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Une pieuvre ballon rouge filmée dans les grands fonds [vidéo]

Elle ressemble à une petite baudruche rouge qui dérive dans le noir. Cette étonnante pieuvre ballon a été filmée en 2023 par le ROV Hercules lors d’une exploration des grands fonds du Pacifique central. L’animal appartient à l’espèce Japetella diaphana, un petit poulpe pélagique presque transparent capable de changer spectaculairement d’apparence.

La rencontre a eu lieu près de Kingman Reef, sur un guyot sans nom situé au nord-ouest du récif. Même l’équipe de l’E/V Nautilus s’est d’abord laissée tromper : devant cette silhouette gonflée dérivant devant les caméras, les observateurs ont initialement pensé à un calmar porcinet avant que l’animal soit identifié comme un octopode pélagique.

À retenir

  • La « pieuvre ballon rouge » de la vidéo est un Japetella diaphana, un octopode pélagique vivant en pleine eau.
  • Elle a été filmée en 2023 par le ROV Hercules au nord-ouest de Kingman Reef, dans le Pacifique central.
  • L’espèce mesure jusqu’à environ 16 cm de longueur totale.
  • Elle vit principalement entre environ 200 et 1 200 mètres de profondeur.
  • Son corps naturellement translucide peut devenir opaque et orange-rouge grâce à ses chromatophores.
  • Contrairement à de nombreuses pieuvres, elle ne vit pas sur le fond : elle dérive et nage dans la colonne d’eau.

Une « pieuvre ballon » surprise par le ROV Hercules

La séquence a été enregistrée au cours de l’expédition NA149 de l’Ocean Exploration Trust, consacrée à l’exploration des habitats profonds autour de Kingman Reef et de l’atoll Palmyra.

Le ROV Hercules explorait plus précisément un guyot sans nom situé au nord-ouest de Kingman Reef. Un guyot est une ancienne montagne sous-marine dont le sommet a été aplati par l’érosion avant de s’enfoncer progressivement sous la surface de l’océan.

C’est alors qu’une petite créature rougeâtre est passée tranquillement devant les caméras, donnant l’impression d’un ballon muni de quelques bras.

L’équipe de contrôle a d’abord envisagé qu’il puisse s’agir d’un calmar porcinet, Helicocranchia pfefferi, autre céphalopode gélatineux à l’allure volontiers boursouflée. Des observateurs attentifs ont finalement permis de corriger l’identification : l’animal était bien un poulpe pélagique du genre Japetella.

Japetella diaphana, un poulpe qui vit en pleine eau

Japetella diaphana est assez différente de l’image classique de la pieuvre cachée entre deux rochers.

Cette espèce est pélagique : elle passe sa vie dans la colonne d’eau, loin du fond marin. Son corps gélatineux et relativement flottant lui permet de se maintenir dans cet environnement tout en limitant ses dépenses énergétiques.

Selon le Monterey Bay Aquarium Research Institute (MBARI), l’espèce atteint environ 16 cm de longueur totale et fréquente principalement les profondeurs comprises entre 200 et 1 200 mètres, depuis la zone mésopélagique jusqu’à la partie supérieure de la zone bathypélagique.

Elle est largement répartie dans les eaux tropicales et subtropicales de la planète, avec également des populations dans certaines eaux tempérées froides du Pacifique Nord.

Le registre taxonomique WoRMS reconnaît aujourd’hui le nom Japetella diaphana Hoyle, 1885. Certaines publications scientifiques et même la page de Nautilus consacrée à cette vidéo utilisent encore la graphie Japatella diaphana.

Modèle de Japetella diaphana, pieuvre pélagique des grands fonds
Modèle de Japetella diaphana présenté au Natural History Museum de Londres. Crédit photo Emőke Dénes (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi cette pieuvre paraît-elle rouge ?

C’est probablement la particularité la plus intéressante de la séquence : Japetella diaphana n’est pas simplement une « pieuvre rouge ».

