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Platycerium, la fougère corne de cerf qui pousse sur les arbres

Avec ses grandes frondes ramifiées qui ressemblent à des bois de cervidé, le Platycerium porte plutôt bien ses surnoms de « fougère corne de cerf » ou « corne d’élan ». Mais son apparence n’est pas sa seule curiosité : cette fougère tropicale peut vivre accrochée à un tronc ou à une branche, parfois plusieurs mètres au-dessus du sol, sans pour autant parasiter l’arbre qui la porte.

Le genre Platycerium comprend actuellement 18 espèces reconnues, originaires principalement des régions tropicales d’Afrique, d’Asie, d’Australie et, pour certaines, d’Amérique du Sud. La plus couramment cultivée comme plante d’intérieur est Platycerium bifurcatum, dont les longues frondes fourchues peuvent approcher le mètre et donnent à la plante cette silhouette si particulière.

Platycerium bifurcatum, fougère corne de cerf poussant sur un arbre en Australie
Un grand Platycerium bifurcatum poussant naturellement sur un arbre près de Port Macquarie, en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. Crédit photo themaskedlapwing (CC0).

À retenir

  • Les Platycerium sont des fougères épiphytes surnommées « cornes de cerf » ou « cornes d’élan ».
  • Une plante épiphyte utilise un arbre comme support sans lui prélever sa nourriture : ce n’est donc pas un parasite.
  • Le Platycerium produit deux types de frondes très différents : des frondes basales en forme de bouclier et de grandes frondes fertiles ramifiées.
  • Les frondes basales deviennent naturellement brunes et papyracées avec l’âge : il ne faut pas les couper simplement parce qu’elles semblent mortes.
  • Les zones brunes visibles sous certaines grandes frondes fertiles correspondent aux sores contenant les sporanges, et non à une maladie.
  • Platycerium bifurcatum est l’espèce la plus couramment cultivée comme plante d’intérieur.
  • Ces fougères peuvent être cultivées en pot, en panier suspendu ou directement fixées sur une plaque de bois.

Pourquoi le Platycerium ressemble-t-il à des cornes de cerf ?

Le nom vernaculaire de la plante vient de ses grandes frondes vert grisâtre qui se divisent plusieurs fois en deux. En grandissant, elles forment ainsi une succession de ramifications qui évoquent les bois d’un cerf ou d’un élan.

Le terme botanique bifurcatum, employé pour l’espèce la plus répandue en culture, fait justement référence à cette tendance à se diviser en deux.

Ces grandes frondes ne sont cependant pas là uniquement pour produire une silhouette originale. Ce sont les frondes fertiles de la fougère : lorsqu’elles sont suffisamment développées, certaines zones de leur face inférieure produisent les spores nécessaires à la reproduction.

Leur surface présente souvent une teinte légèrement argentée ou grisâtre. Il ne s’agit pas de poussière. De minuscules écailles ou poils protecteurs recouvrent naturellement les frondes et participent notamment à limiter les pertes en eau.

Il vaut donc mieux éviter de vouloir leur rendre leur brillant avec un chiffon : le Platycerium n’a pas besoin d’un dépoussiérage façon meuble Louis XV.

La ressemblance animale de ses frondes rappelle d’ailleurs d’autres plantes dont le nom vient directement de leur silhouette, comme la Faucaria tigrina et ses feuilles en forme de gueule de tigre.

Platycerium, fougère épiphyte aux frondes ressemblant à des bois de cerf


Un Platycerium aux grandes frondes ramifiées caractéristiques du genre. Crédit photo Alex Lomas (CC BY 2.0).

Une fougère qui pousse sur les arbres sans les parasiter

Les Platycerium sont des fougères épiphytes. Dans leur milieu naturel, elles s’installent principalement sur des troncs et de grosses branches plutôt que directement dans la terre.

L’arbre sert de support et permet à la fougère de trouver une position favorable à la lumière dans la forêt, mais le Platycerium ne prélève pas sa nourriture dans les tissus de son hôte.

Il ne faut donc pas confondre épiphyte et parasite.

