Naqsh-e Rostam, aussi écrit Naqsh-e Rustam ou Naqsh-i Rustam, est l’un des grands sites rupestres de l’Iran antique. Située à une douzaine de kilomètres au nord-ouest de Persépolis, dans la province du Fars, cette falaise rassemble des tombeaux royaux achéménides, des reliefs sassanides et un mystérieux monument de pierre connu sous le nom de Ka’ba-ye Zartosht.
Le lieu ne se résume pas à une belle paroi sculptée dans le désert. C’est une sorte de livre d’histoire à ciel ouvert, où plusieurs pouvoirs perses ont laissé leur marque pendant plus d’un millénaire : les rois achéménides y ont creusé leurs sépultures, les souverains sassanides y ont gravé leurs victoires, et les générations suivantes y ont vu l’ombre de Rostam, héros mythique du Shahnameh.
Naghshe Rostam ZPan par Amir Hussain Zolfaghary (CC BY 3.0).
À retenir
- Naqsh-e Rostam est une nécropole rupestre située près de Persépolis, dans la province du Fars, en Iran.
- Le site rassemble quatre tombeaux royaux achéménides, dont celui de Darius Ier, taillés en hauteur dans la falaise.
- Des reliefs sassanides ont ensuite été gravés sous les tombes, notamment des scènes de victoire et d’investiture royale.
- La Ka’ba-ye Zartosht reste l’un des monuments les plus énigmatiques du site, avec une fonction encore débattue par les spécialistes.
Qu’est-ce que Naqsh-e Rostam ?
Naqsh-e Rostam est un site archéologique majeur de l’ancien monde perse. Il se trouve près de Marvdasht, non loin de Persépolis, l’ancienne capitale cérémonielle des Achéménides. Son nom signifie généralement “image de Rostam” ou “portrait de Rostam”, car les reliefs furent plus tard associés au héros légendaire de la littérature persane.
Cette lecture populaire est postérieure aux monuments eux-mêmes. Les personnages sculptés ne représentent pas Rostam, mais des rois, des divinités, des dignitaires et des ennemis vaincus. Le site superpose ainsi l’histoire, le pouvoir royal et la légende, un peu comme si l’Antiquité avait laissé ses archives directement sur une façade de montagne.
Naqsh-e Rostam (نقش رستم) par Erwin Bolwidt (CC BY-NC-SA 2.0).
L’Iran ne manque pas de vestiges qui donnent le vertige historique. Plus anciennes encore, les images de la première animation sur une coupe iranienne vieille de 5000 ans rappellent que cette région a produit très tôt des objets d’une inventivité étonnante. À Naqsh-e Rostam, ce n’est plus une coupe qui raconte le monde, mais une falaise entière.
Pourquoi Naqsh-e Rostam est-il important ?
Naqsh-e Rostam est important parce qu’il réunit, sur un même site, plusieurs strates essentielles de l’histoire iranienne. On y trouve des traces plus anciennes, des tombeaux achéménides du Ier empire perse, puis des reliefs sassanides réalisés plusieurs siècles plus tard. Peu de lieux condensent avec autant de force visuelle la continuité et la mise en scène du pouvoir en Perse antique.
Le site fait aussi directement écho avec Persépolis. Les façades des tombes imitent l’architecture des palais achéménides, avec des colonnes, un portique central et des registres sculptés. Même dans la mort, le roi reste associé au palais, au trône et à l’empire. C’est de la propagande funéraire taillée pour durer plus longtemps qu’un communiqué officiel, ce qui, il faut bien l’admettre, a plutôt fonctionné.
Naqsh-e Rustam (1) par Kamyar Adl (CC BY 2.0).
Les tombeaux rupestres des rois achéménides
La partie la plus spectaculaire de Naqsh-e Rostam est formée par quatre grands tombeaux creusés dans la falaise. Ils sont attribués à des rois achéménides : Darius Ier, Xerxès Ier, Artaxerxès Ier et Darius II. La tombe de Darius Ier est la seule identifiée avec certitude grâce à ses inscriptions ; les trois autres sont attribuées par comparaison historique et architecturale.
Ces tombeaux ont une façade en forme de croix, parfois décrite comme une “croix perse”. Au centre se trouve une entrée menant à des chambres funéraires simples, où étaient placés les corps royaux. L’extérieur, lui, est beaucoup plus bavard : le roi apparaît au-dessus d’une scène symbolique, face à un autel du feu, sous la présence divine d’Ahura Mazda, tandis que des peuples de l’empire soutiennent le trône royal.
Xerxes tomb at Naqsh-e Rostam par dynamosquito (CC BY-SA 2.0).
Ces sépultures rappellent d’autres architectures funéraires spectaculaires creusées ou élevées dans la pierre, comme les tombeaux monumentaux de Madain Saleh en Arabie saoudite, ou dans un registre plus ancien et plus sobre, les tombes en ruche de Al-Ayn. Les civilisations changent, mais la pierre reste une façon assez persuasive de dire : “souvenez-vous de nous”.
