Aller au contenu

La Norman Timbs Special, une fantastique custom car de 1948

La Norman Timbs Special est l’une des voitures américaines les plus extravagantes jamais construites. Avec ses courbes interminables, son habitacle minuscule et son immense arrière effilé, cette automobile unique de 1948 ressemble davantage à une sculpture Art déco qu’à une voiture destinée à circuler sur la route.

Née de l’imagination d’un ingénieur californien passionné de compétition automobile, elle a connu un destin pour le moins mouvementé : abandonnée pendant des décennies, restaurée une première fois, presque entièrement détruite dans un incendie en 2018, elle a finalement fait son retour en 2024 après une seconde reconstruction. Une histoire aussi étonnante que sa silhouette.

La Norman Timbs Special de 1948, voiture américaine aux longues courbes aérodynamiques et à la carrosserie sculpturale
La Norman Timbs Special, un roadster américain unique aux lignes inspirées des voitures aérodynamiques des années 1930. Crédit photo Ron Frazier (CC BY 2.0).

À retenir

  • La Norman Timbs Special est une automobile artisanale américaine achevée en 1948, construite en un seul exemplaire.
  • Elle a été imaginée par l’ingénieur Norman E. Timbs, qui a notamment travaillé dans le milieu de la compétition automobile.
  • Sa carrosserie en aluminium mesure environ 5,3 mètres de long pour seulement 1,19 mètre de haut, pare-brise compris.
  • Elle possède un moteur Buick huit cylindres en ligne placé derrière les sièges et une partie arrière qui se soulève hydrauliquement.
  • Abandonnée pendant des années, elle a été achetée en 2002 par le collectionneur Gary Cerveny, puis restaurée pour être présentée en 2010.
  • Presque entièrement détruite lors de l’incendie de Woolsey en novembre 2018, elle a été reconstruite et dévoilée à Amelia Island en mars 2024.

La Norman Timbs Special, le rêve d’un ingénieur automobile

Derrière cette voiture hors du commun se trouve Norman E. Timbs, un ingénieur installé en Californie qui avait déjà acquis une solide réputation dans le monde de la compétition automobile.

Il a notamment participé aux travaux techniques liés aux voitures de l’équipe Blue Crown Spark Plug de Lou Moore, victorieuse des 500 miles d’Indianapolis en 1947, 1948 et 1949.

Timbs a également travaillé sur le projet automobile de Preston Tucker et pour le fabricant d’équipements automobiles Halibrand.

Mais son ambition personnelle était différente : construire une automobile qui associerait les formes des voitures de course les plus aérodynamiques à l’élégance d’un roadster destiné à la route.

Au milieu des années 1940, il entreprend donc de réaliser son propre véhicule, pendant son temps libre.

Une inspiration venue des voitures de course des années 1930

Norman Timbs apprécie particulièrement les voitures de compétition allemandes de l’entre-deux-guerres, notamment les Auto Union et les Mercedes-Benz aux carrosseries profilées.

Leur esthétique correspond à celle du Streamline Moderne, un courant du design qui privilégie les lignes horizontales, les surfaces lisses, les formes arrondies et les silhouettes évoquant la vitesse.

On retrouve cette influence dans de nombreuses créations automobiles de l’époque, notamment la spectaculaire Delahaye Type 165, chef-d’œuvre français des années 1930.

Mais là où les carrossiers européens imaginent souvent des automobiles luxueuses, Norman Timbs adopte une approche presque expérimentale.

Il dessine une voiture extrêmement basse, avec les roues dissimulées sous les ailes, un petit habitacle à deux places et un arrière interminable.

Pour affiner les proportions, il réalise des dessins techniques, des maquettes et un modèle en bois permettant de former les panneaux de carrosserie.

Il ne lui reste plus qu’à transformer cette idée en une véritable automobile.

Une carrosserie en aluminium entièrement réalisée sur mesure

La construction de la Norman Timbs Special demande environ deux ans et demi à trois ans de travail.

Son châssis est constitué d’une structure tubulaire, inspirée de techniques employées dans l’aéronautique et la compétition automobile.

La carrosserie est réalisée en aluminium, avec des panneaux façonnés à la main puis assemblés pour former ses immenses surfaces courbes.

Le carrossier Emil Diedt, spécialiste reconnu de la construction automobile artisanale, joue un rôle essentiel dans cette fabrication.

Selon des estimations historiques, la carrosserie aurait coûté à elle seule environ 8 000 dollars, sur un coût total de construction proche de 10 000 dollars.

Une somme considérable à la fin des années 1940, d’autant plus que Norman Timbs ne prévoit pas de fabrication industrielle.

