Au fond du Val di Funes, dans le Tyrol du Sud italien, Santa Maddalena semble avoir été placée là pour les photographes : quelques maisons et fermes dispersées dans des prairies vertes, une petite église blanche et, derrière elle, les aiguilles spectaculaires du groupe des Odle. Ce paysage des Dolomites est devenu l’une des cartes postales les plus reconnaissables de la région.
Appelé Santa Maddalena en italien et St. Magdalena en allemand, le village appartient à la commune de Funes/Villnöß. Longtemps présenté comme un « joyau caché », il ne l’est franchement plus : sa célèbre vue attire aujourd’hui tant de visiteurs que l’accès automobile à la route de l’église est restreint. La bonne nouvelle est que le paysage se découvre beaucoup mieux à pied.
Santa Maddalena dans le Val di Funes, dominée par les pics des Odle. Crédit photo Chensiyuan (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- Santa Maddalena, ou St. Magdalena en allemand, se trouve dans le Val di Funes au Tyrol du Sud, dans le nord de l’Italie.
- Le village se situe autour de 1 250 mètres d’altitude, tandis que son église est perchée vers 1 337 mètres.
- L’église de Santa Maddalena est mentionnée dès 1394 et l’édifice actuel date principalement de 1492.
- Le décor montagneux est formé par le groupe des Odle, ou Geisler en allemand, dans le parc naturel Puez-Odle et le bien UNESCO des Dolomites.
- Il ne faut pas confondre l’église du village avec San Giovanni in Ranui, petite chapelle baroque située un peu plus loin dans la vallée.
- La route menant à l’église de Santa Maddalena est fermée aux voitures des visiteurs : le parking Putzen et la marche sont aujourd’hui les solutions recommandées.
Santa Maddalena, le village carte postale du Val di Funes
Santa Maddalena se trouve dans la partie haute du Val di Funes, une vallée latérale de la vallée de l’Isarco. Le village est l’un des principaux hameaux de la commune de Funes, appelée Villnöß en allemand.
La région est bilingue, d’où les variantes que l’on rencontre sur les cartes, panneaux et moteurs de recherche : Santa Maddalena, St. Magdalena, Funes et Villnöß désignent respectivement les formes italiennes et allemandes du même village et de la même commune.
Le chiffre de 370 habitants souvent repris à propos de Santa Maddalena n’est d’ailleurs pas une estimation récente : il provient notamment du recensement de 2001. Mieux vaut donc retenir l’image d’un petit village de montagne plutôt que de présenter ce nombre comme une statistique actuelle.
À environ 1 250 mètres d’altitude, les maisons sont réparties entre prés, fermes et lisières forestières. Le contraste est spectaculaire avec les Odle, qui donnent l’impression de former un immense décor de théâtre derrière les toits.
Panorama de Santa Maddalena dans le Val di Funes. Crédit photo Fantasy (domaine public).
Le cadre rappelle combien le Tyrol du Sud concentre de paysages immédiatement reconnaissables. Plus à l’ouest, le clocher qui émerge du lac de Resia offre une carte postale nettement plus étrange, tandis qu’à l’est le lac de Braies et ses eaux alpines font partie des autres grands décors des Dolomites.
Pourquoi le paysage de Santa Maddalena est-il devenu si célèbre ?
La composition semble presque trop bien ordonnée pour être naturelle : une petite église sur une pente douce, quelques fermes, de vastes prairies et, en arrière-plan, une succession de pics gris aux profils acérés.
Le massif visible derrière Santa Maddalena est le groupe des Odle, appelé Geislergruppe en allemand. Ses sommets prennent parfois des teintes roses, orangées ou rougeâtres lorsque le soleil est bas, phénomène lumineux typique des Dolomites.
L’image est devenue si connue qu’elle est aujourd’hui reproduite dans des guides, publicités, réseaux sociaux et banques d’images du monde entier. Selon la municipalité, la pression touristique est surtout problématique lorsque des visiteurs cherchent à rejoindre en voiture les routes étroites du village ou traversent les prairies privées pour reproduire exactement le même cadrage.
Santa Maddalena partage ainsi un paradoxe avec Civita di Bagnoregio, autre village italien devenu une véritable carte postale touristique : la photographie contribue à sa renommée, mais cette renommée doit ensuite être gérée sur place.
Santa Maddalena et le Val di Funes. Crédit photo Luis Ascenso (CC BY 2.0).
L’église de Santa Maddalena au pied des Odle depuis des siècles
Le petit édifice qui donne au panorama son point focal n’est pas simplement un accessoire photogénique.
Une église dédiée à sainte Marie-Madeleine est mentionnée ici pour la première fois en 1394. De cette première construction subsiste notamment le clocher, tandis que l’édifice actuel prend sa forme tardo-gothique à la fin du XVe siècle.
La construction actuelle est datée de 1492. Sa nef présente une voûte gothique nervurée asymétrique, mais une bonne partie de son mobilier appartient au XVIIIe siècle et adopte donc un langage baroque.
C’est ce mélange qui explique le contraste entre son apparence extérieure relativement sobre et un intérieur beaucoup plus travaillé.
Église de Santa Maddalena dans le Val di Funes. Crédit photo Hiroki Ogawa (CC BY 3.0).
Un intérieur baroque sous une enveloppe gothique
À l’intérieur se trouvent des autels et décors baroques, ainsi que des peintures réalisées en 1928 par Johann M. Pescoller. Cet artiste ladin a notamment travaillé sur la voûte du chœur.
Ce détail passe facilement inaperçu lorsque l’on connaît surtout Santa Maddalena grâce à sa silhouette extérieure. Pourtant, l’intérieur permet de lire plusieurs siècles d’histoire architecturale dans un édifice de dimensions modestes.
Intérieur de l’église de Santa Maddalena dans le Val di Funes. Crédit photo Syrio (CC BY-SA 4.0).
Santa Maddalena ou San Giovanni in Ranui : deux églises souvent confondues
Une confusion revient régulièrement dans les légendes de photographies des Dolomites : l’église de Santa Maddalena et San Giovanni in Ranui ne sont pas le même bâtiment.
L’église de Santa Maddalena est celle du village, installée sur une petite hauteur et dotée d’un clocher fin et pointu.
San Giovanni in Ranui, ou St. Johann in Ranui, se trouve plus bas dans la vallée. Cette petite chapelle baroque est isolée au milieu d’une prairie et se reconnaît facilement à son clocher à bulbe.
Elle a été fondée en 1744 par Michael von Jenner, propriétaire d’une exploitation minière. L’édifice est privé et les tableaux de son autel sont attribués à Franz Sebald Unterberger.
L’église San Giovanni in Ranui, près de Santa Maddalena dans le Val di Funes. Crédit photo Syrio (CC BY-SA 4.0).
Les conditions de visite de Ranui sont particulières : la chapelle appartient à un propriétaire privé, son intérieur est actuellement indiqué comme fermé par le site touristique officiel et il ne faut pas pénétrer dans les prairies clôturées. Les modalités d’accès au terrain peuvent évoluer ; mieux vaut les vérifier avant le déplacement.
Les Odle, une muraille de pierre au-dessus du Val di Funes
Sans les Odle, Santa Maddalena resterait un agréable village alpin. Avec elles, le décor change complètement d’échelle.
Le groupe des Odle ou Geisler appartient au parc naturel Puez-Odle. Il forme l’une des composantes du bien naturel des Dolomites inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2009.
Ces montagnes sont particulièrement intéressantes pour leur géologie : le parc naturel Puez-Odle rassemble une grande variété de roches, couches sédimentaires et formes d’érosion caractéristiques des Dolomites.
Le secteur Puez-Odle couvre à lui seul près de 7 930 hectares dans le bien UNESCO. Le massif apparaît d’ailleurs dans notre sélection de paysages réels qui semblent presque surréalistes.
Église de Santa Maddalena dans le décor montagneux du Val di Funes. Crédit photo Hiroki Ogawa (CC BY 3.0).
Comment visiter Santa Maddalena et où se garer ?
L’accès a changé avec la popularité du point de vue.
La route qui monte directement vers l’église de Santa Maddalena est fermée aux voitures des visiteurs et réservée aux résidents. L’office touristique recommande notamment le parking payant Putzen, situé peu après le village, puis de poursuivre à pied.
Il faut compter environ 30 minutes de marche pour rejoindre l’église depuis le secteur recommandé.
Santa Maddalena est également accessible en transports publics. Des bus remontent le Val di Funes depuis Chiusa/Klausen et Bressanone/Brixen. Pour l’église, l’arrêt Filler permet ensuite de terminer à pied.
Cette limitation automobile n’est pas uniquement symbolique. La célébrité du panorama a entraîné stationnements anarchiques, circulation difficile sur les petites routes et passages dans des terrains agricoles. En 2026, la commune a donc renforcé les mesures destinées à maintenir les voitures à distance du fameux point photo.
Autrement dit, inutile de chercher une astuce pour arriver en voiture exactement devant l’église : la marche fait désormais partie de la visite. Et dans ce paysage, ce n’est pas vraiment la pire des punitions.
Coordonnées GPS de Santa Maddalena : 46°38′18″ N, 11°43′07″ E (46.63845, 11.71862). Voici la position sur Google Maps:
Une balade facile pour découvrir le village à pied
Pour ne pas se limiter à une photographie prise puis à un demi-tour immédiat, une petite boucle officielle permet de parcourir tranquillement Santa Maddalena.
L’itinéraire mesure seulement 3,2 km, pour environ 58 minutes de marche et 134 mètres de dénivelé positif.
Il part du village, passe par plusieurs fermes puis rejoint l’église de Santa Maddalena avant de revenir par le versant ensoleillé.
C’est probablement la meilleure manière de comprendre la composition du paysage : depuis la route principale, l’église semble presque collée aux Odle ; en marchant quelques centaines de mètres, les perspectives changent complètement.
