Ses pattes semblent traversées par des éclairs bleus et violets, mais Chilobrachys natanicharum n’est pas une créature retouchée pour les réseaux sociaux. Cette mygale vit réellement dans les forêts du sud de la Thaïlande, notamment dans les mangroves de la province de Phang-Nga.
L’espèce a été officiellement décrite en 2023 dans la revue scientifique ZooKeys. Elle n’était toutefois pas totalement inconnue : des spécimens circulaient déjà chez les éleveurs sous le nom de Chilobrachys sp. Electric Blue. Les chercheurs ont surtout retrouvé son habitat naturel et démontré qu’il s’agissait bien d’une espèce distincte.
Photo : Yuranan Nanthaisong, publiée dans Chomphuphuang et al., ZooKeys 1180, 2023, sous licence CC BY 4.0.
À retenir
- Chilobrachys natanicharum est une espèce de mygale officiellement décrite en septembre 2023.
- Elle vit dans la province de Phang-Nga, dans le sud de la Thaïlande.
- Elle a été observée dans des mangroves et des forêts sempervirentes.
- Sa couleur bleue ne provient pas d’un pigment, mais de nanostructures présentes dans ses soies.
- L’espèce était déjà connue dans le commerce des mygales avant d’être identifiée scientifiquement.
- Son nom a été choisi à l’issue d’une vente aux enchères organisée au profit d’actions caritatives.
Une nouvelle espèce qui circulait déjà dans les élevages
L’histoire de cette mygale ne commence pas réellement en 2023. Elle était déjà vendue depuis plusieurs années par des éleveurs et des commerçants spécialisés sous l’appellation Chilobrachys sp. Electric Blue.
En taxonomie, l’abréviation sp. indique que l’animal appartient probablement à un genre connu, ici Chilobrachys, mais que son espèce exacte n’a pas encore été déterminée ou officiellement décrite.
Son origine géographique précise restait également mystérieuse. Les spécimens présents dans le commerce ne suffisaient pas à documenter correctement son habitat naturel, sa répartition ou les caractères anatomiques permettant de la distinguer d’autres mygales asiatiques.
Une équipe thaïlandaise menée notamment par Narin Chomphuphuang et accompagnée du vidéaste naturaliste JoCho Sippawat a donc recherché l’animal dans la province de Phang-Nga. Les chercheurs ont ensuite comparé la morphologie des mâles et des femelles, leurs organes reproducteurs et leur appareil de stridulation avant de publier la description de la nouvelle espèce.
Le nom correct est bien Chilobrachys natanicharum, et non Chilobrachys natanisharum comme cela était écrit dans la première version de cet article (mea culpa). Une seule lettre mal placée suffit parfois à les lecteurs dans les broussailles taxonomiques.
Une mygale découverte dans une mangrove thaïlandaise
Les spécimens étudiés ont été trouvés dans le district de Takua Pa, dans la province de Phang-Nga. Il s’agirait de la première espèce de mygale signalée dans une mangrove de Thaïlande.
La recherche n’avait rien d’une promenade sur une passerelle touristique. Les scientifiques ont prospecté de nuit et à marée basse, sur un sol boueux et saturé d’eau. Pour atteindre les mygales, ils ont dû grimper dans les arbres et tenter de les faire sortir de réseaux de cavités humides. Au cours de cette expédition dans la mangrove, ils n’ont réussi à capturer que deux individus.
Dans cet environnement périodiquement inondé par les marées, les mygales s’installent dans les creux des arbres. Un terrier aménagé au niveau du sol risquerait de prendre l’eau deux fois par jour, ce qui est rarement un argument immobilier très convaincant, même pour une araignée.
L’espèce n’est toutefois pas exclusivement arboricole. Dans les forêts sempervirentes voisines, elle peut occuper aussi bien des cavités dans les arbres que des terriers terrestres. Les sites étudiés étaient situés entre le niveau de la mer et environ 57 mètres d’altitude.
Cette souplesse la distingue de la mygale du bambou, Taksinus bambus, une autre espèce thaïlandaise dont le mode de vie est étroitement lié aux tiges creuses de bambou.
Pourquoi cette mygale paraît-elle bleu électrique ?
La couleur de Chilobrachys natanicharum ne vient pas d’un pigment bleu présent dans son corps. Elle résulte de la structure microscopique de certaines de ses soies.
Ces soies comportent des nanostructures capables d’interagir avec la lumière. Certaines longueurs d’onde sont absorbées ou annulées, tandis que les longueurs d’onde correspondant au bleu sont davantage réfléchies vers l’observateur.
Il s’agit donc d’une coloration structurelle, comparable dans son principe à celle produite par certaines plumes, écailles d’insectes ou tissus biologiques. Le silure de verre produit lui aussi des irisations sans recourir à une palette de pigments classique, même si le mécanisme physique implique chez ce poisson l’organisation de ses fibres musculaires.
Chez la mygale thaïlandaise, l’effet dépend de l’angle d’observation et de l’éclairage. Les zones métalliques peuvent ainsi passer d’un bleu intense à un violet presque électrique.
La fonction biologique exacte de cette coloration n’est pas encore clairement démontrée. Rien ne permet d’affirmer qu’elle sert à prévenir les prédateurs, à attirer un partenaire ou à renforcer le camouflage. Elle est d’ailleurs surtout visible sous certains angles et dans de bonnes conditions lumineuses, ce qui relativise un peu son côté enseigne au néon au milieu de la forêt.
