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Mouchon : le Mangalica, ce cochon laineux qui ressemble à un mouton

Le mouchon existe-t-il vraiment ? Si l’on imagine un improbable croisement entre un mouton et un cochon, la réponse est non. Mais l’animal qui se cache derrière ce surnom est bien réel : il s’agit du Mangalica, également écrit Mangalitsa ou Mangalitza, une ancienne race de porc hongroise couverte de longs poils bouclés.

En hiver, son épaisse toison donne au cochon laineux une allure si proche de celle d’un mouton qu’une photographie suffit à semer le doute. Pourtant, sous les bouclettes, tout est bien porcin : groin, sabots, anatomie et génétique. Le Mangalica est simplement un cochon qui a choisi une garde-robe particulièrement adaptée aux hivers d’Europe centrale.

Mouchon ou cochon laineux Mangalica ressemblant à un mouton
Un Mangalica, ce fameux « mouchon » dont le pelage évoque celui d’un mouton. Crédit photo gezafarkas / Depositphotos.

À retenir

  • Le mouchon n’est pas un croisement entre un mouton et un cochon : ce surnom désigne généralement le Mangalica.
  • Le Mangalica est une ancienne race porcine originaire de Hongrie, développée à partir des années 1830.
  • Son pelage devient particulièrement long, dense et bouclé en hiver, d’où les noms de cochon laineux ou cochon mouton.
  • Trois variétés subsistent : blonde, rouge et hirondelle.
  • La race a failli disparaître : seulement 34 truies reproductrices étaient enregistrées en Hongrie en 1975.
  • C’est un porc de type gras, à croissance lente et au persillé beaucoup plus développé que celui des races porcines modernes sélectionnées pour produire de la viande maigre.

Qu’est-ce qu’un mouchon ?

Le mot « mouchon » joue tout simplement sur l’apparence de l’animal : un mouton + un cochon. Il est utilisé comme surnom pour désigner le Mangalica, mais il ne correspond pas au nom officiel d’une espèce ou d’une race distincte.

Le véritable nom de l’animal est Mangalica. Et malgré son apparence, aucun mouton n’intervient dans son origine.

Le pelage bouclé suffit pourtant à entretenir l’illusion, surtout chez les individus blonds photographiés en hiver. De loin, on pourrait presque les confondre avec de petits ovins particulièrement trapus. Le groin ruine généralement le suspense en quelques secondes.

Les vrais moutons capables de rivaliser sur le terrain de la photogénie existent toutefois, à commencer par les moutons à nez noir du Valais et leur incroyable toison.

Cochon mouton Mangalitza couvert de longs poils frisés


Un Mangalitza mâle et son épaisse couverture de poils. Crédit photo Roger Ward (CC BY 2.0).

Quelle est l’origine du cochon mouton ?

L’histoire du Mangalica remonte au début des années 1830 dans le bassin des Carpates.

La race a été constituée à partir de plusieurs populations porcines rustiques d’Europe centrale. Les travaux historiques et génétiques citent notamment des porcs hongrois de types Bakony et Szalonta ainsi que le porc serbe Šumadija.

L’objectif n’était évidemment pas de fabriquer un animal ressemblant à un mouton pour amuser internet deux siècles plus tard. Il s’agissait surtout d’obtenir un porc rustique capable de produire beaucoup de graisse.

À l’époque, le lard et le saindoux avaient une importance économique considérable. Avant la généralisation des huiles végétales bon marché et de la réfrigération moderne, la graisse porcine constituait une ressource alimentaire essentielle et servait également à différents usages domestiques.

Le Mangalica devint ainsi l’une des races porcines emblématiques de Hongrie au XIXe et au début du XXe siècle.

Le Mangalica est-il un croisement entre un cochon et un mouton ?

Non. Le Mangalica est un porc domestique, et sa toison n’est pas le résultat d’une hybridation avec un mouton.

Les croisements qui ont conduit à la race actuelle ont été réalisés entre différentes populations porcines.

La confusion vient uniquement de ses poils. En hiver, ceux-ci deviennent longs, épais et fortement ondulés. Sur certaines photographies, ils forment de véritables bouclettes rappelant une toison ovine.

Autrement dit, le « croisement mouton-cochon » existe surtout dans l’œil de celui qui regarde la photo.