À l’inverse, la Rafflesia est une véritable plante parasite, incapable de vivre sans prélever les ressources d’une plante hôte.

Les racines du Platycerium naissent d’un court rhizome, qui est une tige modifiée et non une racine comme l’indiquait l’ancienne version de cet article. Elles servent notamment à fixer la fougère sur son support et à absorber l’humidité et les éléments nutritifs disponibles autour d’elle.

Cette stratégie n’est pas exceptionnelle sous les tropiques. Certaines orchidées fonctionnent de manière comparable, comme Peristeria elata, l’étonnante orchidée dont la fleur semble contenir une petite colombe.

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Platycerium holtthumii. Crédit photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).

Deux types de frondes complètement différentes

L’une des particularités les plus intéressantes des Platycerium apparaît lorsqu’on observe leur base.

La plante produit deux catégories de frondes dont la forme et la fonction n’ont presque rien en commun.

Les frondes basales forment un véritable bouclier

Les premières sont arrondies ou légèrement cordiformes et restent plaquées contre le tronc ou le support. On les appelle frondes basales, stériles ou frondes boucliers.

Lorsqu’elles sont jeunes, elles sont généralement vertes. Elles grandissent en recouvrant progressivement le rhizome, les racines et les anciennes frondes.

Elles jouent plusieurs rôles :

  • elles protègent la base de la fougère ;
  • elles contribuent à la maintenir contre son support ;
  • elles interceptent de l’eau ;
  • elles emprisonnent des feuilles mortes, morceaux d’écorce et autres débris végétaux.

Ces matériaux finissent par se décomposer derrière les frondes et constituent une sorte de petit compost suspendu dont la fougère peut profiter.

North Carolina State University décrit ainsi P. bifurcatum comme une véritable « épiphyte piège à litière » : une plante capable de se fabriquer en quelque sorte son propre petit sol alors qu’elle vit sur un arbre.

Les grandes frondes fertiles portent les spores

Les secondes frondes sont celles qui ressemblent aux bois d’un cervidé. Plus longues, vert grisâtre et plusieurs fois fourchues, elles assurent la photosynthèse et portent les organes reproducteurs de la fougère.

Chez un Platycerium bifurcatum adulte, elles peuvent atteindre plusieurs dizaines de centimètres et donner à l’ensemble une envergure proche du mètre.

Certaines autres espèces du genre sont beaucoup plus imposantes.

Pourquoi certaines frondes du Platycerium deviennent-elles brunes ?

Voir une grande plaque brune apparaître à la base d’une fougère corne de cerf peut donner envie de sortir immédiatement le sécateur.

Ce serait souvent une erreur.

Les frondes boucliers deviennent naturellement beige, brun clair puis brun cannelle lorsqu’elles vieillissent. Leur texture devient alors sèche et papyracée, ce qui peut donner l’impression qu’une grande partie de la plante est morte.

Ce brunissement fait pourtant partie du cycle normal de la fougère.

Les anciennes frondes restent en place, protègent le rhizome et les racines et participent à la structure qui retient les débris organiques. L’Université du Wisconsin recommande donc de ne pas retirer ces frondes basales brunes simplement pour des raisons esthétiques : elles doivent être laissées en place jusqu’à ce qu’elles se détachent naturellement.

Il faut en revanche distinguer ce brun sec et papyracé d’un tissu devenu noir, mou ou humide, qui peut signaler un problème de pourriture.

Même principe pour le léger duvet grisâtre des grandes frondes : il est naturel et ne doit pas être frotté.

Les taches brunes sous les frondes ne sont pas forcément une maladie

Autre source d’inquiétude possible : de grandes zones brun foncé peuvent apparaître sur la face inférieure des frondes fertiles.

Dans ce cas, elles peuvent être parfaitement normales.

Il s’agit des sores, des ensembles contenant les sporanges dans lesquels sont produites les spores de la fougère.

Chez Platycerium bifurcatum, ces zones reproductrices apparaissent notamment près des extrémités des frondes fertiles et peuvent former de larges plages brunâtres très visibles.

