Avec ses favoris jaune clair, ses touffes de poils orangées près des oreilles, son masque sombre et ses pattes rousses, le cercopithèque de Wolf (Cercopithecus wolfi), aussi appelé mone de Wolf, semble avoir été dessiné avec une palette particulièrement généreuse. Son visage lui vaut ici un surnom qui lui va plutôt bien : le « singe Wolverine ».
La ressemblance avec le personnage de comics tient surtout aux mèches qui dépassent de chaque côté de la tête et au contraste de ses couleurs. Mais derrière cette allure de super-héros miniature se cache un véritable cercopithèque africain, arboricole, social et aujourd’hui classé Quasi menacé.
Un cercopithèque de Wolf photographié au zoo de San Diego. Crédit photo Tim Sackton (CC BY-SA 2.0).
À retenir
- Le cercopithèque de Wolf porte le nom scientifique Cercopithecus wolfi et appartient à la famille des Cercopithecidae.
- L’espèce est décrite par le zoologiste allemand Adolf Bernhard Meyer en 1891.
- Son nom rend hommage à l’explorateur allemand Ludwig Wolf, qui avait rapporté un spécimen vivant en Europe.
- Les évaluations récentes situent son aire dans le bassin central de la République démocratique du Congo.
- C’est un singe diurne et arboricole qui passe une grande partie de son temps dans la canopée.
- Son alimentation repose surtout sur les fruits, feuilles, graines et fleurs, avec quelques insectes consommés occasionnellement.
- Le cercopithèque de Wolf est actuellement classé Quasi menacé, notamment à cause de la chasse et de la dégradation des forêts.
Pourquoi ressemble-t-il à Wolverine ?
Le rapprochement n’a évidemment rien de zoologique. « Singe Wolverine » n’est pas un nom officiel de l’espèce.
Il suffit pourtant de regarder son visage pour comprendre l’idée : un masque sombre autour des yeux, de longues mèches claires sur les joues et surtout des touffes orangées qui dépassent de chaque côté de la tête.
Les oreilles du cercopithèque ne sont pas réellement pointues comme celles du masque de Wolverine. Ce sont surtout les touffes de poils qui accentuent cette impression.
À cela s’ajoute une étonnante combinaison de couleurs. Le dos est gris sombre à gris bleuté, les bras peuvent paraître presque noirs, tandis que les jambes tirent vers le roux et l’orange. La gorge, le ventre et les joues sont beaucoup plus clairs.
Le visage très contrasté du cercopithèque de Wolf, avec ses longues touffes de poils clairs et roux. Crédit photo Cburnett (CC BY-SA 3.0).
L’animal rejoint ainsi quelques spécialistes des physionomies improbables déjà croisées sur 2tout2rien, comme le tamarin de Geoffroy et son éternel air grincheux.
Pourquoi s’appelle-t-il cercopithèque de Wolf ?
L’histoire de son nom est bien plus ancienne que Wolverine.
En 1891, le zoologiste allemand Adolf Bernhard Meyer publie la première description scientifique de Cercopithecus wolfi dans les Notes from the Leyden Museum.
Le singe étudié vivait alors au jardin zoologique de Dresde depuis 1887. Il avait été rapporté d’Afrique centrale par le médecin et explorateur allemand Ludwig Wolf.
Meyer explique explicitement avoir nommé cette nouvelle espèce Cercopithecus wolfi en hommage à l’explorateur, mort en Afrique en 1889.
Le « Wolf » du nom n’a donc rien à voir avec le loup anglais wolf, et encore moins avec le mutant griffu de Marvel.
La description originale de Meyer mentionne déjà le caractère spectaculaire de l’animal : front blanc jaunâtre, touffes des oreilles orange sombre, joues jaune citron, bras très foncés et pattes postérieures roux orangé.
Cercopithecus wolfi, un singe africain très coloré
Le cercopithèque de Wolf appartient au genre Cercopithecus, qui rassemble de nombreux singes africains souvent appelés cercopithèques ou guenons.