Dans certaines conditions, son corps est presque transparent. Cette transparence constitue un excellent camouflage dans les eaux faiblement éclairées des profondeurs.

Mais sa peau possède aussi de nombreux chromatophores, de petites cellules contenant des pigments et capables de changer rapidement de taille. Lorsque ces chromatophores se dilatent, l’animal peut passer d’un aspect translucide à une teinte opaque orange ou rougeâtre.

Dans les profondeurs où vit cette pieuvre, les longueurs d’onde rouges de la lumière solaire ont déjà disparu. Une surface rouge absorbe donc la faible lumière disponible et peut apparaître très sombre, ce qui constitue paradoxalement une autre manière de se dissimuler.

Sous les puissants projecteurs du ROV Hercules, en revanche, ces pigments ressortent brutalement. Voilà comment un animal adapté pour passer inaperçu dans l’obscurité peut se transformer à l’écran en une petite baudruche rouge particulièrement voyante.

Un corps parfaitement adapté aux grands fonds

La forme arrondie visible dans la vidéo n’est pas davantage un gonflement accidentel.

Les représentants de ce groupe possèdent un manteau volumineux et gélatineux et des bras relativement courts. Chez Japetella diaphana, cette morphologie donne facilement une silhouette de ballon lorsque l’animal flotte dans l’eau.

Vivre en pleine eau impose des contraintes très différentes de celles rencontrées par une pieuvre côtière. Pas de trou sous un rocher pour disparaître, pas de coquillage à utiliser comme abri et pratiquement aucun décor derrière lequel se camoufler.

La transparence, la pigmentation modulable et un métabolisme relativement faible constituent donc de précieux atouts.

Cette stratégie rappelle celle d’autres céphalopodes pélagiques, même si chacun a développé sa propre recette. La presque invisible Vitreledonella richardi, la pieuvre de verre, pousse par exemple la transparence encore beaucoup plus loin.

Une pieuvre lumineuse lorsqu’elle devient adulte

Japetella diaphana réserve une autre surprise, qui n’est pas visible dans cette vidéo.

Chez les femelles sexuellement matures se développe autour de la bouche un organe lumineux circulaire. Il s’agit d’un cas particulièrement inhabituel de bioluminescence chez les octopodes incirrates.

Les chercheurs pensent que ce photophore intervient dans la reproduction et pourrait permettre à une femelle de signaler sa présence à un mâle dans l’obscurité des grandes profondeurs.

Les femelles portent également leurs œufs avec leurs bras plutôt que de les fixer au fond. Une étude publiée en 2020 a décrit une femelle capturée dans le golfe de Californie à 1 352 mètres de profondeur qui transportait 1 419 œufs.

La vie sentimentale d’une pieuvre ballon à un kilomètre sous la surface n’est donc pas exactement de tout repos.

Une espèce discrète malgré une distribution mondiale

Si Japetella diaphana est présente dans de nombreux océans, son habitat la rend difficile à observer directement.

Les robots sous-marins ont considérablement changé la situation. Des organismes comme l’Ocean Exploration Trust ou le MBARI peuvent désormais suivre les céphalopodes pélagiques dans leur milieu sans devoir se contenter de spécimens remontés dans des filets.

Ces observations révèlent des animaux parfois beaucoup plus délicats et mobiles que ne le laissaient supposer les spécimens conservés dans les collections scientifiques.

La séquence de Kingman Reef en est un bon exemple : quelques secondes devant une caméra ont suffi pour transformer un petit octopode translucide des profondeurs en cette improbable pieuvre ballon rouge.

Et dans les abysses, les octopodes savent régulièrement soigner leur entrée en scène. La pieuvre Casper joue la carte du petit fantôme blanc, tandis que Tremoctopus, la pieuvre à cape, préfère déployer de grandes membranes colorées. La famille manque rarement d’imagination.

Sources pour aller plus loin

une-pieuvre-ballon-rouge-video

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