Il construit avant tout une automobile correspondant à sa vision personnelle de la voiture idéale.

Une voiture longue de plus de cinq mètres, mais extrêmement basse

Les proportions constituent l’une des caractéristiques les plus saisissantes de la Norman Timbs Special.

Elle mesure environ 5,3 mètres de long, pour un empattement de 2,97 mètres.

Sa hauteur totale, pare-brise compris, atteint seulement 1,19 mètre. Sans le pare-brise, la carrosserie descend à moins d’un mètre du sol.

L’habitacle est placé très en avant, tandis qu’un immense volume arrondi occupe toute la partie arrière.

Le résultat donne l’impression d’une voiture dessinée en une seule ligne, du museau jusqu’à la poupe.

Une conception bien différente de celle de l’Œuf électrique de 1942, cette minuscule automobile française aux formes tout aussi inhabituelles.

Un moteur Buick huit cylindres placé derrière les sièges

Malgré son allure futuriste, la Norman Timbs Special utilise une mécanique relativement conventionnelle pour son époque.

Elle est propulsée par un moteur Buick huit cylindres en ligne, installé derrière les deux occupants, en position centrale arrière.

Le moteur est équipé de deux carburateurs et d’un double échappement.

Le véhicule reçoit également différents composants empruntés à des automobiles de série, notamment des éléments de suspension Ford modifiés et des équipements Mercury.

Les performances annoncées sont honorables : certaines descriptions historiques évoquent une vitesse maximale proche de 190 km/h.

Cette valeur doit toutefois être considérée comme une estimation d’époque, plutôt que comme une vitesse officiellement mesurée et homologuée.

L’objectif de Timbs n’était pas de battre un record, mais de créer une voiture capable de rouler avec une carrosserie dont la forme semblait déjà appartenir au futur.

Une automobile sans portières, avec un arrière entièrement relevable

Autre particularité : la Norman Timbs Special ne possède aucune portière.

Pour monter à bord, les occupants doivent enjamber les flancs de la carrosserie et s’installer dans le petit habitacle.

L’accès à la mécanique est tout aussi inhabituel.

L’immense partie arrière se soulève d’un seul tenant grâce à un mécanisme hydraulique à commande électrique.

Une fois relevée, elle dévoile le moteur, le réservoir de carburant et la roue de secours.

Le dispositif transforme presque la voiture en une sculpture mécanique articulée.

Voici une vidéo montrant l’ouverture spectaculaire de cette partie arrière :

Une vedette de Motor Trend devenue une voiture oubliée

Achevée en 1948, la Norman Timbs Special attire rapidement l’attention de la presse automobile américaine.

Elle apparaît notamment en couverture du magazine Motor Trend d’octobre 1949, seulement le deuxième numéro de cette publication appelée à devenir une référence dans l’automobile.

Une reconnaissance remarquable pour une voiture conçue et assemblée artisanalement, à l’écart des grands constructeurs.

La couverture historique et plusieurs photographies de la construction sont visibles sur la page d’archives de Kustomrama consacrée à la Norman Timbs Special.

L’automobile change ensuite de propriétaire.

En 1952, elle est achetée par Jim Davis, officier de l’US Air Force installé à Manhattan Beach, en Californie.

Il la fait immatriculer pour pouvoir l’utiliser sur la route.

En février 1954, elle apparaît dans le magazine Motor Life, cette fois repeinte en blanc.

Puis son histoire devient beaucoup moins claire.

La voiture disparaît progressivement des publications spécialisées et finit abandonnée pendant de longues années dans le désert californien.

Une anecdote souvent reprise raconte qu’elle aurait même servi de toboggan à des enfants, devant un restaurant.

Ce détail reste difficile à confirmer, mais l’état dans lequel elle réapparaît des décennies plus tard ne laisse guère de doute sur le manque d’entretien dont elle a souffert.

La première résurrection de la Norman Timbs Special

En 2002, la voiture est proposée lors d’une vente Barrett-Jackson organisée au Petersen Automotive Museum, à Los Angeles.

Le collectionneur Gary Cerveny l’achète pour 17 200 dollars, selon le récit publié par Old Cars Weekly.

À cette époque, il ne connaît pas encore toute l’importance historique du véhicule.

La voiture est fatiguée, sa carrosserie a été modifiée et de nombreuses pièces demandent une restauration approfondie.

Cerveny commence les travaux lui-même, notamment sur la mécanique et certains éléments de carrosserie.

Mais le chantier se révèle plus compliqué que prévu.

Il confie finalement l’automobile à l’atelier Custom Auto de Dave Crouse, à Loveland, dans le Colorado.

