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Taq-e Kisra – grande arche de Ctésiphon

Taq-e Kisra est l’immense arche en briques qui domine encore les ruines de l’ancienne métropole de Ctésiphon, en Irak, au sud de Bagdad. Également appelé Taq Kasra ou Taq-i Kisra, le monument est surtout un gigantesque iwan : une salle voûtée ouverte sur un côté, autrefois intégrée à un complexe palatial de l’Empire sassanide.

Avec une voûte haute d’environ 37 mètres et large de 26 mètres, Taq-e Kisra constitue l’un des exploits les plus impressionnants de l’architecture antique tardive. Sa construction en briques, son attribution toujours discutée, les effondrements qui l’ont mutilé et les travaux entrepris pour le sauver racontent une histoire beaucoup plus complexe que celle d’une simple arche abandonnée dans le désert.

Taq-e Kisra, la grande arche de Ctésiphon en Irak
Taq-e Kisra, l’immense iwan sassanide associé à Ctésiphon en Irak. Crédit photo Hassan Majed (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Taq-e Kisra, aussi appelé Taq Kasra ou Taq-i Kisra, est l’immense iwan d’un palais sassanide associé à l’ancienne Ctésiphon.
  • Le monument se trouve aujourd’hui près de Salman Pak, à une trentaine de kilomètres au sud de Bagdad en Irak.
  • Sa voûte mesure environ 37 mètres de haut, 26 mètres de large et plus de 43 mètres de profondeur.
  • Elle a été construite en briques selon une technique permettant de réaliser la voûte sans immense cintre de charpente.
  • La date exacte de construction reste discutée : Shapur Ier au IIIe siècle et Khosrow Ier au VIe siècle figurent parmi les principales attributions proposées.
  • Une importante crue du Tigre a détruit environ un tiers des ruines encore debout en 1888.
  • De nouveaux effondrements en 2019 et 2020 ont entraîné des opérations d’urgence, un relevé 3D, la pose d’échafaudages et la surveillance des fissures.

Taq-e Kisra, la grande arche de Ctésiphon

Taq-e Kisra est couramment présenté comme l’arche de Ctésiphon. La réalité archéologique est un peu plus subtile. Le monument se trouvait à Asbānbar, au sud de la Ctésiphon parthe, mais ces différentes villes et faubourgs ont progressivement constitué une vaste métropole connue plus tard sous le nom d’al-Madaïn, « les villes ».

L’édifice monumental appartenait à un complexe palatial sassanide. Son élément principal est un iwan, une grande salle couverte par une voûte et entièrement ouverte sur la cour par l’un de ses côtés.

Le nom Taq-e Kisra peut être compris comme l’« arche de Kisra ». Le nom Khosrow, devenu Kisra dans les sources arabes, a fini par être employé de manière générique pour désigner les souverains sassanides. Cela contribue d’ailleurs à compliquer l’identification précise du roi qui a ordonné sa construction.

Taq-e Kisra ou arche de Ctésiphon vue depuis les ruines du palais sassanide


Vue de l’arche de Ctésiphon en Irak. Crédit photo David Stanley (CC BY 2.0).

Une voûte en briques de 37 mètres de haut

Les dimensions de Taq Kasra expliquent pourquoi le monument est devenu une référence dans l’histoire de l’architecture. La Fondation ALIPH, engagée dans sa sauvegarde, indique une hauteur d’environ 37 mètres pour une largeur proche de 26 mètres.

L’Encyclopaedia Iranica donne une largeur intérieure de 25,50 mètres et une profondeur de 43,50 mètres. Les murs latéraux sont extrêmement massifs : leur épaisseur passe d’environ 7 mètres à la base à 4 mètres plus haut.

ALIPH décrit Taq Kasra comme la plus grande voûte en briques et arche autoportante construite avant l’époque moderne.

Le monument est d’autant plus remarquable qu’il ne s’agissait pas d’un ouvrage isolé. Derrière sa spectaculaire façade se développaient des chambres, des couloirs voûtés et d’autres espaces appartenant au palais.

Comment une voûte aussi immense a-t-elle été construite ?

