À la lisière du plateau tibétain, dans l’un des paysages les plus arides et isolés de l’Himalaya, les falaises du Mustang sont percées de milliers de cavités. Certaines ne sont guère plus que de petits trous dans la roche, tandis que d’autres forment de véritables ensembles troglodytiques empilés à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol.
Souvent appelées Mustang Caves ou Sky Caves of Nepal, ces grottes artificielles n’ont pas toutes eu la même fonction. Tombes, lieux d’habitation, refuges, espaces religieux ou monastères : leur histoire couvre plusieurs millénaires et reste encore partiellement à reconstituer.
Grottes et cavités creusées dans les falaises près de Lo Manthang, dans le Haut Mustang. Crédit photo Raunak Maskay (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- Le Mustang compterait environ 10 000 grottes et cavités artificielles creusées dans les parois rocheuses.
- Les premières occupations humaines connues dans la région remontent au IIe millénaire av. J.-C..
- Certaines cavités ont servi de sépultures, d’autres d’habitations, de refuges ou de lieux religieux.
- Les fouilles ont livré des ossements, des objets funéraires, des peintures, des sculptures et des manuscrits bouddhiques.
- Des monastères troglodytiques comme Luri Gompa sont encore conservés dans les falaises du Haut Mustang.
Environ 10 000 grottes creusées dans les falaises du Mustang
Le Mustang se trouve dans le nord du Népal, entre les massifs de l’Annapurna et du Dhaulagiri, sur l’un des grands axes naturels reliant historiquement le plateau tibétain aux plaines du sous-continent indien par la vallée de la Kali Gandaki.
Dans ce décor minéral, les parois de grès et de conglomérats ont été creusées de milliers de cavités. L’UNESCO évoque aujourd’hui un ensemble d’environ 10 000 grottes artificielles, parfois regroupées sur plusieurs niveaux dans des falaises presque verticales.
Il serait cependant trompeur de les présenter toutes comme des « habitations troglodytiques ». Leur fonction varie énormément selon les sites, les époques et parfois même selon les différentes phases d’utilisation d’une même cavité.
Certaines ouvertures se trouvent aujourd’hui très haut dans les parois. Il est donc difficile de comprendre immédiatement comment leurs occupants pouvaient y accéder. Des escaliers, des passerelles en bois, des cordes ou des accès depuis le sommet ont probablement existé à différentes périodes, mais beaucoup ont disparu avec l’érosion et les effondrements.
Grottes creusées dans les falaises du secteur de Chaile et Chhuksang, dans le Mustang. Crédit photo Min Kumar Sharma (CC BY-SA 4.0).
Des sépultures, des habitations et des sanctuaires
Les recherches archéologiques menées dans le Mustang montrent que l’occupation humaine de cette région de haute altitude est très ancienne. Le ministère français de la Culture situe les premières traces connues dès le IIe millénaire av. J.-C., avec notamment des ensembles funéraires à Chokhopani et Mebrak.
Dans le Haut Mustang, les vestiges sont plus fragmentaires. Le site funéraire de Samdzong constitue l’un des ensembles les mieux étudiés. Les grottes et tombes ont livré des restes humains ainsi que de nombreux objets : bijoux, perles, objets métalliques et éléments associés aux pratiques funéraires.
Au fil des siècles, les usages se sont diversifiés. Certaines cavités ont pu accueillir des populations en période d’insécurité, d’autres servir de greniers ou de refuges. Plus tard, plusieurs sites ont été transformés en ermitages, sanctuaires ou monastères bouddhiques.
Cette évolution n’a toutefois rien d’une chronologie uniforme valable pour l’ensemble des grottes du Mustang : les fonctions ont pu varier simultanément d’une vallée à l’autre.
Le parallèle avec les sépultures perchées des sarcophages de Karajia est intéressant : dans les deux cas, la mort a conduit des populations très éloignées à placer leurs défunts dans des endroits aujourd’hui particulièrement difficiles d’accès.
Des rites funéraires encore partiellement énigmatiques
Les ossements découverts à Samdzong donnent un aperçu particulièrement inhabituel des pratiques funéraires anciennes du Mustang.
Des analyses bioarchéologiques ont révélé des marques de découpe pratiquées après la mort sur une partie des squelettes. Elles sont interprétées comme les traces d’un déchar-nement rituel et non comme celles d’un acte de violence ou de cannibalisme.
Ces pratiques ont parfois été rapprochées des funérailles célestes tibétaines, au cours desquelles le corps est livré aux vautours après avoir été découpé. La comparaison reste cependant prudente : les dépôts de Samdzong sont plus anciens que l’implantation complète du bouddhisme dans la région et les os ont ensuite été placés dans les tombes.
Les grottes du Mustang racontent donc moins une histoire unique qu’une succession de pratiques funéraires, sociales et religieuses dont toutes les étapes ne sont pas encore comprises.
Grottes creusées dans les falaises derrière le village de Dhakmar, dans le Mustang. Crédit photo Nima t100 (CC BY-SA 4.0).