Les restaurateurs doivent reprendre les immenses panneaux d’aluminium, corriger les déformations, reconstruire certains éléments et redonner à la carrosserie ses courbes d’origine.

Le travail sur la partie arrière est particulièrement délicat en raison de sa taille et de la nécessité de conserver un ajustement précis avec le reste de la voiture.

La restauration est achevée à la fin des années 2000 et la voiture fait son retour public au concours d’élégance d’Amelia Island en mars 2010.

Elle remporte alors une distinction récompensant les plus belles voitures ouvertes.

Elle participe ensuite à plusieurs événements automobiles prestigieux, notamment le concours de Pebble Beach en 2012 et l’exposition Dream Cars du High Museum of Art d’Atlanta en 2014.

Une renaissance spectaculaire, comparable par son ambition à d’autres restaurations hors norme, comme celle de l’American Dream, la plus longue voiture du monde.

Mais l’histoire de la Norman Timbs Special n’est malheureusement pas terminée.

Détruite par l’incendie de Woolsey en 2018

En novembre 2018, un immense incendie ravage une partie de la Californie du Sud.

Le Woolsey Fire détruit de nombreuses habitations, notamment dans la région de Malibu.

Gary Cerveny perd sa maison et une grande partie de sa collection de véhicules de collection, qui comptait 76 voitures et motos.

La Norman Timbs Special se trouve parmi les automobiles les plus gravement touchées.

L’incendie est si intense que sa carrosserie en aluminium fond et se déforme, ne laissant essentiellement que le châssis et des débris métalliques.

Comparaison de la Norman Timbs Special avant et après l'incendie de Woolsey en 2018, montrant sa carrosserie détruite par les flammes


La Norman Timbs Special avant et après l’incendie de Woolsey en Californie, en novembre 2018. La voiture, auparavant restaurée, a été presque entièrement détruite par les flammes. Crédit photo Ron Frazier (CC BY 2.0).

Après tant d’efforts pour la faire renaître une première fois, la disparition de cette voiture unique semble définitive.

Mais Cerveny refuse de l’abandonner.

Il estime que la Norman Timbs Special est trop importante pour disparaître ainsi.

Une nouvelle reconstruction est donc entreprise, cette fois à partir des vestiges du véhicule et des documents permettant de retrouver ses formes historiques.

La Norman Timbs Special renaît une seconde fois en 2024

La reconstruction représente un défi considérable.

Il ne s’agit plus simplement de restaurer une carrosserie abîmée : une grande partie de ses formes doit être recréée.

Heureusement, le véhicule avait fait l’objet d’un relevé numérique avant l’incendie, fournissant des informations précieuses sur ses proportions.

La reconstitution numérique de la carrosserie bénéficie notamment du travail de Lucy Bothwell.

Les artisans peuvent ainsi reconstruire cette immense enveloppe métallique aux courbes si particulières.

Et le résultat finit par être dévoilé au public.

Le 3 mars 2024, la Norman Timbs Special reconstruite est présentée au concours d’élégance d’Amelia Island, en Floride.

Près de six ans après l’incendie, elle retrouve sa place parmi les automobiles historiques les plus remarquables.

Interrogé à cette occasion par le journaliste Dan Scanlan, Gary Cerveny explique que, parmi les 76 véhicules et motos touchés par le feu, la Norman Timbs Special était celui qu’il avait immédiatement décidé de reconstruire.

Le reportage, accompagné d’une photographie de la voiture dans son état restauré, est disponible sur Jacksonville Today, dans son compte rendu du concours d’Amelia Island 2024.

La Norman Timbs Special est ainsi devenue une survivante exceptionnelle : un exemplaire unique construit dans les années 1940, retrouvé à l’abandon, restauré une première fois, détruit par un incendie puis reconstruit à nouveau.

Un destin extraordinaire pour une voiture qui n’aurait jamais dû exister autrement que dans l’imagination de son créateur.

La Norman Timbs Special en vidéo sur la route

Avec sa silhouette démesurément allongée, ses roues presque dissimulées et son habitacle très avancé, la Norman Timbs Special offre un spectacle inhabituel lorsqu’elle roule.

Cette vidéo permet de découvrir la voiture en mouvement et de mieux apprécier les proportions étonnantes de sa carrosserie.

De la même année, mais avec une philosophie bien différente, la Panhard Dynavia de 1948 illustre une autre manière d’exploiter l’aérodynamisme pour imaginer l’automobile du futur.

Sources pour aller plus loin

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

1 commentaire pour “La Norman Timbs Special, une fantastique custom car de 1948”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *