Aller au contenu

Une pieuvre Dumbo comme un fantôme marin [vidéo]

Le ROV de l’E/V Nautilus a saisi les images d’une pieuvre Dumbo blanche apparaissant comme une sorte de fantôme marin dans les profondeurs du Pacifique. Ce céphalopode du groupe des octopodes cirrates évoluait à quelque 1 682 mètres sous la surface, dans le Papahānaumokuākea Marine National Monument, au nord-ouest de l’archipel d’Hawaï.

Sous les puissants projecteurs du robot sous-marin, son corps très pâle réfléchissait fortement la lumière et prenait cet aspect presque spectral. L’animal ne s’était donc pas nécessairement « transformé en blanc » à l’arrivée du ROV : c’est surtout l’éclairage artificiel qui accentue dans la vidéo cette étonnante apparence de pieuvre fantôme.

À retenir

  • Cette pieuvre Dumbo a été filmée en 2023 à 1 682 mètres de profondeur.
  • L’observation a eu lieu sur un mont sous-marin du Papahānaumokuākea Marine National Monument.
  • Son aspect blanc et fantomatique est fortement accentué par les projecteurs du ROV.
  • Les « oreilles » des pieuvres Dumbo sont en réalité deux nageoires utilisées pour se déplacer.
  • Les pieuvres Dumbo appartiennent aux octopodes cirrates des grands fonds.

Pieuvre Dumbo blanche ressemblant à un fantôme marin dans les grands fonds
Une pieuvre Dumbo filmée à 1 682 mètres de profondeur par l’équipe de l’E/V Nautilus. Sous les projecteurs du ROV, son corps clair prend une apparence presque fantomatique. Crédit image Ocean Exploration Trust / Nautilus Live.

Une pieuvre Dumbo filmée à 1 682 mètres de profondeur

La rencontre s’est produite lors de l’expédition Ala ʻAumoana Kai Uli menée par l’Ocean Exploration Trust dans le Papahānaumokuākea Marine National Monument.

Le ROV Hercules explorait alors le fond marin autour d’un mont sous-marin sans nom lorsque cette petite pieuvre est apparue en suspension au-dessus du robot.

L’équipe de Nautilus décrit l’animal comme une pieuvre Dumbo donnant une impression particulièrement « fantomatique » devant les caméras. La profondeur mesurée était de 1 682 mètres, soit 5 518 pieds.

Ce n’est pourtant pas une profondeur extrême pour ce groupe : certaines pieuvres Dumbo ont été observées à plusieurs milliers de mètres sous la surface, dans un environnement totalement privé de lumière solaire.

Pourquoi cette pieuvre Dumbo ressemblait-elle à un fantôme ?

L’équipe explique que la pieuvre réfléchissait la lumière des équipements sous-marins. Sous l’éclairage intense du ROV, son corps clair ressort donc brutalement dans l’obscurité environnante.

À près de 1 700 mètres de profondeur, aucune lumière solaire ne parvient naturellement jusqu’au fond. Les couleurs que nous percevons sur les images dépendent donc largement des lampes embarquées par les robots sous-marins.

Le résultat est spectaculaire : une petite silhouette blanche aux nageoires translucides qui semble flotter sans effort dans le noir.

Cette apparence rappelle celle d’autres créatures abyssales presque irréelles, comme la méduse fantôme géante observée dans les profondeurs.

Pourquoi l’appelle-t-on pieuvre Dumbo ?

Les pieuvres Dumbo sont des octopodes des grands fonds appartenant au groupe des cirrates. Certaines espèces sont classées dans le genre Grimpoteuthis, mais le surnom « pieuvre Dumbo » est employé plus largement pour plusieurs octopodes munis de grandes nageoires.

Ce sont précisément ces nageoires qui leur valent ce nom : elles sont implantées de chaque côté du manteau et rappellent les grandes oreilles de Dumbo, l’éléphant volant popularisé par Disney.

Elles ne servent évidemment pas à entendre.

En les battant lentement, l’animal peut se déplacer avec une grande économie d’énergie. Ses huit bras sont également reliés par une membrane qui l’aide à manœuvrer dans l’eau.

La NOAA souligne que les octopodes cirrates utilisent principalement leurs nageoires pour avancer, complétées par les mouvements des bras.

Toutes les pieuvres Dumbo n’ont d’ailleurs pas la même allure. Une autre mission de l’E/V Nautilus a par exemple permis de filmer une étonnante pieuvre Dumbo orange à environ 1 400 mètres de profondeur.

Comment une pieuvre Dumbo nage-t-elle dans les abysses ?

La séquence de Nautilus montre parfaitement leur manière de se déplacer.

La pieuvre paraît presque planer au-dessus du fond. Ses nageoires battent doucement tandis que les bras et leur membrane l’aident à corriger sa trajectoire.

Cette nage lente correspond bien aux contraintes des grands fonds : dans un environnement où la nourriture est peu abondante, dépenser le moins d’énergie possible est un avantage considérable.

Les pieuvres Dumbo peuvent également utiliser leur entonnoir pour produire une propulsion par jet, comme d’autres céphalopodes, mais elles reposent davantage sur leurs nageoires que de nombreuses pieuvres vivant à faible profondeur.

Elles font ainsi partie des rares pieuvres qui donnent davantage l’impression de voler que de nager.

Que mange une pieuvre Dumbo ?

Les pieuvres Dumbo sont de petites prédatrices des profondeurs.

Elles recherchent notamment des vers, petits crustacés, mollusques et autres invertébrés vivant sur ou juste au-dessus du fond marin.

Contrairement à certaines pieuvres côtières, elles ne disposent pas d’une poche à encre fonctionnelle. Dans l’obscurité permanente des grandes profondeurs, envoyer un nuage noir aurait de toute façon une efficacité assez discutable.

Leur stratégie repose plutôt sur une nage lente, une faible dépense énergétique et une vie à des profondeurs auxquelles relativement peu de prédateurs peuvent les poursuivre.

Les robots sous-marins permettent aujourd’hui d’observer ces animaux directement dans leur environnement, sans les remonter brutalement vers la surface.

Des pieuvres Dumbo aux apparences très différentes

L’individu blanc filmé à Papahānaumokuākea n’est donc pas une « espèce fantôme » particulière.

Les pieuvres Dumbo peuvent présenter des formes et des couleurs assez différentes selon les espèces, les individus et surtout les conditions d’éclairage.

La pieuvre Dumbo orange observée par Nautilus en est un bon exemple : sous les projecteurs du ROV, son corps apparaissait cette fois nettement orangé.

L’équipe de l’E/V Nautilus a également rencontré dans les grands fonds une improbable pieuvre ressemblant à un ballon rouge, un autre octopode dont les couleurs changent radicalement sous l’éclairage artificiel.

Après la méduse Facehugger, cette nouvelle rencontre confirme une chose : les abysses ont manifestement leur propre département des effets spéciaux.

Sources pour aller plus loin

Esprit des profondeurs, découvrez également ces images rares d’une méduse fantôme géante.

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *