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Le monastère de Sumela, un monastère à flanc de falaise en Turquie

Dans le nord-est de la Turquie, près de Maçka dans la province de Trabzon, le monastère de Sumela — ou Sümela Manastırı — semble avoir été collé directement contre la montagne. Installé vers 1 200 mètres d’altitude sur les pentes du mont Karadağ, il domine d’environ 300 mètres la vallée boisée de l’Altındere. Vu depuis le versant opposé, le complexe paraît presque minuscule face à la falaise qui le surplombe.

Ce sanctuaire orthodoxe grec ne s’est pourtant pas construit en une seule fois. Né selon la tradition autour d’une grotte consacrée à la Vierge Marie à la fin du IVe siècle, Sümela s’est agrandi pendant plus d’un millénaire. Église rupestre, chapelles, cellules de moines, bibliothèque, source sacrée et immense façade d’habitation se sont progressivement ajoutées jusqu’au XIXe siècle, donnant au lieu cet aspect improbable de monastère suspendu entre roche et forêt.

Monastère de Sumela à flanc de falaise en Turquie
Le monastère de Sümela accroché à la falaise au-dessus de la vallée de l’Altındere en Turquie. Crédit photo Salih Altuntaş (licence Pixabay).

À retenir

  • Le monastère de Sümela est construit à environ 300 mètres au-dessus de la vallée de l’Altındere, près de Maçka et Trabzon.
  • Selon la tradition, sa fondation remonterait à la fin du IVe siècle et serait liée aux moines Barnabas et Sophronios.
  • Le complexe s’est surtout développé sous l’Empire de Trébizonde, puis aux XVIIIe et XIXe siècles.
  • Il comprenait notamment une église rupestre, une dizaine de chapelles, une source sacrée, une bibliothèque, des cuisines et de nombreuses cellules.
  • Le monastère a été évacué en 1923 lors de l’échange de populations entre la Grèce et la Turquie.
  • Une vaste restauration et sécurisation de la falaise a permis sa réouverture complète en 2021.
  • Sümela figure depuis 2000 sur la liste indicative de l’UNESCO, mais n’est pas inscrit au patrimoine mondial.

Un monastère construit autour d’une grotte

La partie la plus ancienne et la plus symbolique de Sümela n’est pas son imposante façade : c’est une grotte naturelle aménagée en église.

Selon la tradition religieuse, une icône de la Vierge Marie attribuée à saint Luc aurait été miraculeusement transportée jusqu’à cette cavité. Deux religieux venus d’Athènes, Barnabas et Sophronios, auraient reçu en rêve l’indication de son emplacement puis construit un premier sanctuaire devant la grotte.

Les récits situent généralement cet épisode vers 385 ou 386. Il faut toutefois prendre cette date pour ce qu’elle est : une tradition de fondation et non une date archéologique précisément démontrée. Le complexe visible aujourd’hui résulte de très nombreuses transformations bien postérieures.

La grotte et la source sacrée ont longtemps attiré les pèlerins, qui attribuaient à l’eau tombant de la roche des propriétés bénéfiques. Cette association entre cavité naturelle, pèlerinage et christianisme rappelle la grotte de la Sainte-Baume associée à Marie-Madeleine, même si l’architecture spectaculaire de Sümela joue ici dans une tout autre catégorie.

Bâtiments du monastère de Sümela construits contre la falaise


Vue du monastère de Sümela et des bâtiments construits contre la paroi rocheuse. Crédit photo Tobias Specht (CC BY-SA 2.0).

De l’Empire de Trébizonde au grand complexe monastique

Sümela a pris une importance particulière après la création de l’Empire de Trébizonde en 1204. Le souverain Alexios III Comnène, qui a régné de 1349 à 1390, est considéré comme l’un des principaux responsables de son développement médiéval.

Le monastère a alors bénéficié de privilèges, de revenus et de nouvelles constructions. Après la conquête de la région par les Ottomans au XVe siècle, il n’a pas été abandonné : plusieurs sultans ont au contraire confirmé ses droits et ses privilèges.

