La nature ne manque pas d’animaux étonnants capables de donner l’impression qu’un biologiste a mélangé plusieurs espèces avant de valider le résultat. Serpent couvert d’écailles hérissées, tatou rose de quelques centimètres, limace de mer bleue, lézard bardé d’épines ou encore guêpe déguisée en panda : leur apparence spectaculaire cache souvent de véritables adaptations.
Voici donc 15 superbes animaux aux formes, couleurs et comportements inhabituels. Certains vivent dans les abysses, d’autres dans les déserts ou les forêts tropicales, et quelques-uns sont même régulièrement pris pour des animaux auxquels ils ne sont absolument pas apparentés.
Atheris hispida, une vipère africaine dont les écailles très carénées lui donnent une apparence hérissée. Crédit photo Bree McGhee / soulsurvivor08 (CC BY 2.0).
À retenir
- Les animaux de cette sélection doivent leur apparence à des adaptations très différentes : camouflage, défense, locomotion, séduction ou vie dans des milieux extrêmes.
- Grimpoteuthis est un genre de pieuvres des profondeurs : ses célèbres « oreilles » sont en réalité des nageoires.
- La « fourmi panda » n’est pas une fourmi mais une guêpe mutillidé dont la femelle est dépourvue d’ailes.
- Le Moro-Sphinx ressemble à un minuscule colibri, mais il s’agit bien d’un papillon.
- Le fameux « papillon caniche du Venezuela » photographié en 2009 reste mal identifié et ne possède toujours pas de nom scientifique d’espèce établi.
- Plusieurs de ces animaux sont minuscules : le tatou nain rose mesure à peine une quinzaine de centimètres et le poisson mandarin environ 6 à 7 cm.
1. Atheris hispida, la vipère aux écailles hérissées
Atheris hispida est une vipère arboricole d’Afrique centrale et orientale. Elle doit son apparence presque velue à ses écailles extrêmement carénées et relevées, particulièrement impressionnantes autour de la tête et du cou.
Cette vipère venimeuse reste généralement de taille modeste, avec un corps relativement fin adapté aux branches et à la végétation dense. Sa robe peut varier du vert olive au brun et permet à l’animal de disparaître assez efficacement dans les feuillages.
Son allure de petit dragon épineux n’est donc pas un accessoire décoratif : elle contribue à casser les contours du serpent au milieu de la végétation.
2. Le tatou nain rose, le plus petit des tatous
Le tatou nain rose, Chlamyphorus truncatus, est un petit mammifère endémique d’Argentine. Avec environ 10 à 15 cm de longueur, il est considéré comme le plus petit tatou vivant.
Son étrange carapace rose pâle est reliée au corps d’une manière beaucoup plus lâche que chez la plupart des autres tatous. Son ventre est couvert de poils clairs et ses puissantes griffes antérieures lui permettent de creuser très rapidement dans les sols sableux.
Essentiellement nocturne et souterrain, ce « pichiciego » passe une grande partie de sa vie hors de vue. Il peut littéralement disparaître dans le sable en quelques instants.
Un tatou nain rose, ou pichiciego, Chlamyphorus truncatus. Crédit photo cliff1066™ (CC BY 3.0).
Spécimen de Chlamyphorus truncatus conservé au Naturmuseum Senckenberg. Crédit photo Daderot (domaine public).
3. Grimpoteuthis, la pieuvre Dumbo des abysses
Sous le nom de « pieuvre Dumbo » se cachent plusieurs espèces du genre Grimpoteuthis. Ces octopodes vivent dans les profondeurs océaniques, souvent à plusieurs milliers de mètres sous la surface.
Les deux appendices qui leur donnent leur air de personnage de dessin animé ne sont pas des oreilles mais des nageoires fixées sur le manteau. Elles servent à se déplacer lentement dans l’eau, avec l’aide de la membrane reliant les bras.
Ces animaux adaptés aux abysses se nourrissent de petits invertébrés benthiques. Vous pouvez également découvrir une pieuvre Dumbo orange filmée à près de 1 400 mètres de profondeur.