Truie Mangalica avec son porcelet laineux
Une truie Mangalica et son porcelet. Crédit photo -ani- (CC BY-SA 2.0 DE).

Mangalica, Mangalitsa ou Mangalitza : quelle orthographe utiliser ?

Les trois graphies désignent le même cochon laineux.

Mangalica est la graphie hongroise. Les formes Mangalitsa et Mangalitza se sont diffusées dans différentes langues européennes et restent très courantes dans les publications, les élevages et les recherches sur internet.

En français, on rencontre également les appellations porc laineux, cochon laineux et, plus familièrement, cochon mouton ou mouchon.

Aucune de ces expressions ne signifie cependant qu’il s’agisse d’une espèce différente : derrière tout ce vocabulaire se trouve toujours Sus scrofa domesticus, le porc domestique.

Pourquoi le cochon laineux possède-t-il des poils bouclés ?

Contrairement à ce que suggère son surnom, le Mangalica ne produit pas de laine comparable à celle d’un mouton. Son corps est recouvert de poils très développés.

Leur aspect change nettement au fil des saisons.

En hiver, les poils deviennent longs, épais et bouclés. Au printemps, le manteau se renouvelle puis devient plus court, plus raide et beaucoup moins spectaculaire en été.

Un Mangalica photographié en juillet peut donc sembler presque être un autre animal que le gros nounours frisé observé au cœur de l’hiver.

Cette pilosité participe à l’adaptation de la race aux conditions continentales et à l’élevage en extérieur. Elle ne rend toutefois évidemment pas le cochon invulnérable au froid, à la chaleur ou aux mauvaises conditions d’élevage.

Mangalica blond au pelage laineux et bouclé en hiver


Un Mangalica blond avec son caractéristique pelage bouclé. Crédit photo Nienetwiler (CC BY-SA 3.0).

Les trois variétés de Mangalica

Plusieurs couleurs de Mangalica ont existé historiquement, mais trois grandes variétés subsistent aujourd’hui.

Le Mangalica blond est le plus immédiatement reconnaissable. Sa robe varie du gris très clair au crème ou au blond jaunâtre. Avec son manteau hivernal, c’est probablement lui qui mérite le mieux le surnom de cochon mouton.

Le Mangalica rouge possède une robe allant du roux au brun rougeâtre. Ses poils sont généralement un peu moins épais que ceux du blond.

Le Mangalica hirondelle, appelé Swallow-bellied Mangalica en anglais, présente un dos et des flancs noirs contrastant avec une partie inférieure du corps plus claire.

Il ne s’agit pas simplement de trois couleurs appliquées sur le même modèle. Des études ont également mis en évidence des différences de croissance et de composition corporelle entre ces lignées.

Porc laineux Mangalica hongrois au pelage bouclé
Un Mangalica photographié à Budapest, en Hongrie. Crédit photo Kicsinyul (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi le Mangalica a-t-il failli disparaître ?

Le paradoxe du Mangalica est que les qualités qui avaient fait son succès sont précisément devenues ses défauts avec l’industrialisation de l’élevage porcin.

Après la Seconde Guerre mondiale, la consommation et les méthodes de production évoluent. Les élevages recherchent désormais des cochons qui grandissent rapidement et produisent beaucoup de viande maigre avec relativement peu de graisse.

Le Mangalica fait presque exactement l’inverse.

Les chiffres hongrois illustrent brutalement son déclin. Le cheptel reproducteur comptait environ 30 000 truies en 1943. Il n’en restait plus que 922 en 1965, 243 en 1970 et seulement 34 truies reproductrices inscrites au herd-book en 1975.

La race a alors été préservée dans le cadre de programmes de conservation génétique.

Son histoire rappelle celle d’autres anciennes races domestiques presque abandonnées au profit d’animaux plus productifs, comme les vaches bleues de Lettonie, autre patrimoine animal sauvé de justesse.

Le Mangalica grandit-il vraiment plus lentement qu’un porc classique ?

Oui, et la différence peut être mesurée.

Une étude expérimentale publiée en 2023 a comparé trois variétés de Mangalica à des porcs Yorkshire élevés dans les mêmes conditions.

Le gain de poids quotidien moyen atteignait environ 0,40 kg pour le Mangalica hirondelle, 0,56 kg pour le blond et 0,62 kg pour le rouge, contre environ 0,97 kg par jour pour le Yorkshire dans cette expérience.

