L’araignée paon, Maratus volans, est une minuscule araignée sauteuse australienne qui semble avoir enfilé une cape multicolore avant de monter sur scène. Le mâle ne mesure qu’environ 4 à 5 millimètres, mais il déploie pendant la parade nuptiale un éventail abdominal spectaculaire qui lui donne l’allure d’un paon miniature.
Cette araignée colorée ne mise d’ailleurs pas uniquement sur son costume. Pour séduire une femelle, elle combine mouvements de la troisième paire de pattes, déploiement de l’abdomen et vibrations transmises au support. Une chorégraphie étonnamment sophistiquée pour un animal plus petit qu’un ongle.
Un mâle de Maratus volans, l’araignée paon, pendant sa parade nuptiale. Crédit photo Jürgen Otto (CC BY-SA 2.0).
À retenir
- Maratus volans est une araignée sauteuse australienne de la famille des Salticidae.
- Le mâle mesure environ 4 à 5 mm et possède des expansions abdominales vivement colorées.
- La femelle est beaucoup plus discrète, généralement brune ou grisâtre.
- La parade du mâle combine couleurs, mouvements de la troisième paire de pattes et vibrations.
- Le nom volans vient d’une ancienne interprétation selon laquelle les expansions abdominales pouvaient aider l’araignée à voler ou planer.
- L’espèce vit en Australie, notamment au Queensland, en Nouvelle-Galles du Sud et dans le Victoria.
- Elle ne représente pas de danger médical connu pour l’être humain.
Maratus volans, une minuscule araignée paon australienne
Maratus volans appartient à la famille des Salticidae, les araignées sauteuses. Comme les autres membres de cette famille, elle possède une excellente vision et chasse activement de petites proies plutôt que d’attendre simplement dans une grande toile.
Son corps est organisé comme celui des autres araignées, avec un céphalothorax et un abdomen, aussi appelé opisthosome. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin sur ces structures, cette présentation de l’anatomie des araignées détaille notamment les pattes, les pédipalpes, les chélicères et les organes internes.
Le World Spider Catalog indique pour Maratus volans une distribution australienne comprenant le Queensland, la Nouvelle-Galles du Sud et le Victoria.
Le mâle ne dépasse que quelques millimètres. Sa petite taille contraste avec son abdomen richement décoré, où apparaissent des plages rouges, bleues, jaunes ou orangées.
Maratus volans, l’araignée paon australienne. Crédit photo Nigel Main (CC BY 4.0).
À quoi ressemble la femelle de l’araignée paon ?
Chez Maratus volans, le contraste entre les sexes est très marqué. Le mâle porte les couleurs les plus spectaculaires et possède les expansions abdominales utilisées pendant la parade.
La femelle est beaucoup plus discrète. Son corps affiche surtout des tons bruns et gris, mieux adaptés au camouflage, et elle ne possède pas le même éventail coloré.
Cette différence explique pourquoi les images populaires d’araignées-paons montrent presque toujours des mâles. Le terme « araignée paon » désigne pourtant bien l’espèce entière, pas uniquement ses représentants les plus voyants.
Pourquoi le mâle déploie-t-il une cape colorée ?
Sur les côtés de son abdomen, le mâle possède deux expansions normalement repliées. Lorsqu’il parade devant une femelle, il les déploie pour former un éventail presque circulaire.
La comparaison avec la roue d’un paon est immédiate, d’où le surnom d’araignée paon.
Cette apparence spectaculaire n’est pas propre à une seule espèce. Le genre Maratus rassemble de nombreuses araignées australiennes aux motifs très différents.
Maratus pavonis, une autre espèce d’araignée paon australienne. Crédit photo Jean et Fred Hort (CC BY 2.0).
Les dessins changent parfois radicalement d’une espèce à l’autre, comme le montre également Maratus mungaich.
Maratus mungaich, une araignée paon australienne aux motifs très différents de ceux de Maratus volans. Crédit photo Jean et Fred Hort (CC BY 2.0).
Cette profusion de couleurs rappelle d’autres arachnides étonnants, comme l’araignée miroir Thwaitesia et ses plaques argentées ou l’araignée smiley d’Hawaï, dont l’abdomen porte parfois un motif ressemblant à un visage.
Pourquoi s’appelle-t-elle Maratus volans si elle ne vole pas ?
Le mot latin volans signifie « volant ».
Lors de la description originale de l’espèce en 1874, Octavius Pickard-Cambridge rapporte les observations du collecteur H. H. B. Bradley, qui pense avoir vu l’araignée utiliser ses expansions abdominales comme des sortes d’ailes pour prolonger ses sauts.