Une pieuvre Dumbo du genre Grimpoteuthis utilisant ses nageoires pour nager dans les profondeurs. Crédit image NOAA Okeanos Explorer (domaine public).
4. Glaucus atlanticus, le dragon bleu qui flotte à l’envers
Avec ses formes bleues, argentées et ramifiées, Glaucus atlanticus ressemble à un minuscule dragon marin. Pourtant, il s’agit d’un nudibranche, autrement dit une limace de mer pélagique, longue de seulement quelques centimètres.
L’animal flotte à la surface de l’océan, généralement ventre vers le haut. Il se nourrit notamment de physalies et d’autres organismes urticants.
Encore plus étonnant, il peut récupérer les cellules urticantes de certaines de ses proies et les stocker dans ses propres appendices afin de les réutiliser pour sa défense.
De quoi mériter largement son surnom de dragon bleu des océans.
Glaucus atlanticus, le spectaculaire dragon bleu des océans. Crédit photo Sylke Rohrlach (CC BY-SA 2.0).
5. Odontodactylus scyllarus, la squille au coup de poing foudroyant
La squille multicolore Odontodactylus scyllarus, souvent appelée crevette-mante paon, n’est pas une véritable crevette. Elle appartient aux stomatopodes, un groupe de crustacés particulièrement anciens.
Ses couleurs sont déjà remarquables, mais ce sont surtout ses appendices ravisseurs transformés en massues qui ont fait sa réputation. La squille peut les projeter à une vitesse telle que le choc engendre des phénomènes de cavitation dans l’eau.
Sa vision est également très particulière, avec des yeux mobiles capables d’analyser de nombreuses informations lumineuses.
On peut d’ailleurs voir ce redoutable petit crustacé dans un étonnant combat entre une pieuvre et une squille.
Une squille multicolore Odontodactylus scyllarus. Crédit photo Silke Baron (CC BY 2.0).
6. Le Moro-Sphinx, ce papillon qui joue au colibri
Le Moro-Sphinx, Macroglossum stellatarum, est un papillon que l’on peut notamment observer en France. Son vol très rapide et sa capacité à rester presque immobile devant les fleurs expliquent pourquoi il est fréquemment pris pour un minuscule colibri.
Il ne se pose pas nécessairement pour butiner : il reste en vol stationnaire et déroule sa longue trompe pour atteindre le nectar.
La ressemblance est renforcée par le bourdonnement de ses ailes, mais les vrais colibris ne vivent naturellement que dans les Amériques. Pour comparer les deux, voici plusieurs espèces de colibris photographiées en plein vol.
Un Moro-Sphinx en vol stationnaire devant une fleur. Crédit photo Magdebuerger / Pixabay (licence Pixabay).
Macroglossum stellatarum, le Moro-Sphinx, en train de butiner. Crédit photo Thomas Bresson (CC BY 2.0).
7. Scarus coeruleus, le poisson-perroquet entièrement bleu
Le poisson-perroquet bleu, Scarus coeruleus, vit dans les eaux tropicales de l’Atlantique occidental et peut dépasser un mètre chez les plus grands individus.
Les adultes affichent une coloration bleue particulièrement homogène. Comme les autres poissons-perroquets, il possède des dents fusionnées formant une sorte de bec capable de gratter les surfaces récifales à la recherche de nourriture.
Le nom de l’image, « Madagascar Reef », peut prêter à confusion : ce récif ne se trouve pas à Madagascar, mais sur le Campeche Bank, dans le golfe du Mexique.
Un poisson-perroquet bleu Scarus coeruleus photographié sur Madagascar Reef, dans le golfe du Mexique. Crédit photo N. Simões, S. Zarco Perello et R. Moreno Mendoza (CC BY 4.0).
8. L’okapi, comme un mélange de girafe et de zèbre
L’okapi, Okapia johnstoni, possède un arrière-train rayé qui pourrait le faire passer pour un proche parent du zèbre. Pourtant, son plus proche parent vivant est la girafe.
Cet animal discret vit naturellement dans les forêts tropicales de la République démocratique du Congo. Ses rayures blanches et noires contribuent à casser sa silhouette dans la lumière fragmentée du sous-bois.
