Avec son corps noir massif, ses taches rouge orangé et ses rangées d’épines blanches, Bunaea alcinoe ressemble davantage à une créature extraterrestre qu’à la future occupante d’un paisible papillon de nuit. Certains individus adoptent même une livrée rouge ou orangée hérissée de pointes jaunes, comme si le modèle standard n’était pas déjà suffisamment voyant.
Cette spectaculaire chenille africaine atteint plusieurs centimètres de long et présente un corps particulièrement massif. Malgré cette armure digne d’un petit char d’assaut biologique, elle n’est pas considérée comme dangereuse pour l’être humain.
Crédit photo David Rosenthal (CC0).
À retenir
- Bunaea alcinoe est la chenille d’un grand papillon de nuit africain appartenant aux Saturniidae.
- La larve mature atteint couramment environ 7 centimètres et porte de nombreux tubercules ressemblant à des épines.
- Elle peut présenter une robe noire, rouge ou orangée selon les populations et les individus.
- Elle se nourrit des feuilles de nombreux arbres et peut provoquer une défoliation importante lorsqu’elle apparaît en groupe.
- La chenille est traditionnellement récoltée et consommée dans plusieurs régions d’Afrique.
Quelle est cette chenille géante couverte d’épines ?
Bunaea alcinoe est le stade larvaire du « Cabbage Tree Emperor », un grand papillon africain parfois traduit en français par « papillon empereur du chou ».
Cette appellation prête toutefois à confusion. Le « cabbage tree » anglais n’est pas notre chou potager, mais notamment le Cussonia spicata, un arbre d’Afrique australe dont les feuilles se regroupent au sommet des branches. « Empereur de l’arbre-chou » serait donc une traduction un peu moins maraîchère.
L’espèce appartient à la famille des Saturniidae, qui réunit certains des plus grands papillons de nuit. On y trouve également des espèces aux apparences très différentes, comme le Rosy Maple Moth rose et jaune ou le gigantesque Attacus atlas, surnommé papillon cobra.
Chez Bunaea alcinoe, c’est pourtant la chenille qui monopolise d’abord l’attention. Son corps sombre est parcouru de taches rouges ou orangées, tandis que chaque segment porte plusieurs protubérances claires, longues et coniques.
À son dernier stade larvaire, la chenille de Bunaea alcinoe peut atteindre environ 7 centimètres de long, pour près de 1,5 centimètre de diamètre.
Crédit photo Prempy (CC0).
Les épines de Bunaea alcinoe sont-elles dangereuses ?
L’allure de la chenille incite raisonnablement à garder ses doigts dans ses poches. Pourtant, les grandes pointes de Bunaea alcinoe ne correspondent pas aux aiguillons venimeux de certaines chenilles urticantes.
Elles sont formées par des tubercules charnus et participent vraisemblablement à sa défense en donnant à la larve une silhouette difficile à avaler. Les contrastes très marqués entre le noir, le blanc, le rouge et le jaune peuvent également décourager un prédateur avant même qu’il tente une dégustation.
Son apparence hérissée rappelle aussi celle de la chenille à épines du papillon malachite, dont les longues pointes constituent elles aussi une défense visuelle particulièrement dissuasive.
Cette apparence défensive ne doit pas être confondue avec celle de la chenille Lonomia obliqua, réellement dangereuse, dont les épines peuvent injecter des substances responsables de troubles hémorragiques graves.
Il reste évidemment préférable de ne pas manipuler une chenille inconnue uniquement parce qu’un article sur Internet lui a délivré un certificat de bonne conduite. Les identifications à distance et les ressemblances entre espèces ont parfois le sens de l’humour.
Chenille alien sur une main. Crédit photo John White (CC BY 4.0).
Les chenilles ont développé bien d’autres astuces pour décourager les prédateurs. Celle d’Uraba lugens conserve par exemple les anciennes capsules de sa tête et les empile comme un étrange chapeau, une stratégie bien plus improbable que l’armure épineuse de Bunaea alcinoe.
Une chenille noire, rouge ou orangée
La forme la plus fréquemment photographiée possède un corps noir velouté, des épines blanches et des marques rouge orangé. D’autres individus présentent au contraire un corps rougeâtre accompagné de pointes jaunes.
Une étude consacrée aux chenilles comestibles de la famille des Saturniidae a notamment documenté deux morphotypes de Bunaea alcinoe : une forme noire observée en Afrique orientale et une forme rouge collectée en Afrique occidentale.
Cette répartition ne doit pas être interprétée comme une frontière chromatique absolue. La couleur peut varier selon les populations, le stade de développement et probablement différents facteurs environnementaux. Même chez les chenilles, le nuancier refuse parfois de respecter la carte administrative.
Groupe de chenilles Bunaea alcinoe se nourrissant des feuilles d’un arbre. Crédit photo : chrishorak (CC BY 4.0).
Que mange la chenille Bunaea alcinoe ?
Bunaea alcinoe est une espèce polyphage : sa chenille peut consommer les feuilles de nombreuses espèces d’arbres et d’arbustes.
Ses plantes hôtes comprennent notamment différents Cussonia, mais aussi des acacias, des arbres du genre Terminalia, des manguiers, des avocatiers, des pêchers africains et plusieurs arbres ornementaux ou économiquement importants.
Les jeunes chenilles peuvent se nourrir collectivement. Lorsqu’elles sont nombreuses, leur appétit provoque une défoliation spectaculaire et certaines branches se retrouvent rapidement privées de leurs feuilles.
Cette voracité n’est pas un simple défaut de savoir-vivre. La chenille doit accumuler les réserves énergétiques nécessaires à sa métamorphose puis à la courte existence du papillon adulte.
Crédit photo Simon Tonge (CC0)
Comment Bunaea alcinoe devient-elle papillon ?
Une fois arrivée à son dernier stade larvaire, la chenille abandonne son arbre nourricier et rejoint le sol. Elle s’enfonce alors dans la terre pour former sa chrysalide, au lieu de suspendre un cocon bien visible à une branche.
Après la nymphose apparaît un imposant papillon brun dont l’envergure est généralement donnée entre 12 et 15 centimètres. Ses quatre ailes portent de grandes zones arrondies évoquant des yeux, ainsi que des bandes crème, brunes et orangées.
Comme beaucoup de Saturniidae, l’adulte dispose de pièces buccales très réduites et vit principalement grâce aux réserves accumulées lorsqu’il était chenille. Sa vie aérienne est donc essentiellement consacrée à trouver un partenaire et à assurer la reproduction.
Le contraste est considérable : la petite créature noire bardée d’épines devient un papillon ample et velouté. Une métamorphose tout aussi radicale que celle de la chenille-serpent Hemeroplanes triptolemus, dont l’adulte paraît presque sage comparé à sa spectaculaire larve.
Crédit photo mikee84 (CC BY-ND 4.0).
Une chenille traditionnellement consommée en Afrique
Le détail le plus inattendu concernant Bunaea alcinoe ne se trouve peut-être ni dans ses épines ni dans sa métamorphose. Sa chenille est récoltée et consommée dans différentes régions d’Afrique tropicale.
Dans certaines communautés igbo du sud et de l’est du Nigeria, elle est notamment appelée « Egu ». Les larves matures peuvent être cueillies sur les arbres, ramassées lorsqu’elles descendent au sol ou parfois recherchées dans la terre au moment de la nymphose.
Elles sont ensuite vidées, lavées, assaisonnées, grillées, bouillies ou séchées selon les pratiques locales. Les recherches consacrées aux Saturniidae comestibles indiquent que ces chenilles constituent une source de protéines, de matières grasses, d’acides aminés et de micronutriments.
Cette consommation possède également une dimension économique : les récoltes saisonnières peuvent être vendues sur les marchés locaux et apporter un revenu complémentaire. Les études sanitaires soulignent toutefois l’importance d’une préparation, d’un séchage et d’un stockage corrects, les produits mal manipulés pouvant être contaminés par des bactéries ou des moisissures.
Crédit photo Dan Mendelowitz (CC BY 4.0).
Où vit Bunaea alcinoe ?
L’espèce occupe une aire de répartition particulièrement vaste en Afrique subsaharienne. Elle est signalée notamment du Sénégal et de la Sierra Leone jusqu’à l’Éthiopie, au Kenya et à la Tanzanie, en passant par le Cameroun, le Gabon, la République démocratique du Congo, le Nigeria, l’Angola, la Zambie, le Zimbabwe, le Mozambique et l’Afrique du Sud.
Des observations existent également à Madagascar. Cette distribution étendue s’explique en partie par la capacité de la chenille à exploiter un grand nombre de plantes hôtes et différents environnements tropicaux ou subtropicaux.
Bunaea alcinoe n’est donc pas une anomalie rarissime découverte au fond d’un laboratoire secret. C’est une véritable espèce africaine, largement distribuée, écologiquement importante et bien connue de certaines populations locales. Elle a simplement reçu de la nature une tenue de scène particulièrement peu discrète.
Crédit photo Jawleyford (CC BY-SA 4.0).
Questions fréquentes sur Bunaea alcinoe
Quelle taille peut atteindre la chenille Bunaea alcinoe ?
À son dernier stade larvaire, Bunaea alcinoe peut mesurer environ 7 centimètres de long, pour près de 1,5 centimètre de diamètre. Sa taille et son corps massif expliquent pourquoi elle paraît si impressionnante sur les photographies.
Les épines de Bunaea alcinoe sont-elles venimeuses ?
Cette chenille n’est pas connue pour posséder des épines venimeuses comparables à celles de certaines espèces urticantes. Il reste toutefois préférable de ne pas manipuler une chenille sauvage non identifiée, car plusieurs espèces peuvent se ressembler.
Où vit Bunaea alcinoe ?
L’espèce vit dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à l’Afrique orientale et australe. Elle est aussi signalée à Madagascar.
Quel papillon devient cette chenille géante ?
Après sa métamorphose, la chenille devient un grand papillon de nuit brun appartenant à la famille des Saturniidae. L’adulte peut atteindre environ 12 à 15 centimètres d’envergure et porte de larges motifs circulaires sur ses ailes.
La chenille Bunaea alcinoe est-elle comestible ?
Oui. Dans plusieurs régions africaines, ses larves sont traditionnellement récoltées, préparées et consommées. Elles constituent une source saisonnière de protéines, mais leur préparation exige des règles d’hygiène et de cuisson adaptées.
Sources pour aller plus loin
- Oddity Central – This Giant, Spine-Covered Caterpillar Looks Like an Alien Species
- PubMed – Diversity, Host Plants and Potential Distribution of Edible Saturniid Caterpillars in Kenya
- Insects – étude sur les Saturniidae comestibles du Kenya
- African Moths – Bunaea alcinoe, répartition et plantes hôtes
- GBIF – Bunaea alcinoe Stoll, 1780
- Journal of Ecology and the Natural Environment – qualité microbiologique des chenilles Bunaea alcinoe transformées