Le Mangalica transforme également beaucoup plus facilement l’énergie en graisse.

À poids comparable, autour d’une centaine de kilos, l’épaisseur de gras dorsal mesurée atteignait environ 5,8 à 6,7 cm chez les trois Mangalica, contre 2,34 cm chez le Yorkshire étudié.

Ce n’est donc pas simplement un cochon moderne auquel quelqu’un aurait ajouté une perruque : son développement et sa composition corporelle sont réellement différents.

Pourquoi la viande de Mangalica est-elle si grasse et persillée ?

Le Mangalica appartient aux anciennes races de porc dites de type gras, historiquement sélectionnées pour produire du lard.

Sa carcasse contient davantage de tissu adipeux et moins de muscle que celle des races porcines modernes sélectionnées pour le rendement en viande maigre.

Dans l’étude de 2023, le Mangalica rouge présentait par exemple un score de persillage nettement supérieur à celui du Yorkshire. La viande était également plus sombre et les pertes à la cuisson plus faibles dans la comparaison menée par les chercheurs.

Cette quantité de graisse explique en grande partie l’intérêt actuel du Mangalica pour la charcuterie et les produits affinés.

Cela ne transforme toutefois pas sa viande en aliment diététique miraculeux. Certaines présentations commerciales insistent sur sa proportion d’acides gras insaturés, mais le Mangalica reste avant tout un porc particulièrement gras. Une caractéristique gastronomique n’est pas automatiquement un certificat délivré par un cardiologue.

Gros plan sur un cochon laineux Mangalica aux poils bouclés
Gros plan sur le museau et les poils bouclés d’un Mangalica. Crédit photo stevka / Depositphotos.

Pourquoi le jambon de Mangalica est-il recherché ?

Son gras abondant et son persillé rendent la viande du Mangalica particulièrement adaptée aux charcuteries sèches et aux affinages prolongés.

Jambons, saucissons, lard et différentes préparations charcutières ont ainsi joué un rôle important dans le retour économique de la race.

Le Mangalica est parfois présenté comme le « Kobe du porc » ou le « Wagyu du cochon ». Ces expressions sont surtout des comparaisons commerciales destinées à souligner son persillé : il ne s’agit évidemment ni d’une appellation officielle ni d’un classement gastronomique.

Et même avec son positionnement haut de gamme, il reste encore de la marge avant certaines folies charcutières : un jambon cru vendu près de 12 000 euros montre que le cochon peut parfois atteindre des sommets tarifaires presque aussi impressionnants que ses bouclettes.

Le Mangalica est-il encore menacé ?

La situation n’a plus rien de comparable avec le point critique des années 1970.

Les programmes de conservation, la réorganisation de l’élevage hongrois et le regain d’intérêt pour les races patrimoniales ont permis au Mangalica de se développer à nouveau.

Il est désormais élevé hors de Hongrie dans plusieurs pays européens et au-delà.

Cette renaissance ne change cependant pas son statut particulier : sa croissance lente, sa forte adiposité et sa prolificité relativement modeste le rendent beaucoup moins adapté à la production porcine industrielle que les races modernes.

C’est précisément cette différence qui a finalement contribué à son retour : ce qui était devenu un handicap économique est aujourd’hui recherché par certains éleveurs, restaurateurs et producteurs de charcuterie.

Le cochon laineux en vidéo

C’est en hiver que le surnom de « mouchon » prend vraiment tout son sens. Lorsque son manteau atteint son maximum d’épaisseur, le Mangalica ressemble parfois davantage à une boule de laine sur pattes qu’à l’image habituelle du cochon rose.

D’autres cochons ont choisi une spécialité tout aussi improbable mais beaucoup moins adaptée à une épaisse fourrure : aux Bahamas, les cochons nageurs de Big Major Cay préfèrent traverser une eau turquoise pour aller à la rencontre des bateaux.

Mangalica ou mouchon, ancienne race de cochon laineux
Le Mangalica, un cochon hongrois qui mérite assez bien son surnom de « mouchon ». Crédit photo kapinosova / Depositphotos.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Mouchon : le Mangalica, ce cochon laineux qui ressemble à un mouton”

  1. Retour de ping : 12000 € pour le jambon cru le plus cher du monde - 2Tout2Rien

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