L’okapi peut atteindre environ 1,5 m au garrot et possède, comme la girafe, une longue langue préhensile qui lui permet notamment de saisir des feuilles.
Un okapi, Okapia johnstoni, avec les rayures caractéristiques de ses pattes arrière. Crédit photo Raul654 (CC BY-SA 3.0).
Un autre okapi montrant son étonnante robe rayée. Crédit photo Jean Beaufort / Publicdomainpictures (domaine public).
9. Moloch horridus, le diable cornu du désert australien
Le moloch, Moloch horridus, ressemble à un petit dragon entièrement recouvert d’épines. Ce lézard australien mesure généralement autour de 20 cm et vit dans des régions arides où l’eau constitue évidemment une denrée précieuse.
Sa peau possède un extraordinaire réseau de micro-canaux entre les écailles. Lorsqu’une partie de son corps entre en contact avec de l’eau, celle-ci peut être transportée par capillarité vers les commissures de la bouche.
Ses épines servent aussi à décourager les prédateurs et à rendre le lézard particulièrement difficile à avaler. Une stratégie qui manque légèrement de convivialité, mais pas d’efficacité.
Un moloch ou diable cornu près d’Alice Springs en Australie. Crédit photo Stu’s Images (CC BY-SA 4.0).
Un autre Moloch horridus photographié en Australie occidentale. Crédit photo M.c.c.1999 (CC BY-SA 4.0).
10. La « fourmi panda » qui est en réalité une guêpe
La fameuse fourmi panda, Euspinolia militaris, illustre parfaitement les pièges des noms vernaculaires : ce n’est pas une fourmi.
Il s’agit d’une guêpe de la famille des Mutillidae. Les femelles sont aptères, c’est-à-dire dépourvues d’ailes, ce qui leur donne justement cette silhouette de grosse fourmi velue.
Sa pilosité noire et blanche rappelle le panda géant et explique son surnom. L’espèce est originaire du Chili et, comme d’autres mutillidés, possède un aiguillon défensif qu’il vaut mieux admirer sans manipulation.
Une « fourmi panda », Euspinolia militaris, qui est en réalité une guêpe mutillidé. Crédit photo Chris Lukhaup (CC BY-SA 4.0).
11. La rainette aux yeux rouges, vedette des forêts tropicales
La rainette aux yeux rouges, Agalychnis callidryas, est l’un des amphibiens les plus immédiatement reconnaissables d’Amérique centrale.
Son corps vert vif contraste avec ses grands yeux rouges, ses flancs bleutés et ses pattes orangées. Lorsqu’elle dort immobile sur une feuille, elle peut cacher une bonne partie de ces couleurs ; lorsqu’elle ouvre soudainement les yeux ou bondit, le contraste pourrait contribuer à surprendre un prédateur.
Cette rainette arboricole passe une bonne partie de son temps dans la végétation et pond généralement ses œufs sur des feuilles situées au-dessus de l’eau.
Une rainette aux yeux rouges, Agalychnis callidryas. Crédit photo Bernard Dupont (CC BY-SA 2.0).
Gros plan sur une rainette aux yeux rouges. Crédit photo Capri23auto / Pixabay (licence Pixabay).
12. Le fennec et ses oreilles géantes
Le fennec, Vulpes zerda, est le plus petit des renards. Il vit dans les régions désertiques d’Afrique du Nord et du Sahara et ne pèse généralement qu’autour de 1 à 1,5 kg.
En revanche, ses oreilles peuvent atteindre une quinzaine de centimètres : une proportion spectaculaire sur un animal aussi petit.
Elles lui permettent évidemment de détecter de petits animaux, parfois cachés sous le sable, mais leur grande surface contribue également à dissiper la chaleur. Son pelage clair et ses pattes velues complètent l’équipement pour évoluer dans un environnement où le sable peut devenir brûlant.
Un fennec, Vulpes zerda, reconnaissable à ses immenses oreilles. Crédit photo Yvonne N (CC BY 2.0).
