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Agama mwanzae : le lézard Spider-Man rouge et bleu d’Afrique

Avec sa tête rouge à violacée et son corps bleu profond, Agama mwanzae possède une combinaison de couleurs qui rappelle immédiatement le costume de Spider-Man. Cette ressemblance a valu à ce reptile d’Afrique de l’Est le surnom de « lézard Spider-Man », alors que Marvel n’a évidemment joué aucun rôle dans son évolution.

La comparaison concerne surtout les mâles adultes les plus colorés. Les femelles sont beaucoup plus discrètes, généralement brunes, et semblent presque appartenir à une autre espèce lorsqu’on les place à côté d’un mâle. Derrière l’animal viral se cache donc un vrai sujet de biologie : dimorphisme sexuel, vie sur les rochers, régime principalement insectivore et adaptation aux kopjes du Serengeti.

Agama mwanzae mâle rouge et bleu surnommé lézard Spider-Man
Un mâle Agama mwanzae photographié dans le parc national de Tarangire en Tanzanie en mai 2024. Ses couleurs rouge et bleu lui ont valu le surnom de lézard Spider-Man. Crédit Photo Diego Delso (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Agama mwanzae est une espèce de lézard de la famille des Agamidae décrite par Arthur Loveridge en 1923.
  • L’espèce est naturellement présente en Tanzanie, au Kenya et au Rwanda.
  • Son surnom de « lézard Spider-Man » vient de la coloration spectaculaire de certains mâles : tête, cou et épaules rougeâtres ou violacés, avec le reste du corps bleu foncé.
  • Les femelles ont au contraire une coloration principalement brune.
  • Agama mwanzae vit notamment sur des affleurements rocheux appelés kopjes, très caractéristiques du Serengeti.
  • Une étude menée dans le Serengeti montre un régime dominé par les fourmis, termites et coléoptères, complété par des végétaux, surtout pendant la saison sèche.
  • L’espèce est ovipare.
  • La dernière évaluation publiée par l’UICN, datant de 2014, la classe en Préoccupation mineure (Least Concern).

Quel animal se cache derrière le « lézard Spider-Man » ?

Le véritable nom du lézard Spider-Man est Agama mwanzae, ou agame de Mwanza.

Il appartient à la famille des Agamidae, qui rassemble de nombreux lézards d’Afrique, d’Asie et d’Australie.

L’espèce a été décrite en 1923 par le zoologiste américain Arthur Loveridge. Sa localité-type se situe à Shanwa, dans la région de Mwanza, alors située dans le Tanganyika.

C’est précisément cette origine géographique qui a donné son nom à l’espèce : mwanzae signifie ici « de Mwanza ».

Agama mwanzae a longtemps été rapproché ou classé comme sous-espèce d’autres agames, mais il est aujourd’hui reconnu comme une espèce distincte par la Reptile Database.

Et malgré son surnom, il ne possède ni toile, ni sens d’araignée, ni aptitude particulière pour sauver New York.

Pour un lézard possédant un véritable talent digne d’un super-héros, il faut plutôt regarder du côté du Basiliscus plumifrons, surnommé lézard Jésus-Christ parce qu’il peut courir sur l’eau.

Agama mwanzae photographié en Tanzanie


Agama mwanzae photographié en Tanzanie. Crédit photo hamon jp (CC BY-SA 3.0).

Pourquoi Agama mwanzae ressemble-t-il à Spider-Man ?

Uniquement à cause de ses couleurs.

Chez les mâles adultes les plus spectaculaires, la tête, le cou et les épaules prennent des tons rouges à rouge violacé tandis que le tronc, les pattes et une grande partie de la queue peuvent devenir bleu foncé.

La ressemblance avec la combinaison rouge et bleue de Spider-Man est suffisamment frappante pour que le surnom ait largement dépassé les cercles d’amateurs de reptiles.

Mais il ne s’agit évidemment ni de mimétisme ni de camouflage.

En biologie, le mimétisme implique qu’un organisme ressemble à un autre animal, une plante ou un élément de son environnement d’une manière ayant une fonction adaptative. Agama mwanzae n’a aucune raison évolutive d’imiter un personnage de bande dessinée apparu quelques dizaines de millions d’années après ses ancêtres.

C’est simplement notre cerveau qui reconnaît une combinaison de couleurs familière.

Le contraste est intéressant avec le gecko satanique à queue de feuille, dont la silhouette et les motifs reproduisent réellement l’apparence d’une feuille morte. Celui-là pratique un camouflage particulièrement efficace ; Agama mwanzae, lui, ne cherche pas spécialement à passer inaperçu lorsqu’il porte ses couleurs les plus vives.

Mâle Agama mwanzae rouge et bleu dans le Masai Mara au Kenya
Portrait d’un mâle Agama mwanzae photographié dans le Masai Mara au Kenya en mai 2024. Crédit Photo Diego Delso (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi seuls les mâles ont-ils ces couleurs spectaculaires ?

Agama mwanzae présente un dimorphisme sexuel très marqué.