Cette continuité explique pourquoi Sümela ne doit pas être considéré comme une simple ruine byzantine figée au Moyen Âge. Une grande partie de son apparence actuelle date des XVIIIe et XIXe siècles, lorsque les bâtiments ont été restaurés, agrandis et ornés de nouvelles peintures.

Le rapprochement avec le monastère de Taktsang, la célèbre Tanière du Tigre au Bhoutan, vient surtout de leur position spectaculaire : dans les deux cas, l’environnement montagneux fait presque autant partie du monument que les murs eux-mêmes.

Monastère de Sümela vu depuis la vallée de l’Altındere en Turquie
Le monastère de Sümela vu depuis l’autre versant de l’étroite vallée de l’Altındere. Crédit photo Bjørn Christian Tørrissen (CC BY-SA 3.0).

Un véritable village religieux accroché à la montagne

Derrière sa façade spectaculaire, Sümela formait un complexe beaucoup plus important qu’une simple église.

À son apogée, il comprenait notamment :

  • l’église principale aménagée dans la grotte ;
  • une dizaine de chapelles de différentes tailles ;
  • une source sacrée ou ayazma ;
  • un clocher ;
  • une bibliothèque ;
  • une cuisine sur deux niveaux ;
  • des locaux administratifs ;
  • des cellules pour les moines ;
  • des espaces destinés aux visiteurs et pèlerins.

La monumentale façade orientale aurait compté 72 pièces organisées sur cinq niveaux. Ses rangées de fenêtres et de balcons constituent aujourd’hui encore la partie la plus reconnaissable du monastère.

L’accès lui-même participe au spectacle : une longue série d’escaliers conduit jusqu’à l’entrée puis à la cour intérieure, coincée entre les bâtiments et la paroi rocheuse.

Ce mélange d’architecture et de roche rappelle également le Santuario Madonna della Corona, autre sanctuaire littéralement adossé à une falaise en Italie.

Grotte intérieure du monastère de Sumela sur la falaise de Trabzon


Grotte intérieure du monastère de Sumela sur la falaise de Trabzon. Crédit photo Jean & Nathalie (CC BY 2.0).

Les fresques de Sümela

L’intérieur et l’extérieur de l’église rupestre sont couverts de fresques représentant des épisodes bibliques, le Christ, la Vierge Marie et de nombreux saints.

Toutes ne datent pas de la même époque. Certaines couches anciennes remontent à la période de l’Empire de Trébizonde, notamment au XIVe siècle, tandis qu’une part importante des peintures visibles appartient aux campagnes de décoration et de restauration des XVIIIe et XIXe siècles.

Cette succession de couches est particulièrement intéressante : Sümela n’est pas un décor peint en une seule campagne, mais un sanctuaire dont les murs ont été régulièrement restaurés et repeints au fil des siècles.

La Turquie possède d’autres ensembles chrétiens rupestres remarquables : dans les cheminées de fées de Göreme en Cappadoce, plusieurs églises ont elles aussi été creusées directement dans la roche et décorées de peintures religieuses.

Fresques de l’église rupestre du monastère de Sümela
Fresques des XVIIIe et XIXe siècles sur la façade extérieure de l’église rupestre du monastère de Sümela. Crédit photo Francesco Bini (CC BY-SA 4.0).

Les peintures ont malheureusement beaucoup souffert de l’humidité, du vieillissement mais aussi des dégradations humaines : inscriptions, rayures et graffitis ont marqué certaines scènes.

Une nouvelle campagne de restauration a notamment été menée en 2024 sur les peintures de l’église rupestre. Les restaurateurs ont travaillé sur plusieurs scènes, dont la Cène, avec des techniques destinées à atténuer les traces de vandalisme tout en respectant les matériaux historiques.

Intérieur du monastère de Sümela avec ses fresques
Intérieur peint du monastère de Sümela. Crédit photo reibai (CC BY 2.0).

L’abandon du monastère en 1923

Le début du XXe siècle a profondément bouleversé l’histoire de Sümela. Après la Première Guerre mondiale et la guerre gréco-turque, la convention d’échange obligatoire de populations entre la Grèce et la Turquie, signée dans le cadre des accords de Lausanne en 1923, a entraîné le départ de la communauté grecque orthodoxe de la région.

