Basiliscus plumifrons, le lézard Jésus Christ
Le Basiliscus plumifrons, ou basilic vert, est surnommé le lézard Jésus Christ pour une aptitude qui semble défier les règles habituelles : lorsqu’il prend la fuite, ce reptile d’Amérique centrale peut se dresser sur ses pattes arrière et courir à la surface de l’eau.
Il ne marche pourtant pas tranquillement sur un étang. Le basilic frappe l’eau à grande vitesse avec ses longues pattes postérieures, crée des forces hydrodynamiques suffisantes pour soutenir momentanément son corps et retire chaque pied avant de s’enfoncer. Un sprint spectaculaire qui lui permet de rejoindre rapidement la végétation, puis de nager ou de plonger si la course ne suffit plus.
Gros plan sur un basilic vert, Basiliscus plumifrons, reconnaissable à sa couleur vive et à sa crête. Crédit photo geniuslady/DepositPhotos.
À retenir
- Basiliscus plumifrons est aussi appelé basilic vert, basilic à plumes ou lézard Jésus-Christ.
- Il vit principalement dans les forêts tropicales d’Amérique centrale, toujours à proximité de l’eau.
- Il peut courir sur ses deux pattes arrière à environ 10 à 11 km/h.
- Ses longs doigts postérieurs et leurs écailles spécialisées augmentent la surface qui frappe l’eau.
- La course repose surtout sur des forces hydrodynamiques : le basilic frappe et repousse rapidement l’eau vers le bas et l’arrière.
- Chaque pied crée momentanément une cavité remplie d’air et doit être retiré avant que celle-ci ne se referme.
- Lorsqu’il ralentit et s’enfonce, le basilic devient un excellent nageur et peut rester immergé plus de dix minutes.
- L’espèce peut mesurer autour de 80 cm de longueur totale, avec une très longue queue.
Pourquoi l’appelle-t-on le lézard Jésus Christ ?
Le surnom ne demande pas une grande enquête théologique.
Dans les Évangiles, Jésus marche sur les eaux du lac de Tibériade. Le basilic vert semble accomplir un tour assez similaire lorsqu’il traverse une rivière ou un bassin sans immédiatement s’enfoncer.
D’où son surnom anglais de Jesus Christ lizard et son équivalent français de lézard Jésus-Christ.
Le nom « basilic » possède de son côté une origine beaucoup plus ancienne. Il dérive du grec basiliskos, « petit roi », terme également utilisé pour désigner la créature mythologique couronnée d’une crête et capable de tuer d’un regard.
Entre le roi des monstres et la marche sur l’eau, Basiliscus plumifrons n’a manifestement pas hérité des noms les plus discrets du règne animal.
Basiliscus plumifrons, le basilic vert d’Amérique centrale
Le surnom de lézard Jésus-Christ peut être employé pour plusieurs espèces du genre Basiliscus, toutes capables à des degrés divers de courir sur l’eau.
L’animal présenté ici est bien le basilic vert, Basiliscus plumifrons. Il se distingue facilement par sa couleur verte particulièrement vive et, chez le mâle adulte, par ses grandes crêtes.
Il ne faut donc pas le confondre avec le basilic commun, Basiliscus basiliscus, généralement beaucoup plus brun.
Le Muséum national d’Histoire naturelle donne une longueur totale d’environ 80 cm pour le basilic vert. Une bonne partie de cette taille correspond toutefois à sa longue queue comprimée latéralement.
Basilic vert adulte montrant son corps élancé, ses longues pattes arrière et sa queue particulièrement développée. Crédit photo wrangel/DepositPhotos.
Comment le lézard Jésus Christ arrive-t-il à courir sur l’eau ?
On présente parfois l’exploit comme une simple combinaison entre un faible poids et de grands pieds. La réalité biomécanique est beaucoup plus intéressante.