Darius Ier, Xerxès Ier et les rois perses taillés dans la falaise
Le tombeau de Darius Ier occupe une place centrale dans la compréhension du site. Darius régna de 522 à 486 av. J.-C. et fit de l’empire achéménide l’une des plus grandes puissances de son époque. Sa tombe, clairement identifiée, servit de modèle aux autres sépultures rupestres de Naqsh-e Rostam.
Les autres tombeaux sont généralement attribués à Xerxès Ier, Artaxerxès Ier et Darius II. Il faut éviter l’ancienne confusion avec Darius III : ce dernier, vaincu à l’époque d’Alexandre le Grand, n’est pas celui auquel on attribue habituellement la quatrième tombe de Naqsh-e Rostam. Ici, la prudence est importante, car les morts royaux n’ont pas tous eu la délicatesse de laisser une étiquette parfaitement lisible à l’entrée.
Naqsh-e Rustam par Blondinrikard Fröberg (CC BY 2.0).
Les façades monumentales montrent un vocabulaire artistique très codifié. Le roi n’est pas représenté comme un simple défunt, mais comme un souverain au sommet d’un ordre politique et cosmique. En bas, les peuples de l’empire soutiennent symboliquement son pouvoir ; en haut, la scène place la royauté sous la protection divine.
Xerxes tomb at Naqsh-e Rostam: upper register par dynamosquito (CC BY-SA 2.0).
Les reliefs sassanides gravés sous les tombes
Plusieurs siècles après les Achéménides, les rois sassanides ont réinvesti Naqsh-e Rostam. Au lieu d’y creuser de nouvelles tombes royales, ils ont fait sculpter de grands bas-reliefs au pied de la falaise. Le message était clair : s’inscrire dans la continuité des anciens rois perses, tout en affirmant une nouvelle puissance.
Ces reliefs représentent notamment des scènes d’investiture royale, des combats équestres et des victoires militaires. Parmi les plus connus figure le triomphe de Shapur Ier, souverain sassanide du IIIe siècle, sur des empereurs romains. La scène est une formidable leçon d’image politique : le roi perse est à cheval, dominateur, tandis que Rome apparaît soumise. La pierre, ici, ne fait pas dans la diplomatie nuancée.
El triomf de Sapor I sobre dos emperadors romans, Naqsh-e Rustan par Sebastià Giralt (CC BY-NC-SA 2.0).
Les reliefs sassanides de Naqsh-e Rostam peuvent être rapprochés d’autres grands monuments de cette dynastie, comme Taq-e Kisra, la grande arche de Ctésiphon, vestige monumental d’un pouvoir qui cherchait lui aussi à impressionner par l’échelle et la mise en scène.
Kartir par dynamosquito (CC BY-SA 2.0)
La Ka’ba-ye Zartosht, le mystérieux cube de pierre
Face aux tombeaux se dresse la Ka’ba-ye Zartosht, souvent appelée “Cube de Zoroastre”. Ce bâtiment carré en pierre blanche date probablement de l’époque achéménide, autour du début du règne de Darius Ier. Il mesure environ 7,25 mètres de côté et atteint près de 14 mètres de hauteur avec son soubassement et sa toiture.
Son rôle exact reste discuté. On l’a présentée comme temple du feu, sanctuaire, dépôt d’archives, bâtiment dynastique ou monument mémoriel. L’hypothèse de l’autel du feu est à manier avec prudence : les spécialistes soulignent notamment l’absence d’aménagement évident pour la ventilation d’un feu permanent. En revanche, le bâtiment a bien joué un rôle important à l’époque sassanide, puisque ses parois portent de longues inscriptions, dont celle de Shapur Ier.
Kabaa ye Zartosht par dynamosquito (CC BY-SA 2.0).
Naqsh-e Rustam (4) par Kamyar Adl (CC BY 2.0).
La Ka’ba-ye Zartosht est donc l’un de ces monuments qui résistent aux explications trop propres. Il a une forme simple, massive, presque abstraite, mais son histoire est tout sauf simple. Un cube au milieu des rois morts : difficile de faire plus minimaliste et plus énigmatique à la fois.
Pourquoi le site s’appelle-t-il Naqsh-e Rostam ?
Le nom Naqsh-e Rostam vient de l’association tardive des reliefs avec Rostam, héros majeur de la mythologie persane et du Shahnameh. Les habitants et voyageurs des siècles postérieurs ont vu dans ces figures sculptées des scènes liées à ce personnage légendaire.
Cette réinterprétation est fréquente sur les sites antiques. Quand les inscriptions deviennent difficiles à lire, quand les anciens pouvoirs disparaissent et que les noms se perdent, les récits prennent le relais. À Naqsh-e Rostam, la mémoire populaire a donc posé Rostam sur des images qui relevaient à l’origine de la propagande achéménide et sassanide.
42-15369553 par LetsGoIran.com (CC BY-NC-SA 2.0).
Cette dimension mythique demande une précision : le nom du site ne décrit pas les souverains représentés. Il témoigne surtout de la relecture légendaire de ces reliefs antiques au fil du temps.
