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Ah-Shi-Sle-Pah : les hoodoos extraterrestres du Nouveau-Mexique

Au nord-ouest du Nouveau-Mexique, Ah-Shi-Sle-Pah ressemble moins à un désert classique qu’à un décor abandonné après le tournage d’un film de science-fiction. Des champignons de pierre, des piliers coiffés de blocs disproportionnés et des silhouettes minérales surgissent de collines grises, brunes et ocre presque dépourvues de végétation.

Ces formations sont des hoodoos, des colonnes rocheuses façonnées par l’érosion différentielle. Mais Ah-Shi-Sle-Pah cache autre chose sous ses paysages étranges : du bois pétrifié et des couches du Crétacé supérieur dans lesquelles ont été découverts de nombreux fossiles de vertébrés, notamment des dinosaures âgés de plus de 70 millions d’années.

Hoodoos de Ah-Shi-Sle-Pah dans les badlands du Nouveau-Mexique
Les hoodoos d’Ah-Shi-Sle-Pah dans le bassin de San Juan. Crédit photo John Fowler (CC BY 2.0).

À retenir

  • Ah-Shi-Sle-Pah Wilderness se trouve dans le comté de San Juan, au nord-ouest du Nouveau-Mexique.
  • La zone protégée couvre 7 242 acres, soit environ 29,3 km².
  • Elle est célèbre pour ses badlands et ses hoodoos de mudstone et de grès sculptés par l’érosion.
  • Ses roches du Crétacé supérieur ont livré du bois pétrifié et de nombreux fossiles de dinosaures.
  • Depuis 2019, Ah-Shi-Sle-Pah possède officiellement le statut de Wilderness.
  • Il n’existe ni sentier balisé, ni eau potable, ni toilettes et le réseau mobile est très faible ou inexistant.
  • L’accès est gratuit, mais certaines portions de la NM-57 peuvent devenir impraticables après la pluie ou la neige.

Où se trouve Ah-Shi-Sle-Pah ?

Ah-Shi-Sle-Pah se trouve dans le bassin de San Juan, une vaste région géologique du nord-ouest du Nouveau-Mexique, à proximité de Chaco Canyon et d’autres paysages de badlands.

Longtemps désignée sous le nom d’Ah-Shi-Sle-Pah Wilderness Study Area, la zone a changé officiellement de statut avec le John D. Dingell, Jr. Conservation, Management, and Recreation Act, promulgué le 12 mars 2019.

Elle fait depuis partie du National Wilderness Preservation System et protège 7 242 acres, soit environ 29,3 km².

Le terme américain Wilderness a ici un sens assez concret. Il n’y a pas de route panoramique serpentant entre les rochers, pas de passerelles et encore moins de boutique vendant des mugs « I ♥ Hoodoos ». L’endroit reste largement sauvage et non aménagé.

À quelques kilomètres à l’ouest se trouve un autre secteur particulièrement spectaculaire du bassin de San Juan : la Vallée des Rêves et ses formations rocheuses surréalistes, notamment le célèbre Alien Throne.

Formation rocheuse dans la wilderness de Ah-Shi-Sle-Pah


Une silhouette minérale d’Ah-Shi-Sle-Pah photographiée par John Fowler sous le titre Waiting for the Rapture. Crédit photo John Fowler (CC BY 2.0).

Comment les hoodoos d’Ah-Shi-Sle-Pah se sont-ils formés ?

Le paysage est composé en grande partie de mudstones, des roches sédimentaires fines et relativement tendres, entrecoupées de niveaux de grès plus résistants.

L’eau constitue l’un des principaux architectes du site.

Lors des pluies, le ruissellement creuse progressivement les matériaux les plus friables. Les parties protégées par une couche ou un bloc de grès plus résistant s’érodent moins rapidement.

Le terrain alentour descend alors progressivement tandis qu’un pilier reste en place sous son « chapeau » rocheux.

C’est le principe de l’érosion différentielle : deux matériaux soumis aux mêmes intempéries ne disparaissent pas à la même vitesse.

Le résultat peut prendre la forme d’une colonne, d’un champignon, d’un piédestal ou d’une improbable table de pierre.

Ce mécanisme est comparable à celui des cheminées de fées de Renon, même si les matériaux et l’histoire géologique des deux sites sont très différents.

Pourquoi les énormes pierres ne tombent-elles pas ?

Le paradoxe est que le bloc posé au sommet du hoodoo n’est pas seulement un poids supplémentaire : il contribue à la survie du pilier.

Le grès plus résistant protège localement la roche tendre située sous lui contre la pluie et le ruissellement. Tout autour, le terrain continue à s’abaisser.

