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Coracine casquée : l’oiseau noir à la longue barbe de plumes

La Coracine casquée (Cephalopterus penduliger) ressemble à un grand oiseau noir auquel l’évolution aurait ajouté deux accessoires assez difficiles à ignorer : une huppe épaisse rabattue au-dessus du bec et, chez le mâle, une extraordinaire « barbe » de plumes pouvant descendre sur plusieurs dizaines de centimètres.

Cette barbe n’en est pourtant pas une. Il s’agit d’une caroncule extensible entièrement recouverte de petites plumes, utilisée pendant les parades nuptiales et associée à l’étrange cri grave de l’oiseau. Les anglophones l’appellent d’ailleurs Long-wattled Umbrellabird, littéralement « oiseau-parapluie à longue caroncule ».

Coracine casquée mâle avec sa longue caroncule emplumée
Un mâle de Coracine casquée photographié en Équateur, avec sa longue caroncule emplumée bien visible. Crédit photo Dan Vickers (CC BY 4.0).

À retenir

  • La Coracine casquée est un Cotingidé d’Amérique du Sud présent dans l’ouest de l’Équateur et le sud-ouest de la Colombie.
  • Le mâle mesure environ 40 à 42 cm et la femelle est légèrement plus petite.
  • Sa spectaculaire « barbe » est en réalité une caroncule recouverte de plumes.
  • Chez le mâle, cette caroncule mesure normalement environ 28 à 35 cm lorsqu’elle est déployée.
  • L’oiseau peut la raccourcir fortement, notamment pendant le vol ou lorsqu’il la nettoie.
  • Les mâles se rassemblent dans des zones de parade appelées leks.
  • Leur cri grave peut porter jusqu’à environ 400 mètres lorsque les conditions sont favorables.
  • Les adultes mangent principalement des fruits et jouent ainsi un rôle dans la dispersion des graines.
  • La femelle assume seule l’incubation et l’élevage du jeune.
  • L’espèce est actuellement classée Vulnérable par l’UICN.

À quoi sert la longue « barbe » de la Coracine casquée ?

La structure qui pend sous la gorge du mâle constitue sans doute la caractéristique la plus spectaculaire de Cephalopterus penduliger.

Il ne s’agit pas simplement de quelques plumes anormalement longues.

La caroncule est une structure charnue extensible entièrement recouverte de petites plumes noires. Lorsqu’un mâle est tranquillement perché, elle pend verticalement devant sa poitrine.

Une étude détaillée du comportement de parade a indiqué une longueur normale d’environ 28 à 35 cm.

L’oiseau dispose cependant d’un étonnant contrôle sur cet appendice : il peut le contracter jusqu’à environ un tiers de sa longueur normale, notamment lorsqu’il vole sur une certaine distance ou lorsqu’il toilette ses plumes.

Lorsqu’il commence à parader, c’est exactement l’inverse.

Le mâle se penche en avant, écarte légèrement les pattes, allonge fortement sa caroncule et hérisse les petites plumes qui la recouvrent.

Coracine casquée montrant sa longue caroncule couverte de plumes


Une autre Coracine casquée mâle dans la forêt équatorienne. La caroncule peut être raccourcie ou fortement allongée selon le comportement de l’oiseau. Crédit photo Ryan F. Mandelbaum (CC BY 4.0).

Cette extravagance n’est pas complètement isolée chez les Cotingidés. L’Araponga tricaronculé porte lui aussi d’étranges caroncules utilisées dans un contexte de parade, tout en ajoutant à son attirail un cri suffisamment puissant pour rendre la comparaison familiale encore plus pertinente.

Pourquoi possède-t-elle aussi une sorte de casque noir ?

Au-dessus du bec se trouve le deuxième élément qui donne à la Coracine casquée son allure très particulière : une large huppe de longues plumes noires.

Au repos, elle forme une masse arrondie qui retombe sur le sommet de la tête et peut recouvrir partiellement le bec.

Lorsqu’un mâle est excité ou parade, il écarte ces plumes jusqu’à former une sorte de petit dôme.

C’est cette silhouette qui explique le terme anglais Umbrellabird, « oiseau-parapluie ».

Lors des parades les plus intenses, la huppe et la caroncule fonctionnent donc ensemble : l’une élargit visuellement la tête tandis que l’autre allonge démesurément le cou et la poitrine.

Il existe des oiseaux qui se contentent d’une moustache, comme la sterne inca et ses élégantes plumes blanches recourbées autour du bec. La Coracine casquée a manifestement choisi une option nettement moins discrète.

Mâle et femelle ne portent pas la même « barbe »

Le dimorphisme sexuel est très marqué.

Le mâle mesure généralement autour de 40 à 42 cm, tandis que la femelle atteint plutôt 35 à 37 cm.

