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Dodo, mammouth laineux, thylacine : peut-on vraiment ressusciter une espèce disparue ?

Ressusciter le dodo, le mammouth laineux ou le thylacine fait rêver les amateurs de créatures disparues, les généticiens ambitieux et tous ceux qui ont regardé Jurassic Park avec un peu trop d’enthousiasme. Mais le mot “ressusciter” mérite d’être manié avec prudence : la science ne promet pas de faire revenir exactement les animaux disparus tels qu’ils vivaient autrefois.

L’entreprise américaine Colossal Biosciences travaille bien sur des projets de désextinction concernant le dodo, le mammouth laineux et le thylacine. Mais dans la plupart des cas, il s’agirait plutôt de créer des animaux modernes modifiés, portant certains traits génétiques ou physiques d’espèces éteintes. Un mammouth “ressuscité” serait donc plus probablement un éléphant d’Asie adapté au froid qu’un véritable mammouth revenu intact de la préhistoire.

À retenir

  • Le dodo n’existe plus aujourd’hui : cet oiseau endémique de l’île Maurice a disparu à la fin du XVIIe siècle.
  • La désextinction ne recrée pas forcément une espèce à l’identique : elle vise souvent à produire un animal proche, ou un “proxy” génétique.
  • Colossal Biosciences travaille sur plusieurs espèces disparues, dont le dodo, le mammouth laineux, le thylacine et le loup géant.
  • Ces projets soulèvent de vraies questions scientifiques et éthiques : faut-il faire revenir des animaux disparus ou protéger d’abord ceux qui existent encore ?
Le dodo existe-t-il encore aujourd’hui ?

Non, le dodo n’existe plus. Le dronte de Maurice, de son nom scientifique Raphus cucullatus, était un grand oiseau incapable de voler, endémique de l’île Maurice, dans l’océan Indien. Il a disparu moins d’un siècle après l’arrivée des Européens dans son environnement.

Son extinction est généralement située à la fin du XVIIe siècle. Certaines sources rappellent que la dernière observation confirmée date de 1662, tandis que l’extinction complète est souvent placée autour des années 1680. Dans tous les cas, le dodo est devenu l’un des symboles les plus connus des extinctions provoquées ou accélérées par l’activité humaine.

Le dodo n’était pas un dinosaure, ni une créature maladroite sortie d’une blague ornithologique. C’était un oiseau insulaire, apparenté aux pigeons et aux colombes. Son plus proche parent vivant est le pigeon de Nicobar, l’espèce vivante la plus proche du défunt dodo, un volatile beaucoup plus coloré, beaucoup plus volant, et nettement moins porté sur la disparition spectaculaire.

Dodo, mammouth laineux et thylacine dans un projet de désextinction
Crédit photo Colossal Biosciences/Youtube.

Peut-on vraiment ressusciter le dodo ou le mammouth laineux ?

Tout dépend de ce que l’on entend par “ressusciter”. Si l’on imagine retrouver exactement le même animal, avec son génome complet, son comportement, son environnement, ses apprentissages sociaux et son rôle écologique d’origine, la réponse est non, du moins avec les technologies actuelles.

L’ADN ancien est fragmenté, abîmé, incomplet. Même lorsqu’un génome peut être reconstruit de manière très détaillée, il ne suffit pas à recréer automatiquement un animal vivant. Il faut aussi disposer d’une espèce proche, de cellules manipulables, d’une méthode de reproduction viable, d’un embryon capable de se développer, puis d’un environnement où l’animal pourrait vivre.

La désextinction vise donc souvent autre chose : produire un animal moderne modifié pour retrouver certains caractères d’une espèce disparue. Pour le mammouth laineux, Colossal parle ainsi d’un éléphant résistant au froid, doté de traits inspirés du mammouth. Pour le dodo, l’idée passe par son lien avec des oiseaux proches, notamment le pigeon de Nicobar.

Qu’est-ce que la désextinction ?

La désextinction désigne l’ensemble des techniques visant à faire réapparaître, totalement ou partiellement, des traits d’espèces disparues. Cela peut passer par la génomique, l’édition génétique, la reproduction assistée, le clonage ou la sélection de caractères proches chez des espèces vivantes.

Dans les discours grand public, on parle volontiers de “résurrection”. Le mot est spectaculaire, mais il simplifie beaucoup la réalité. Un animal obtenu par désextinction pourrait ressembler à une espèce disparue, porter certains de ses gènes ou remplir une partie de son rôle écologique, sans être pour autant l’espèce originale revenue du passé.