Le pied du hoodoo devient donc progressivement plus haut et plus étroit jusqu’à produire ces silhouettes apparemment impossibles.

Mais l’équilibre n’est évidemment pas éternel.

Lorsque le pilier devient trop fragile, que la coiffe se fracture ou qu’elle perd son appui, le bloc finit par tomber. La colonne privée de son toit protecteur s’érode ensuite beaucoup plus rapidement.

Un hoodoo n’est donc pas un monument terminé : c’est une étape temporaire dans la destruction du paysage. Temporaire à l’échelle géologique, ce qui laisse tout de même généralement le temps de prendre une photo.

The Giant, grand hoodoo champignon de Ah-Shi-Sle-Pah
La formation surnommée The Giant, avec son énorme bloc de grès posé sur un pilier beaucoup plus étroit. Crédit photo John Fowler (CC BY 2.0).

Pourquoi Ah-Shi-Sle-Pah est différent de Bryce Canyon ?

Le mot hoodoo recouvre des paysages très différents.

À Bryce Canyon et ses immenses forêts de hoodoos, les colonnes rocheuses se dressent par milliers et forment de véritables amphithéâtres.

Ah-Shi-Sle-Pah offre une ambiance presque opposée.

Ses formations apparaissent souvent isolées au milieu de vastes étendues de badlands. Certaines sont larges et trapues, d’autres ressemblent à des champignons ou à des personnages. Les couleurs sont aussi plus discrètes, dominées par le gris, le beige, l’ocre et parfois des tons olive.

Cette solitude accentue leur caractère étrange : une sculpture surgit, puis plus rien pendant plusieurs dizaines de mètres, avant qu’un nouveau personnage de pierre n’apparaisse derrière une butte.

On retrouve cette tendance de l’œil humain à reconnaître des personnages dans d’autres paysages d’érosion, comme les poupées de pierre de Kuklica ou les étranges habitants pétrifiés de Đavolja Varoš.

rochers de Ah Shi Sle Pah hoodoos nouveau mexique 2


Crédit photo Bureau of Land Management (CC BY 2.0).

Des roches du temps des dinosaures

Sous ses hoodoos, Ah-Shi-Sle-Pah est également un important site paléontologique du Crétacé supérieur.

Les affleurements comprennent notamment la partie supérieure de la formation de Fruitland, avec son Fossil Forest Member, et la partie inférieure de la formation de Kirtland, notamment le Hunter Wash Member.

Ces couches sont dominées par des mudstones et des niveaux de grès déposés dans des environnements vieux de plusieurs dizaines de millions d’années.

L’érosion moderne qui détruit les badlands joue ici un second rôle : elle met continuellement de nouvelles couches rocheuses à nu.

C’est pourquoi on peut trouver dans la région du bois pétrifié ainsi que des restes fossiles de poissons, tortues, crocodiliens et dinosaures.

Cette richesse est connue depuis plus d’un siècle.

En 1921, le célèbre collecteur de fossiles Charles H. Sternberg mena notamment des recherches dans Ah-Shi-Sle-Pah Wash et y récolta d’importants restes de Pentaceratops, un grand dinosaure herbivore à cornes.

Plus récemment, en 2015, le Bureau of Land Management et le New Mexico Museum of Natural History and Science ont participé à l’extraction de spécimens de Pentaceratops âgés d’environ 74 millions d’années dans les secteurs d’Ah-Shi-Sle-Pah et de Bisti/De-Na-Zin.

Hoodoo de grès dans Ah-Shi-Sle-Pah Wilderness au Nouveau-Mexique
Un hoodoo d’Ah-Shi-Sle-Pah avec son bloc protecteur au sommet. Crédit photo Ekotyk (CC BY-SA 4.0).

Ahshislesaurus, un nouveau dinosaure portant le nom du lieu

Ah-Shi-Sle-Pah est même entré directement dans la nomenclature des dinosaures.

En 2025, une équipe de paléontologues a décrit Ahshislesaurus wimani, un nouveau genre et une nouvelle espèce d’hadrosaure, les fameux dinosaures à « bec de canard ».

Les fossiles étudiés proviennent du Hunter Wash Member de la formation de Kirtland et datent d’environ 75 millions d’années.

Le nom Ahshislesaurus fait directement référence à Ah-Shi-Sle-Pah.

Le spécimen avait une histoire scientifique assez longue puisqu’une partie de ses restes avait été décrite dès 1935 et attribuée pendant des décennies à un autre hadrosaure. La réétude du matériel a finalement conduit les chercheurs à distinguer un genre différent.

Pour un désert déjà occupé par des champignons de pierre, des « géants » et des silhouettes extraterrestres, obtenir son propre dinosaure semblait finalement assez logique.

