À première vue, les œuvres de Jean-Marie Lambert ressemblent à des mosaïques pop pleines de grain, de reflets et de couleurs métalliques. En s’approchant, on comprend ce qui fait tout leur sel : ces portraits sont composés non pas de peinture ou de pixels, mais de capsules de bouteilles de bière. Le principe pourrait n’être qu’un joli détournement d’objet, mais chez ce graphiste parisien, il devient un vrai langage visuel, à mi-chemin entre recyclage, collage et culture populaire.
L’idée lui serait venue en constatant la diversité des couleurs et des motifs des capsules qu’il accumulait. Plutôt que de les laisser finir au rebut, il a commencé à les assembler pour former une première image, puis une série entière. Le site Design You Trust le présente comme un amateur de bière devenu créateur de mosaïques en capsules, tandis que Bière Magazine parle carrément d’une nouvelle discipline artistique et souligne qu’il disposait déjà, en 2023, d’un stock d’environ 90 000 capsules pour alimenter ses tableaux.
Des capsules pour faire des visages, des icônes et des œuvres célèbres
Ce qui fonctionne bien dans le travail de Jean-Marie Lambert, c’est le décalage permanent entre le matériau et le sujet. Avec de simples capsules, il recompose des visages connus, des figures de la pop culture ou des tableaux passés dans l’imaginaire collectif. Sur Artmajeur, on retrouve par exemple des œuvres autour de la Joconde, de La Jeune Fille à la perle, de Van Gogh, mais aussi de Goldorak, Maradona, Tony Parker, Mohamed Ali ou encore de pochettes d’albums.
Cette manière d’utiliser un matériau de récupération pour refaire des images déjà célèbres s’inscrit assez naturellement dans la famille de ces tableaux composés à partir d’objets trouvés, où l’on regarde d’abord une image connue avant de découvrir qu’elle est construite avec des éléments du quotidien. La différence ici, c’est le vocabulaire visuel très spécifique des capsules : métal peint, bords crantés, couleurs de marques, petits éclats brillants. Le portrait ne se contente pas d’être recyclé, il garde la mémoire du produit dont il est issu.
Une mosaïque qui reste volontairement un peu brute
Le rendu de ces portraits n’est pas lisse, et c’est précisément ce qui leur va bien. De loin, l’image se lit d’un bloc. De près, elle se fragmente en dizaines ou en centaines de petits disques métalliques. L’œil reconstitue le visage, les ombres, les volumes, alors que la matière, elle, continue de rappeler obstinément qu’elle a d’abord servi à fermer des bouteilles. Cette tension entre lisibilité et matière donne aux œuvres un côté légèrement abstrait, presque vibrant, qui évite l’exercice purement décoratif.
Dans sa série inspirée des vignettes de football des années 1980, Artmajeur précise par exemple que chaque tableau mesure 73 x 99 cm et se compose de 763 capsules collées sur une plaque de MDF anthracite. Ce détail est intéressant, parce qu’il montre que l’affaire ne relève pas seulement de l’idée amusante : il y a une vraie logique de composition, d’échelle, de support et de densité. On n’est pas dans le bricolage du dimanche avec trois bouchons sauvés d’un apéro, mais dans une pratique qui a trouvé sa méthode.
Un recyclage artistique qui colle bien au sujet
Les capsules de bière ne sont pas un matériau neutre. Elles viennent déjà chargées d’un imaginaire : celui de la collection, du bar, de la brasserie, de la culture visuelle des marques, et bien sûr du recyclage. Cela donne aux œuvres de Jean-Marie Lambert une cohérence supplémentaire. Le support n’est pas choisi par hasard ; il raconte lui aussi quelque chose. On peut presque y voir une extension très visuelle de la culture brassicole, un peu comme ce vieux projet de maison en bouteilles de bière montrait déjà qu’un simple contenant pouvait devenir une matière de construction.
