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Lagune de Bacalar : le spectaculaire lac aux 7 couleurs du Mexique

Dans le sud du Quintana Roo, au Mexique, la lagune de Bacalar étire sur plus de 40 kilomètres une étonnante succession de bleus. Turquoise presque blanc dans les secteurs peu profonds, bleu azur, cyan puis bleu beaucoup plus sombre au-dessus des dépressions : ces contrastes lui ont valu le surnom de « lagune aux 7 couleurs ».

Et première surprise : Bacalar n’est pas un bras de mer. Malgré son nom de lagune, il s’agit d’un vaste système lacustre d’eau douce, alimenté principalement par les eaux souterraines qui circulent dans le calcaire de la péninsule du Yucatán et par les précipitations. Sous son décor de carte postale se cachent également des cénotes, d’immenses microbialites et un écosystème beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît.

Lagune de Bacalar, le lac aux 7 couleurs du Mexique
Les différentes nuances de bleu de la lagune de Bacalar, dans le Quintana Roo au Mexique. Crédit Photo Diego Delso (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • La lagune de Bacalar est un lac d’eau douce, et non un bras de mer.
  • Elle s’étire sur environ 42 km et atteint environ 2 km dans ses secteurs les plus larges.
  • Sa profondeur moyenne est proche de 9 mètres, mais certaines dépressions karstiques plongent à plus de 60 mètres.
  • Ses « 7 couleurs » correspondent à de nombreuses nuances de bleu produites notamment par les différences de profondeur, la transparence de l’eau, le fond calcaire et la lumière.
  • Trois importantes dolines submergées ont été cartographiées dans le secteur sud : Cenote Negro, Cenote Esmeralda et Cocalitos.
  • Bacalar possède plus de 10 km de microbialites, dont certaines structures atteignent plusieurs mètres.
  • Après la tempête tropicale Cristobal en 2020, la transparence et les couleurs du lac ont brutalement diminué, révélant la fragilité de cet écosystème.

Où se trouve la lagune de Bacalar ?

Bacalar se trouve dans le sud de l’État de Quintana Roo, sur la péninsule du Yucatán, à environ 40 km au nord de Chetumal et non loin de la frontière avec le Belize.

Pour situer le secteur principal de la lagune devant la ville de Bacalar, on peut utiliser les coordonnées approximatives 18.679, -88.390. Voici la position sur Google Maps:

La lagune aux 7 couleurs de Bacalar yucatan mexique maps

Le plan d’eau s’étend toutefois sur des dizaines de kilomètres vers le nord-est : un seul point GPS ne saurait donc représenter toute la lagune.

Depuis Cancún, Bacalar est nettement plus éloignée que Tulum ou Playa del Carmen : il faut parcourir environ 340 km par la route, soit généralement autour de quatre à cinq heures selon les conditions.

Cette situation dans le sud du Quintana Roo explique aussi pourquoi Bacalar partage la géologie très particulière du Yucatán. Le sous-sol calcaire est criblé de cavités, fractures et rivières souterraines, exactement comme celles qui ont donné naissance aux spectaculaires cénotes du Yucatán.

Bacalar est-elle vraiment une lagune ?

Le nom peut prêter à confusion.

Une lagune, en français, évoque souvent une étendue d’eau côtière séparée de la mer par un cordon littoral. Bacalar est pourtant un plan d’eau douce intérieur. La littérature scientifique parle régulièrement de « Bacalar Lagoon » par tradition géographique, mais aussi de lac tropical karstique.

Son fonctionnement dépend fortement du sous-sol.

L’eau s’infiltre facilement dans les roches calcaires poreuses de la péninsule, circule dans des réseaux souterrains puis alimente le système de Bacalar. Les pluies complètent ces apports.

Les études bathymétriques récentes donnent à la lagune principale une longueur d’environ 42 km, une largeur maximale proche de 2 km et une profondeur moyenne d’environ 8,9 m.

Le résultat est un lac long et étroit dont le relief sous-marin est beaucoup moins régulier qu’une photographie depuis un ponton pourrait le laisser croire.

Pourquoi Bacalar est-elle appelée le lac aux 7 couleurs ?

Il ne faut pas chercher sept bandes de couleur parfaitement séparées comme sur un nuancier.

Le surnom désigne plutôt la diversité spectaculaire des bleus visibles dans la lagune.

Dans les secteurs peu profonds, la lumière atteint facilement le fond clair riche en carbonates puis est réfléchie vers la surface. L’eau peut alors prendre une couleur turquoise très pâle.