C’est un peu toute la différence entre ramener un livre perdu page par page et écrire un nouveau livre inspiré de fragments retrouvés. Le second peut être impressionnant, mais il ne faut pas le vendre comme l’original sorti intact d’une bibliothèque préhistorique.

Colossal Biosciences, la société qui veut faire revenir les espèces disparues

Colossal Biosciences est une entreprise américaine de biotechnologie fondée par l’entrepreneur Ben Lamm et le généticien George Church. Elle s’est fait connaître en annonçant des programmes de désextinction consacrés au mammouth laineux, au thylacine et au dodo.

En 2025, l’entreprise a de nouveau attiré l’attention après une importante levée de fonds et plusieurs annonces très médiatisées. Le sujet est devenu un mélange explosif de science, de communication, d’écologie, de promesses futuristes et de débats très sérieux sur la conservation.

Colossal affirme vouloir développer des technologies utiles à la fois pour les espèces disparues et pour la protection d’espèces menacées. C’est l’un des arguments centraux de l’entreprise : même si la désextinction complète reste difficile, les outils développés pourraient servir à améliorer la génétique, la reproduction ou la conservation d’animaux vivants.

Le dodo, symbole d’une extinction causée par l’homme

Le dodo vivait sur l’île Maurice, où il n’avait pas de prédateurs terrestres naturels comparables à ceux introduits ensuite par les humains. Incapable de voler, peu craintif, il a subi à la fois la chasse, la transformation de son habitat et l’arrivée d’espèces introduites comme les rats, les chats, les chiens ou les porcs.

Il est souvent caricaturé comme un oiseau stupide (voir par exemple dans l’âge de glace), ce qui est injuste. Le dodo n’était pas idiot : il était simplement adapté à un monde insulaire où il n’avait pas appris à se méfier de nouveaux prédateurs. Quand l’environnement change brutalement, même une stratégie de survie parfaitement valable peut devenir catastrophique.

Pour Colossal, le dodo est un candidat symbolique : son extinction est associée à l’activité humaine, et son retour éventuel serait présenté comme une réparation. Mais faire revenir un oiseau proche du dodo ne suffirait pas à retrouver l’île Maurice du XVIIe siècle. L’écosystème a changé, les espèces présentes ont changé, les paysages ont changé, et le dodo lui-même n’aurait plus de parents vivants pour lui apprendre à être un dodo.

Ressusciter le dodo : le rôle du pigeon de Nicobar

Le projet dodo repose en grande partie sur la comparaison entre l’ADN ancien du dodo et celui d’oiseaux actuels apparentés. Le pigeon de Nicobar joue ici un rôle important, car il est considéré comme le plus proche parent vivant du dodo et du solitaire de Rodrigues.

La difficulté est encore plus grande chez les oiseaux que chez certains mammifères. On ne peut pas simplement implanter un embryon de dodo dans un œuf comme on poserait une application dans un smartphone. La reproduction aviaire impose de travailler avec des cellules germinales, c’est-à-dire des cellules précurseurs des spermatozoïdes ou des ovules, puis d’utiliser des oiseaux vivants comme support biologique.

Colossal a communiqué sur des avancées dans la culture de cellules germinales primordiales de pigeon, une étape importante pour les projets d’oiseaux disparus. Mais cela ne signifie pas qu’un dodo va débarquer demain matin dans une basse-cour de laboratoire en demandant où est l’île Maurice.

Vidéo sur le projet de désextinction du dodo

Le mammouth laineux : recréer un mammouth ou modifier un éléphant ?

Le mammouth laineux, Mammuthus primigenius, est l’autre grande vedette de la désextinction. Il vivait dans les environnements froids du Pléistocène et a disparu il y a quelques milliers d’années, avec des populations relictuelles ayant survécu plus longtemps sur certaines îles arctiques.

Colossal ne promet pas vraiment de cloner un mammouth pur. Le projet consiste plutôt à modifier génétiquement l’éléphant d’Asie, son plus proche parent vivant, pour lui donner des traits utiles à la vie dans le froid : pelage, graisse, adaptation métabolique, tolérance aux basses températures. On serait donc face à un éléphant modifié, inspiré du mammouth, et non à un mammouth prélevé directement dans la toundra par un magicien en blouse blanche.

Cette nuance est essentielle. Un animal peut ressembler à un mammouth, marcher comme un mammouth et occuper une niche écologique comparable, sans être un mammouth au sens strict. Dans le même esprit, la souris laineuse de Colossal a été présentée comme une étape technique vers le projet mammouth, mais elle n’est évidemment pas un mini-mammouth de poche : elle sert surtout à tester des traits liés au pelage et au métabolisme dans un modèle animal plus rapide à étudier.

