Pachypodium namaquanum est une étrange plante succulente du sud-ouest de l’Afrique, reconnaissable à son épaisse tige couverte d’épines et coiffée d’une rosette de feuilles. Surnommée Elephant’s Trunk, la « trompe d’éléphant », elle est surtout connue dans sa région d’origine sous le nom de Halfmens, « demi-homme » en afrikaans.
Sa silhouette n’est pas sa seule particularité. Contrairement à ce que l’on pourrait croire en observant certains spécimens en été, Pachypodium namaquanum possède bien des feuilles, pousse principalement pendant la saison fraîche et incline généralement son sommet vers le nord. Cette orientation étonnante a même donné naissance à une légende Nama où les Halfmens seraient des hommes transformés en plantes, regardant éternellement vers leur ancienne patrie.
Un Halfmens, ou Pachypodium namaquanum, dans le paysage rocheux du Richtersveld en Afrique du Sud. Crédit photo Derek Keats (CC BY 2.0).
À retenir
- Pachypodium namaquanum est une plante succulente de la famille des Apocynacées, et non un cactus.
- Elle pousse naturellement du nord-ouest de l’Afrique du Sud jusqu’au sud de la Namibie.
- Elle mesure généralement entre 1,5 et 2,5 mètres, mais certains spécimens atteignent 4 à 5 mètres.
- Sa tige épaisse et épineuse lui vaut le surnom anglais Elephant’s Trunk, la trompe d’éléphant.
- Ses feuilles gris-vert forment une rosette au sommet de la plante et tombent pendant l’été chaud et sec.
- La tige s’incline généralement de 20 à 30 degrés vers le nord, probablement pour optimiser son exposition au soleil pendant sa saison de croissance hivernale.
- Ses fleurs tubulaires sont jaune-vert à l’extérieur et rouge sombre à l’intérieur.
- Sa croissance est extrêmement lente, autour de 0,5 à 1,5 cm par an, et certains individus dépassent probablement un siècle.
- L’espèce est classée en danger critique d’extinction dans l’évaluation nationale sud-africaine de 2022.
Pachypodium namaquanum, une succulente qui ressemble à un petit arbre
Malgré son surnom d’arbre trompe d’éléphant, Pachypodium namaquanum n’est pas véritablement un arbre au sens botanique classique.
Kew le décrit comme un arbuste pachycaule à caudex, autrement dit une plante dont la tige épaissie sert notamment de réserve.
Il appartient aux Apocynacées, famille qui comprend de nombreuses plantes produisant un latex et contenant parfois des substances toxiques.
Ce n’est donc pas non plus un cactus.
La confusion est assez compréhensible : tige succulente, épines et habitat désertique donnent au Halfmens une allure de cactus. Mais cette ressemblance relève de stratégies d’adaptation similaires à la sécheresse chez des groupes de plantes très différents.
Et il ne faut pas davantage le confondre avec le véritable cactus éléphant, Pachycereus pringlei, géant mexicain pouvant dépasser une dizaine de mètres. Les deux végétaux partagent surtout un surnom et un talent certain pour prendre des formes peu conventionnelles.
Arbre trompe d’éléphant contre un rocher. Crédit photo Alexey Yakovlev (CC BY-SA 2.0) .
Une tige épaisse couverte d’épines
La silhouette de Pachypodium namaquanum est dominée par une grosse tige cylindrique, plus large à la base et progressivement plus fine vers le sommet.
Elle mesure généralement 1,5 à 2,5 mètres, même si SANBI mentionne des individus atteignant 4 voire 5 mètres.
La tige reste souvent unique et peu ramifiée. Certains spécimens produisent cependant des branches près de la base ou du sommet.
Sa surface est couverte de petits tubercules portant des épines rigides.
Cette forme épaisse permet à la plante de stocker de l’eau et de supporter des périodes de sécheresse extrême.
Dans les paysages du Richtersveld, elle partage ce type d’environnement avec d’autres plantes spectaculaires, notamment l’arbre carquois, autre succulente emblématique de Namibie et d’Afrique du Sud.
Pachypodium namaquanum possède bien des feuilles
Contrairement à une affirmation souvent répétée, le Halfmens ne vit pas constamment sous la forme d’une colonne épineuse dépourvue de feuillage.
Il possède des feuilles gris-vert et veloutées, aux marges fortement ondulées, rassemblées en une rosette dense au sommet de la tige.
