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Fly Geyser : le geyser multicolore né d’un forage raté dans le Nevada

Au nord de Gerlach, dans une portion reculée du désert de Black Rock, trois cônes bariolés projettent continuellement de l’eau chaude sur un ensemble de terrasses orange, vertes et rouges. Ce décor, qui semble avoir été peint pour un film de science-fiction un peu excessif sur les pigments, porte le nom de Fly Geyser.

Cette curiosité du Nevada n’est pourtant pas entièrement naturelle. Le Fly Geyser actuel est apparu à la suite d’un forage géothermique réalisé en 1964. L’être humain a ouvert le passage ; la chaleur souterraine, l’eau minéralisée et les micro-organismes se sont ensuite chargés de la décoration.

Fly Geyser et ses cônes multicolores dans le désert du Nevada
Crédit photo Jeremy C. Munns (Domaine public)

À retenir

  • Le Fly Geyser actuel est né d’un forage géothermique effectué en 1964, et non directement du premier puits creusé sur le site en 1916.
  • Ses cônes et ses terrasses se développent grâce aux minéraux déposés en permanence par l’eau chaude.
  • Ses couleurs proviennent en grande partie de tapis microbiens thermophiles qui vivent à différentes températures.
  • Le geyser se trouve sur une propriété privée et ne peut être approché que dans le cadre d’une visite guidée réservée à l’avance.

Où se trouve le Fly Geyser ?

Le Fly Geyser se trouve dans la vallée désertique de Hualapai Flat, à Fly Ranch, au nord de la petite localité de Gerlach, dans le comté de Washoe au Nevada. Le ranch couvre environ 3 800 acres, soit plus de 1 500 hectares, au voisinage du vaste Black Rock Desert.

Malgré son aspect aride, le domaine réunit des sources chaudes, des zones humides, des bassins, des prairies de plantes adaptées aux sols salés et plusieurs manifestations géothermiques. Le geyser n’est donc pas un objet coloré posé au hasard au milieu du désert, mais la partie la plus spectaculaire d’un système hydrothermal beaucoup plus étendu.

Fly Ranch se trouve par ailleurs sur les terres ancestrales des peuples Numu, ou Paiutes du Nord, et Newe, ou Shoshones de l’Ouest. La géothermie locale est liée à un réseau de fractures et de failles permettant à l’eau de circuler en profondeur, de se réchauffer puis de remonter vers la surface.

le fly geyser merveille accidentelle du nevada 10


Crédit photo Matthew Dillon (CC BY 2.0).

Le Fly Geyser est-il vraiment né par accident ?

La réponse est oui, mais l’histoire comporte deux forages différents, régulièrement mélangés dans les récits consacrés au site.

Un premier puits creusé en 1916

En 1916, un puits peu profond fut foré afin de trouver de l’eau utilisable pour l’agriculture et l’élevage. Les travaux rencontrèrent à la place une eau fortement minéralisée et proche de l’ébullition, nettement moins pratique pour arroser les cultures.

Le puits continua à laisser échapper de la vapeur et de l’eau chaude. En précipitant ses minéraux, cette eau forma progressivement une tour de travertin haute d’environ cinq mètres. Cet ancien édifice, généralement surnommé « The Thumb », existe indépendamment du Fly Geyser que montrent la plupart des photographies.

Le forage géothermique de 1964

En 1964, la société Western Geothermal fora un nouveau puits d’environ 300 mètres de profondeur dans l’espoir d’exploiter l’énergie souterraine. Le projet ne fut finalement pas développé et le forage fut abandonné.

Malgré une tentative de fermeture, l’eau chaude sous pression trouva une issue à proximité. Son écoulement permanent commença à déposer du carbonate de calcium et d’autres substances minérales. Les premiers cônes du Fly Geyser actuel étaient nés.

Il est donc réducteur de le qualifier de simple « geyser artificiel ». Le conduit résulte bien d’une intervention humaine, mais l’eau, la chaleur, la pression et la construction minérale du geyser sont naturelles. Disons que l’être humain a malencontreusement ouvert le robinet, puis que la géologie a refusé de le refermer.

Jets d’eau chaude jaillissant des cônes du Fly Geyser au Nevada
Crédit photo Ken Lund (CC BY-SA 2.0).

Pourquoi le Fly Geyser est-il orange, rouge et vert ?

La structure du Fly Geyser est principalement constituée de travertin calcaire, accompagné de dépôts siliceux. Lorsque l’eau chaude remonte à la surface, elle se refroidit, s’évapore en partie et abandonne progressivement les substances minérales qu’elle transportait.

Couche après couche, ces dépôts construisent les cônes, les rebords et les petites terrasses qui entourent les évents. Le Fly Geyser n’a donc pas une forme définitive : il continue lentement de se transformer tant que l’eau circule.

Ses teintes ne proviennent toutefois pas seulement de la roche. Les surfaces humides sont colonisées par des communautés de micro-organismes adaptés à la chaleur, parmi lesquelles figurent des cyanobactéries photosynthétiques. Leurs pigments varient selon les espèces, la température, la lumière et les conditions chimiques locales.

Les zones les plus chaudes et les parties déjà refroidies n’abritent pas exactement les mêmes communautés. Cela contribue à dessiner des bandes vertes, jaunes, orange ou rouge brun sur les terrasses. Le principe rappelle celui des couleurs de Grand Prismatic Spring dans le parc de Yellowstone, même si les dimensions et la configuration des deux sites sont très différentes.

On lit parfois que la palette du Fly Geyser serait directement produite par un cocktail de soufre, d’arsenic, de cuivre et de fer. La composition minérale de l’eau joue évidemment un rôle dans le milieu, mais les sources scientifiques disponibles attribuent plus solidement les couleurs visibles aux tapis microbiens installés sur les dépôts minéraux.

Dépôts orange, rouges et verts du Fly Geyser width=


Crédit photo Matthew Dillon (CC BY 2.0).

Un geyser qui continue de construire son propre paysage

Contrairement aux geysers qui connaissent de longues phases de repos entre leurs éruptions, le Fly Geyser projette presque continuellement plusieurs jets d’eau. Ceux-ci ruissellent ensuite sur le monticule avant de rejoindre les bassins et les zones humides environnantes.

Lors d’une étude exploratoire menée en 2018, une caméra thermique a relevé environ 74,2 °C près de la sortie de l’eau et 32,8 °C à la base de l’édifice. Ces mesures correspondent à une campagne ponctuelle, mais elles illustrent le gradient thermique important qui permet à différentes communautés microbiennes d’occuper différentes parties du geyser.

La température diminue donc rapidement au fil de l’écoulement, mais le sommet n’est pas pour autant une fontaine décorative dans laquelle tremper une main. Le désert du Nevada possède déjà suffisamment de moyens de rappeler aux visiteurs leur fragilité sans lui fournir de nouveaux volontaires.

Autour des cônes, le carbonate de calcium a également formé de petites vasques et des terrasses. Leur apparence peut évoquer, à une échelle plus modeste, certains paysages hydrothermaux comme les formations colorées de Dallol en Éthiopie. La ressemblance est cependant surtout visuelle : les contextes géologiques et les chimies de ces deux sites ne sont pas identiques.

Terrasses minérales et bassins formés autour du Fly Geyser
Crédit photo Ken Lund (CC BY-SA 2.0).

Une surprenante diversité microscopique

Une étude microbiologique préliminaire consacrée aux geysers de Fly Ranch a mis en évidence une communauté beaucoup plus complexe qu’une simple couche d’« algues ». Plus d’un million de fragments d’ADN ont été séquencés dans les différents échantillons, révélant des bactéries et des archées appartenant à de nombreux groupes.

Parmi eux figurent notamment des cyanobactéries, des bactéries adaptées aux températures élevées et des organismes encore difficiles à cultiver en laboratoire. Ces environnements géothermiques servent ainsi de terrain d’étude pour comprendre comment la vie s’organise dans des conditions extrêmes.

Les chercheurs s’intéressent également à ces milieux comme analogues possibles d’anciens environnements extraterrestres. Voilà comment un forage raté destiné à produire de l’énergie peut finir par alimenter des travaux sur les origines de la vie : la géologie a parfois un sens de la reconversion assez supérieur au nôtre.

Fly Ranch, un refuge naturel associé au Burning Man Project

En 2016, l’organisation à but non lucratif Burning Man Project a acquis Fly Ranch et en assure depuis la gestion. Le domaine est utilisé pour des projets liés à l’écologie, à l’éducation, à l’art et à la préservation de ses ressources naturelles.

L’inventaire présenté par Fly Ranch mentionne notamment 144 espèces de plantes, 15 mammifères, 138 oiseaux et 12 reptiles. Les sources chaudes abritent également une minuscule espèce d’escargot aquatique, Pyrgulopsis bruesi, appelée Fly Ranch pyrg, dont une population est signalée dans un seul bassin du domaine.

Cette richesse biologique explique pourquoi les déplacements sont encadrés. Les croûtes minérales, les sols humides et les tapis microbiens peuvent être endommagés par un simple passage répété. La protection du geyser ne consiste donc pas seulement à éviter qu’un visiteur grave ses initiales dans le travertin — le grand classique de l’Homo sapiens en excursion — mais à préserver tout l’écosystème environnant.

Fly Geyser dans le paysage désertique et humide de Fly Ranch
Crédit photo Matthew Dillon (CC BY 2.0).

Peut-on visiter le Fly Geyser ?

Oui, mais Fly Geyser se trouve sur une propriété privée et ne se visite pas librement. Il est inutile de suivre des coordonnées GPS, de franchir une clôture ou de compter sur un accueil attendri après une petite intrusion « juste pour une photo ».

Le site est rattaché à la localité de Gerlach, NV 89412, États-Unis, et se trouve à environ 32 kilomètres au nord de cette petite ville du Nevada.

Les coordonnées GPS du geyser sont : 40° 51′ 34″ N, 119° 19′ 55″ O, soit 40.85944, -119.33194 en coordonnées décimales. Voici sa position sur Google Maps:

le fly geyser merveille accidentelle du nevada carte

Ce point indique toutefois l’emplacement du geyser, pas une entrée touristique accessible librement.

Des promenades guidées sont organisées par Friends of Black Rock-High Rock, généralement certains samedis au printemps, en été et en automne. Le parcours représente environ deux miles, soit 3,2 kilomètres, et permet de découvrir deux secteurs du ranch ainsi que trois geysers, dont le Fly Geyser.

Les dates, horaires et tarifs peuvent évoluer. Il est donc préférable de consulter le site de Friends of Black Rock-High Rock ou le site officiel de Fly Ranch avant d’organiser le déplacement.

Le secteur est isolé et la couverture téléphonique peut être inexistante. Les visiteurs doivent prévoir de l’eau, une protection solaire, des vêtements adaptés aux variations météorologiques et des chaussures fermées.

Vidéo du Fly Geyser

Parmi ces paysages terrestres qui semblent appartenir à une autre planète, le Fly Geyser est l’un des rares dont l’apparence résulte d’une rencontre aussi directe entre une erreur humaine et un système géothermal naturel.

FAQ rapide sur le Fly Geyser

Le Fly Geyser est-il naturel ou artificiel ?

Il est les deux à la fois. La source de chaleur, l’eau souterraine et les dépôts minéraux sont naturels, mais le passage emprunté par l’eau résulte d’un forage géothermique réalisé par l’être humain en 1964.

Pourquoi le Fly Geyser possède-t-il autant de couleurs ?

Ses terrasses minérales sont colonisées par des micro-organismes thermophiles, notamment des cyanobactéries. Leurs différents pigments produisent des zones vertes, jaunes, orange et rouge brun.

Le Fly Geyser est-il encore actif ?

Oui. Il projette continuellement de l’eau chaude et dépose de nouveaux minéraux. Sa forme évolue donc progressivement au fil du temps.

Peut-on se baigner dans les bassins du Fly Geyser ?

La baignade près du geyser ne fait pas partie des visites publiques. Le site est fragile, certains écoulements sont très chauds et les visiteurs doivent suivre les consignes du guide.

Une erreur humaine devenue œuvre géologique

Le Fly Geyser n’est ni une sculpture, ni un petit volcan, ni une fontaine conçue pour attirer les touristes. C’est un édifice hydrothermal vivant, déclenché involontairement par un forage puis construit pendant plusieurs décennies par l’eau, les minéraux et les micro-organismes.

Dans un Nevada surtout associé aux néons de Las Vegas, ce geyser perdu au milieu des étendues désertiques offre une création beaucoup moins prévisible. Après ce cône multicolore né d’un accident, découvrez également le Cono de Arita, l’étrange pyramide naturelle du Salar de Arizaro.

Sources pour aller plus loin

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