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Une pieuvre Dumbo orange filmée à 1 400 mètres de profondeur

À près de 1 400 mètres sous la surface du Pacifique, le ROV Hercules a rencontré une créature qui semble davantage sortir d’un dessin animé que des abysses : une petite pieuvre Dumbo d’un orange pâle, nageant tranquillement au milieu de la neige marine. Ses deux grandes nageoires donnent presque l’impression qu’elle agite des oreilles pour se déplacer.

Cette observation réalisée en 2023 par l’équipe de l’E/V Nautilus concerne un octopode du genre Grimpoteuthis. Sa couleur orange ne correspond pas à une nouvelle « espèce de pieuvre Dumbo orange » identifiée par les scientifiques : c’est simplement la couleur de l’individu filmé. Quant à son apparence de peluche, mieux vaut ne pas trop s’y fier : sous son air de Dumbo miniature se cache bel et bien un prédateur des grands fonds.

À retenir

  • Cette pieuvre Dumbo orange a été filmée en 2023 à environ 1 400 mètres de profondeur.
  • Les scientifiques l’identifient comme Grimpoteuthis spp., c’est-à-dire au niveau du genre et non d’une espèce précise.
  • Ses deux « oreilles » sont en réalité des nageoires fixées sur le manteau.
  • Les pieuvres Dumbo vivent dans les grands fonds, certaines observations ayant été réalisées à près de 7 000 mètres.
  • Elles se déplacent principalement grâce à leurs nageoires et à leurs bras palmés, mais peuvent également utiliser leur entonnoir pour une propulsion par jet.
  • Malgré leur apparence paisible, elles se nourrissent de petits crustacés, vers et autres invertébrés des profondeurs.

Une pieuvre Dumbo orange rencontrée à 1 400 mètres

La séquence a été publiée par Ocean Exploration Trust / Nautilus Live. Le ROV Hercules explorait alors le sommet d’un relief sous-marin surnommé « Guyot 10 », dans la région de Kingman Reef et de l’atoll Palmyra.

C’est alors qu’une pieuvre Dumbo d’un orange pâle est apparue devant ses caméras, entourée de neige marine.

Cette « neige » n’a évidemment rien à voir avec les précipitations hivernales. Elle est constituée d’une pluie continuelle de minuscules particules organiques, débris et matière biologique descendant lentement depuis les couches supérieures de l’océan. Dans les profondeurs privées de lumière solaire, elle contribue à alimenter tout un écosystème.

Au moment de l’observation, cette zone appartenait au Pacific Remote Islands Marine National Monument. Depuis janvier 2025, cet immense espace marin protégé porte officiellement le nom de Pacific Islands Heritage Marine National Monument.

Pieuvre Dumbo orange filmée à 1 400 mètres de profondeur
Pieuvre Dumbo orange filmée à 1 400 mètres de profondeur. Crédit photo EVNautilus/youtube.

Une Grimpoteuthis, mais pas une nouvelle espèce orange

Ocean Exploration Trust identifie l’animal comme Grimpoteuthis spp. Cette notation signifie que l’équipe a reconnu le genre auquel appartient la pieuvre sans attribuer l’individu filmé à une espèce particulière.

Il ne faut donc pas interpréter la vidéo comme la découverte d’une « pieuvre Dumbo orange » constituant une nouvelle espèce. Les individus du groupe peuvent présenter des couleurs et des aspects différents.

Les Grimpoteuthis appartiennent aux Octopoda, l’ordre zoologique regroupant les octopodes. Contrairement à ce qu’indiquait l’ancienne version de cet article, dire qu’un Grimpoteuthis « n’est pas une pieuvre mais un octopode » crée une distinction artificielle : la pieuvre Dumbo est bien un octopode, plus précisément un octopode cirrate adapté aux grands fonds.

Pieuvre Dumbo Grimpoteuthis nageant dans les profondeurs


Une autre pieuvre Dumbo du genre Grimpoteuthis, photographiée lors d’une mission NOAA. Cette image illustre le genre et ne montre pas l’individu orange de la vidéo de 2023. Crédit image NOAA Okeanos Explorer (domaine public).

Pourquoi la pieuvre Dumbo possède-t-elle de grandes « oreilles » ?

Les appendices qui lui donnent son apparence si particulière ne sont évidemment pas des oreilles.

Ce sont deux nageoires implantées de part et d’autre du manteau. Leur ressemblance avec les immenses oreilles de Dumbo, l’éléphant imaginé par Helen Aberson puis popularisé par Disney, a donné son surnom anglais de dumbo octopus à l’animal.

Les huit bras possèdent également une particularité spectaculaire : ils sont reliés entre eux par une membrane profonde. Lorsque cette membrane se déploie, l’animal prend une forme de parapluie ou de cloche.

Les bras portent en outre des rangées de ventouses accompagnées de fins prolongements appelés cirres, une caractéristique des octopodes cirrates.

Comment une pieuvre Dumbo nage-t-elle dans les abysses ?

On lit parfois que les Grimpoteuthis n’utilisent pas la propulsion par jet. Là encore, la réalité est plus nuancée.