13. Le paradisier grand-émeraude et ses plumes extravagantes
Le paradisier grand-émeraude, Paradisaea apoda, est un oiseau de Nouvelle-Guinée et des îles Aru célèbre pour le plumage spectaculaire du mâle.
Les longues plumes ornementales jaunes et blanches de ses flancs ne servent ni à voler plus vite ni à mieux se camoufler. Elles participent avant tout à la séduction des femelles lors de parades particulièrement élaborées.
Les paradisiers constituent ainsi un exemple classique de sélection sexuelle : au fil des générations, le succès reproducteur a favorisé chez les mâles des ornements et des comportements de plus en plus extraordinaires.
Un paradisier grand-émeraude, Paradisaea apoda. Crédit photo Mohd Fazlin Mohd Effendy Ooi (CC BY 2.0).
Un paradisier grand-émeraude photographié au Bali Bird Park. Crédit photo Andrea Lawardi (CC BY 2.0).
14. Le mystérieux « papillon caniche du Venezuela »
Le « papillon caniche du Venezuela » est un cas particulier dans cette sélection, car ce nom ne correspond toujours pas à une espèce scientifiquement décrite.
Le zoologiste Arthur Anker a photographié le 1er janvier 2009 dans la Gran Sabana au Venezuela un petit papillon extrêmement velu qu’il a simplement surnommé « Poodle moth ». Il a proposé une identification provisoire dans le genre Artace, peut-être proche d’Artace cribraria, sans que l’espèce exacte soit établie.
Une grande partie des images diffusées ensuite sur Internet sous le nom de « papillon caniche » montrent en réalité d’autres lépidoptères. C’était notamment le cas de l’ancienne photographie publiée dans cet article : elle représentait un papillon nord-américain et non l’individu photographié au Venezuela.
La photographie originale d’Arthur Anker n’est pas reproduite ici, car elle n’est actuellement pas publiée sous une licence permettant sa réutilisation.
15. Le poisson mandarin, quelques centimètres de couleurs
Le poisson mandarin, Synchiropus splendidus, ne mesure qu’environ 6 à 7 cm, mais il compense largement sa petite taille par sa palette de couleurs.
Bleu électrique, orange, vert et jaune dessinent des motifs presque psychédéliques sur son corps. Il vit dans les lagons et récifs abrités du Pacifique occidental, où il reste souvent près du fond.
Son bleu est particulièrement intéressant : il provient de cellules pigmentaires spécialisées de la peau, phénomène assez inhabituel chez les poissons.
Son nom commun vient de ses couleurs, qui auraient rappelé les vêtements richement ornés des mandarins de la Chine impériale.
Un poisson mandarin Synchiropus splendidus aux couleurs particulièrement vives. Crédit photo Luc Viatour (CC BY-SA 3.0).
Ces 15 animaux montrent surtout que les apparences les plus improbables ont rarement été fabriquées juste pour faire joli. Écailles, couleurs, épines, nageoires, plumages ou grandes oreilles répondent souvent à des contraintes très concrètes : survivre, trouver de la nourriture, économiser l’eau, éviter un prédateur ou trouver un partenaire.
Et cette sélection reste évidemment loin d’être exhaustive : vous pouvez poursuivre avec d’autres animaux insolites aux adaptations tout aussi surprenantes.
Sources pour aller plus loin
- NOAA Ocean Exploration — observations et documentation des pieuvres Dumbo des grands fonds
- Smithsonian Institution — biologie et frappe spectaculaire des crevettes-mantes
- Australian Museum — Glaucus atlanticus et les organismes vivant à la surface des océans
- Australian Museum — biologie du moloch ou diable cornu
- American Museum of Natural History — fiche taxonomique d’Agalychnis callidryas
- UICN — Okapi, Okapia johnstoni
- BirdLife International — Paradisier grand-émeraude, Paradisaea apoda
- FishBase — Synchiropus splendidus, le poisson mandarin
- Arthur Anker — photographie originale du « Poodle moth » prise au Venezuela en 2009




















la nature est belle ! 🙂