Des chercheurs ont filmé des basilics à grande vitesse et analysé les mouvements de l’eau autour de leurs pattes. Une foulée peut être divisée en trois grandes phases :
- la frappe : le pied descend rapidement et frappe la surface ;
- la poussée : le pied s’enfonce tout en repoussant l’eau vers le bas et vers l’arrière ;
- le retrait : le basilic ramène très rapidement sa patte vers l’avant pour préparer la foulée suivante.
La première partie du mouvement est particulièrement importante. Chez les jeunes Basiliscus plumifrons étudiés expérimentalement, la force verticale produite lors de la frappe pouvait dépasser le poids du corps.
Le basilic obtient donc pendant une fraction de seconde suffisamment de soutien pour empêcher son corps de plonger.
Basilic vert au Costa Rica. Ses longues pattes postérieures et ses doigts spécialisés sont essentiels à sa capacité à courir sur l’eau. Crédit photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).
Une cavité d’air se forme autour de chaque patte
Le mouvement devient encore plus étonnant lorsqu’on regarde ce qui se passe sous la surface.
Pendant que le pied descend, il entraîne avec lui de l’air et crée une cavité temporaire remplie d’air autour de la patte.
Le basilic poursuit alors son mouvement dans cette cavité tout en transférant de l’énergie à l’eau. À la fin de la poussée, il retire son pied suffisamment vite pour qu’il sorte avant que la poche d’air ne se referme complètement.
S’il attendait trop longtemps, l’eau se refermerait autour de la patte et la résistance engendrée freinerait brutalement sa course.
Voilà pourquoi le lézard Jésus-Christ doit courir : il est incapable de simplement s’arrêter debout sur l’eau et de contempler le paysage.
Ce n’est pas la tension superficielle qui porte le basilic
C’est une confusion fréquente.
De très petits animaux, notamment les gerris, peuvent réellement exploiter la tension superficielle de l’eau. À leur échelle, cette sorte de membrane élastique formée à la surface peut supporter une part importante de leur poids.
Un basilic est beaucoup trop gros pour utiliser principalement cette méthode.
Il se maintient essentiellement grâce aux forces produites en frappant et en déplaçant rapidement l’eau avec ses pattes.
La physique est donc très différente de celle des petits insectes. Certains ont d’ailleurs développé des solutions encore plus étranges, comme ce coléoptère capable de marcher à l’envers sous la surface de l’eau.
À quelle vitesse court le lézard Jésus Christ ?
Le basilic vert peut atteindre environ 10 à 11 km/h lors de ses sprints.
Ce chiffre paraît relativement modeste pour un humain, mais il faut tenir compte de la taille de l’animal et surtout de la fréquence avec laquelle ses pattes doivent frapper l’eau.
Les jeunes basilics sont particulièrement performants. Leur faible masse par rapport à la surface de leurs pieds facilite le maintien du corps au-dessus de l’eau.
Chez les individus plus grands, l’exercice devient plus difficile et le corps finit plus rapidement par s’enfoncer.
Cela ne signifie pas que les adultes perdent complètement cette aptitude : la course aquatique reste caractéristique du genre Basiliscus.
Un humain devrait frapper l’eau à plus de 100 km/h
On lit parfois qu’un homme devrait courir à environ 110 km/h avec une musculature quinze fois plus puissante pour imiter le basilic.
L’idée est étonnamment proche des calculs scientifiques, mais elle mérite d’être formulée plus précisément.
Les modèles biomécaniques estiment qu’un humain devrait être capable de frapper l’eau avec ses pieds à plus de 30 mètres par seconde, soit plus de 108 km/h pour la vitesse du mouvement du pied.
Et ce n’est pas le seul obstacle : une telle locomotion nécessiterait environ quinze fois la puissance musculaire qu’un humain est capable de fournir.
Courir très vite sur la plage ne devrait donc pas suffire.
D’autres vertébrés ont cependant trouvé leur propre solution. Lors de leur spectaculaire parade nuptiale, le grèbe élégant et le grèbe à face blanche sont capables de courir ensemble à la surface de l’eau. Chez eux, les ailes et la mécanique des pattes entrent dans une autre stratégie de locomotion.