Peut-on ramasser des fossiles à Ah-Shi-Sle-Pah ?

Non pour les fossiles de vertébrés.

Le Bureau of Land Management indique explicitement qu’il est interdit de déranger ou de collecter les fossiles de vertébrés sans permis de recherche.

Même principe pour les ressources culturelles.

Les visiteurs sont également priés de ne pas grimper sur les hoodoos ni les endommager. Certaines formations paraissent massives, mais les mudstones et les piliers qui les soutiennent peuvent être extrêmement fragiles.

Le meilleur souvenir à rapporter reste donc une photographie. C’est plus léger dans le coffre et nettement moins susceptible d’intéresser les autorités fédérales.

Le temple, rochers de Ah Shi Sle Pah hoodoos nouveau mexique .
The Temple. Crédit photo John Fowler (CC BY 2.0).

Comment visiter Ah-Shi-Sle-Pah Wilderness ?

Ah-Shi-Sle-Pah est accessible toute l’année, mais il faut le considérer comme une excursion en zone isolée et non comme une promenade aménagée.

Depuis Farmington, le Bureau of Land Management indique de suivre l’US-550 vers le sud jusqu’au secteur de Nageezi, puis de prendre la NM-57 vers l’ouest pendant environ 13,5 miles, soit 22 km, jusqu’à la limite de la Wilderness.

Un grand parking en terre permet de laisser le véhicule à proximité de cette limite.

Les coordonnées GPS de repérage indiquées par Recreation.gov sont : 36.162545, -107.916446. Voici la position sur Google Maps:

rochers de Ah Shi Sle Pah hoodoos nouveau mexique maps

L’accès à la zone est gratuit.

En revanche, les conditions routières sont importantes : certaines portions de la NM-57 peuvent devenir impraticables après de fortes pluies ou des chutes de neige. Le BLM recommande un véhicule disposant d’une bonne garde au sol.

Pas de sentier, pas d’eau et presque pas de téléphone

Une fois sorti du véhicule, l’ambiance devient rapidement plus sérieuse.

Il n’existe aucun sentier balisé ou entretenu. La randonnée consiste à se déplacer librement entre les collines d’argile, les ravines et les affleurements rocheux.

Le site ne dispose également :

  • d’aucune eau potable ;
  • d’aucune toilette ;
  • d’aucun équipement touristique ;
  • et le réseau téléphonique est décrit comme minimal à inexistant.

Il faut donc emporter suffisamment d’eau, disposer d’un moyen de navigation hors ligne et surveiller sérieusement la météo avant de s’engager dans le secteur.

Par temps humide, les sols argileux ne se contentent pas de devenir glissants : ils peuvent transformer l’accès routier en excellente occasion de découvrir à quoi ressemble un enlisement au milieu de nulle part.

Peut-on utiliser un drone à Ah-Shi-Sle-Pah ?

Non.

Depuis son classement en Wilderness, l’utilisation de drones est interdite. Les déplacements motorisés ou mécaniques dans la zone protégée le sont également, y compris à vélo.

La découverte se fait donc à pied.

Le camping dispersé et rudimentaire est autorisé sous certaines conditions, avec une durée maximale indiquée de 14 jours, mais il faut respecter les restrictions de feu en vigueur et les limites des propriétés privées.

Badlands colorés et hoodoos de Ah-Shi-Sle-Pah Wilderness


Les badlands et formations rocheuses d’Ah-Shi-Sle-Pah. Crédit photo Alexander Hatley (CC BY 2.0).

Quelle est la meilleure période pour découvrir Ah-Shi-Sle-Pah ?

Le printemps et l’automne offrent généralement les conditions les plus confortables pour explorer les badlands du Nouveau-Mexique.

En été, les températures et l’exposition au soleil peuvent rendre la randonnée éprouvante : les secteurs de badlands offrent très peu d’ombre.

L’hiver peut apporter froid et neige, tandis que les précipitations constituent un problème quelle que soit la saison en raison de l’état des pistes et de la nature argileuse du terrain.

Pour la photographie, le début et la fin de journée sont particulièrement intéressants. La lumière rasante accentue les reliefs et projette de longues ombres qui donnent encore davantage de volume aux hoodoos.

Au milieu de la journée, le relief devient souvent visuellement plus plat. Ce qui est un exploit assez remarquable pour un endroit rempli de rochers qui ressemblent à des extraterrestres.

Ah-Shi-Sle-Pah en vidéo

La photographie montre parfaitement les formes isolées des hoodoos, mais la vidéo permet de mieux comprendre l’immensité du terrain et surtout l’absence presque totale d’aménagement autour des formations.

Sources pour aller plus loin

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