Les deux sexes possèdent un plumage sombre et une huppe, mais les ornements sont beaucoup plus développés chez le mâle.

La femelle possède une huppe et une caroncule beaucoup plus réduites, voire très peu visibles selon les individus.

Cette différence correspond au système reproducteur de l’espèce : le mâle investit énormément dans son apparence et sa parade, tandis que la femelle assume ensuite seule l’essentiel du travail parental.

Les ornements impressionnants du mâle constituent ainsi de très bons exemples de sélection sexuelle.

Le principe est poussé encore plus loin chez certains oiseaux de Nouvelle-Guinée : le paradisier superbe transforme littéralement son plumage en décor de scène pendant sa danse nuptiale.

Où vit Cephalopterus penduliger ?

La Coracine casquée possède une aire de répartition relativement limitée sur la façade pacifique du nord-ouest de l’Amérique du Sud.

On la rencontre dans le sud-ouest de la Colombie et l’ouest de l’Équateur, au sein de la région biogéographique du Chocó et sur les versants occidentaux des Andes.

Les études de terrain l’ont observée depuis les forêts de basse altitude jusqu’à environ 1 800 mètres.

Elle fréquente surtout les forêts humides et très humides, les forêts de piémont et les forêts montagnardes, en utilisant aussi bien la canopée que les étages intermédiaires.

Long-wattled Umbrellabird ou Coracine casquée sauvage en Équateur
Une Coracine casquée sauvage photographiée dans le sud de l’Équateur. Crédit photo Francesco Veronesi (CC BY-SA 2.0).

Son territoire correspond à une région particulièrement riche en biodiversité mais dont les forêts ont été très fragmentées par les activités humaines.

Pourquoi les mâles se réunissent-ils dans des leks ?

La Coracine casquée utilise un système de reproduction spectaculaire appelé lek.

Plusieurs mâles occupent des sites de parade proches les uns des autres et produisent leurs démonstrations depuis des perchoirs réguliers.

Chaque mâle conserve son petit territoire de représentation.

Lorsqu’une femelle se rend sur le site, elle peut ainsi observer et comparer différents prétendants avant de s’accoupler.

Une étude menée dans le nord-ouest de l’Équateur entre février 1997 et janvier 1998 a montré que le lek étudié était actif toute l’année, même si son organisation et l’intensité de l’activité variaient fortement selon les périodes.

Cela invite à se méfier des descriptions trop simples présentant une unique « saison de parade » valable partout dans l’aire de répartition.

Un étrange cri grave qui porte dans la forêt

La prestation ne repose pas uniquement sur le physique.

Pour produire son appel, le mâle adopte une posture très particulière : il se penche vers l’avant, allonge la caroncule, effectue des mouvements de pompage avec la tête et le cou puis émet un « boooh » extrêmement grave.

Dans les conditions les plus calmes, des chercheurs ont pu entendre ce son à environ 400 mètres de distance.

Le mécanisme demande visiblement un certain effort.

Pendant des duels vocaux suivis en Équateur, les intervalles séparant deux appels successifs d’un même mâle pouvaient atteindre plusieurs dizaines de secondes. Les auteurs ont également observé des pauses prolongées lors des périodes les plus intenses.

Bref, la Coracine casquée n’est pas seulement équipée d’une barbe démesurée : elle lui associe une voix de corne de brume.

La Coracine casquée en pleine parade en vidéo

Cette vidéo permet de comprendre beaucoup mieux le rôle de la caroncule que des photographies statiques. On voit le mâle allonger son appendice emplumé, modifier sa posture et produire son appel grave caractéristique.

Un grand amateur de fruits et un disperseur de graines

En dehors de l’élevage des jeunes, la Coracine casquée est essentiellement frugivore.

Elle mange notamment de gros fruits provenant de différentes familles d’arbres tropicaux.

Une série de 100 observations alimentaires réalisées dans la réserve de Bilsa en Équateur a montré que 98 % des prises alimentaires observées chez les adultes concernaient des fruits.

Cette alimentation fait de l’oiseau un important transporteur de graines.

Une étude publiée dans Biotropica en 2012 a même montré que le comportement reproducteur influence la manière dont les graines sont dispersées : les mâles, attachés aux secteurs de lek, et les femelles, beaucoup plus mobiles, ne les transportent pas selon les mêmes schémas.

L’excentricité de la parade finit donc par avoir des conséquences jusque dans la distribution des végétaux de la forêt.

la coracine casquee un oiseau a longue barbe 4


Crédit photo Christoph Moning (CC BY 4.0).

Le poussin reçoit un menu très différent

Le régime change radicalement lorsqu’il faut faire grandir un jeune.