Pour une promenade un peu plus longue, le Sentier du Soleil et sentier panoramique relie le secteur de San Pietro à Santa Maddalena sur une boucle de 6,6 km, environ deux heures de marche et 322 mètres de dénivelé positif.
Un centre consacré aux Dolomites au cœur de Santa Maddalena
Le village possède également le centre visiteurs du parc naturel Puez-Odle, ouvert au public depuis 2009.
L’exposition présente notamment la géologie des Dolomites, avec des roches, des vues aériennes du parc et des dispositifs permettant de comprendre la formation du paysage.
L’entrée est gratuite, ce qui en fait une halte intéressante avant ou après une randonnée, surtout lorsque la météo décide soudainement de rappeler que l’on se trouve en montagne.
Quand photographier Santa Maddalena ?
La scène la plus connue se compose de l’église au premier plan et des Odle derrière elle. Mais il n’existe pas un seul cadrage obligatoire : en restant sur les routes et chemins publics, la perspective varie énormément avec la hauteur et la distance.
Le début et la fin de journée offrent généralement une lumière plus latérale que le milieu de journée. Lorsque les conditions sont favorables, les parois des Dolomites peuvent prendre des teintes chaudes au coucher du soleil.
En été, le contraste entre les prairies vertes et les roches grises est particulièrement marqué. L’automne apporte des teintes plus chaudes dans la végétation, tandis que la neige transforme complètement le paysage en hiver.
Le principal conseil est toutefois valable quelle que soit la saison : les prairies qui semblent constituer un magnifique raccourci vers le cadrage parfait sont des terrains agricoles privés. Il faut rester sur les voies autorisées et respecter les clôtures.
Santa Maddalena n’est pas un décor de cinéma abandonné une fois la photo terminée : des gens y habitent et des agriculteurs travaillent ces parcelles.
Village de Santa Maddalena au lever du soleil. Crédit photo rudi1976/DepositPhotos.
Un village toujours lié à l’agriculture de montagne
L’ancienne version de cet article associait le Val di Funes au fromage Puzzone di Moena. C’était une erreur : ce fromage DOP appartient à une autre zone de production du Trentin-Haut-Adige.
Le Val di Funes possède en revanche une spécialité beaucoup plus locale : la Villnösser Brillenschaf, littéralement la « brebis à lunettes de Funes », reconnaissable aux marques sombres qui entourent ses yeux.
Cette ancienne race ovine du Tyrol du Sud fait aujourd’hui l’objet d’un programme de préservation et appartient au réseau des produits soutenus par Slow Food.
À Santa Maddalena même, l’Oberhof en élève tout en cultivant de nombreuses variétés anciennes de légumes et d’herbes.
La vallée conserve également sa tradition de l’Almabtrieb. Contrairement à ce qu’indiquait l’ancien article, cette fête ne correspond pas à la montée des troupeaux vers les pâturages : c’est leur descente des alpages vers la vallée à la fin de l’été.
Les bovins peuvent alors être décorés de cloches, de fleurs, de branches de pin et de rhododendrons avant leur retour vers Santa Maddalena et Ranui.
Entre touristes, photographes et appareils photo braqués sur le clocher, il reste donc derrière la carte postale un véritable paysage agricole.
Santa Maddalena, célèbre précisément parce qu’elle semble irréelle
Santa Maddalena n’est plus le « joyau caché » qu’elle pouvait encore sembler être sur Internet il y a quelques années. La vue est aujourd’hui mondialement connue et la commune doit même organiser l’accès à un lieu que beaucoup de visiteurs ne viennent voir que quelques minutes.
Cela ne rend pas le paysage moins spectaculaire. Au contraire, prendre le temps de parcourir le village à pied permet de découvrir ce que la célèbre photographie laisse hors cadre : les fermes, les chemins, l’intérieur de l’église, le parc naturel et une vallée où l’agriculture reste bien réelle.
L’image de Santa Maddalena devant les Odle donne l’impression d’un décor parfaitement arrangé. Pour une fois, Photoshop n’a presque rien à faire.
Santa Maddalena sous la neige en hiver. Crédit photo pljvv1/DepositPhotos.
Vidéo de Santa Maddalena
Voici une vidéo aérienne prise par un drone de cette magnifique vallée des Dolomites en Italie ou se niche Santa Magdalena:
Sources pour aller plus loin
- Südtirol — église de Santa Maddalena, histoire, accès et parking
- Commune de Funes — histoire de l’église Santa Maddalena
- Südtirol — église San Giovanni in Ranui
- Südtirol — randonnée circulaire de Santa Maddalena
- Province autonome de Bolzano — centre visiteurs Puez-Odle
- UNESCO — Dolomites et secteur Puez-Odle / Puez-Geisler
- Slow Food Travel Val di Funes — agriculture et Villnösser Brillenschaf
- Euronews — restrictions d’accès liées à la fréquentation touristique