Pourquoi le basilic court-il sur l’eau ?
Ce comportement est avant tout une formidable technique de fuite.
Le basilic vert fréquente les arbres, branches et buissons situés au-dessus ou à proximité des rivières et des plans d’eau tropicaux.
Lorsqu’un prédateur s’approche, il peut bondir de son perchoir et se laisser tomber dans l’eau.
Plutôt que de commencer immédiatement à nager, il se redresse sur ses longues pattes arrière et effectue un sprint à la surface. Cette accélération lui permet de s’éloigner très rapidement du point où son prédateur l’a repéré.
Il n’est d’ailleurs pas le seul lézard à s’être construit une réputation digne d’un super-héros. Le Mwanza Agama surnommé lézard Spiderman doit en revanche son nom essentiellement à ses étonnantes couleurs rouges et bleues : aucun super-pouvoir aquatique n’est nécessaire.
Basilic vert photographié au Costa Rica, où l’espèce fréquente notamment les forêts tropicales proches des cours d’eau. Crédit photo Steve Jurvetson (CC BY 2.0).
Basilic vert photographié au Costa Rica, où l’espèce fréquente notamment les forêts tropicales proches des cours d’eau. Crédit photo Steve Jurvetson (CC BY 2.0).
Lorsqu’il s’enfonce, le basilic devient nageur
La course sur l’eau n’est pas une capacité illimitée.
Lorsque le basilic ralentit, ses foulées ne génèrent plus suffisamment de force pour maintenir son corps au-dessus de la surface. Il retombe alors sur ses quatre pattes, commence à s’enfoncer et poursuit sa fuite à la nage.
Ce n’est pas vraiment un problème pour lui : Basiliscus plumifrons nage très bien.
Le Smithsonian indique même que le basilic vert peut rester immergé pendant plus de dix minutes.
Sa stratégie de fuite peut donc passer successivement de la branche au sprint sur l’eau, puis à la nage et éventuellement à la plongée. Pour un animal que l’on imagine surtout perché dans un arbre, le programme est plutôt complet.
À quoi ressemble Basiliscus plumifrons ?
Le basilic vert porte particulièrement bien son nom.
Son corps est généralement vert vif, parfois marqué de taches ou de bandes plus claires, bleutées ou grisâtres.
Les pattes arrière sont nettement plus longues que les pattes avant. Les doigts sont eux aussi très longs et aplatis, avec des écailles spécialisées qui augmentent la surface mise en mouvement lorsqu’ils frappent l’eau.
Le dimorphisme sexuel est marqué.
Les deux sexes peuvent présenter une petite crête sur la tête, mais le mâle adulte développe des crêtes beaucoup plus spectaculaires, notamment derrière la tête, sur le dos et le long de la queue.
Cette allure de petit dragon vert explique sans doute pourquoi le nom de basilic lui va finalement presque aussi bien que celui de lézard Jésus-Christ.
Détail de la tête et de la crête d’un basilic vert, Basiliscus plumifrons. Crédit photo xfargas/DepositPhotos.
Détail de la tête et de la crête d’un basilic vert, Basiliscus plumifrons. Crédit photo xfargas/DepositPhotos.
Où vit le lézard Jésus Christ ?
Basiliscus plumifrons est originaire d’Amérique centrale.
Il est notamment présent au Honduras, au Nicaragua, au Costa Rica et au Panama.
Son habitat typique associe forêt tropicale et proximité immédiate de l’eau. Les basilics passent une grande partie de leur temps dans la végétation, souvent sur des branches situées au-dessus d’une rivière ou d’un ruisseau.
Cette situation n’a évidemment rien d’un hasard : en cas d’alerte, l’eau située juste en dessous devient une véritable voie d’évacuation.
Le basilic vert est donc à la fois arboricole, très à l’aise au sol lorsqu’il court et remarquablement adapté au milieu aquatique.
Basilic vert mâle photographié à La Fortuna au Costa Rica. Crédit photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).
