Ces portraits montrent des hommes, des femmes et des enfants photographiés en costume traditionnel au XIXe siècle, entre les années 1860 et 1890. On y croise des tenues roumaines, norvégiennes, grecques, autrichiennes, monténégrines, bavaroises, balkaniques ou encore péruviennes.
Il ne faut toutefois pas les regarder comme de simples photos de “la vie quotidienne d’autrefois”. Beaucoup de ces costumes du XIXe siècle étaient portés lors de fêtes, de cérémonies, de mariages ou de séances photographiques où l’on voulait représenter une identité locale. En clair : ce ne sont pas forcément les vêtements avec lesquels on allait chercher du pain sous la pluie, même si certains avaient tout de même plus d’allure qu’un jogging.
Péruvienne en costume traditionnel, Lima, Pérou, vers 1860
À retenir
Ces photos montrent des costumes traditionnels du XIXe siècle, principalement entre les années 1860 et 1890.
Les portraits proviennent d’une série d’images anciennes réunies par Wolfgang Wiggers et relayées par Vintage Everyday.
Les tenues photographiées ne correspondent pas toujours à l’habillement quotidien : il peut s’agir d’habits de fête, de mariage, de cérémonie ou de costumes régionaux posés en studio.
Le XIXe siècle voit la photographie de portrait se diffuser, notamment grâce aux formats reproductibles comme la carte de visite.
Ces images documentent autant des vêtements que des identités régionales mises en scène devant l’objectif.
Des costumes traditionnels photographiés au XIXe siècle
Le XIXe siècle est une période charnière pour la photographie. Les portraits deviennent plus accessibles, circulent davantage et permettent de fixer des visages, des coiffures, des bijoux, des broderies et des silhouettes avec une précision nouvelle.
Les costumes traditionnels anciens présentés ici viennent de plusieurs régions du monde, mais la majorité des images concerne l’Europe : Roumanie, Norvège, Autriche, Allemagne, Balkans, Grèce, Monténégro. Ces tenues disent beaucoup de la manière dont les communautés voulaient être représentées, notamment à une époque où les identités régionales et nationales étaient de plus en plus mises en image.
Cela ne veut pas dire que tout est spontané. Une séance photo au XIXe siècle reste un moment posé, souvent préparé. Le vêtement choisi peut être un habit de fête, un vêtement patrimonial ou une tenue affichée pour représenter un territoire. La photo ancienne donne donc une trace précieuse, mais pas toujours un instantané neutre de la vie de tous les jours.
Dans un autre registre de portraits anciens, on voit aussi cette tension entre mode, statut et représentation dans ces portraits d’hommes polonais de la fin du XIXe siècle ou dans ces portraits de couples du milieu du XIXe siècle, où la pose et le vêtement composent déjà une petite carte d’identité sociale.
Tenue quotidienne, habit de fête ou costume de studio ?
Le mot “traditionnel” est pratique, mais il peut être trompeur. Il rassemble des réalités différentes : vêtement régional, habit de cérémonie, tenue paysanne idéalisée, costume de mariage, vêtement religieux, tenue de fête ou costume photographié parce qu’il représente une culture locale.
Une robe brodée, une coiffe, une veste ornée ou une fustanella ne racontent pas seulement une question de mode. Ils peuvent indiquer une région, une classe sociale, un âge, un statut marital, une appartenance religieuse ou une cérémonie précise. Dans certaines images, on devine clairement une volonté de montrer “le costume” plutôt qu’une personne surprise dans son quotidien.
C’est ce qui rend ces portraits si intéressants : ils sont à la fois documentaires et construits. Ils montrent des vêtements réels, mais dans un cadre de représentation. Le XIXe siècle, déjà, savait très bien que la tenue faisait le message. Instagram n’a rien inventé, il a juste supprimé les temps de pose interminables.
Roumanie, Banat et Balkans : broderies et silhouettes affirmées
La série comporte plusieurs portraits roumains, notamment du Banat, une région historique aujourd’hui partagée entre la Roumanie, la Serbie et la Hongrie. Les chemises amples, les manches travaillées, les tabliers, les ceintures, les couvre-chefs et les broderies y composent des silhouettes très lisibles, avec un contraste marqué entre textile clair et motifs sombres. Même sans connaître toute l’histoire du costume roumain, on comprend immédiatement que ces vêtements disent autant une région qu’une époque.
Costume roumain, 1865
Roumaines en costumes, 1867
Costume roumain, 1868
Costumes roumains, 1868
Costumes roumains du Banat, Temesvar, 1868
Costumes roumains, vers 1870
Grèce, Méditerranée et fustanella
Plusieurs portraits montrent des tenues grecques ou méditerranéennes. L’un des plus reconnaissables est celui d’un homme portant la fustanella, ce vêtement masculin plissé en forme de jupe, associé notamment à des traditions grecques et balkaniques.
Là encore, le vêtement ne doit pas être réduit à un simple exotisme de studio. La fustanella a une forte valeur symbolique, militaire et nationale dans plusieurs contextes balkaniques. Dans la photographie ancienne, elle devient immédiatement lisible : volumes blancs, plis, veste courte, posture droite. Le costume parle avant même que le modèle ne bouge, ce qui tombe bien, car bouger pendant une photo au XIXe siècle n’était pas conseillé.