Et puis, il faut reconnaître que la bière fournit une palette assez large. Entre les capsules sobres, rétro, criardes ou franchement excentriques, le terrain de jeu est vaste. Cela aide à comprendre pourquoi ce type de mosaïque fonctionne si bien : les couleurs et les graphismes sont déjà là, prêts à être détournés. Le matériau impose des contraintes, mais il offre aussi ses propres nuances, ses textures et ses accidents. C’est sans doute là qu’on passe de l’idée sympathique à une vraie série cohérente.
Il existe tellement de bières différentes de par le monde, certaines très excentriques comme la bière de barbe ou la bière de nombril, que la palette est incroyablement large. Le terrain de jeu est donc vaste et surtout il fournit (s’il était besoin) une bonne excuse pour se rincer le gosier. Mais Jean Marie ne consomme pourtant pas toutes les bières dont il recycle les capsules, de nombreux fans lui envoie aussi du matériau à utiliser.
Entre pop culture et portrait recyclé
Ce qui rend ces portraits agréables à regarder, c’est aussi leur choix de sujets. Jean-Marie Lambert va chercher du côté des images immédiatement reconnaissables : héros de manga, stars du sport, figures de cinéma, grands classiques de la peinture. Ce registre populaire et visuel lui convient bien, parce que la capsule impose déjà une lecture simplifiée, presque iconique. Elle appelle des images fortes, nettes, identifiables en quelques secondes.
Dans cet esprit, son travail dialogue assez bien avec d’autres portraits en capsules de bouteilles, mais aussi avec ces visages composés à partir de fragments métalliques. Dans les trois cas, le portrait naît d’un matériau usé, banal ou rejeté, puis retrouve une présence presque noble une fois réassemblé. C’est un recyclage qui ne cherche pas seulement à réutiliser : il cherche à faire image.
Boire ou créer, il faut choisir… ou pas tout à fait
Le sujet se prête forcément à un peu d’humour. Faire des portraits avec des capsules de bière donne l’impression d’avoir trouvé une très bonne excuse pour dire que l’on travaille en ouvrant des bouteilles. Mais au-delà de la blague, le projet tient surtout parce qu’il transforme un petit déchet métallique ultra commun en surface expressive. C’est simple à comprendre, visuellement efficace, et suffisamment inattendu pour retenir l’attention. En somme, une idée qui aurait pu rester gadget, mais qui s’en sort avec panache.
Et c’est probablement cela qu’il faut retenir du travail de Jean-Marie Lambert : pas seulement l’astuce du matériau, mais la capacité à produire de vraies images (un tantinet abstrai, imitant la vision quand on a abusé de Snake Venom, la bière la plus forte du monde?)avec quelque chose que l’on aurait normalement jeté. Les capsules restent des capsules, mais elles finissent par faire oublier leur destination première. Ce n’est déjà pas mal pour un objet conçu, à l’origine, pour finir sous la semelle ou dans la poubelle jaune.
Voici quelques portraits en capsules de bière réalisés par Jean Marie Lambert:
• Goldorak
• La princesse Leia
• Vincent Van Gogh
• Mona Lisa
• La fameuse Jeune Fille à la Perle
• Diego Maradonna
• Han Solo
Sources pour aller plus loin
Toutes les photos: crédits jmcaps.art.
• compte Instagram de Jean-Marie Lambert et de ses mosaïques en capsules
• présentation des portraits en capsules de bière de Jean-Marie Lambert sur Design You Trust
• article de Bière Magazine sur les tableaux en capsules de bière de Jean-Marie Lambert
• galerie Artmajeur de Jean-Marie Lambert avec ses séries et formats
Découvrez également ces mosaïques de célèbres peintures en galets colorés par Justin Bateman














Bonjour,
J’ai beaucoup de capsules en doubles est-ce que vous en voudriez pour faire vos créations ?
j’aimerais en recevoir en échange également car je fais la collection
merci d’avance.
Jean-Marie BERNARD
Binche (Belgique)