Que mange le basilic vert ?
Le lézard Jésus-Christ n’utilise pas ses extraordinaires pattes uniquement pour échapper aux prédateurs.
Il recherche sa nourriture dans la végétation et à proximité de l’eau.
Son régime est surtout composé d’insectes et d’autres petits invertébrés, mais il peut également capturer de petites proies vertébrées et consommer une part de matière végétale.
Il reste donc un prédateur opportuniste plutôt qu’un spécialiste d’une seule nourriture.
Malgré son allure spectaculaire, ce comportement ne le rapproche pas vraiment du gecko satanique à queue de feuille, autre lézard au nom démesurément dramatique dont la grande spécialité consiste plutôt à disparaître dans le décor.
Le lézard Jésus Christ est-il menacé ?
Le basilic vert est actuellement considéré comme une espèce de préoccupation mineure.
La destruction et la transformation des forêts tropicales constituent néanmoins une pression sur ses habitats.
L’espèce est également présente dans le commerce des reptiles, même si une partie importante des individus commercialisés serait issue d’élevages en captivité.
Sa relative abondance ne doit donc pas faire oublier sa dépendance envers les forêts tropicales riveraines : sans arbres et sans cours d’eau, son super-pouvoir perd une bonne partie de son intérêt.
Vidéo du lézard Jésus Christ courant sur l’eau
C’est évidemment en mouvement que la capacité de Basiliscus plumifrons prend tout son sens.
La séquence suivante permet de voir le lézard Jésus-Christ se dresser sur ses pattes arrière et effectuer son incroyable sprint à la surface de l’eau :
FAQ sur le lézard Jésus Christ
Quel lézard peut marcher sur l’eau ?
Plusieurs basilics sont capables de courir sur l’eau. Le plus connu est le basilic vert, Basiliscus plumifrons, surnommé lézard Jésus-Christ.
Le lézard Jésus Christ marche-t-il vraiment sur l’eau ?
Non, il court. Il frappe rapidement l’eau avec ses pattes arrière et génère des forces hydrodynamiques suffisantes pour maintenir brièvement son corps au-dessus de la surface.
Le basilic utilise-t-il la tension superficielle de l’eau ?
Pas comme les petits insectes tels que les gerris. Sa masse est trop importante. Son maintien repose principalement sur la vitesse de ses pattes et sur les forces créées en frappant et en repoussant l’eau.
À quelle vitesse court le lézard Jésus Christ ?
Le basilic vert peut courir autour de 10 à 11 km/h. Cette vitesse est associée à une fréquence de foulée très élevée et à une morphologie adaptée des pattes arrière.
Le lézard Jésus Christ sait-il nager ?
Oui. Lorsqu’il ne peut plus se maintenir au-dessus de la surface, il poursuit sa fuite en nageant. Il est également capable de rester immergé pendant plus de dix minutes.
Quelle taille fait Basiliscus plumifrons ?
Le basilic vert atteint environ 80 cm de longueur totale. Une part importante de cette longueur correspond à sa longue queue.
Où vit le lézard Jésus Christ ?
Il vit dans les forêts tropicales d’Amérique centrale, notamment au Honduras, au Nicaragua, au Costa Rica et au Panama, généralement à proximité immédiate des cours d’eau.
Le lézard Jésus Christ est-il dangereux pour l’homme ?
Non. Le basilic vert n’est ni venimeux ni un prédateur dangereux pour l’être humain. Face à une menace, sa stratégie consiste principalement à prendre la fuite.
Sources pour aller plus loin
- PNAS – Running on water: Three-dimensional force generation by basilisk lizards
- PLOS ONE – Humans Running in Place on Water at Simulated Reduced Gravity
- Muséum national d’Histoire naturelle – Basilic vert, Basiliscus plumifrons
- Smithsonian’s National Zoo – Green crested basilisk






Froome pourrait marcher sur l’eau alors !?!
ou du moins rouler dessus 🙂