Vidéo sur le projet de désextinction du dodo

Pourquoi le mammouth attire autant les chercheurs

Le mammouth laineux n’est pas choisi seulement parce qu’il a une bonne tête de mascotte préhistorique. Colossal défend l’idée qu’un grand herbivore adapté au froid pourrait participer, un jour, à la restauration de certains écosystèmes arctiques en piétinant la neige, en dégageant des herbes et en modifiant la dynamique des sols.

C’est une hypothèse écologique discutée. Les partisans y voient une manière de restaurer certaines fonctions perdues avec la mégafaune du Pléistocène. Les critiques rappellent qu’un écosystème n’est pas une scène vide où l’on peut replacer un animal disparu comme un meuble ancien dans un salon moderne.

Sur 2tout2rien, le mammouth est déjà apparu sous une forme beaucoup plus concrète avec Nun cho ga, le premier bébé mammouth laineux découvert en Amérique du Nord, une momie de jeune mammouth remarquablement conservée. Ce type de découverte montre à quel point les restes congelés nourrissent l’imaginaire scientifique, même s’ils ne suffisent pas à faire repartir une espèce éteinte.

Le thylacine, autre candidat à la désextinction

Le thylacine, aussi appelé tigre de Tasmanie, est un autre candidat emblématique. Ce marsupial carnivore a disparu au XXe siècle, le dernier individu connu étant mort en captivité en 1936 au zoo de Hobart, en Tasmanie.

Son cas est différent de celui du dodo et du mammouth. Le thylacine a disparu récemment à l’échelle historique, il existe des images filmées de l’animal vivant, et des spécimens conservés permettent de travailler sur son génome. Mais là encore, le défi ne se limite pas à l’ADN : il faudrait produire un animal viable, le faire naître, l’élever, comprendre son comportement, puis se demander où et comment il pourrait vivre.

Pour se souvenir de ce que fut réellement cet animal, on peut revoir la vidéo en couleur du dernier thylacine, le dernier tigre de Tasmanie. Elle rappelle que derrière les projets de laboratoire, il y a d’abord la disparition très récente d’un animal bien réel.

Pourquoi le “retour” du loup géant a relancé le débat

Le débat s’est encore intensifié lorsque Colossal a annoncé avoir fait revenir le loup géant, ou dire wolf, rendu célèbre auprès du grand public par Game of Thrones. L’annonce a été très médiatisée, mais elle a aussi été critiquée par de nombreux observateurs.

Le point central est toujours le même : s’agit-il vraiment du retour d’une espèce disparue, ou de loups gris génétiquement modifiés pour présenter certains caractères du loup géant ? Cette nuance change tout. Dans un article précédent, nous avions déjà évoqué le retour du loup géant et la manière dont la science tente de ressusciter les créatures du passé.

Cette affaire montre aussi la puissance de la communication autour de la désextinction. Le mot “retour” est beaucoup plus séduisant que “modification génétique partielle d’une espèce proche”. Mais pour comprendre ce qui se joue, il faut justement ne pas s’arrêter à la bande-annonce.

Jurassic Park, dinosaures et autres mauvaises idées très tentantes

À chaque annonce de désextinction, la même question revient : si l’on peut faire revenir un dodo ou un mammouth, pourquoi pas un tyrannosaure ? La réponse courte : parce que l’ADN de dinosaure est beaucoup trop ancien pour être récupéré dans un état exploitable.

Les dinosaures non aviens ont disparu il y a environ 66 millions d’années. À cette échelle, l’ADN n’est plus disponible comme dans un congélateur bien organisé. Les projets actuels concernent plutôt des espèces disparues récemment, dont on peut encore retrouver des fragments génétiques exploitables.

Cela n’empêche pas la nature et la science de produire des histoires dignes d’un scénario bizarre. On pense par exemple à cet hybride impossible de poisson créé par accident, ou à Morrisonnepa jurassica, un insecte géant du Jurassique découvert dans l’Utah. Mais dans les deux cas, on reste très loin d’un parc à dinosaures avec billetterie, gyrosphères et assurances introuvables.

Les limites scientifiques de la désextinction

Même lorsqu’un projet paraît avancer, plusieurs obstacles restent énormes. Il faut reconstruire un génome fiable, identifier les gènes importants, comprendre leur rôle, les modifier dans une espèce proche, obtenir des cellules viables, réussir le développement embryonnaire, puis élever un animal en bonne santé.

