Au Portugal, la bibliothèque du Palais national de Mafra est entretenue par de bien curieuses auxiliaires : des chauves-souris.
Dans cette bibliothèque considérée comme l’une des plus belles du monde, une colonie de chauves-souris vit depuis très longtemps au cœur du bâtiment. Chaque nuit, ces petits mammifères volants partent en chasse et dévorent les insectes susceptibles d’abîmer les livres anciens. Un service de conservation naturel, discret, nocturne, et manifestement moins bavard qu’un comité de restauration.
Mafra National Palace – Library par Alicia Nijdam (CC BY 2.0).
À retenir
La bibliothèque du Palais national de Mafra se trouve au Portugal, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Lisbonne, dans un vaste ensemble royal et conventuel du XVIIIe siècle.
Cette salle monumentale abrite environ 30 000 volumes selon le site officiel du palais, couvrant de grands domaines du savoir des XVIIIe et XIXe siècles, mais aussi des ouvrages plus anciens et précieux.
Sa particularité la plus insolite vient de la présence de chauves-souris, qui sortent la nuit pour manger des insectes pouvant attaquer le papier, les reliures ou les colles anciennes.
Ce système naturel de lutte contre les nuisibles n’est pas sans contrepartie : le mobilier doit être protégé et la bibliothèque nettoyée régulièrement. Les gardiennes ailées travaillent gratuitement, mais elles ne rangent pas leur bureau après le service.
Une bibliothèque royale dans un palais immense
La bibliothèque de Mafra se situe dans le Palais national de Mafra, un vaste ensemble baroque voulu par le roi Jean V du Portugal. Le bâtiment réunit palais, basilique, couvent et bibliothèque, dans une démonstration architecturale plutôt musclée de la monarchie portugaise.
La salle de la bibliothèque est l’un des espaces les plus spectaculaires du palais. Le site officiel du monument la présente comme l’une des plus grandes bibliothèques européennes du XVIIIe siècle en une seule salle, avec environ 1 000 m² et près de 30 000 volumes.
Library bookstand, Mafra National Palace, Mafra, Portugal par Carlos Benavides Munguía (CC BY-NC-ND 2.0).
Cette bibliothèque historique s’inscrit dans la grande famille des lieux où le livre devient aussi architecture. Dans un registre encore plus lumineux et théâtral, la somptueuse bibliothèque de l’abbaye d’Admont montre elle aussi comment une salle de lecture peut devenir un décor presque irréel.
Pourquoi garder des chauves-souris dans une bibliothèque ?
Les livres anciens attirent certains insectes. Papier, cuir, colle, reliures et matériaux organiques peuvent devenir un buffet assez tentant pour des espèces nuisibles. Dans une bibliothèque patrimoniale, ces dégâts peuvent être sérieux : un petit insecte peut faire plus de dégâts qu’un lecteur maladroit avec un café, ce qui n’est pas peu dire.
À Mafra, les chauves-souris jouent donc un rôle inattendu de régulation naturelle. La nuit, elles chassent les insectes qui pourraient s’attaquer aux ouvrages. Le jour, elles se réfugient dans des cavités, des zones hautes ou des recoins du bâtiment.
Ce système rappelle que les chauves-souris sont souvent de précieuses alliées écologiques. À l’échelle miniature, la chauve-souris bourdon, considérée comme le plus petit mammifère du monde, montre d’ailleurs que ces animaux peuvent être minuscules tout en restant étonnamment efficaces dans leur niche écologique.
Une cohabitation ancienne entre livres et chauves-souris
La présence de chauves-souris dans la bibliothèque de Mafra est souvent présentée comme une tradition très ancienne. Des travaux récents menés par des chercheurs portugais cherchent justement à mieux comprendre ces colonies, leur comportement et leur régime alimentaire.
Les chauves-souris ne sont pas “lâchées” comme une équipe de nettoyage avec badge et planning. Elles font partie de l’écosystème du bâtiment. Elles sortent au crépuscule, circulent dans la salle et contribuent à limiter les insectes qui pourraient endommager les ouvrages.
Library, Convent – Palácio Nacional de Mafra par Kotomi_ (CC BY-NC 2.0) .
Bien sûr, la méthode a un petit inconvénient : le guano. Pour protéger le mobilier, les tables et certaines surfaces sont couvertes le soir, puis la bibliothèque est nettoyée le matin. Le patrimoine, parfois, se conserve à coups de chiffons très patients.
Une bibliothèque parmi les plus belles du monde
La bibliothèque du Palais national de Mafra mérite le détour même sans ses habitantes nocturnes. Longue salle claire, boiseries, rayonnages rococo, sol en marbre, volumes anciens : elle appartient à ces bibliothèques où l’on baisse spontanément la voix, même quand personne ne vous l’a demandé.
Elle rejoint naturellement la sélection des plus belles bibliothèques du monde, non seulement pour son architecture, mais aussi pour son histoire. Entre palais royal, couvent et colonie de chauves-souris, Mafra coche plusieurs cases rares dans la catégorie “lieux où l’on ne s’attend pas à entendre battre des ailes”.
Mafra – the library (2) par damian entwistle (CC BY-NC 2.0).
Dans un registre beaucoup plus ancien, la bibliothèque du monastère Sainte-Catherine du Sinaï rappelle que certains lieux de savoir ont traversé les siècles grâce à des conditions de conservation très particulières. À Mafra, la pierre, le bois, les soins humains et les chauves-souris participent à leur manière à cette même lutte contre le temps.
Des gardiennes ailées, pas des monstres de roman gothique
L’idée de chauves-souris dans une bibliothèque peut faire sourire, voire réveiller deux ou trois clichés de films d’horreur. Pourtant, à Mafra, il ne s’agit pas d’un décor de vampire érudit, mais d’une cohabitation utile entre patrimoine culturel et faune sauvage.
Les chauves-souris sont des mammifères nocturnes souvent mal compris. Certaines espèces ont une apparence particulièrement spectaculaire, comme la chauve-souris à tête de marteau, mais la majorité joue surtout un rôle écologique important en consommant des insectes ou en participant à certains équilibres naturels.
À Mafra, elles rappellent que la conservation du patrimoine ne passe pas toujours par des produits chimiques, des vitrines hermétiques ou des technologies dernier cri. Parfois, elle repose aussi sur de petits animaux qui travaillent de nuit, sans uniforme, mais avec un sens très développé du buffet volant.
Mafra Palace par José Carlos Babo (CC BY-NC-ND 2.0).
Sources pour aller plus loin
• Palácio Nacional de Mafra — Biblioteca / Casa da Livraria, présentation officielle
• CE3C — Ecos contra o tempo, étude récente sur les chauves-souris de la bibliothèque de Mafra
• Smithsonian Magazine — These Portuguese Libraries Are Infested With Bats—and They Like It That Way
• Atlas Obscura — Mafra Palace Library
• RTP Ensina — A Biblioteca do Convento de Mafra
Découvrez également la splendeur des bibliothèques de par le monde par Richard Silver.





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