Luri Gompa, un monastère caché dans la falaise
Parmi les sites religieux du Mustang, Luri Gompa est probablement l’un des plus étonnants.
À l’est de Lo Manthang, le petit monastère s’accroche à une corniche d’une falaise de grès haute d’environ 100 mètres. Depuis le fond de la vallée, sa position donne presque l’impression qu’il faut escalader directement le pilier rocheux pour l’atteindre.
En réalité, un sentier sinueux permet de gagner une entrée inférieure avant de rejoindre le gompa.
Le complexe associe une construction en briques de terre et une chambre intérieure aménagée directement dans une grotte. Cette dernière contient un chörten d’environ six mètres de haut, entouré de peintures religieuses.
La voûte est décorée de huit représentations de Mahasiddhas, des maîtres yogiques associés au bouddhisme tantrique, tandis qu’une série de portraits de lamas occupe l’une des parois.
Aucun document ancien connu ne permet de dater précisément la fondation de Luri Gompa. Les spécialistes de Brown University estiment cependant que certaines peintures pourraient remonter au XIIIe ou XIVe siècle, voire être légèrement antérieures.
Luri Gompa illustre parfaitement la transformation de certaines grottes du Mustang en espaces religieux, à l’image d’autres habitations et architectures troglodytiques étonnantes construites ailleurs dans le monde.
Chhoser, Chungsi et les autres grottes du Haut Mustang
Les grottes ne se concentrent pas en un seul point. Elles forment au contraire plusieurs ensembles disséminés dans le Haut Mustang.
Près de Lo Manthang, les grottes de Chhoser, parfois associées au complexe de Jhong, constituent l’un des ensembles les plus spectaculaires. Leurs ouvertures ponctuent une falaise presque verticale et certaines cavités sont reliées entre elles par des passages intérieurs.
Les grottes de Chhoser près de Lo Manthang, dans le Haut Mustang. Crédit photo Usha Pande (CC BY-SA 4.0).
Plus au sud-est, la grotte de Chungsi est aujourd’hui surtout connue comme lieu religieux et étape de certains itinéraires à pied dans le Mustang. Comme Luri, elle illustre la manière dont les cavités naturelles ou artificielles ont été réinvesties par le bouddhisme.
Les grottes de Dhakmar, de Tetang ou encore de Chhuksang témoignent elles aussi de la densité exceptionnelle de ce patrimoine troglodytique.
L’ensemble rappelle par certains aspects les paysages de Göreme et ses cheminées de fées, même si l’histoire, la géologie et les cultures qui ont produit ces architectures sont évidemment très différentes.
Une vue spectaculaire depuis les grottes de Jhong
De l’intérieur de certaines cavités, le paysage semble presque irréel : la lumière découpe une ouverture sombre sur les reliefs arides du Haut Mustang et les montagnes de l’Himalaya.
Le paysage du Haut Mustang vu depuis une ouverture de la grotte de Jhong. Crédit photo Safalphotos (CC BY-SA 4.0).
Cette combinaison entre cavités artificielles, villages fortifiés, monastères et paysages désertiques explique pourquoi le patrimoine du Mustang ne se résume pas à une simple curiosité archéologique.
La région conserve aussi une forte influence culturelle tibétaine. L’ancienne cité fortifiée de Lo Manthang, bâtie à environ 3 800 mètres d’altitude, fut la capitale du royaume de Lo et constitue encore aujourd’hui l’un des principaux centres du Haut Mustang.
Peut-on visiter les grottes du Mustang ?
Oui, mais le Haut Mustang reste une région réglementée.
Le Nepal Tourism Board indique que les voyageurs étrangers doivent disposer d’un permis spécial pour accéder au Haut Mustang et voyager dans le cadre des règles prévues pour cette zone restreinte.
Le terrain est aride, venteux et situé en altitude. Les déplacements nécessitent donc une préparation sérieuse, même si les itinéraires classiques n’atteignent pas les altitudes extrêmes de certains grands treks népalais.
Coordonnées GPS de Luri Gompa : 29.0878, 84.0355. Voici la position sur Google Maps:
Toutes les grottes ne sont évidemment pas accessibles. Beaucoup se trouvent dans des falaises instables ou dans des secteurs présentant un intérêt archéologique et patrimonial.
Le but n’est donc pas de jouer à Indiana Jones avec une corde achetée la veille à Katmandou.
Buddhist caves. Crédit photo GraceMarcellaNorman (CC BY 2.0).
Vidéo de Luri Gompa
Cette vidéo permet de mieux comprendre l’emplacement et l’organisation du monastère de Luri Gompa au milieu des falaises du Mustang :
Sources pour aller plus loin
- Ministère français de la Culture – Mission archéologique franco-népalaise au Mustang
- UNESCO – Cave architecture of Muktinath Valley of Mustang
- UNESCO – Capturing the caves of Mustang
- Brown University – Luri Gompa et ses peintures bouddhiques
- National Geographic – recherches archéologiques dans les grottes du Mustang
- Nepal Tourism Board – Upper Mustang
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