Lors du premier nid confirmé étudié scientifiquement en Équateur en 2002, la femelle a assuré seule l’ensemble des soins parentaux. Aucun mâle n’a été observé au nid.

Elle apportait de la nourriture en moyenne environ une fois par heure.

Contrairement aux adultes presque exclusivement frugivores, le poussin recevait surtout des aliments riches en protéines.

Sur 55 apports identifiés lors de cette étude :

  • 58,2 % étaient des invertébrés ;
  • des petits vertébrés étaient également apportés ;
  • environ 20 % des apports étaient régurgités et pouvaient notamment contenir des fruits.

Chenilles, papillons, phasmes, sauterelles et même de petits vertébrés figuraient au menu.

Chez cette espèce, papa mise donc sur la coiffure, la barbe et les graves ; une fois la séduction terminée, maman prend très largement le relais.

Une femelle seule pour construire le nid et élever le jeune

Le système de lek implique qu’après l’accouplement, le mâle ne forme pas de couple durable avec la femelle.

Cette dernière construit le nid, incube l’œuf et nourrit le poussin.

Les nids documentés sont des constructions ouvertes constituées de branchettes, installées notamment dans des arbres ou des fougères arborescentes.

Les données disponibles indiquent une ponte d’un seul œuf, ce qui signifie que la capacité de reproduction de l’espèce est naturellement assez faible.

Cette faible productivité peut évidemment devenir problématique lorsqu’elle se combine à la disparition rapide de l’habitat.

Pourquoi la Coracine casquée est-elle menacée ?

BirdLife International classe toujours Cephalopterus penduliger comme Vulnérable.

La population est considérée comme en déclin.

Les principales pressions sont la destruction et la fragmentation des forêts, auxquelles s’ajoutent la chasse et le piégeage.

Le comportement reproducteur peut même devenir un handicap : comme les mâles reviennent régulièrement sur les mêmes zones de lek et y deviennent particulièrement démonstratifs, ils sont plus faciles à localiser.

Des travaux réalisés en Équateur ont déjà documenté des mâles tués par des braconniers à proximité de sites de parade.

La protection de l’espèce dépend donc autant de la conservation de vastes ensembles forestiers que du maintien des secteurs utilisés pour les leks et les déplacements des femelles.

Illustration ancienne de la Coracine casquée Cephalopterus penduliger en 1859
La Coracine casquée représentée par Joseph Wolf en 1859, l’année de sa description scientifique par Philip Lutley Sclater. Illustration publiée dans The Ibis, domaine public. Source : Wikimedia Commons.

Une silhouette décidément difficile à confondre

Avec son plumage entièrement noir, sa huppe rabattue au-dessus du bec et surtout son énorme caroncule, le mâle adulte appartient à ces oiseaux dont une silhouette suffit presque à identifier l’espèce.

Cette extravagance n’est pourtant pas gratuite : huppe, caroncule, posture et vocalisations constituent un ensemble de signaux utilisés lors de la compétition reproductive.

La silhouette inhabituelle du Savacou huppé montre qu’une coiffure étrange peut apparaître dans des familles d’oiseaux très différentes, mais la Coracine casquée pousse tout de même l’accessoirisation quelques crans plus loin.

FAQ sur la Coracine casquée

Quelle est la longue barbe de la Coracine casquée ?

Ce n’est pas une véritable barbe mais une caroncule charnue recouverte de petites plumes. Chez le mâle, elle mesure généralement autour de 28 à 35 cm lorsqu’elle est déployée normalement.

La Coracine casquée peut-elle rétracter sa caroncule ?

Oui. Les observations de terrain montrent que le mâle peut la raccourcir jusqu’à environ un tiers de sa longueur normale, notamment pendant le vol ou lorsqu’il la toilette.

Pourquoi l’appelle-t-on Umbrellabird en anglais ?

Le nom vient de sa grande huppe de plumes située au-dessus du bec. Lorsqu’elle est déployée, elle forme une sorte de petit parapluie sombre au-dessus de la tête.

Où vit la Coracine casquée ?

Elle vit sur le versant pacifique des Andes, principalement dans l’ouest de l’Équateur et le sud-ouest de la Colombie, dans des forêts tropicales humides.

Que mange Cephalopterus penduliger ?

Les adultes consomment surtout des fruits, mais également quelques invertébrés et petits vertébrés. Les poussins reçoivent en revanche une proportion beaucoup plus importante de nourriture animale.

La Coracine casquée est-elle menacée ?

Oui. Elle est actuellement classée Vulnérable par l’UICN, notamment à cause de la destruction et de la fragmentation de ses forêts ainsi que de la chasse et du piégeage.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Coracine casquée : l’oiseau noir à la longue barbe de plumes”

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