Le monastère a alors été évacué et est resté inhabité. Dans les années qui ont suivi, certains bâtiments ont été dégradés ou pillés et un incendie a également endommagé le complexe.

En 1931, à la suite d’un accord entre les gouvernements grec et turc, plusieurs objets religieux importants, dont l’icône associée à Sümela, ont pu être transférés en Grèce. Une nouvelle Panagia Soumela a ensuite été créée près de Veria pour prolonger cette tradition religieuse.

L’histoire de Sümela rappelle combien certains lieux monastiques doivent autant leur survie à leur isolement qu’à leur vulnérabilité. À une tout autre extrémité de l’Europe, les moines de Skellig Michael avaient eux aussi choisi un environnement particulièrement difficile d’accès, en pleine mer au large de l’Irlande.

Une restauration aussi spectaculaire que le monastère

À partir de 2016, les autorités turques ont lancé une importante campagne de restauration qui ne concernait pas seulement les bâtiments. Le danger venait aussi directement de la montagne.

Des spécialistes et des alpinistes industriels ont sécurisé la falaise située au-dessus du monastère afin de réduire les risques de chutes de pierres. Au cours des premières phases du chantier, environ 17 000 m² de parois rocheuses ont été sécurisés et plus de 1 100 tonnes de roches instables ont été retirées. Des filets et dispositifs de retenue ont également été installés.

La première partie du site a rouvert en 2019, d’autres secteurs en 2020, puis la dernière grande phase de restauration a permis une réouverture officielle le 1er juillet 2021.

Les travaux sur les peintures et la conservation du monument se poursuivent néanmoins ponctuellement. Dans un bâtiment soumis à l’humidité, au gel, aux infiltrations et à une falaise qui n’a visiblement jamais signé de contrat de stabilité, la restauration n’est pas vraiment une activité que l’on coche une fois pour toutes.

chantier restauration monastere de Sumela
Travaux de rénovation au monastère. Crédit photo BSRF (CC BY-SA 4.0).

Sümela est-il classé au patrimoine mondial de l’UNESCO ?

Non, du moins pas actuellement.

Le monastère de Sümela figure depuis le 25 février 2000 sur la liste indicative de la Turquie auprès de l’UNESCO. Cette liste rassemble les sites qu’un État envisage éventuellement de proposer à une future inscription au patrimoine mondial.

Sümela est donc bien référencé par l’UNESCO, mais il serait incorrect d’affirmer qu’il est déjà « classé au patrimoine mondial ».

Le complexe est aujourd’hui protégé comme monument et se trouve dans le parc national de la vallée de l’Altındere, vaste environnement forestier qui contribue énormément à son impact visuel.

Intérieur du monastere de Sumela ,monastere a flanc de falaise en Turquie


Crédit photo Martin Cígler (CC BY-SA 3.0).

Visiter le monastère de Sümela

Sümela se situe dans le district de Maçka, au sud de Trabzon, au sein du parc national de l’Altındere. L’accès routier mène jusqu’à proximité du site, puis la visite se poursuit à pied jusqu’au monastère.

Ses coordonnées GPS sont : 40.6903, 39.6584 . Voici sa position sur Google Maps:

monastere de Sumela un monastere a flanc de falaise en Turquie maps

Le parcours comporte des pentes et des escaliers : ce n’est pas une randonnée himalayenne, mais le lieu n’a clairement pas été conçu à l’époque où l’accessibilité et les ascenseurs panoramiques figuraient dans les cahiers des charges.

Les horaires, tarifs et éventuelles restrictions d’accès peuvent évoluer selon la saison et les opérations de conservation. Avant une visite, il est donc préférable de consulter la fiche officielle du musée de Sümela.

Le monastère de Sümela en vidéo

La vue aérienne permet particulièrement bien de comprendre la position du monastère sur sa mince corniche et l’immensité de la falaise qui le domine :

Monastère de Sümela construit sur l’étroite corniche rocheuse
Monastère de Sümela construit sur l’étroite corniche rocheuse. Crédit photo Jean & Nathalie (CC BY 2.0).

Sources pour aller plus loin

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