Avec leurs grands yeux, leurs pelages roux, noirs, dorés ou presque argentés, les lémuriens forment un groupe de primates beaucoup plus varié que ne le laisse penser le célèbre maki catta à queue rayée. Le Lemur Conservation Network recense environ 112 espèces reconnues, un nombre susceptible d’évoluer au gré des révisions taxonomiques.
Ces primates sont naturellement propres à Madagascar, même si quelques populations ont été introduites ailleurs. Et leur diversité est aussi fragile qu’étonnante : lors de la grande évaluation UICN publiée en 2020, 103 des 107 espèces de lémuriens évaluées étaient considérées comme menacées d’extinction. Quant au colugo surnommé « lémurien volant », malgré ses grands yeux et sa drôle de silhouette, il n’est justement pas un lémurien.
Un lémur aux yeux turquoise (Eulemur flavifrons), reconnaissable à ses étonnants iris bleus. Crédit photo Charlie Marshall (CC BY 2.0).
À retenir
- Les lémuriens sont des primates lémuriformes naturellement présents à Madagascar.
- Plus d’une centaine d’espèces sont aujourd’hui reconnues, avec une taxonomie encore régulièrement révisée.
- La plupart des espèces sont menacées par la disparition et la fragmentation de leurs habitats, mais aussi localement par la chasse.
- Certaines possèdent des adaptations étonnantes : yeux naturellement bleus, vie dans les marais, alimentation riche en cyanure ou nidification inhabituelle.
- Le vari roux, le lémur aux yeux turquoise, le vari noir et blanc, le lémur mongos, l’hapalémur du lac Alaotra et le lémur bambou doré font partie des espèces les plus menacées de cette sélection.
10 espèces de lémuriens parmi les plus étonnantes
1. Le vari roux (Varecia rubra)
Avec son épaisse fourrure rousse, ses pattes noires et sa face sombre encadrée d’une collerette claire, le vari roux est difficile à confondre avec un autre lémurien. Il vit dans une aire très restreinte du nord-est de Madagascar, notamment dans la région de Masoala.
L’espèce est classée En danger critique d’extinction. La déforestation, la chasse et les cyclones qui touchent régulièrement son habitat participent à son déclin. Le vari roux figure d’ailleurs dans l’édition 2023-2025 des 25 primates les plus menacés au monde publiée par le groupe de spécialistes des primates de l’UICN et ses partenaires.
Un vari roux (Varecia rubra) photographié à Madagascar. Crédit photo Tony King (CC BY 4.0).
Portrait d’un vari roux. Crédit photo Kitty Terwolbeck (CC BY 2.0).
2. Le lémur aux yeux turquoise (Eulemur flavifrons)
Le lémur aux yeux turquoise, également appelé lémur noir aux yeux bleus, possède l’un des regards les plus inhabituels parmi les primates. Ses iris sont réellement bleus, une couleur extrêmement rare chez les primates non humains.
L’espèce présente également un spectaculaire dichromatisme sexuel. Le mâle adulte est noir, tandis que la femelle conserve une fourrure brun-roux à orangée. Les jeunes mâles naissent d’ailleurs avec une coloration proche de celle de leur mère avant que leur pelage ne noircisse au cours de leur développement.
Son aire naturelle est limitée aux forêts du nord-ouest de Madagascar et l’espèce est classée En danger critique.
L’image d’ouverture de cet article montre un mâle. Voici à quoi ressemble une femelle :
Portrait rapproché d’une femelle lémur aux yeux turquoise (Eulemur flavifrons), reconnaissable à son pelage brun-roux et à ses étonnants iris bleus. Crédit photo Tambako the Jaguar (CC BY-ND 2.0).
3. Le vari noir et blanc (Varecia variegata)
Le vari noir et blanc est l’un des plus grands lémuriens actuels. Son abondante fourrure contrastée lui donne une allure imposante, mais l’une de ses particularités les plus intéressantes concerne sa reproduction.
Alors que beaucoup de lémuriens donnent naissance à un seul petit, les femelles varis peuvent avoir plusieurs jeunes à la fois, fréquemment des jumeaux ou des triplés. Les petits ne restent pas constamment accrochés à leur mère : ils sont déposés dans des nids pendant qu’elle part se nourrir. Les varis comptent ainsi parmi les très rares primates diurnes à construire des nids pour leurs nouveau-nés.
Ce grand lémurien des forêts humides de l’est de Madagascar joue également un rôle de pollinisateur lorsqu’il se nourrit de nectar et transporte du pollen dans son épaisse collerette.
Il est classé En danger critique d’extinction.
Portrait d’un vari noir et blanc (Varecia variegata). Crédit photo Paul Reynolds (CC BY 2.0).