Photo : Yuranan Nanthaisong, publiée dans Chomphuphuang et al., ZooKeys 1180, 2023, sous licence CC BY 4.0.
Les femelles sont plus vivement colorées que les mâles adultes
Les femelles et les jeunes mâles présentent les reflets les plus intenses. Le bleu métallique apparaît notamment sur plusieurs segments des pattes, tandis que des nuances violettes sont visibles sur les chélicères, le céphalothorax et certains appendices.
Les mâles adultes conservent une partie de cette coloration, mais elle devient généralement moins intense que chez les femelles. Leur corps et leurs pattes prennent également une apparence plus claire en raison d’une plus forte densité de soies blanchâtres.
Malgré son surnom de mygale bleu électrique, l’animal n’est donc pas entièrement bleu. Son corps reste en grande partie brun sombre, gris ou noirâtre, et les reflets colorés se concentrent sur certaines zones. Les photographies prises avec un éclairage bien orienté accentuent naturellement le contraste.
Elle reste nettement moins imposante que la mygale goliath, considérée comme l’une des plus grandes et des plus lourdes araignées du monde. En matière de mise en scène, Chilobrachys natanicharum compense toutefois les centimètres par un éclairage intégré.
Pourquoi porte-t-elle le nom natanicharum ?
Le nom de la nouvelle espèce n’a pas été choisi uniquement par les scientifiques. Le droit de proposer son épithète scientifique a fait l’objet d’une vente aux enchères caritative.
L’enchère a été remportée par la société thaïlandaise Nichada Properties. Le nom natanicharum combine les prénoms de deux de ses dirigeants, Natakorn Changrew et Nichada Changrew.
Les recettes ont été destinées à soutenir l’éducation d’enfants issus de la communauté Lahu en Thaïlande ainsi que des patients atteints de cancer rencontrant des difficultés financières.
Attribuer un nom scientifique contre un don peut sembler inhabituel, mais ce type d’initiative est parfois utilisé pour financer la recherche ou des actions sociales. Le nom doit ensuite respecter les règles du Code international de nomenclature zoologique et demeure attaché à l’espèce, même si son classement scientifique évolue ultérieurement.
Cette mygale est-elle réellement rare ou menacée ?
La prudence s’impose. Le fait que les chercheurs n’aient capturé que deux individus dans la mangrove montre surtout que l’animal est difficile à repérer et à extraire de ses cavités. Cela ne constitue pas, à lui seul, une estimation de la taille de sa population.
Sa répartition exacte reste encore mal connue. Les scientifiques supposent qu’elle pourrait être présente dans d’autres fragments forestiers du sud de la Thaïlande, mais des prospections supplémentaires seraient nécessaires pour le confirmer.
Son habitat est néanmoins vulnérable. Les mangroves peuvent être dégradées par le déboisement, l’aménagement côtier, la pollution et les effets du changement climatique. La disparition des vieux arbres creux réduirait directement le nombre de refuges disponibles pour cette mygale.
L’existence d’un marché pour les araignées spectaculaires peut également exercer une pression supplémentaire lorsque les prélèvements sont réalisés dans la nature. La description scientifique de l’espèce permet justement de mieux identifier les spécimens commercialisés et de commencer à documenter leur provenance.
Une mygale spectaculaire, mais pas spécialement démonstrative
Contrairement à l’araignée-paon et ses chorégraphies nuptiales très colorées, Chilobrachys natanicharum passe une grande partie de son temps à l’abri de son terrier ou de sa cavité.
Son apparence spectaculaire ne doit pas non plus faire oublier qu’il s’agit d’une mygale asiatique rapide et défensive. Ce n’est pas une espèce destinée à être manipulée pour obtenir une photographie originale : mieux vaut laisser ce genre d’idée aux candidats spontanés pour les urgences.
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Questions fréquentes sur Chilobrachys natanicharum
Où vit la mygale bleu électrique ?
Elle a été observée dans la province de Phang-Nga, dans le sud de la Thaïlande. Elle fréquente des mangroves ainsi que des forêts sempervirentes.
Sa couleur bleue vient-elle d’un pigment ?
Non. Ses reflets bleus et violets sont produits par des nanostructures présentes dans certaines soies, qui modifient la manière dont la lumière est réfléchie.
L’espèce a-t-elle réellement été découverte en 2023 ?
Elle était déjà connue dans le commerce spécialisé. En 2023, les chercheurs ont décrit officiellement l’espèce et documenté son habitat naturel ainsi que ses caractères anatomiques.
Pourquoi vit-elle dans les arbres des mangroves ?
Les marées inondent régulièrement le sol. Les cavités situées dans les arbres lui offrent donc des refuges plus sûrs que des terriers terrestres.
Quel est le nom scientifique correct de cette mygale ?
Le nom accepté est Chilobrachys natanicharum. La graphie natanisharum est incorrecte.
Sources pour aller plus loin
- ZooKeys — description scientifique originale de Chilobrachys natanicharum
- Pensoft — récit de l’expédition, habitat et origine de la coloration
- World Spider Catalog — fiche taxonomique de l’espèce
- EurekAlert — communiqué consacré à la découverte dans les mangroves thaïlandaises