Chez les mâles étudiés, le corps mesure généralement autour de 45 à 51 centimètres, auxquels s’ajoute une très longue queue pouvant approcher ou dépasser 80 centimètres. Leur poids se situe autour de 3,8 à 4,2 kg. Les femelles sont plus petites, autour de 2,4 à 3,1 kg.
La queue joue un rôle important dans les déplacements dans les arbres, même si elle n’est pas préhensile.
Son pelage permet surtout de l’identifier immédiatement : peu de primates combinent autant de gris, noir, jaune, blanc et roux sur un seul costume.
Où vit le cercopithèque de Wolf ?
Les anciennes sources ont longtemps attribué au cercopithèque de Wolf une aire beaucoup plus large, allant parfois jusqu’à l’Ouganda ou au nord-est de l’Angola.
Les évaluations taxonomiques et de conservation plus récentes retiennent une aire centrée sur le bassin central de la République démocratique du Congo.
L’UICN décrit une répartition couvrant environ 606 000 km², avec plusieurs populations séparées par de grands cours d’eau comme le Congo, le Sankuru, le Lomami, le Lualaba ou le Kasai.
L’espèce fréquente surtout les forêts tropicales de basse altitude, y compris des forêts primaires et secondaires, des zones marécageuses et des forêts riveraines.
Un cercopithèque de Wolf photographié près du camp d’Obenge, en République démocratique du Congo. Crédit photo Christina Bergey (CC BY-SA 3.0).
Cette photographie est particulièrement intéressante puisqu’elle montre l’animal dans son milieu naturel, et non dans l’un des nombreux zoos où l’espèce est aujourd’hui présentée.
Un cercopithèque qui vit dans la canopée
Le cercopithèque de Wolf est un animal diurne et essentiellement arboricole.
Il évolue fréquemment à une quinzaine de mètres au-dessus du sol et passe une grande partie de ses journées à chercher sa nourriture dans les arbres.
Ses longues pattes et sa queue lui permettent de se déplacer rapidement de branche en branche. À cette hauteur, repérer un prédateur avant qu’il ne vous repère constitue également une occupation assez raisonnable.
Parmi ses prédateurs naturels figurent notamment l’aigle couronné et le léopard.
Dans la famille des primates aux adaptations arboricoles beaucoup plus étranges encore, le aye-aye de Madagascar joue dans une tout autre catégorie avec son interminable doigt spécialisé.
Que mange le cercopithèque de Wolf ?
Le singe Wolverine n’est pas un grand amateur de viande caché sous un costume coloré.
Son alimentation est surtout végétale.
Dans le parc national de la Salonga, des observations ont donné une alimentation composée approximativement de :
- 32 % de fruits ;
- 29 % de feuilles ;
- 27 % de graines ;
- 11 % de fleurs.
Il peut également consommer du nectar et quelques insectes lorsqu’ils sont disponibles.
Il est donc plus juste de décrire le cercopithèque de Wolf comme un primate principalement frugivore et phytophage que comme un omnivore mangeant régulièrement des insectes.
Un cercopithèque de Wolf tenant de la nourriture. Crédit photo Eric Kilby (CC BY-SA 2.0).
En consommant des fruits puis en dispersant leurs graines, ces singes participent également au renouvellement de la forêt.
Des singes sociaux qui fréquentent d’autres espèces
Les cercopithèques de Wolf vivent généralement en groupes comprenant un mâle adulte et plusieurs femelles accompagnées de leurs jeunes.
La taille observée des groupes varie et peut atteindre une douzaine d’individus.
Les jeunes femelles restent habituellement dans leur groupe natal, tandis que les mâles le quittent en grandissant et peuvent constituer des groupes de célibataires.
Plus étonnant, ces cercopithèques ne fréquentent pas uniquement leurs semblables.
