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Crossota millsae, la méduse psychédélique des abysses [vidéo]

Filmée par les robots sous-marins du Monterey Bay Aquarium Research Institute (MBARI), Crossota millsae est l’une des méduses les plus colorées observées dans la « zone de minuit » de l’océan.

Avec ses couleurs rouge rubis, orange et violet électrique, Crossota millsae mérite plutôt bien son surnom de « méduse psychédélique ». Pourtant, ce petit animal des abysses ne mesure pas plusieurs mètres : son ombrelle atteint au maximum environ 2,8 cm de diamètre.

Cette méduse abyssale réserve d’autres surprises derrière son apparence de feu d’artifice. Les femelles peuvent notamment porter leurs petits sous leur ombrelle jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment développés pour partir nager seuls. Et contrairement à ce qu’on peut lire parfois, l’espèce n’a pas été découverte en 2018 : elle était déjà connue des scientifiques depuis le début des années 2000.

Crossota millsae, la méduse psychédélique des abysses
Crossota millsae, surnommée la méduse psychédélique. Crédit photo NOAA / Okeanos Explorer (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Crossota millsae est une petite méduse des abysses dont l’ombrelle atteint environ 2,8 cm de diamètre.
  • Elle vit principalement entre 1 000 et 3 300 mètres de profondeur, dans la zone bathypélagique surnommée « zone de minuit ».
  • Sa coloration combine notamment des tons rouge rubis, orange et violet.
  • Elle peut posséder jusqu’à environ 220 tentacules.
  • Chez cette espèce, mâles et femelles peuvent être distingués par la forme de leurs gonades.
  • Les femelles portent leurs jeunes méduses sous leur ombrelle pendant leur développement.
  • L’espèce a été décrite scientifiquement en 2003 et non découverte en 2018.

Crossota millsae, une petite méduse des abysses

Crossota millsae appartient aux Rhopalonematidae, une famille d’hydroméduses que l’on rencontre notamment dans les grandes profondeurs.

Selon le Monterey Bay Aquarium Research Institute, cette méduse Crossota mesure au maximum environ 2,8 cm de diamètre. Nous sommes donc très loin des dimensions de certaines méduses géantes.

Elle évolue principalement entre 1 000 et 3 300 mètres de profondeur, dans la zone bathypélagique. À ces profondeurs, la lumière solaire ne pénètre pratiquement plus, d’où le surnom évocateur de « zone de minuit ».

L’espèce est connue dans le Pacifique Nord, mais elle a également été observée dans l’océan Arctique et dans les Caraïbes.

Ce monde obscur est difficile à étudier directement. Les organismes gélatineux posent en plus un problème particulier : leur corps fragile supporte mal les méthodes traditionnelles d’échantillonnage par filets. Les robots sous-marins équipés de caméras permettent au contraire de les observer vivants dans leur environnement.

C’est grâce à ce type d’engin que le MBARI a constitué au fil des années une impressionnante collection d’observations, dont cette compilation de créatures marines étranges filmées dans les profondeurs de la baie de Monterey.

Pourquoi cette méduse est-elle surnommée « psychédélique » ?

Le surnom devient assez évident lorsqu’elle apparaît dans les projecteurs d’un ROV.

L’ombrelle de Crossota millsae peut présenter une pigmentation orange soutenu, tandis que certaines structures internes prennent des teintes allant du rose vif au violet. Le MBARI décrit aujourd’hui un mélange de rouge rubis, d’orange vif et de violet électrique.

Son anatomie complète le spectacle : de très nombreux tentacules extrêmement fins entourent son ombrelle. Les descriptions scientifiques en comptent jusqu’à environ 220, disposés sur une rangée.

Ils peuvent alors donner l’impression de centaines de traits lumineux flottant dans l’obscurité.

Il faut toutefois distinguer cet effet spectaculaire de la bioluminescence : les images prises sous les puissants éclairages des robots sous-marins rendent déjà les couleurs et les structures translucides particulièrement éclatantes. Il n’est donc pas nécessaire d’imaginer que chacun de ces filaments produit la lumière visible sur les images.

Une méduse qui porte ses petits sous son ombrelle

Les couleurs ne constituent pas la seule particularité de Crossota millsae.