Sores bruns et spores sous une fronde fertile de Platycerium bifurcatum


Sores bruns sur la face inférieure d’une fronde fertile de Platycerium bifurcatum. Crédit photo Kembangraps (CC BY-SA 4.0).

Comme toutes les fougères, le Platycerium ne produit ni fleurs ni graines. Les spores donnent naissance à une minuscule génération intermédiaire appelée gamétophyte, dont la fécondation permet ensuite le développement d’une nouvelle fougère.

En culture domestique, la multiplication par spores est cependant lente. Platycerium bifurcatum produit aussi des rejets autour de son rhizome, qui constituent une méthode beaucoup plus accessible pour multiplier une plante adulte.

Platycerium bifurcatum, la corne de cerf la plus cultivée

Parler du « Platycerium » comme s’il s’agissait d’une seule espèce est trompeur.

Le genre compte actuellement 18 espèces acceptées par Kew. Parmi elles, Platycerium bifurcatum est de loin l’une des plus répandues en horticulture.

Elle est originaire d’Australie et de régions voisines du Pacifique et s’adapte relativement bien à la culture en intérieur lorsque l’air est suffisamment humide.

La Royal Horticultural Society lui a même attribué son Award of Garden Merit.

Sa taille reste également raisonnable pour le genre : la RHS indique généralement une hauteur de l’ordre de 50 cm à 1 mètre.

Fougère corne de cerf Platycerium bifurcatum dans son habitat naturel en Australie
Platycerium bifurcatum poussant naturellement sur le mont Baldy, près d’Atherton dans le Queensland australien. Crédit photo Steve Fitzgerald (CC BY-SA 4.0).

Platycerium superbum, une fougère corne de cerf beaucoup plus imposante

Toutes les espèces ne restent pas aussi compactes.

Platycerium superbum, originaire d’Australie, forme un spectaculaire ensemble de frondes basales dressées en couronne tandis que ses grandes frondes fertiles retombent sous la plante.

L’aspect peut devenir suffisamment massif pour donner l’impression qu’un énorme nid végétal s’est installé au milieu d’un arbre.

Cette espèce apparaissait déjà à plusieurs reprises dans l’ancienne galerie de cet article. Les anciennes photographies étaient cependant sous licences Creative Commons comportant une clause NC, incompatible avec une utilisation commerciale.

Elles sont donc remplacées ici par une image libre sans perdre complètement le sujet Platycerium superbum déjà associé à la page.

Platycerium superbum, grande espèce de fougère corne de cerf
Platycerium superbum, une espèce particulièrement imposante de fougère corne de cerf. Crédit photo Hardyplants (CC0).

D’autres représentants se distinguent encore davantage : Platycerium coronarium possède de longues frondes fertiles pendantes, tandis que Platycerium andinum pousse dans les Andes d’Amérique du Sud.

Le genre ne se résume donc pas au classique Platycerium que l’on trouve suspendu dans les jardineries.

Où poussent les Platycerium dans la nature ?

Les 18 espèces actuellement reconnues occupent une aire remarquablement vaste.

On trouve des Platycerium dans différentes régions tropicales :

  • en Afrique ;
  • à Madagascar ;
  • en Asie du Sud et du Sud-Est ;
  • en Nouvelle-Guinée ;
  • en Australie ;
  • et jusque dans les Andes d’Amérique du Sud.

Leur milieu varie selon les espèces, mais leur stratégie reste similaire : profiter d’un arbre ou d’un support élevé tout en captant l’humidité et les matières organiques disponibles.

Cette architecture explique aussi pourquoi un Platycerium mature peut devenir particulièrement impressionnant dans une forêt tropicale : les générations successives de frondes boucliers s’accumulent et forment progressivement une masse volumineuse autour de la branche.

platycerium coronarium
Platycerium Coronarium. Crédit photo Truong Phuoc Han (CC BY-SA 4.0).

Comment entretenir une fougère corne de cerf ?

Platycerium bifurcatum est suffisamment adaptable pour devenir une plante d’intérieur, mais il conserve les exigences d’une fougère tropicale épiphyte.