Les feuilles gris-vert de Pachypodium namaquanum forment une rosette au sommet de la tige et présentent des bords particulièrement ondulés. Crédit photo Winfried Bruenken (CC BY-SA 2.5).
La particularité vient de son calendrier.
Dans cette région où les pluies tombent essentiellement pendant la saison fraîche, Pachypodium namaquanum effectue une grande partie de sa croissance pendant l’automne, l’hiver et le printemps austral.
Lorsque l’été devient extrêmement chaud et sec, les feuilles se flétrissent puis tombent.
Un Halfmens photographié en été peut donc effectivement sembler totalement dépourvu de feuilles.
Cette stratégie limite les pertes d’eau lorsque les conditions deviennent les plus difficiles.
Pourquoi les Halfmens se penchent-ils vers le nord ?
C’est probablement le comportement le plus curieux de Pachypodium namaquanum.
Le sommet feuillé de la plante s’incline généralement vers le nord selon un angle de l’ordre de 20 à 30 degrés.
Dans l’hémisphère Sud, le soleil reste principalement dans la partie nord du ciel.
SANBI considère donc comme probable une explication liée au phototropisme : en se tournant vers le nord, le Halfmens maximise l’exposition au soleil de ses jeunes pousses pendant sa saison de croissance hivernale.
Cela pourrait également augmenter la visibilité et la température de ses fleurs au moment de la reproduction.
Un Pachypodium namaquanum dans son milieu naturel du Richtersveld. Les Halfmens présentent généralement une inclinaison de leur partie supérieure vers le nord. Crédit photo Derek Keats (CC BY 2.0).
Halfmens, la légende des hommes transformés en plantes
Cette orientation constante vers le nord possède aussi une explication beaucoup plus poétique dans la tradition Nama.
Halfmens signifie littéralement « demi-homme » ou plutôt « demi-humain » en afrikaans.
À distance, surtout lorsque plusieurs plantes se dressent ensemble sur une crête, leurs troncs surmontés d’une touffe de feuilles peuvent effectivement évoquer des silhouettes humaines.
Selon une légende rapportée par SANBI, un groupe de Nama aurait dû fuir vers le sud après avoir été chassé de son territoire.
Arrivés dans les paysages arides du Richtersveld, certains se seraient arrêtés et retournés une dernière fois vers leur ancienne patrie située au nord.
Les dieux auraient alors eu pitié de ces exilés et les auraient transformés en Halfmens, capables de survivre dans le désert mais condamnés à regarder éternellement vers le nord.
La réalité botanique et la légende locale aboutissent donc étrangement au même résultat : les Halfmens regardent tous dans la même direction.
Une plante du Richtersveld et du Namaqualand
L’aire naturelle de Pachypodium namaquanum est très restreinte.
Kew la situe du sud de la Namibie au nord-ouest de la province du Cap en Afrique du Sud.
On le rencontre notamment dans le Richtersveld, autour de Steinkopf et de Pella en Afrique du Sud, ainsi que vers Rosh Pinah dans le sud de la Namibie.
La plante affectionne les pentes rocheuses et les terrains pierreux où ses racines peuvent se glisser dans les fissures.
Dans certains secteurs, les précipitations annuelles sont extrêmement faibles et le brouillard venu de l’Atlantique peut apporter une partie de l’humidité disponible.
Ces terres arides sont pourtant d’une richesse végétale remarquable. Le contraste apparaît particulièrement bien lorsque le Namaqualand se couvre brusquement de millions de fleurs après des pluies favorables.
Les étonnantes fleurs de Pachypodium namaquanum
Son allure sévère ne prépare pas vraiment à ses fleurs.
Elles apparaissent principalement entre juillet et septembre, pendant la saison fraîche.
Les fleurs de Pachypodium namaquanum sont longues et tubulaires, atteignant environ 5 cm de longueur pour seulement un centimètre d’ouverture.
Elles sont jaune-vert à l’extérieur et rouge sombre à l’intérieur.
Les fleurs tubulaires de Pachypodium namaquanum sont jaune-vert à l’extérieur et rouge sombre à l’intérieur. Crédit photo SAplants (CC BY-SA 4.0).
SANBI mentionne notamment les abeilles et les fourmis parmi les visiteurs capables d’entrer dans les fleurs tubulaires.
Des souimangas ont également été observés en train de polliniser des plantes cultivées dans un jardin botanique sud-africain, sans que l’on sache si cette interaction joue le même rôle dans les populations sauvages.
Des fruits en forme de cornes et des graines parachutes
Après fécondation, les fleurs produisent une paire de capsules étroites pouvant atteindre environ 5 cm.