Cette interprétation explique directement le nom spécifique volans. Une note publiée par Julianne Waldock du Western Australian Museum rappelle cependant que cette fonction de vol ou de vol plané n’a jamais été confirmée. Les expansions abdominales sont aujourd’hui associées avant tout à la parade sexuelle.
Autrement dit, l’araignée paon possède bien une cape de super-héros, mais aucune preuve ne montre qu’elle permette de décoller.
La danse de l’araignée paon : une parade nuptiale spectaculaire
Le mâle ne se contente pas d’ouvrir son éventail devant la femelle.
Il lève notamment sa troisième paire de pattes, plus longue et plus ornée que les autres, puis la déplace de façon répétée tandis que son abdomen se soulève et que les expansions latérales se déploient.
Les mouvements peuvent être synchronisés avec des déplacements latéraux. Le mâle effectue alors une véritable démonstration face à la femelle.
Une étude publiée dans PLOS ONE montre que cette parade est aussi vibratoire. Les chercheurs ont enregistré des vibrations du support associées aux mouvements de l’abdomen, en plus des signaux visuels. Ils décrivent donc la cour de Maratus volans comme une communication multimodale.
La femelle décide ensuite si elle accepte le mâle. Elle peut se montrer agressive, mais réduire toute parade ratée à « il finit dévoré » serait largement exagéré.
La séduction chez l’araignée paon est donc risquée, mais pas au point de transformer systématiquement chaque mauvais danseur en amuse-bouche.
Des couleurs produites par pigments et nanostructures
Les couleurs de l’araignée paon ne reposent pas sur un seul mécanisme.
Certaines zones contiennent des pigments, tandis que d’autres effets, notamment les reflets les plus irisés, sont liés à la structure microscopique des écailles et des soies.
Ces structures modifient la manière dont la lumière est réfléchie et produisent ce que l’on appelle des couleurs structurelles.
Un mécanisme comparable existe chez d’autres animaux aux couleurs métalliques. Sur 2tout2rien, la mygale bleu électrique Chilobrachys natanicharum offre un autre exemple spectaculaire de coloration issue de nanostructures plutôt que d’un simple pigment bleu.
De grands yeux pour une si petite araignée
Les araignées sauteuses sont connues pour leur vision particulièrement développée.
Leurs grands yeux antérieurs assurent une excellente perception des formes et des mouvements, essentielle pour localiser les proies mais aussi pour suivre les signaux visuels envoyés pendant la parade.
Gros plan sur les yeux d’une araignée sauteuse. Ces araignées possèdent une vision particulièrement développée pour repérer leurs proies et leurs partenaires. Crédit photo
ritam karmakar/Depositphotos.
Cette physiologie contribue beaucoup à leur comportement actif. Contrairement à l’image classique de l’araignée immobile au centre d’une toile, les Salticidae repèrent, approchent et bondissent sur leurs proies.
L’araignée paon est-elle dangereuse pour l’homme ?
Non. Maratus volans ne représente pas de danger médical connu pour l’être humain.
Avec ses quelques millimètres de longueur, l’araignée paon est surtout une prédatrice de très petits invertébrés.
Cela ne signifie pas que toutes les araignées se valent en taille ou en moyens de défense. À l’autre extrémité du catalogue arachnologique, la mygale Goliath peut atteindre environ 30 cm d’envergure pattes comprises. La comparaison donne une assez bonne idée du gouffre entre les deux animaux.
Jürgen Otto, celui qui a rendu les araignées-paons célèbres
Une grande partie de la notoriété moderne des araignées-paons vient du travail de Jürgen Otto, naturaliste et photographe australien parfois surnommé « Peacockspiderman ».
Ses macrophotographies et ses vidéos permettent de voir des détails invisibles à distance normale : couleurs de l’abdomen, mouvements des pattes, vibrations et postures successives de la parade.
Son travail a largement contribué à transformer ces araignées minuscules en célébrités d’Internet. L’image placée en tête de cet article est justement une photographie de Jürgen Otto diffusée sous licence CC BY-SA 2.0.
Et comme toute célébrité du web finit tôt ou tard détournée, l’araignée paon a même eu droit à sa chorégraphie sur YMCA :
Dans la catégorie des araignées qui changent radicalement l’image habituelle des arachnides, l’araignée paon montre que quelques millimètres suffisent parfois pour transformer une feuille en podium.
Sources pour aller plus loin
- World Spider Catalog — Maratus volans
- PLOS ONE — Multi-Modal Courtship in the Peacock Spider, Maratus volans
- Australasian Arachnology — Why Maratus volans cannot fly
- Wikimedia Commons — Maratus volans photographié par Jürgen Otto
- Wikimedia Commons — Maratus volans photographié par Nigel Main