À cela s’ajoute une difficulté moins visible : un animal n’est pas seulement un génome. Il apprend, il interagit, il vit avec d’autres individus, il occupe un territoire, il développe des comportements liés à son environnement. Un thylacine sans thylacines adultes, un dodo sans dodos et un mammouth sans troupeau de mammouths ne seraient pas des copies parfaites du passé.

Il faut aussi distinguer les prouesses techniques des objectifs écologiques. Créer un animal spectaculaire en laboratoire n’a pas le même sens que restaurer une population viable dans un milieu naturel. Entre la naissance d’un individu et le retour durable d’une espèce, il y a un gouffre rempli de questions scientifiques, pratiques et éthiques.

Faut-il ressusciter les espèces disparues ou protéger celles qui existent encore ?

C’est probablement la question la plus importante. Les partisans de la désextinction expliquent que ces recherches peuvent produire des outils utiles à la conservation : banques de cellules, clonage, génétique des populations, reproduction assistée, amélioration de la diversité génétique.

Les critiques répondent que les moyens financiers, médiatiques et scientifiques pourraient être mieux utilisés pour protéger les espèces encore vivantes, restaurer les habitats, lutter contre les espèces invasives ou réduire les causes actuelles d’extinction.

Le débat n’est pas simple. La désextinction peut produire des technologies utiles, mais elle peut aussi donner l’illusion dangereuse que l’extinction serait réversible. Or une espèce disparue emporte avec elle un monde : ses comportements, ses relations écologiques, son habitat, son histoire évolutive. Même avec les meilleurs outils génétiques, on ne rembobine pas entièrement le vivant.

Dans une démarche plus culinaire que paléontologique, la question a même pris une forme inattendue avec une boulette de viande de mammouth de synthèse. Là encore, le symbole est fort, mais il rappelle surtout à quel point les espèces disparues sont devenues un terrain d’expérimentation scientifique, médiatique et parfois marketing.

Alors, reverra-t-on un jour un dodo vivant ?

Peut-être verra-t-on un jour un oiseau vivant conçu pour ressembler fortement au dodo et porter certains de ses traits génétiques. Peut-être verra-t-on un éléphant laineux adapté au froid ou un marsupial très proche du thylacine. Mais il serait plus honnête de parler d’animaux inspirés d’espèces disparues, ou de proxies écologiques, plutôt que de résurrections parfaites.

Le dodo, le mammouth et le thylacine ne reviendront pas dans le monde exact qu’ils ont quitté. Le vrai intérêt de ces projets est peut-être ailleurs : nous obliger à réfléchir à ce que signifie perdre une espèce, à ce que la technologie peut réparer, et surtout à ce qu’elle ne pourra jamais totalement remplacer.

FAQ rapide

Le dodo existe-t-il encore ?

Non. Le dodo, ou dronte de Maurice, est une espèce éteinte. Il a disparu à la fin du XVIIe siècle, moins d’un siècle après avoir été décrit par les Européens.

Peut-on vraiment ressusciter le dodo ?

Pas à l’identique. Les projets actuels visent plutôt à créer un oiseau proche du dodo, en utilisant des informations génétiques du dodo et des espèces apparentées comme le pigeon de Nicobar.

Le mammouth laineux va-t-il vraiment revenir ?

Le projet de Colossal vise surtout à créer un éléphant d’Asie modifié avec certains traits du mammouth laineux, notamment l’adaptation au froid. Ce ne serait pas un mammouth pur revenu tel quel du passé.

Qu’est-ce que la désextinction ?

La désextinction regroupe des techniques destinées à faire réapparaître certains traits d’espèces disparues, grâce à la génomique, l’édition génétique, le clonage ou la reproduction assistée.

Le thylacine pourrait-il revenir ?

Le thylacine est un candidat étudié par Colossal, mais les obstacles restent nombreux : génome, reproduction, développement, comportement, élevage et éventuelle réintroduction.

Pourquoi le retour du loup géant est-il controversé ?

Parce que les animaux annoncés comme des loups géants sont plutôt décrits par les critiques comme des loups gris modifiés pour présenter certains traits du dire wolf. Cela pose la question du vocabulaire : retour d’une espèce, ou création d’un animal ressemblant ?

Pourquoi ne peut-on pas ressusciter les dinosaures ?

L’ADN de dinosaure est beaucoup trop ancien pour être récupéré et utilisé. Les projets de désextinction concernent surtout des espèces disparues beaucoup plus récemment.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Dodo, mammouth laineux, thylacine : peut-on vraiment ressusciter une espèce disparue ?”

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