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CopenHill, la piste de ski de Copenhague sur une usine d’incinération

À Copenhague, inutile d’attendre une improbable chaîne de montagnes pour chausser des skis. CopenHill permet de descendre une piste de ski synthétique installée sur le toit d’Amager Bakke, une immense usine qui transforme les déchets résiduels de la capitale danoise en électricité et en chauffage urbain.

La silhouette inclinée du bâtiment n’a donc pas seulement été dessinée pour attirer le regard. Elle accueille une piste de ski longue d’environ 370 mètres, des chemins de randonnée, un parcours de course, un café panoramique et un mur d’escalade. Sous les sportifs, deux fours continuent pendant ce temps à avaler des tonnes de déchets.

Piste de ski synthétique CopenHill sur le toit de l’usine Amager Bakke à Copenhague
Crédit photo olli0815.

À retenir

  • CopenHill est une piste de ski synthétique construite sur le toit de l’usine de valorisation énergétique Amager Bakke, à Copenhague.
  • La piste mesure environ 370 mètres pour un dénivelé de 75 mètres.
  • Elle comporte quatre sections de difficulté différente et fonctionne sans neige grâce à un revêtement en modules de plastique Neveplast.
  • Le bâtiment a été conçu par le cabinet BIG, fondé par l’architecte danois Bjarke Ingels.
  • L’usine produit de l’électricité et du chauffage urbain à partir de déchets qui ne peuvent pas être recyclés.
  • Le complexe de loisirs a officiellement ouvert le 4 octobre 2019.
  • L’accès au toit, aux chemins et à l’ascenseur panoramique est gratuit pendant les heures d’ouverture, tandis que le ski et les autres activités nécessitent généralement une réservation ou un paiement.

Qu’est-ce que CopenHill ?

CopenHill est le nom donné aux installations récréatives construites sur Amager Bakke, une usine de valorisation énergétique située dans la zone portuaire d’Amager, à quelques kilomètres du centre de Copenhague.

Le nom peut être traduit approximativement par « colline de Copenhague ». Il convient assez bien à cette montagne artificielle qui atteint un point culminant d’environ 82 mètres, soit une altitude respectable dans un pays surtout connu pour son relief très modéré.

Amager Bakke ne constitue pas une simple centrale électrique. L’installation reçoit des déchets résiduels ou industriels qui ne peuvent plus être réemployés ou recyclés, les brûle dans ses fours, puis récupère la chaleur produite pour alimenter le réseau de chauffage urbain et fabriquer de l’électricité.

La production d’énergie a commencé en mai 2017. Les installations récréatives du toit ont été achevées plus tard et CopenHill a officiellement ouvert au public le 4 octobre 2019.

Peut-on vraiment skier à Copenhague toute l’année ?

CopenHill permet effectivement de pratiquer le ski et le snowboard sans neige, y compris lorsque les températures sont beaucoup trop élevées pour maintenir une piste blanche.

La descente mesure environ 370 mètres et offre un dénivelé de 75 mètres. Elle est divisée en quatre sections correspondant à plusieurs niveaux de difficulté :

  • deux parties vertes avec des pentes d’environ 15 et 18 % ;
  • une partie verte et bleue dont l’inclinaison varie approximativement entre 15 et 23 % ;
  • une partie supérieure rouge et noire pouvant atteindre 45 % de pente.

Trois tapis roulants, parfois appelés magic carpets, desservent les parties inférieures. Un téléski à assiette permet ensuite de rejoindre la section la plus raide.

Les skieurs débutants peuvent rester sur les pentes les plus douces, tandis que les sportifs expérimentés disposent d’un slalom et d’un espace de freestyle. Des cours de ski et de snowboard sont également proposés.

CopenHill ne transforme pas pour autant Copenhague en station alpine. Il n’y a ni poudreuse, ni sapins chargés de neige, ni télésiège immobilisé par un blizzard. En revanche, la vue porte sur les immeubles, le port, les éoliennes et, par temps clair, jusqu’aux côtes suédoises.

Skieurs descendant la piste synthétique CopenHill sur le toit d’Amager Bakke à Copenhague


Skieurs sur la piste synthétique de CopenHill. Photo : Kallerna (CC BY-SA 4.0).

Comment fonctionne cette piste de ski sans neige ?

La piste est recouverte de modules verts fabriqués par Neveplast. Leur surface forme une multitude de petites structures en plastique destinées à reproduire une partie de la glisse obtenue sur la neige.

La sensation reste cependant différente. Le revêtement oppose davantage de frottement, surtout lorsque les skis ne sont pas correctement préparés.

Avant chaque descente, les utilisateurs doivent donc passer leurs skis sur des tapis enduits de silicone. Cette lubrification réduit l’échauffement provoqué par le frottement entre les semelles et le plastique.

Le site prévient également que le Neveplast use plus rapidement les carres et les semelles que la neige. Mieux vaut donc éviter d’inaugurer à CopenHill une paire de skis flambant neuve destinée aux vacances suivantes dans les Alpes.