Un vari noir et blanc photographié à Madagascar. Crédit photo Antony Stanley (CC BY-SA 2.0).
4. Le lémur mongos (Eulemur mongoz)
Le lémur mongos vit naturellement dans les forêts sèches de l’ouest de Madagascar. On le rencontre également dans l’archipel des Comores, mais les données génétiques et historiques indiquent que ces populations y ont été introduites par l’être humain.
Il vit généralement en petits groupes familiaux. Son alimentation change au fil des saisons et comprend notamment fruits, feuilles, fleurs et nectar.
Cette espèce, pourtant relativement discrète dans l’imaginaire collectif, est classée En danger critique d’extinction.
Un lémur mongos (Eulemur mongoz). Crédit photo Charlène Selva (CC BY 4.0).
Une femelle lémur mongos (Eulemur mongoz) photographiée à Madagascar. Crédit photo Rhett Ayers Butler (CC BY-ND 2.0).
5. Le lémur brun à front roux (Eulemur rufus)
Avec son pelage brun à marron et les tons roux qui apparaissent autour de la tête, Eulemur rufus correspond assez bien à l’image populaire d’un lémurien brun, mais sa taxonomie a longtemps été un joyeux casse-tête.
Il était autrefois traité comme une sous-espèce du lémur brun commun, puis comme un ensemble comprenant des populations aujourd’hui séparées. La classification actuelle distingue notamment Eulemur rufus et Eulemur rufifrons comme deux espèces différentes.
Eulemur rufus vit principalement dans le nord-ouest de Madagascar et est classé Vulnérable. Il ne faut donc pas confondre toutes les anciennes photographies légendées « red-fronted brown lemur », certaines ayant été identifiées avant la séparation taxonomique moderne.
Son proche parent Eulemur rufifrons est notamment connu pour un comportement beaucoup plus étrange : ces lémuriens utilisent les sécrétions de mille-pattes sur leur fourrure.
Un Eulemur rufus au pelage brun, photographié à Madagascar. Crédit photo Rod Waddington (CC BY-SA 2.0).
Un autre Eulemur rufus observé à Madagascar en 2024. Crédit photo Rob Foster (CC BY 4.0).
6. Le lémur à ventre roux (Eulemur rubriventer)
Le lémur à ventre roux vit dans les forêts humides de l’est de Madagascar. Chez le mâle, le ventre et une partie de la fourrure prennent des tons brun-roux, tandis que la face sombre est marquée de taches claires sous les yeux.
L’espèce vit souvent dans de petits groupes centrés autour d’un couple et de ses jeunes. Son rythme d’activité est assez souple et peut s’étendre aussi bien au jour qu’à la nuit, ce qui est qualifié de cathéméralité.
Il est actuellement classé Vulnérable.
Un lémur à ventre roux (Eulemur rubriventer). Crédit photo Mathias Appel (CC0).
Un lémur à ventre roux marquant des branches avec ses glandes odorantes. Crédit photo Rachel Kramer (CC BY-SA 3.0).
7. Le lémur couronné (Eulemur coronatus)
Le lémur couronné porte son nom grâce à la zone de fourrure colorée qui dessine une sorte de couronne sur le sommet de son crâne.
Mâles et femelles présentent des colorations différentes. Chez le mâle, le corps est généralement gris-brun avec une face plus sombre et une couronne rousse bien marquée. La femelle est plus claire et sa « couronne » ressort sur un visage gris.
L’espèce vit dans l’extrême nord de Madagascar, notamment dans le massif de l’Ankarana et autour de la Montagne d’Ambre. Elle est classée En danger.
Portrait d’une femelle lémur couronné dans la réserve de l’Ankarana. Crédit photo Charles J. Sharp (CC BY-SA 4.0).
Un lémur couronné, autre espèce de lémurien du nord de Madagascar. Crédit photo Mathias Appel (CC0).
8. L’hapalémur du lac Alaotra (Hapalemur alaotrensis)
L’hapalémur du lac Alaotra, ou bandro, possède un habitat vraiment à part. Il est confiné aux roselières et aux papyrus qui entourent le lac Alaotra, le plus grand lac de Madagascar.
Il est considéré comme le seul primate au monde vivant exclusivement dans un milieu humide de type marais. Là où la plupart des lémuriens bondissent de branche en branche, celui-ci s’agrippe aux tiges de roseaux et de papyrus et se déplace au cœur d’une végétation parfois directement au-dessus de l’eau.
Son territoire extrêmement limité le rend particulièrement vulnérable aux incendies de marais, à leur transformation en rizières et à la fragmentation des roselières. L’espèce est classée En danger critique d’extinction.