Lorsque la profondeur augmente, davantage de lumière est absorbée et la couleur devient progressivement bleu azur, bleu soutenu puis presque indigo au-dessus de certaines dépressions.

La transparence de l’eau, l’angle du soleil, les nuages, le vent et la nature du fond modifient encore le résultat.

Ponton sur l'eau turquoise de la lagune de Bacalar au Mexique
Un ponton de Bacalar au-dessus des eaux turquoise peu profondes de la lagune. Crédit Photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).

Cette palette n’a rien à voir avec celle de Caño Cristales, la célèbre rivière arc-en-ciel de Colombie. Là-bas, le rouge spectaculaire est principalement produit par une plante aquatique, Rhyncholacis clavigera. À Bacalar, c’est avant tout la physique de la lumière et la topographie du bassin qui jouent avec les bleus.

Même péninsule mais autre recette encore : les bassins roses de Las Coloradas doivent leurs teintes à une forte concentration en sel et à des micro-organismes pigmentés. Le Yucatán semble avoir décidé que l’eau transparente classique manquait un peu d’ambition.

Des cénotes se cachent directement dans la lagune

Le sous-sol karstique produit l’une des caractéristiques les plus étonnantes de Bacalar.

Une étude bathymétrique publiée en 2024 a cartographié trois grandes dolines submergées dans la partie méridionale de la lagune :

  • Cenote Negro, également surnommé Cenote de la Bruja ;
  • Cenote Esmeralda ;
  • Cocalitos.

À la surface, la transition peut être spectaculaire : quelques mètres d’eau turquoise laissent brusquement place à une zone beaucoup plus sombre lorsque le fond plonge.

La bathymétrie moderne montre que certaines de ces dépressions atteignent plusieurs dizaines de mètres et que les points les plus profonds du secteur sud dépassent 60 mètres.

Ce relief explique une partie des différences de couleur visibles depuis les airs. Un changement brutal du bleu n’indique donc pas nécessairement un changement de composition de l’eau : il peut simplement signaler un gouffre sous la surface.

La lagune aux 7 couleurs de Bacalar yucatan mexique 1


Crédit photo Rafael Saldaña (CC BY 2.0).

Les stromatolites de Bacalar sont-ils vraiment des « roches vivantes » ?

Bacalar possède une autre particularité beaucoup moins visible depuis un drone : un ensemble exceptionnel de microbialites d’eau douce.

Ces structures minérales se développent grâce à l’activité de communautés microbiennes. Des cyanobactéries et d’autres micro-organismes participent notamment à la précipitation de carbonates qui, couche après couche, construisent des formes rocheuses.

On parle souvent de stromatolites, même si le terme plus général de microbialites décrit mieux la diversité des formations présentes à Bacalar.

Grande microbialite ou stromatolite dans la lagune de Bacalar au Mexique
Une imposante formation microbienne dans les eaux de Bacalar. Crédit Photo Jiinjung (CC BY-SA 4.0).

Une étude géologique consacrée à Bacalar a décrit plus de 10 km de formations microbiennes. Certaines structures en dôme peuvent atteindre environ 3 m de diamètre et de hauteur.

Il faut toutefois éviter une formule trompeuse souvent répétée : les stromatolites actuels de Bacalar ne sont pas eux-mêmes âgés de plusieurs milliards d’années.

Ce sont leurs lointains équivalents fossiles qui comptent parmi les plus anciennes traces d’activité biologique connues sur Terre. Les formations de Bacalar étudiées par les géologues sont beaucoup plus récentes et datent de l’Holocène.

Elles restent extrêmement précieuses. On ne doit donc pas marcher, s’asseoir ou grimper dessus : une structure qui ressemble à un banal rocher peut être le résultat d’un processus biologique et minéral particulièrement lent.

La lagune aux 7 couleurs de Bacalar yucatan mexique 2
Crédit photo alej hernández (domaine public).

Pourquoi Bacalar a-t-elle perdu ses couleurs en 2020 ?

Le surnom de « lagune aux 7 couleurs » a connu un sérieux passage à vide en juin 2020.

La tempête tropicale Cristobal a apporté des pluies exceptionnelles sur la péninsule du Yucatán. Une grande quantité d’eau chargée de sédiments, de matière organique et de nutriments a alors atteint Bacalar.

La transformation a été visible à l’œil nu : des secteurs habituellement bleus et transparents sont devenus bruns puis verdâtres.

Les mesures scientifiques montrent l’ampleur du phénomène. Avant la tempête, la profondeur de visibilité mesurée avec un disque de Secchi atteignait en moyenne environ 5,6 m. Après Cristobal, elle est tombée à seulement 1,72 m.