Leur forme évoque deux petites cornes réunies à la base.
Un jeune fruit de Pachypodium namaquanum. Les deux capsules s’ouvrent à maturité pour libérer les graines. Crédit photo SAplants (CC BY-SA 4.0).
À maturité, les capsules s’ouvrent et libèrent de petites graines d’environ 4 mm.
Chacune porte une touffe de poils blanchâtres et soyeux qui fonctionne comme un petit parachute.
Le vent peut ainsi transporter les graines loin de la plante mère, une stratégie bien adaptée aux paysages ouverts et ventés du Richtersveld.
D’autres succulentes de la région ont choisi une méthode de survie complètement différente. Les lithops se dissimulent presque entièrement dans le sol en imitant l’apparence des cailloux.
Une croissance de seulement quelques millimètres par an
Pachypodium namaquanum n’est pas pressé.
SANBI estime sa croissance annuelle à seulement 0,5 à 1,5 centimètre.
Les grands individus de plusieurs mètres représentent donc des décennies de croissance.
Certains Halfmens peuvent atteindre ou dépasser 100 ans.
Cette lenteur permet de comprendre pourquoi la disparition d’un grand spécimen sauvage ne peut pas être rapidement compensée par une jeune plante.
Elle rend également l’espèce particulièrement vulnérable aux sécheresses répétées et à la collecte illégale.
Halfmens (Pachypodium namaquanum) – Richtersveld. Crédit photoBoundless Southern Africa (CC BY-ND 2.0) .
Pachypodium namaquanum est-il menacé ?
La réponse dépend de l’échelle utilisée.
L’évaluation mondiale de l’UICN classe encore Pachypodium namaquanum dans la catégorie Least Concern, ou préoccupation mineure.
La situation observée en Afrique du Sud est cependant devenue beaucoup plus inquiétante.
En 2022, la Red List of South African Plants du SANBI a reclassé l’espèce en Critically Endangered, soit en danger critique d’extinction à l’échelle nationale.
Cette évaluation estime que les populations ont diminué d’au moins 60 à 80 % au cours des deux dernières générations, correspondant à environ 200 ans pour cette plante extrêmement lente.
Les causes se cumulent :
- sécheresses prolongées ;
- changement climatique ;
- perte et dégradation de l’habitat ;
- collecte illégale de plantes sauvages pour le marché des succulentes.
Les chercheurs du SANBI considèrent que la tendance actuelle de la population est à la baisse.
Une plante recherchée par les collectionneurs
L’apparence spectaculaire, la croissance lente et la rareté du Halfmens ont malheureusement contribué à sa popularité auprès de certains collectionneurs de succulentes.
Arracher une vieille plante sauvage signifie pourtant retirer du paysage un individu qui a parfois mis un siècle à atteindre sa taille.
Le commerce international de Pachypodium namaquanum est réglementé par la CITES. L’espèce relève actuellement de l’Annexe II, avec le genre Pachypodium, ce qui impose des règles et documents spécifiques pour les échanges internationaux concernés.
Les plantes obtenues légalement par multiplication artificielle constituent évidemment une situation très différente de spécimens prélevés dans la nature.
Pachypodium namaquanum contient par ailleurs des alcaloïdes toxiques. SANBI rapporte que sa sève a notamment été utilisée comme poison pour les flèches et qu’un contact avec les yeux peut provoquer de graves lésions.
Sous son allure de curieux personnage végétal, le Halfmens est donc à la fois remarquablement adapté à son environnement et beaucoup moins inoffensif qu’il n’en a l’air.
Pachypodium namaquanum en vidéo
Cette vidéo montre des Halfmens dans leur environnement désertique et permet notamment d’observer leur feuillage et leur floraison :
Sources pour aller plus loin
- SANBI PlantZAfrica – Pachypodium namaquanum : morphologie, écologie, floraison et légende du Halfmens
- SANBI Red List of South African Plants – évaluation 2022 de Pachypodium namaquanum en danger critique en Afrique du Sud
- Royal Botanic Gardens, Kew – Plants of the World Online : taxonomie et répartition naturelle
- SANParks – végétation du parc transfrontalier Ai-Ais/Richtersveld et Halfmens
- CITES – Annexes I, II et III et réglementation du commerce international
- Ecology and Evolution – étude 2025 sur les risques d’extinction des Pachypodium face au changement climatique







Plutôt qu’une trompe d’éléphant, je lui trouve parfois un air de cou de diplodocus.