La technique utilisée est presque aussi impressionnante que les dimensions de l’arche. Construire une voûte de près de 26 mètres de portée avec les moyens de l’époque aurait normalement nécessité un gigantesque cintre en bois soutenant provisoirement la maçonnerie.

Les bâtisseurs de Taq-e Kisra ont utilisé une autre méthode. Dans la partie supérieure, les briques ont été disposées sur chant en assises inclinées, chaque nouvelle couche prenant appui sur la précédente.

Cette disposition permettait à la voûte de progresser sans nécessiter un cintre monumental couvrant toute son ouverture. L’épaisseur de la partie véritablement voûtée diminuait elle-même d’environ 1,80 mètre au départ de l’arc à quelque 1,30 mètre vers son sommet.

Cet extraordinaire savoir-faire architectural s’inscrit dans une tradition perse beaucoup plus vaste. Plusieurs siècles auparavant et ailleurs en Iran, les souverains avaient déjà laissé derrière eux des monuments spectaculaires comme les tombeaux et reliefs monumentaux de Naqsh-e Rostam.

Qui a construit Taq-e Kisra ?

La réponse est moins évidente qu’on pourrait le croire. L’ancienne attribution à Shapur Ier, souverain sassanide de 241 à 272, repose notamment sur une tradition historique ancienne et a été défendue par plusieurs spécialistes.

D’autres sources attribuent le monument à Khosrow II, tandis que l’hypothèse de Khosrow Ier Anushirvan, qui a régné de 531 à 579, a reçu un soutien important en raison du style architectural de la façade et du contexte historique.

Khosrow Ier a notamment conquis Antioche en 540 et fait déplacer une partie de sa population en Mésopotamie. Des artisans et matériaux venus du monde byzantin auraient également pu intervenir dans certains grands chantiers royaux de son règne.

Aucune preuve archéologique ne permet toutefois de clore définitivement le débat. Présenter Taq-e Kisra comme l’œuvre certaine de Shapur Ier, comme cela a parfois été fait, va donc beaucoup trop loin.

Ctésiphon, capitale des Parthes puis des Sassanides

Ctésiphon s’est développée sur les rives du Tigre, face à l’ancienne Séleucie hellénistique. Son origine précise reste discutée, mais elle servait déjà de résidence hivernale aux souverains parthes à partir de l’époque de Mithridate Ier.

La ville est devenue un centre politique et commercial majeur, notamment grâce aux échanges reliant la Mésopotamie au golfe Persique et aux grandes routes commerciales vers l’Orient.

Les Romains ont conquis Ctésiphon à plusieurs reprises : Trajan en 116, les forces d’Avidius Cassius en 165 puis Septime Sévère en 198. Après la chute de l’Empire parthe, les Sassanides ont pris le contrôle de la région et Ctésiphon est restée leur capitale et leur ville de couronnement jusqu’à la conquête musulmane de 637.

Il ne faut toutefois pas imaginer une unique ville compacte. La Ctésiphon de l’époque sassanide formait une immense agglomération composée de plusieurs villes et quartiers répartis sur les deux rives du Tigre.

À quoi ressemblait le palais de Ctésiphon ?

Les ruines actuelles ne donnent qu’une idée très partielle de l’ampleur du complexe. Les recherches archéologiques ont révélé que l’iwan était entouré de salles rectangulaires et carrées reliées par des systèmes de couloirs voûtés.

La spectaculaire façade possédait autrefois plusieurs niveaux d’arcades décoratives. Les palais de la métropole utilisaient également le marbre, les mosaïques et les décors en stuc.

Une planche publiée en 1851 dans le Voyage en Perse d’Eugène Flandin et Pascal Coste permet de mieux comprendre l’organisation imaginée et relevée par les architectes du XIXe siècle. Elle présente la façade, une coupe et le plan du palais, bien avant les relevés numériques actuels.

Reconstitution, façade, coupe et plan du palais sassanide de Ctésiphon
Façade, coupe et plan du palais sassanide de Ctésiphon, publiés en 1851 dans le Voyage en Perse d’Eugène Flandin et Pascal Coste. Source New York Public Library / Wikimedia Commons (domaine public).