Naqsh-e Rajab, le voisin à ne pas confondre
À proximité de Naqsh-e Rostam se trouve Naqsh-e Rajab, un autre ensemble de reliefs rupestres sassanides. Les deux sites sont proches géographiquement et liés par leur contexte historique, mais il ne s’agit pas du même lieu. C’est un point utile à préciser, car certaines images circulent facilement de l’un à l’autre.
Naqsh-e Rajab I par dynamosquito (CC BY-SA 2.0).
Naqsh-e Rajab permet surtout de compléter la lecture de l’art sassanide dans la région de Persépolis. Pour un lecteur ou un voyageur curieux, les deux sites forment un ensemble cohérent : l’un concentre les tombeaux achéménides et les grands reliefs sassanides ; l’autre prolonge cette mise en scène royale dans une falaise voisine.
Visiter Naqsh-e Rostam près de Persépolis
Naqsh-e Rostam se trouve dans la province du Fars, près de Marvdasht, aux coordonnées approximatives 29.988856, 52.874451. Le site est généralement visité depuis Chiraz ou dans le cadre d’un itinéraire associant Persépolis, Naqsh-e Rostam et parfois Pasargades.
Une visite peut prendre environ une à deux heures selon le niveau de détail souhaité. Le site se lit d’abord de loin, pour comprendre l’organisation générale de la falaise, puis par zones : les tombes royales en hauteur, les reliefs sassanides au niveau inférieur, et la Ka’ba-ye Zartosht face à la paroi.
Naqch-e rostam par Mbenoist (CC BY-SA 3.0).
Avant d’envisager un voyage en Iran, il faut toutefois vérifier les recommandations officielles les plus récentes. La situation politique et sécuritaire peut évoluer rapidement, et les conseils aux voyageurs doivent primer sur l’envie de cocher un site antique sur une carte. Pour rester dans le registre iranien sans quitter son fauteuil, on peut aussi explorer Kandovan, le village troglodyte creusé dans la roche volcanique.
Un patrimoine persan taillé pour durer
Naqsh-e Rostam impressionne parce qu’il transforme une falaise en manifeste politique. Les Achéménides y ont inscrit leur vision de la royauté, les Sassanides y ont ajouté leurs triomphes, et les siècles suivants y ont accroché le nom de Rostam. C’est un empilement rare : tombeau, théâtre du pouvoir, archive royale et légende nationale réunis dans le même décor minéral.
Comme les anciennes momies de sel d’Iran, ce site rappelle que l’histoire ne survit pas seulement dans les textes. Elle se conserve aussi dans la roche, le sel, les ruines, les erreurs d’interprétation et les images que les générations suivantes continuent de regarder en essayant de comprendre qui parlait, à qui, et pourquoi.
Vidéo sur Naqsh-e Rostam
Voici une vidéo pour mieux visualiser la falaise, les tombeaux et les reliefs de Naqsh-e Rostam.
Localiser le site
Ce site archéologique se trouve aux coordonnées GPS: 29.988856,52.874451.
Le localiser sur Google Mpas:
FAQ rapide
Où se trouve Naqsh-e Rostam ?
Naqsh-e Rostam se trouve dans la province du Fars, en Iran, à environ 12 kilomètres au nord-ouest de Persépolis et non loin de Marvdasht.
Quels rois sont enterrés à Naqsh-e Rostam ?
Les quatre tombeaux sont attribués à Darius Ier, Xerxès Ier, Artaxerxès Ier et Darius II. Seule la tombe de Darius Ier est identifiée avec certitude grâce à ses inscriptions.
Naqsh-e Rostam est-il plus ancien que Persépolis ?
Le site comprend des traces plus anciennes que les tombeaux achéménides, notamment un relief élamite remanié. Les tombeaux royaux, eux, sont liés à la période achéménide et donc au contexte de Persépolis.
Qu’est-ce que la Ka’ba-ye Zartosht ?
La Ka’ba-ye Zartosht, ou Cube de Zoroastre, est un monument carré en pierre situé face aux tombeaux. Sa fonction exacte reste discutée : sanctuaire, dépôt d’archives, bâtiment dynastique ou monument religieux selon les hypothèses.
Pourquoi le site s’appelle-t-il Naqsh-e Rostam ?
Son nom vient d’une association plus tardive avec Rostam, héros mythique persan du Shahnameh. Les reliefs antiques ont été relus à travers cette tradition légendaire.
Naqsh-e Rostam est-il classé à l’UNESCO ?
Naqsh-e Rostam et Naqsh-e Rajab figurent sur la liste indicative de l’UNESCO pour l’Iran. Il faut donc éviter de présenter Naqsh-e Rostam seul comme un site déjà inscrit au patrimoine mondial, contrairement à Persépolis.
Sources pour aller plus loin
- Encyclopaedia Iranica — Naqš-e Rostam, synthèse historique et archéologique
- Encyclopaedia Iranica — Kaʿba-ye Zardošt, description et hypothèses sur sa fonction
- UNESCO World Heritage Centre — Naqsh-e Rostam and Naqsh-e Rajab, liste indicative
- Iran Cultura — présentation détaillée de Naqsh-e Rostam
- Routard — informations pratiques et repères de visite pour Naqsh-e Rostam
- France Diplomatie — conseils aux voyageurs pour l’Iran













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