Femme grecque, vers 1870
Homme grec ou albanais portant la fustanella, vêtement en forme de jupe du costume traditionnel, vers 1890
Costumes féminins traditionnels méditerranéens, vers 1890
Costume masculin traditionnel méditerranéen, vers 1890
Norvège : du costume régional au vêtement de fête
Les portraits norvégiens occupent une grande place dans cette série. On y voit des enfants, des femmes, des hommes, une mariée de Hardanger, ainsi que des costumes associés à différentes localités comme Jolster, Modalen, Roldal ou Vos.
Les costumes norvégiens sont particulièrement intéressants, car la Norvège a développé une forte culture du vêtement régional. Aujourd’hui encore, le bunad reste un vêtement de fête très codifié, associé à des régions et à des traditions familiales. Les photos du XIXe siècle montrent déjà cette richesse : coiffes, tabliers, vestes, broderies, bijoux, superpositions textiles.
Dans la même veine nordique, on peut prolonger avec ces portraits de Samis au milieu du XIXe siècle, où le vêtement sert aussi de marqueur culturel et territorial.
Un petit garçon de Saalsviig en costume norvégien vers 1870
Une petite fille de Jolster en costume norvégien vers 1870
Mariée de Hardanger en tenue traditionnelle de mariage norvégien, vers 1870 (voir aussi ces 30 photos de mariages norvégiens du début du 20ème siècle)
Costume norvégien. Homme de Modalen, vers 1870
Costume norvégien. Homme de Roldal (tenue d’aîné), vers 1870
Costume norvégien. Femme de Jolster, vers 1870
Costume norvégien. Femme de Jolster, vers 1870
Costume norvégien. Femme d’Ovindherred, vers 1870
Costume norvégien. Femme de Vos, vers 1870
Costumes norvégiens. Homme de Finlande (sami?), vers 1870
Costumes norvégiens. Homme de Finlande, vers 1870
Autriche, Allemagne, Moravie et Bavière
Les costumes d’Europe centrale rappellent que le vêtement traditionnel n’est pas seulement une affaire de grandes nations. Il se décline souvent à l’échelle d’une ville, d’une région, d’une vallée ou d’un groupe social précis.
Les portraits probablement réalisés à Göttingen, celui de l’homme autrichien photographié à Vienne ou encore le garçon bavarois donnent un bon aperçu des silhouettes masculines du XIXe siècle. Vestes courtes ou longues, chapeaux, culottes, bas, gilets et tissus épais composent des tenues très éloignées de notre vestiaire actuel, mais parfaitement adaptées à leur contexte social, régional et climatique.
Pour rester dans les détails de mode masculine, ces exemples de coiffure pour homme au milieu du XIXe siècle complètent bien l’ensemble : cheveux, favoris, moustaches et vêtements participaient à la même construction visuelle.
Homme en costume traditionnel, probablement à Göttingen, Allemagne, vers 1870
Homme en costume traditionnel, probablement à Göttingen, Allemagne, vers 1870
Femme en costume morave, vers 1870
Homme autrichien en costume traditionnel, Vienne, vers 1880
Garçon bavarois, vers 1890
Monténégro, Balkans et costumes folkloriques
La fin de la série glisse vers les Balkans et les costumes folkloriques plus généraux. On y voit des vêtements monténégrins, une femme des Balkans et deux femmes en costumes folkloriques. Les photographies ne donnent pas toujours le même niveau de précision, mais elles gardent un intérêt visuel évident : superpositions, couvre-chefs, textiles lourds, broderies, port très frontal du costume.
C’est aussi une bonne occasion de rappeler que le costume traditionnel n’est jamais figé une fois pour toutes. Il change selon les périodes, les régions, les usages, les photographes et les récits nationaux. Un costume photographié vers 1890 peut être à la fois une trace d’un usage ancien et une image patrimoniale déjà en train de se construire.
Vêtements traditionnels monténégrins, vers 1890
Femme des Balkans, vers 1890
Deux femmes en costumes folkloriques, vers 1890
Ce que ces portraits anciens racontent vraiment
Ces images plaisent parce qu’elles sont belles, mais leur intérêt ne s’arrête pas à la nostalgie. Elles racontent une époque où la photographie permet de conserver des vêtements, des poses et des identités visuelles qui, sans cela, auraient parfois disparu sans laisser beaucoup de traces.
On peut y regarder la coupe d’un gilet, le volume d’une manche, la forme d’un tablier, la hauteur d’une coiffe ou la manière dont un enfant se tient devant l’appareil. Chaque détail est une petite archive. À condition de ne pas prendre ces images pour une vérité totale : un portrait ancien est aussi une construction, avec son décor, son cadrage, son choix de costume et sa mise en scène.
Quelques années plus tard, la photographie continuera d’enregistrer d’autres vêtements traditionnels, comme dans ces Japonaises en kimono de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ou dans ces portraits de femmes alsaciennes en costume traditionnel. Même principe : le vêtement devient une porte d’entrée vers une société, une région, une époque.
Sources pour aller plus loin
Toutes les photos via Wolfgang Wiggers.
• Vintage Everyday — série originale des portraits en costumes traditionnels du XIXe siècle, attribuée à Wolfgang Wiggers
• University of Wisconsin-Madison / Folklife — définition et contexte des costumes folkloriques
• The Metropolitan Museum of Art — explication du format carte de visite, très répandu dans la photographie du XIXe siècle
• Visit Norway — le bunad norvégien, vêtement de fête fondé sur d’anciens costumes régionaux
• Greece Is — histoire et rôle symbolique de la fustanella grecque





