Autrement dit, mâles et femelles ne possèdent pas exactement la même apparence.

Les mâles adultes peuvent développer les célèbres couleurs rouge et bleu tandis que les femelles restent beaucoup plus discrètes. Ce contraste est tellement important qu’une personne ayant uniquement vu les photographies virales des mâles pourrait facilement ne pas reconnaître une femelle.

Chez les agames, les signaux visuels jouent un rôle important dans les interactions sociales. Les mâles défendent notamment des territoires et utilisent des mouvements caractéristiques de la tête et du corps lors des confrontations ou de la parade.

Il faut cependant éviter l’explication simpliste selon laquelle « le rouge et le bleu servent à séduire les femelles ». Les fonctions précises et l’importance relative de chaque composante de la coloration d’Agama mwanzae sont moins documentées scientifiquement que ne le laissent entendre de nombreux articles populaires.

On peut donc parler sans difficulté d’une coloration sexuelle associée aux mâles adultes et à leur statut, sans inventer une théorie complète à partir de quelques photographies.

La femelle Agama mwanzae ne ressemble presque pas au mâle

Voici probablement l’image la plus utile de l’article après la couverture.

Femelle Agama mwanzae brune dans le Serengeti en Tanzanie


Femelle Agama mwanzae photographiée dans le Serengeti en Tanzanie. Sa coloration brune contraste fortement avec le rouge et le bleu des mâles adultes les plus voyants. Crédit Photo D. Gordon E. Robertson (CC BY-SA 3.0).

Le contraste est radical.

La femelle présente des teintes brunes beaucoup mieux adaptées à la discrétion sur les rochers et dans la végétation sèche.

Cette différence explique aussi une partie du succès photographique de l’espèce : presque toutes les images virales montrent des mâles, donnant une vision très incomplète de l’apparence réelle de la population.

Où vit l’agame de Mwanza en Afrique ?

La Reptile Database recense Agama mwanzae en Tanzanie, au Kenya et au Rwanda.

L’espèce est particulièrement associée aux paysages rocheux d’Afrique de l’Est. On la photographie régulièrement dans le Serengeti, le Masai Mara ou encore le parc national de Tarangire.

Dans le Serengeti, l’un de ses habitats caractéristiques est constitué par les kopjes.

Ces affleurements sont des amas de rochers granitiques ou gneissiques qui émergent soudain des grandes plaines herbeuses. Certains peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres au-dessus du terrain environnant.

Ils fonctionnent presque comme de petites îles terrestres.

Les fissures entre les blocs offrent des refuges contre les prédateurs et les températures extrêmes, tandis que les surfaces exposées permettent aux reptiles de se chauffer au soleil.

La végétation et l’humidité peuvent également différer fortement de celles de la savane ouverte située quelques mètres plus loin.

Agama mwanzae sur les rochers du Serengeti en Tanzanie
Agama mwanzae dans le parc national du Serengeti, où l’espèce utilise les affleurements rocheux comme zones de repos, de chasse et de refuge. Crédit Photo Thomas Fuhrmann (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi Agama mwanzae passe-t-il autant de temps sur les rochers ?

Comme les autres reptiles, Agama mwanzae ne produit pas suffisamment de chaleur métabolique pour maintenir constamment son corps à une température élevée comme le font les mammifères ou les oiseaux.

Il exploite donc son environnement.

Une surface rocheuse exposée au soleil chauffe rapidement et constitue un excellent endroit pour augmenter sa température corporelle. À quelques centimètres seulement, une fissure peut au contraire offrir de l’ombre et une température plus modérée.

Le kopje fonctionne ainsi comme un véritable appartement climatique :

terrasse chauffée sur le dessus, cave fraîche entre les pierres.

Les crevasses servent également de refuge lorsqu’un prédateur approche.

Ce comportement explique les innombrables photographies montrant le lézard Spider-Man immobile au sommet d’un rocher. Il ne prend pas spécialement la pose pour Instagram : il utilise simplement un élément essentiel de son habitat.

Que mange Agama mwanzae ?

L’alimentation de l’agame de Mwanza a fait l’objet d’une étude menée dans trois ensembles de kopjes du parc national du Serengeti.

Les chercheurs ont analysé le contenu digestif de 120 individus et identifié 2 347 proies appartenant à différents groupes d’arthropodes. Le résultat est assez parlant.

Les fourmis représentaient environ 40,5 % des proies identifiées, devant les termites avec près de 29,8 % et les coléoptères avec un peu plus de 18 %. À eux seuls, ces trois groupes constituaient donc l’immense majorité des invertébrés consommés.

Spider-Man ou pas, le menu quotidien ressemble surtout à :

fourmis, termites, coléoptères, et éventuellement ce qui a eu la mauvaise idée de passer à portée de mâchoire.

L’espèce consomme également d’autres arthropodes en plus faible quantité : sauterelles, araignées, punaises, papillons ou encore mouches.