Une lumière vive mais sans soleil brûlant

La Royal Horticultural Society conseille une lumière vive et indirecte.

Une fenêtre orientée à l’est ou à l’ouest peut convenir, tandis qu’une exposition plein sud nécessite généralement d’éloigner la plante de la vitre ou de filtrer le soleil estival.

Une lumière trop intense peut brûler les frondes.

De l’eau, mais pas des racines constamment détrempées

L’arrosage doit reproduire autant que possible une succession d’humidification puis de séchage partiel.

La RHS conseille de laisser le support ou le substrat devenir presque sec avant d’arroser à nouveau. Une humidité permanente favorise au contraire la pourriture.

L’eau de pluie est particulièrement adaptée lorsque l’eau du robinet est très calcaire.

Une plante montée sur une plaque de bois peut être humidifiée ou immergée avec son support, puis laissée s’égoutter correctement avant d’être remise en place.

Le Platycerium aime l’humidité de l’air

Une atmosphère relativement humide lui convient mieux qu’un air très sec, surtout lorsque le chauffage fonctionne.

Une salle de bain suffisamment lumineuse peut donc offrir de bonnes conditions.

En revanche, humidité élevée ne signifie pas absence de circulation d’air : une fougère constamment humide et confinée devient beaucoup plus vulnérable à la pourriture.

Platycerium cultivé comme fougère corne de cerf ornementale


Platycerium cultivé comme plante ornementale. Crédit photo lcswart/DepositPhotos.

Quelle température pour une fougère corne de cerf ?

On lit parfois 13 °C comme une limite absolue pour tous les Platycerium. C’était beaucoup trop général.

Les tolérances varient selon les espèces et les conditions de culture.

Pour les fougères épiphytes tropicales cultivées en intérieur, la RHS recommande plutôt une atmosphère chaude et indique qu’une température supérieure à environ 16 °C offre de bonnes conditions de croissance.

Platycerium bifurcatum peut passer l’été dehors dans un endroit abrité et lumineux sans soleil brûlant lorsque les températures sont suffisamment élevées, mais il doit être protégé du froid dans la majeure partie de la France.

Pourquoi peut-on accrocher un Platycerium directement sur un morceau de bois ?

C’est probablement la manière la plus spectaculaire de cultiver cette fougère.

Puisque le Platycerium pousse naturellement sur des troncs et des branches, il n’a pas absolument besoin du traditionnel pot posé sur une étagère.

Un P. bifurcatum peut être fixé sur :

  • une plaque de bois non traité ;
  • un morceau d’écorce ;
  • un support en liège ;
  • ou cultivé dans un panier suspendu très aéré.

Un peu de sphaigne ou d’un matériau organique aéré est généralement placé autour des racines lors de l’installation.

La plante est maintenue le temps que ses nouvelles frondes boucliers recouvrent progressivement la fixation. À terme, le support peut presque disparaître derrière la fougère.

C’est précisément ce mode de culture vertical qui permet aux longues frondes de retomber librement et accentue leur ressemblance avec des bois de cerf.

Platycerium, plante tropicale surnommée fougère corne de cerf
Platycerium, fougère tropicale épiphyte cultivée pour ses frondes spectaculaires. Crédit photo niamwhan/DepositPhotos.

Une fougère qui s’est construit son propre pot dans les arbres

Le Platycerium ressemble à une fougère décorée de bois de cerf, mais sa véritable étrangeté se trouve peut-être ailleurs.

Ses frondes basales lui permettent de transformer une simple branche en habitat : elles fixent la plante, protègent ses racines, interceptent l’eau et emprisonnent progressivement les débris végétaux qui lui fourniront des éléments nutritifs.

Ce qui ressemble à une accumulation de feuilles brunes et mortes constitue donc en réalité une partie essentielle de son architecture.

Une solution plutôt ingénieuse pour une plante qui a décidé de vivre loin du sol.

Et parmi les plantes aux silhouettes improbables, le Platycerium peut sans difficulté rejoindre la main de Bouddha et ses fruits en forme de doigts dans la catégorie des espèces dont le surnom devient évident dès le premier regard.

Sources pour aller plus loin

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