Taq-e Kisra avant l’effondrement de 1888

Une photographie prise en 1864 constitue un précieux témoignage de l’état de Taq-e Kisra avant l’une des plus grandes catastrophes de son histoire récente.

À cette époque, une partie de la façade qui n’existe plus aujourd’hui était encore debout. En 1888, d’importantes inondations du Tigre ont détruit environ un tiers des ruines encore conservées.

La comparaison avec le monument actuel montre à quel point son apparence a changé en un siècle et demi.

Arche de Ctésiphon en 1864 avant l’effondrement partiel de Taq-e Kisra


Taq-e Kisra photographié en 1864, avant l’effondrement d’une partie de sa façade lors des inondations de 1888. Crédit photo auteur inconnu / Wikimedia Commons (domaine public).

Pourquoi une partie de Taq Kasra s’est-elle effondrée ?

Les inondations ne constituent qu’une partie du problème. Une structure en briques vieille de nombreux siècles reste particulièrement sensible à l’érosion, aux infiltrations d’eau, aux variations thermiques et aux mouvements affectant la maçonnerie.

Des interventions de restauration ont été menées au XXe siècle. La direction irakienne des Antiquités a notamment achevé la restauration de l’aile sud en 1972 et entrepris en 1975 la reconstruction de l’aile nord qui s’était effondrée.

Malgré ces interventions, le monument est resté vulnérable. De nouveaux effondrements partiels de la voûte se sont produits en 2019 puis en 2020, faisant craindre la disparition d’une partie beaucoup plus importante de l’édifice.

Des travaux pour sauver l’arche de Ctésiphon

Après les effondrements de 2019 et 2020, les autorités irakiennes ont demandé une assistance internationale. La Fondation ALIPH a soutenu un programme associant notamment le State Board of Antiquities and Heritage irakien, l’Université de Pennsylvanie, Iconem et des spécialistes de la conservation.

Un relevé numérique 3D à haute résolution a permis de documenter précisément le monument et ses fissures. À la fin de 2021, un imposant échafaudage spécialisé a été installé pour soutenir la voûte, accompagné de capteurs destinés à suivre l’évolution des fissures.

La sauvegarde de Taq Kasra reste d’actualité. En mai 2026, des ingénieurs et archéologues irakiens ont encore étudié avec des partenaires italiens une proposition consacrée au traitement des fissures et à la conservation à long terme du monument.

Taq Kasra à Ctésiphon avec son échafaudage de consolidation en 2022
Taq Kasra à al-Madaïn en février 2022, avec l’échafaudage installé pour soutenir et surveiller la grande voûte. Crédit photo Safa Daneshvar (CC BY-SA 4.0).

Les vestiges monumentaux d’Irak témoignent de civilisations très différentes. Plus au sud, le mystérieux pont de Tello vieux de plusieurs millénaires offre un autre exemple spectaculaire d’architecture antique, tandis que la redécouverte d’un gigantesque Lamassu assyrien de 2 700 ans rappelle la richesse archéologique exceptionnelle de la Mésopotamie.

Où se trouve Taq-e Kisra ?

Taq-e Kisra se trouve près de la ville moderne de Salman Pak, dans la région d’al-Madaïn, au sud de Bagdad. Les sources donnent généralement une distance comprise entre environ 35 et 40 kilomètres depuis la capitale irakienne selon le point de référence utilisé.

Les coordonnées GPS du monument sont approximativement : 33.093658, 44.582100 soit : 33°05′37″ N, 44°34′56″ E. Voici la position sur Google Maps:

Taq-e-Kisra-grande-arche-de-Ctesiphon-irak-maps

Le site correspond à une partie de l’immense ensemble urbain antique de Séleucie-Ctésiphon et d’al-Madaïn. Taq-e Kisra en constitue aujourd’hui le vestige monumental le plus immédiatement reconnaissable.

Taq-e Kisra en vidéo

Le documentaire Taq Kasra: Wonder of Architecture est entièrement consacré au monument, à son histoire et à son importance architecturale. En voici la bande-annonce :

Sources pour aller plus loin

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