, tandis que les surfaces internes deviennent particulièrement glissantes.

Une victime perd son adhérence, tombe dans l’urne et rencontre un liquide dont elle peine à ressortir. La plante récupère ensuite les nutriments issus de la décomposition ou de la digestion de la proie.

Urne de Nepenthes truncata, plante carnivore des Philippines
Une urne de Nepenthes truncata dans le massif de Pantaron, sur l’île de Mindanao aux Philippines. Crédit photo Thomas Gronemeyer (CC BY-SA 4.0).

Chez certaines grandes espèces, le piège est suffisamment imposant pour qu’un petit vertébré puisse exceptionnellement y tomber. Cela reste très différent de l’image de la plante qui partirait activement à la chasse aux mammifères.

Certaines népenthès ont même évolué dans une direction encore plus surprenante : leurs urnes peuvent récupérer les déjections de petits mammifères venus y chercher du nectar.

Pour rester dans les cas extrêmes, une grande népenthès peut occasionnellement piéger une souris ou un autre petit vertébré.

Les plantes carnivores ne chassent pas toutes de la même façon

Les dionées, droseras et népenthès visibles dans cet univers représentent seulement quelques stratégies parmi celles apparues au cours de l’évolution.

On trouve des pièges :

  • à fermeture rapide, comme chez la dionée ;
  • adhésifs, comme chez les droseras ;
  • à urne, comme chez les népenthès et les sarracénies ;
  • à aspiration chez certaines plantes aquatiques comme les utriculaires.

Le point commun est moins leur apparence que le résultat : compléter l’alimentation minérale de la plante grâce aux nutriments présents dans de petites proies.

Il n’est donc pas nécessaire de leur donner un steak, ni même un doigt. Pour les amateurs d’expériences peu recommandables, quelqu’un a d’ailleurs déjà essayé de mettre sa langue dans une plante carnivore.

De vraies prédatrices, très loin des plantes mangeuses d’hommes

Les mouvements des plantes carnivores et leurs pièges ont largement nourri l’imaginaire populaire.

Films, romans et légendes les ont transformées en végétaux géants capables d’engloutir des animaux, voire des humains.

La réalité biologique est moins hollywoodienne, mais suffisamment étrange pour se passer d’exagération.

Même les plus grandes plantes à urnes restent des organismes spécialisés dans la récupération de nutriments à partir de petites proies. Les histoires de plantes dévorant des êtres humains appartiennent à un autre registre, comme le montre la légende de l’arbre mangeur d’hommes de Madagascar.

Avec The Green Reapers, Thomas Blanchard n’a donc pas besoin d’inventer de monstre végétal : filmées en accéléré et en très gros plan, les véritables stratégies des plantes carnivores sont déjà suffisamment étonnantes.

Sources pour aller plus loin

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