La transparence a ensuite progressivement retrouvé des valeurs proches des conditions antérieures au cours des douze mois suivants.

L’épisode a néanmoins montré que Bacalar n’est pas une immense piscine autonettoyante.

Le ruissellement provenant des terres agricoles, l’urbanisation, la suppression de végétation, les eaux usées et l’augmentation rapide de la fréquentation peuvent tous modifier l’équilibre du bassin. Des travaux scientifiques publiés encore récemment soulignent la vulnérabilité de cet écosystème face aux changements d’usage des sols.

Le Canal des Pirates, entre eau turquoise et histoire

Au sud de la lagune se trouve un passage aujourd’hui connu sous le nom de Canal de los Piratas.

Le secteur fait partie des endroits les plus reconnaissables de Bacalar avec ses eaux très peu profondes et particulièrement claires.

Canal des Pirates dans les eaux turquoise de la lagune de Bacalar au Mexique
Le Canal des Pirates au sud de la lagune de Bacalar. Crédit Photo Diego Delso (CC BY-SA 4.0).

Le nom rappelle la période où cette région constituait une frontière disputée entre les possessions espagnoles et les intérêts britanniques installés plus au sud, autour de l’actuel Belize.

Il vaut cependant mieux éviter de résumer Bacalar à un simple « repaire de pirates ». Son histoire mêle commerce maritime, exploitation du bois, rivalités coloniales et contrôle d’une frontière longtemps difficile à défendre.

Pourquoi le fort San Felipe a-t-il été construit à Bacalar ?

Au XVIIIe siècle, les autorités espagnoles ont renforcé Bacalar avec le fort San Felipe, installé sur une hauteur dominant la lagune.

Les travaux ont commencé à partir de 1727 et la fortification a évolué jusqu’au milieu du siècle.

Son rôle dépassait la seule chasse aux pirates. Le fort devait protéger la présence espagnole face aux incursions venues du sud, aux intérêts britanniques établis dans l’actuel Belize et aux groupes qui exploitaient notamment les ressources forestières de cette zone frontière.

Le bâtiment possède quatre bastions et un fossé périphérique. Après avoir connu différentes utilisations militaires et civiles, il a été transformé en musée au XXe siècle.

Fort San Felipe dominant la lagune de Bacalar au Mexique


Le fort San Felipe, construit pour défendre Bacalar au XVIIIe siècle. Crédit Photo PasKla! (CC BY-SA 4.0).

Comment découvrir Bacalar sans abîmer la lagune ?

Bacalar se découvre aujourd’hui depuis les pontons, en kayak, en voilier ou lors d’excursions sur l’eau. Mais l’intérêt du lieu dépend précisément de la conservation de ce qui attire les visiteurs.

Autour des microbialites, la règle la plus importante est simple : ne pas les toucher ni marcher dessus.

Il faut également éviter de détériorer les mangroves, ne laisser aucun déchet et privilégier les pratiques qui limitent les perturbations du fond et de l’eau.

Le développement touristique constitue désormais un enjeu important pour Bacalar. Les études consacrées au bassin insistent sur la nécessité de préserver les zones naturelles qui filtrent les eaux avant qu’elles n’atteignent la lagune.

C’est un paradoxe assez classique : le paysage est devenu célèbre grâce à sa transparence, et cette célébrité contribue désormais à augmenter la pression sur ce qui rend justement son eau si remarquable.

D’autres lacs où l’eau semble avoir changé de palette

Bacalar n’est pas le seul endroit où profondeur, minéraux, organismes et lumière produisent des couleurs improbables.

En Chine, le lac des Cinq Fleurs de Jiuzhaigou mêle turquoise, vert et bleu dans une eau d’une remarquable transparence. Mais là encore, le mécanisme diffère de Bacalar avec notamment la géologie carbonatée, les végétaux aquatiques et les dépôts visibles sous la surface.

Ces comparaisons expliquent aussi pourquoi « lac aux 7 couleurs » doit être compris comme une description visuelle et non comme une classification scientifique. Personne n’est venu à Bacalar avec sept pots de peinture et une règle pour séparer les bleus.

La lagune de Bacalar en vidéo

Vue du ciel, l’origine de son surnom devient particulièrement évidente : les zones peu profondes très claires côtoient des bandes turquoise puis des secteurs d’un bleu beaucoup plus profond.

Voici une vidéo aérienne qui permet de prendre la mesure de la longueur de Bacalar et de ses changements de couleur.

 

Sources pour aller plus loin

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