Ils forment régulièrement des groupes mixtes avec d’autres espèces de primates. Les associations avec les mangabeys noirs sont particulièrement fréquentes, mais ils peuvent également côtoyer des cercopithèques à queue rouge ou des colobes d’Angola.
Se déplacer à plusieurs espèces présente quelques avantages : davantage d’yeux et d’oreilles pour trouver de la nourriture et, surtout, détecter ce qui aimerait vous manger.
Un singe qui communique beaucoup
La vie dans une forêt tropicale dense oblige à disposer d’un bon répertoire sonore.
Le cercopithèque de Wolf utilise différents cris de contact, de déplacement et d’alarme. Certains permettent simplement aux membres du groupe de savoir où se trouvent leurs voisins lorsque la végétation masque la vue.
Les mâles peuvent également produire un appel grave portant sur une longue distance pour signaler leur présence et leur territoire.
Une partie de la communication passe aussi par le visage, la posture et l’épouillage entre individus.
Bref, derrière son masque de Wolverine se cache surtout un animal très sociable qui consacre nettement plus de temps à communiquer et chercher des fruits qu’à lacérer ses adversaires avec des griffes en adamantium.
Un cercopithèque de Wolf (Cercopithecus wolfi) photographié au Bronx Zoo à New York. Crédit photo Postdlf (CC BY-SA 3.0).
Le cercopithèque de Wolf est classé Quasi menacé
Le cercopithèque de Wolf est actuellement classé Quasi menacé par l’UICN.
Les principales pressions sont la chasse pour le commerce de viande de brousse et la dégradation de son habitat forestier.
L’évaluation de l’UICN estime que la population de l’espèce a probablement diminué d’environ 20 à 25 % sur trois générations.
La situation n’est pas homogène sur toute son aire. Certaines populations vivent dans des forêts encore relativement étendues, tandis que d’autres subissent davantage la fragmentation, l’agriculture et l’intensification de la chasse.
Son statut rappelle qu’une apparence spectaculaire peut aider un animal à devenir populaire sur Internet sans pour autant améliorer beaucoup ses chances dans la forêt.
Le singe Wolverine n’est donc pas qu’un joli visage
La comparaison avec Wolverine explique immédiatement pourquoi le cercopithèque de Wolf attire l’œil. Mais son véritable intérêt dépasse largement sa coupe de cheveux.
Cercopithecus wolfi est un primate du bassin du Congo adapté à la vie dans les arbres, doté d’une organisation sociale complexe et capable de s’associer à plusieurs autres espèces de singes.
Son histoire scientifique ajoute même un petit détour par l’exploration africaine du XIXe siècle, puisque le « Wolf » de son nom vient d’un homme bien réel et non d’un personnage de comics.
Il peut donc largement prendre sa place parmi ces animaux insolites dont l’apparence cache souvent des adaptations beaucoup plus intéressantes.
Un cercopithèque de Wolf (Cercopithecus wolfi) au Bronx Zoo à New York. Crédit photo Shriram Rajagopalan (CC BY 2.0).
Vidéo du cercopithèque de Wolf
Voici une vidéo montrant une femelle cercopithèque de Wolf avec ses petits :
Sources pour aller plus loin
- Mammal Diversity Database — Cercopithecus wolfi, taxonomie et statut : https://www.mammaldiversity.org/taxon/1000582/
- UICN — évaluation de Cercopithecus wolfi et statut Quasi menacé : https://www.iucnredlist.org/species/92466239/92467162
- Naturalis — description originale de Cercopithecus wolfi par A. B. Meyer en 1891 : https://repository.naturalis.nl/pub/508502
- Animal Diversity Web — habitat, morphologie, alimentation et comportement de Cercopithecus wolfi : https://animaldiversity.org/accounts/Cercopithecus_wolfi/
- Wikimedia Commons — photographies libres du cercopithèque de Wolf : https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Cercopithecus_wolfi