Les visiteurs peuvent apporter leur propre matériel, sous réserve de le faire contrôler, ou louer sur place des skis, des snowboards, des chaussures, des bâtons et des casques.

Le principe rappelle d’autres manières assez peu conventionnelles de pratiquer la glisse. En Allemagne, Monte Kaolino permet par exemple de skier sur une immense montagne de sable issue de l’industrie minière. Entre le plastique danois et le sable bavarois, la neige n’a manifestement plus le monopole de la pente.

Que se passe-t-il sous la piste de ski ?

Sous les virages des skieurs se trouve une installation industrielle fonctionnant jour et nuit. Des centaines de camions apportent les déchets dans un hall de déchargement avant qu’ils ne soient versés dans un silo de 30 mètres sur 50 et haut de 36 mètres.

Ce silo peut contenir environ 22 000 tonnes de déchets. Deux énormes grappins automatiques brassent son contenu pour obtenir un mélange relativement uniforme, puis alimentent les deux lignes d’incinération.

Chacun des deux fours peut traiter entre 25 et 42 tonnes de déchets par heure. La combustion dure environ une heure et demie à deux heures, à une température comprise entre 950 et 1 100 °C.

La chaleur des fumées transforme de l’eau en vapeur. Celle-ci alimente une turbine pour produire de l’électricité, tandis qu’une importante partie de l’énergie est récupérée sous forme de chaleur pour le réseau urbain de Copenhague.

Pour chaque tonne de déchets traitée, Amager Bakke peut produire environ :

  • 2,7 MWh de chauffage urbain ;
  • 0,8 MWh d’électricité.

En 2022, la production annuelle correspondait approximativement à la consommation électrique de 90 000 foyers et au chauffage de 80 000 appartements. Ces équivalences varient naturellement d’une année à l’autre selon la quantité de déchets, les besoins du réseau et le fonctionnement des installations.

Vue aérienne de l’usine Amager Bakke avec la piste CopenHill aménagée sur son toit
Vue aérienne d’Amager Bakke et de son toit incliné. Photo : Bob Collowân (CC BY-SA 4.0).

Que deviennent les fumées et les résidus de l’incinération ?

Brûler des déchets ne les fait pas disparaître par enchantement. L’incinération produit des gaz, des poussières, des mâchefers et des cendres qui doivent être traités.

Les fumées traversent plusieurs systèmes successifs destinés à retirer les particules, les oxydes d’azote, l’acide chlorhydrique, le dioxyde de soufre, le mercure et différents polluants. La composition des gaz est mesurée en permanence avant leur évacuation par la cheminée.

Après la combustion, environ 17 à 20 % du poids initial subsiste sous forme de mâchefers. Ces résidus contiennent notamment des cendres, du sable, des graviers, du verre et des métaux.

Les mâchefers sont stockés pendant plusieurs mois, puis triés. Une partie des métaux est récupérée pour être recyclée, tandis que les résidus minéraux peuvent connaître différents usages selon leur qualité et la réglementation.

Les cendres volantes et les déchets issus de l’épuration des fumées sont plus problématiques. Ils concentrent certains polluants et doivent suivre une filière de traitement spécifique.

CopenHill est-il réellement écologique ?

CopenHill est régulièrement présenté comme un symbole de développement durable. La réalité demande toutefois un peu plus de nuance que les brochures montrant un skieur souriant au-dessus d’une cheminée.

L’installation récupère une énergie qui serait perdue si les déchets étaient simplement enfouis. Elle produit simultanément de l’électricité et de la chaleur, dispose d’équipements avancés de traitement des fumées et exploite son toit comme espace public.

ARC précise également qu’Amager Bakke ne doit recevoir que des déchets qui ne peuvent pas être recyclés. Le réemploi et le recyclage restent préférables à l’incinération lorsqu’ils sont possibles.

Brûler des déchets produit malgré tout du dioxyde de carbone, notamment lorsque leur composition comprend du plastique et d’autres matériaux d’origine fossile. Une usine moderne et bien filtrée ne devient donc pas une machine sans émissions parce que quelques pistes vertes recouvrent son toit.

ARC a testé une unité de démonstration de captage du CO₂ capable d’en récupérer jusqu’à quatre tonnes par jour. Depuis 2025, l’entreprise travaille également avec E.ON sur un projet baptisé CopenCapture, qui vise à terme la capture et le stockage d’environ 400 000 tonnes de CO₂ par an à partir de 2030. Il s’agit encore d’un projet industriel soumis au financement, aux autorisations et à la construction d’installations à grande échelle, pas d’un dispositif déjà opérationnel.

Dans un registre bien plus ancien, le Danemark compte aussi les maisons au toit en algue de l’île de Læsø. Ici, pas de piste de ski ni de fours à 1 000 °C : la toiture devient une ressource grâce à plusieurs tonnes de zostères marines soigneusement assemblées.

Copenhill une piste de ski synthetique sur le toit d une centrale electrique de Copenhague video 2
Crédit photo ingus.kruklitis.