Un peu plus végétarien pendant la saison sèche

Le même travail a révélé quelque chose de plus inattendu. Agama mwanzae ne mange pas uniquement des animaux.

Les chercheurs ont également trouvé des feuilles, tiges, fleurs, fruits et graines dans l’appareil digestif de plusieurs individus. Cette consommation végétale était plus importante pendant la saison sèche, lorsque les insectes deviennent moins abondants.

L’agame de Mwanza apparaît donc comme un prédateur principalement insectivore mais suffisamment opportuniste pour adapter son alimentation aux ressources disponibles.

Ce genre d’adaptation vaut mieux pour survivre dans la savane qu’une fidélité excessive à son restaurant préféré.

Agama mwanzae et Agama agama : comment les distinguer ?

C’est l’une des principales sources de confusion.

Agama mwanzae est régulièrement pris pour Agama agama, autre espèce africaine dont certains mâles peuvent également présenter des couleurs très voyantes.

Les deux appartiennent au même genre, mais il s’agit bien de deux espèces différentes.

La coloration seule ne constitue d’ailleurs pas toujours un critère suffisant pour identifier proprement un agama à partir d’une photographie. Les teintes peuvent varier selon les individus, leur sexe, leur âge ou leur état physiologique.

Pour une identification scientifique, la localisation géographique et différents caractères morphologiques doivent également être pris en compte.

Cette confusion explique pourquoi certaines anciennes photographies publiées sur Internet sous le nom de « Spider-Man lizard » ne permettent pas toujours d’être absolument certain de l’espèce représentée.

La galerie de cet article utilise donc uniquement des photographies explicitement identifiées comme Agama mwanzae.

agama mwanzae lezard spiderman 2
Crédit photo Haplochromis (CC BY-SA 2.0).

Agama mwanzae pond-il des œufs ?

Oui.

La Reptile Database classe Agama mwanzae parmi les espèces ovipares : les femelles pondent donc des œufs plutôt que de donner naissance directement à des petits développés.

Je préfère toutefois ne pas reprendre ici les chiffres de ponte souvent donnés pour les agames en général. De nombreuses fiches Internet mélangent en effet les données d’Agama mwanzae avec celles d’autres espèces du genre.

C’est exactement le genre de petit détail qui finit par fabriquer une grande « vérité Internet » après cinquante copier-coller.

Le lézard Spider-Man est-il menacé ?

La dernière évaluation de l’UICN publiée pour Agama mwanzae date de 2014 et classe l’espèce en Préoccupation mineure (Least Concern).

Cela signifie qu’elle n’était alors pas considérée comme menacée d’extinction à l’échelle mondiale.

Sa ressemblance avec Spider-Man lui a néanmoins apporté une certaine notoriété dans le commerce des reptiles exotiques, phénomène déjà relevé dans la presse à partir de la fin des années 2000.

Il serait toutefois excessif d’affirmer, comme le faisait l’ancienne version de cet article, que cette popularité l’aurait « condamné » à devenir un animal de compagnie recherché.

Je n’ai trouvé aucune donnée solide permettant d’affirmer que le commerce d’animaux constitue actuellement une menace majeure pour les populations sauvages d’Agama mwanzae.

Et puisque l’évaluation UICN disponible a maintenant plus de dix ans, mieux vaut également éviter de transformer son classement de 2014 en certificat éternel de bonne santé.

Un Spider-Man sans super-pouvoir, mais un excellent lézard

Le surnom a probablement fait davantage pour la célébrité d’Agama mwanzae que son nom scientifique.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul animal auquel nous avons attribué un personnage de fiction en guise de deuxième identité. En Afrique centrale, le cercopithèque de Wolf a ainsi hérité du surnom de « singe Wolverine » en raison de sa tête et de ses couleurs.

La tentation est compréhensible : rapprocher un animal d’une image connue permet de le mémoriser instantanément.

Mais le véritable intérêt commence souvent après le surnom.

Agama mwanzae n’est pas remarquable parce qu’il « imite Spider-Man ». Il l’est parce qu’un même lézard peut associer une coloration sexuelle spectaculaire, une vie étroitement liée aux affleurements rocheux et un régime suffisamment flexible pour suivre les saisons du Serengeti.

Dans un registre beaucoup moins coloré, le lézard à cornes du Texas est lui aussi devenu une célébrité, mais grâce à l’étrange légende d’Old Rip. Preuve que les reptiles n’ont pas forcément besoin de cape pour finir dans les histoires.

Agama mwanzae en vidéo

Le mouvement remet aussi un peu les choses en perspective : lorsqu’il ne pose pas involontairement comme un super-héros, l’agame de Mwanza mène surtout une vie de petit reptile diurne entre soleil, rochers et recherche de nourriture.

Voici une petite vidéo du Mwanza Agama pratiquant des activités favorites de ces petits reptiles, évidemment lézarder au soleil:

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Agama mwanzae : le lézard Spider-Man rouge et bleu d’Afrique”

  1. Retour de ping : Le singe Wolverine - 2Tout2Rien

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