Deux hapalémurs du lac Alaotra (Hapalemur alaotrensis). Crédit photo Mark Kent (CC BY-SA 2.0).
Un hapalémur du lac Alaotra (Hapalemur alaotrensis), photographié à Marwell Wildlife. Crédit photo Marie Hale (CC BY 2.0).
9. Le lémur bambou doré (Hapalemur aureus)
Le lémur bambou doré doit son nom à la teinte jaune orangé de certaines parties de son pelage et à son régime alimentaire extrêmement spécialisé.
Une grande partie de son alimentation provient des jeunes pousses du bambou géant Cathariostachys madagascariensis. Or ces tissus végétaux contiennent des composés cyanogènes capables de libérer du cyanure.
Une étude consacrée à cette alimentation a estimé qu’un individu consommant environ 500 grammes de bambou par jour pouvait absorber l’équivalent d’environ 12 fois la dose létale de cyanure attendue pour un mammifère de taille comparable.
Et pourtant il continue son repas.
Le mécanisme physiologique précis qui lui permet de tolérer de telles quantités reste mal compris. L’espèce est classée En danger critique.
Un lémur bambou doré (Hapalemur aureus). Crédit photo Rachel Kramer (CC BY-SA 3.0).
Un autre lémur bambou doré à Ranomafana. Crédit photo Antony Stanley (CC BY-SA 2.0).
10. Le lémur sportif d’Ankarana (Lepilemur ankaranensis)
Le lémur sportif d’Ankarana n’appartient pas aux Lemuridae comme la plupart des espèces précédentes, mais à la famille des Lepilemuridae.
C’est un lémurien nocturne et essentiellement arboricole. La journée, il peut rester dissimulé dans une cavité d’arbre ou un enchevêtrement de végétation. La nuit, il se déplace par bonds puissants entre les troncs et les branches.
Les lépilémurs possèdent de grands yeux adaptés à leur activité nocturne. Au sol, leurs longues pattes arrière leur permettent de progresser par bonds, ce qui leur donne parfois une locomotion assez improbable pour un primate.
Lepilemur ankaranensis vit dans plusieurs massifs forestiers du nord de Madagascar, notamment l’Ankarana. Il est classé En danger.
Comme beaucoup de lémuriens, il doit aussi composer avec des prédateurs naturels parmi lesquels des rapaces, des serpents et le fossa, redoutable chasseur des forêts malgaches.
Un lémur sportif d’Ankarana (Lepilemur ankaranensis) dans la réserve de l’Ankarana, au nord de Madagascar. Crédit photo Leonora (Ellie) Enking (CC BY-SA 2.0).
Un autre lémur sportif d’Ankarana, espèce nocturne endémique de Madagascar. Crédit photo Leonora (Ellie) Enking (CC BY-SA 2.0).
Un lémur sportif d’Ankarana (Lepilemur ankaranensis) dans la réserve spéciale de l’Ankarana. Crédit photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).
Des lémuriens très différents, mais presque tous menacés
Ces dix espèces illustrent seulement une petite partie de la diversité des lémuriens de Madagascar. Certains vivent dans les forêts tropicales humides, d’autres dans les forêts sèches du nord et de l’ouest, un autre presque exclusivement dans les roseaux d’un grand lac.
Leurs régimes alimentaires vont des fruits et du nectar aux feuilles, au bambou chargé de cyanure et même, occasionnellement, à de petits animaux. Leurs couleurs passent du noir profond à l’orange, au brun, au gris et au blanc. Quant à leurs fameux grands yeux, particulièrement spectaculaires chez les espèces nocturnes, ils participent largement à leur silhouette reconnaissable.
Cette diversité s’accompagne malheureusement d’une forte vulnérabilité. La fragmentation des forêts, leur transformation en terres agricoles, les incendies, la chasse et les perturbations climatiques réduisent les habitats de nombreuses espèces.
Et cette sélection ne contient même pas le plus étrange représentant de la famille élargie des lémuriens : pour cela, il faut aller voir l’aye-aye et son incroyable doigt démesuré.
Sources pour aller plus loin
- Lemur Conservation Network – diversité des lémuriens et principales menaces
- Lemur Conservation Network – statuts UICN des espèces de lémuriens
- Duke Lemur Center – Eulemur flavifrons
- Duke Lemur Center – Varecia variegata
- Primates in Peril 2023-2025 – espèces de primates les plus menacées
- Mammal Diversity Database – Eulemur rufus
- Mammal Diversity Database – Eulemur rufifrons
- New England Primate Conservancy – Hapalemur alaotrensis
- Étude scientifique sur le bambou cyanogène consommé par Hapalemur aureus
- New England Primate Conservancy – Lepilemur ankaranensis




