Les chercheurs peuvent distinguer assez facilement les sexes chez les individus adultes. Chez les femelles, les structures reproductrices contiennent de gros œufs globuleux. Chez les mâles, les gonades sont allongées et pendantes.

Plus remarquable encore, la femelle garde ses jeunes méduses en développement sous son ombrelle.

Plusieurs petits peuvent s’y développer simultanément et ne pas avoir exactement la même taille. Le MBARI explique qu’ils continuent à grandir auprès de leur mère, au point de commencer à développer leurs propres tentacules avant leur départ.

Lorsqu’un jeune est suffisamment développé, il se détache et nage de manière autonome.

Ce mode de reproduction est particulièrement précieux à observer directement. Un filet pourrait capturer l’animal, mais il détruirait facilement la disposition naturelle de ces structures délicates.

Crossota millsae a été décrite en 2003, pas découverte en 2018

Une erreur s’est beaucoup propagée sur Internet autour de cette méduse : Crossota millsae aurait été découverte en 2018.

L’espèce a en réalité été décrite scientifiquement en 2003 par le biologiste Erik V. Thuesen. Son nom rend hommage à Claudia Mills, spécialiste des organismes gélatineux marins qui a consacré une grande partie de ses recherches à ces animaux délicats.

L’année 2018 correspond à une autre observation spectaculaire.

Cette année-là, le ROV Deep Discoverer de la NOAA a rencontré un individu attribué à Crossota millsae au sud de La Parguera, au large de Porto Rico. La méduse évoluait à environ 1 015 mètres de profondeur, juste à l’entrée de la zone bathypélagique.

Crossota millsae filmée à 1 015 mètres de profondeur au large de Porto Rico en novembre 2018 par le ROV Deep Discoverer. Vidéo NOAA Office of Ocean Exploration and Research (domaine public).

Elle se tenait près du fond, ses tentacules largement déployés autour d’elle. Cette posture pourrait lui permettre d’attendre qu’une petite proie vienne au contact de ses cellules urticantes.

La vidéo de la NOAA est d’autant plus intéressante qu’elle montre vraisemblablement un individu mâle et qu’elle permet d’observer l’animal dans une posture très différente de celle de la séquence du MBARI.

Crossota millsae n’est pas la méduse fantôme géante

Les deux animaux vivent dans les profondeurs et ont été filmés par les robots du MBARI, mais leur ressemblance s’arrête à peu près là.

Crossota millsae possède une ombrelle de quelques centimètres. La méduse fantôme géante Stygiomedusa gigantea joue dans une tout autre catégorie : son ombrelle approche le mètre et ses quatre immenses bras buccaux peuvent atteindre plusieurs mètres.

Cette distinction est particulièrement importante car les deux espèces apparaissent régulièrement dans les mêmes sélections de créatures des abysses.

La méduse psychédélique appartient aux petites merveilles gélatineuses de la zone de minuit ; la méduse fantôme géante ressemble plutôt à une immense silhouette sombre dérivant dans les profondeurs.

Les robots du MBARI, des yeux dans la zone de minuit

Observer un animal de quelques centimètres à plus de 1 000 mètres sous la surface n’a évidemment rien d’une promenade avec masque et tuba.

Le MBARI utilise notamment des ROV, des véhicules sous-marins télécommandés équipés de caméras, d’éclairages et d’instruments scientifiques. Ils permettent aux chercheurs d’observer les animaux dans leur environnement et d’enregistrer des comportements qu’un spécimen remonté à la surface ne pourrait plus montrer.

Ces explorations ont produit des milliers d’heures d’images et révélé une faune parfois difficile à imaginer depuis la surface.

Le contraste est saisissant avec des prédateurs comme la baudroie abyssale filmée dans le canyon de Monterey, mais tous partagent la même contrainte : vivre dans un univers froid, sombre et où les ressources alimentaires sont dispersées.

Pour une plongée beaucoup plus large dans ce bestiaire, le best-of 2025 des abysses filmés par le MBARI rassemble méduses, siphonophores, calmars, poissons et autres habitants des profondeurs.

Et Crossota millsae rappelle surtout combien l’observation directe a changé notre connaissance des organismes gélatineux : une petite méduse de 2,8 cm peut révéler à la caméra ses couleurs, sa nage et jusqu’aux jeunes qu’elle transporte sous son ombrelle.

Sources pour aller plus loin

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