Leur déplacement repose principalement sur les mouvements lents de leurs deux nageoires, tandis que les bras et leur membrane servent également à manœuvrer. Leur flottabilité leur permet de planer ou de rester presque immobiles au-dessus du fond marin en dépensant relativement peu d’énergie.

Le Smithsonian précise néanmoins qu’une pieuvre Dumbo peut aussi expulser de l’eau par son entonnoir pour produire une propulsion par jet. Elle dépend simplement beaucoup moins de cette nage rapide que de nombreux octopodes vivant à faible profondeur.

Cette économie de mouvement a du sens dans les abysses. À 1 400 mètres, le buffet énergétique n’est pas exactement ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre : mieux vaut éviter de brûler ses calories pour le plaisir de faire des pointes de vitesse.

Une adorable apparence de peluche, mais un véritable prédateur

Ocean Exploration Trust insiste lui-même sur le contraste : l’apparence presque enfantine de l’animal ne doit pas faire oublier que les pieuvres Dumbo sont des prédateurs.

Elles recherchent de petits invertébrés vivant sur ou à proximité du fond marin. Leur menu peut notamment comprendre :

  • des copépodes ;
  • des amphipodes ;
  • des isopodes ;
  • des vers polychètes ;
  • de petits mollusques et autres organismes benthiques.

Le Natural History Museum explique que les cirres placés le long des bras pourraient aider à diriger de petites proies vers la bouche.

L’individu orange filmé par Nautilus avance ainsi lentement dans un environnement où les repas sont probablement beaucoup plus espacés que dans les eaux côtières.

Une autre rencontre effectuée par la même équipe dans cette région a permis de filmer une étonnante pieuvre pélagique ressemblant à un ballon rouge. Cette fois encore, les profondeurs avaient manifestement décidé de travailler leur collection automne-hiver.

Une pieuvre sans poche à encre

Les pieuvres Dumbo ont également perdu certaines caractéristiques défensives familières chez de nombreuses pieuvres côtières.

Les Grimpoteuthis ne possèdent pas de poche à encre. Dans leur environnement naturel, où la lumière solaire ne parvient plus et où l’obscurité règne en permanence, projeter un nuage noir aurait de toute façon une utilité assez limitée.

Leur survie repose davantage sur leur mode de vie profond, leur faible dépense énergétique et leur capacité à évoluer dans des environnements où relativement peu de prédateurs peuvent les suivre.

Jusqu’à quelle profondeur vivent les pieuvres Dumbo ?

L’observation de 2023 s’est produite à environ 1 400 mètres. Pour un humain, c’est déjà un monde soumis à une pression écrasante et totalement privé de lumière solaire. Pour une pieuvre Dumbo, ce n’est pourtant pas une profondeur particulièrement extrême.

Le Natural History Museum indique que ces octopodes vivent généralement entre environ 1 000 et 7 000 mètres sous la surface, depuis la zone bathyale jusque dans les environnements abyssaux.

En 2020, une pieuvre Dumbo a même été filmée à presque 7 000 mètres de profondeur dans la fosse de Java, établissant un record d’observation pour ce type d’octopode.

Les différentes espèces pourraient occuper des profondeurs différentes et leur distribution reste encore imparfaitement connue. Le Natural History Museum reconnaît actuellement 17 espèces valides de pieuvres Dumbo, tout en considérant que d’autres restent probablement à découvrir.

Quelle taille peut atteindre une pieuvre Dumbo ?

La majorité des individus sont beaucoup moins imposants que les monstres marins auxquels les abysses nous ont habitués dans la fiction.

Le Natural History Museum donne une taille généralement comprise autour de 20 à 30 centimètres. Certains spécimens sont cependant beaucoup plus grands : le plus imposant cité par le musée atteignait environ 1,8 mètre pour 5,9 kg.

Grimpoteuthis discoveryi, une espèce de pieuvre Dumbo des grands fonds
Grimpoteuthis discoveryi, l’une des espèces appartenant au groupe des pieuvres Dumbo. Cette photographie scientifique montre un autre spécimen que l’animal orange observé par l’E/V Nautilus. Crédit photo Mike Vecchione / NOAA (domaine public).

Les scientifiques connaissent encore relativement mal ces animaux. Leur habitat profond rend les observations difficiles et les spécimens ramenés en surface sont souvent endommagés par le changement radical de pression et de conditions environnementales.

C’est précisément ce qui rend les séquences obtenues par des ROV aussi intéressantes : elles montrent les animaux vivants, dans leur environnement et avec leur comportement naturel.

Une pieuvre Dumbo peut en cacher une autre

L’individu orange n’est pas la seule pieuvre Dumbo rencontrée par l’E/V Nautilus.

Une autre mission a permis de filmer à 1 682 mètres de profondeur une pieuvre Dumbo blanche donnant l’impression d’un fantôme marin.

Parmi les autres octopodes étonnants captés par les robots d’exploration figurent également la mystérieuse pieuvre Casper, encore bien différente des Grimpoteuthis, et une rare pieuvre transparente observée près des îles Phoenix.

Sources pour aller plus loin

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