Une architecture conçue par Bjarke Ingels et BIG

Amager Bakke a été conçu par BIG, le cabinet d’architecture fondé par Bjarke Ingels. Le projet a remporté un concours organisé en 2010 face à plusieurs dizaines de propositions internationales.

Le chantier a commencé en 2013. L’installation énergétique est entrée en service en 2017, puis l’ensemble du bâtiment et de son toit récréatif a été achevé en 2019.

Le bâtiment couvre environ 41 000 m². Sa forme résulte en partie de l’organisation des équipements industriels : les volumes les plus hauts sont placés du côté du sommet, tandis que la toiture descend progressivement avec les installations plus basses.

La façade est habillée de grands éléments en aluminium superposés comme des briques géantes. Certaines ouvertures laissent entrer la lumière naturelle et éclairent l’usine pendant la nuit.

Un ascenseur vitré longe l’intérieur du bâtiment. Les visiteurs peuvent ainsi apercevoir une partie des équipements industriels pendant leur montée vers le toit. Le trajet tient à la fois du belvédère panoramique et de la visite d’usine très accélérée.

Cette idée d’associer une infrastructure technique à un véritable espace public correspond à ce que Bjarke Ingels appelle la « durabilité hédoniste » : une solution environnementale ne devrait pas seulement imposer des contraintes, mais aussi créer de nouveaux usages agréables pour les habitants.

À quelques kilomètres de là, l’architecte a également participé à la conception de la V House d’Ørestad, reconnaissable à sa forme anguleuse et à ses balcons triangulaires.

Façade d’Amager Bakke avec le toit incliné accueillant la piste CopenHill à Copenhague
La façade extérieure d’Amager Bakke et le toit de CopenHill. Photo : Cabstarcz (CC BY-SA 4.0).

Que peut-on faire à CopenHill sans skier ?

La piste constitue l’attraction la plus connue, mais CopenHill n’est pas réservé aux personnes capables de tenir debout sur deux planches.

Un chemin de randonnée et un parcours de course remontent le toit entre les espaces végétalisés. Le tracé comprend environ 670 mètres d’escaliers et de sentiers inspirés des paysages montagneux scandinaves.

Le sommet accueille une terrasse, un café et un belvédère situé à environ 82 mètres de hauteur. L’accès à pied et l’utilisation de l’ascenseur sont gratuits pendant les horaires d’ouverture.

Une piste de luge synthétique est installée près du café inférieur. Elle utilise des luges adaptées au revêtement, qui doivent être louées sur place.

La façade du bâtiment porte également un mur d’escalade d’environ 80 mètres de haut, divisé en quatre longueurs. Ses voies vont approximativement du niveau 5a au niveau 8a. Cette activité demande une réservation et un encadrement adapté : il ne s’agit pas d’un petit mur d’initiation sur lequel on grimpe entre deux cafés.

Mur d’escalade de 80 mètres installé sur la façade de CopenHill à Copenhague
Le mur d’escalade aménagé sur la façade de CopenHill. Photo : Kallerna (CC BY-SA 4.0).

Comment visiter CopenHill à Copenhague ?

CopenHill se trouve dans le quartier industriel d’Amager, à l’adresse suivante :

Vindmøllevej 6, 2300 København S, Danemark.

Ses coordonnées géographiques approximatives sont 55° 41′ 04,8″ N, 12° 37′ 13,3″ E (55.684667, 12.620361). Voici la position sur Google Maps:

Copenhill une piste de ski synthetique sur le toit d une centrale electrique de Copenhague maps

Il est possible d’accéder gratuitement au toit pour marcher, courir, profiter du café ou emprunter l’ascenseur pendant les horaires d’ouverture. Le ski, le snowboard, la luge, les cours et la location de matériel sont payants.

Le site recommande de réserver le ski à l’avance et d’arriver environ trente minutes avant le début du créneau choisi, surtout lorsqu’il faut encore louer et régler le matériel.

Un parking gratuit de plusieurs centaines de places est disponible à proximité. L’accès à vélo reste également particulièrement adapté à Copenhague, ville où arriver à une piste de ski en pédalant ne provoque apparemment aucune contradiction culturelle.

Les horaires changent selon la saison, les événements privés, les conditions météorologiques et les opérations de maintenance de l’usine. Il faut donc consulter le site officiel le jour de la visite plutôt que de se fier à un horaire recopié plusieurs années auparavant.

Du sommet, il est possible d’apercevoir le détroit séparant le Danemark de la Suède. Plus au sud, le pont de l’Øresund relie Copenhague à Malmö avant de se transformer en tunnel sous la mer.

Vidéo de la piste de ski CopenHill

La vidéo permet de voir le comportement des skis sur le revêtement synthétique, les remontées mécaniques et l’organisation générale de la piste sur le toit.

Sans la ville et les cheminées en arrière-plan, certaines séquences pourraient presque passer pour celles d’une petite station de moyenne montagne. Le décor industriel revient toutefois rapidement rappeler que les skieurs descendent au-dessus de deux fours capables de brûler plusieurs dizaines de tonnes de déchets par heure.

Sources pour aller plus loin

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