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Dromeas, The Runner : le coureur de verre qui file dans Athènes

C’est une sculpture géante d’un coureur en éclats de verre intitulée Dromeas, ou The Runner, réalisée par l’artiste grec Costas Varotsos.

Installé au cœur d’Athènes, ce coureur immobile semble pourtant lancé à pleine vitesse. Des milliers de plaques de verre, soutenues par une structure métallique, donnent l’impression d’un corps qui traverse l’air, comme si la ville avait figé un sprint en plein mouvement.

Dromeas The Runner sculpture en verre de Costas Varotsos à Athènes
ο δρομέας the runner by Costas Varotsos, #Athens, Greece par Dunk (CC BY 2.0).

À retenir

Dromeas signifie “le coureur” en grec.
La sculpture est aussi connue sous son titre anglais The Runner.
Elle a été créée par l’artiste grec Costas Varotsos, avec une première version installée en 1988 sur la place Omonia.
La version actuelle, appelée The Runner II, a été reconstruite et installée en 1994 près de l’ancien hôtel Hilton d’Athènes.
L’œuvre mesure environ 12 mètres de haut et associe verre et fer.

Dromeas, une sculpture pensée pour la ville en mouvement

Le nom Dromeas vient du grec δρομέας, “le coureur”. C’est simple, direct, presque trop évident, mais parfaitement juste : la sculpture ne montre pas un athlète au repos, ni un héros antique en pleine pose glorieuse, mais un corps traversé par la vitesse.

Lors de sa conception, Costas Varotsos a observé les déplacements des individus dans l’espace public afin d’imaginer l’impact que cela pourrait avoir sur la visualisation de son travail. L’idée n’était pas seulement de placer une statue dans une ville, mais de créer une œuvre que l’on voit en marchant, en roulant, en passant, parfois sans même s’arrêter.

C’est ce qui rend Dromeas très différent d’une sculpture classique. Il ne demande pas au passant de se tenir immobile devant lui pendant dix minutes, main au menton. Il accepte le rythme d’Athènes : voitures, piétons, bruit, circulation, regards rapides. Le coureur appartient à cette agitation.

Cette manière de travailler le mouvement rejoint, dans un registre très différent, l’immobilité en mouvement d’Olga Ziemska, où le corps semble lui aussi traversé par une dynamique invisible.

Du verre, du fer et une vitesse presque dessinée

Dromeas est composé de couches de verre superposées sur une structure de fer. De près, on distingue des plaques, des arêtes, des fragments, des reflets gris-vert et des épaisseurs qui n’ont rien de lisse. De loin, ces éléments se recomposent en silhouette humaine.

Le matériau est le vrai petit miracle de l’œuvre. Le verre est normalement associé à la fragilité, à la transparence, à la coupure. Ici, il devient musculature, trajectoire, souffle. Les morceaux ne cherchent pas à lisser le corps du coureur : ils le rendent flou, presque vibrant, comme une image prise avec un temps de pose trop long.

L’image du coureur en éclats de verre fonctionne particulièrement bien, car elle traduit à la fois la matière réelle et l’effet visuel. Elle permet aussi un joli écho avec les sculptures d’animaux en échardes de verre de Marta Klonowska, où le même matériau coupant devient fourrure, silhouette et présence animale.

The Runner Dromeas statue en verre et fer à Athènes


7d-101-6031_DxO par Yannick (CC BY-NC-ND 2.0).

Une première vie sur la place Omonia

Dromeas a vu le jour en 1988, sur la place Omonia d’Athènes, dans le cadre de l’action artistique Dromena. Cette opération visait à installer temporairement des œuvres contemporaines dans l’espace public, pour confronter la ville à des formes artistiques nouvelles.

Le coureur n’était donc pas censé devenir immédiatement un monument durable. Il était même d’abord connu sous le nom de Xenos, “l’étranger”, avant que le nom Dromeas ne s’impose en raison de sa forme en mouvement. C’est assez logique : quand une sculpture donne l’impression de débouler à travers la circulation, “le coureur” finit par gagner le sprint sémantique.

L’œuvre a beaucoup fait parler. Dans une ville mondialement associée à l’Acropole, aux temples et aux marbres antiques, un grand corps moderne fait de verre et de métal ne pouvait pas arriver discrètement. Dromeas a été admiré, critiqué, défendu, rejeté, puis progressivement adopté comme un repère urbain.

sculpture Dromeas The Runner de Costas Varotsos vue de près
« The Runner » / « Δρομέας » art glass statue par Tilemahos Efthimiadis (CC BY-SA 2.0).

Un déménagement provoqué par le métro

La sculpture a par la suite été déplacée sur la place Megalis tou Genous Sholi, près de l’ancien hôtel Hilton, en 1994. La raison principale : les travaux du métro d’Athènes sur la place Omonia et la crainte que les vibrations souterraines ne fragilisent l’œuvre.

Le déplacement n’a pas été une simple promenade en camionnette avec un coureur sous le bras. L’œuvre a dû être démontée, repensée, étudiée sur le plan statique puis réinstallée dans un nouvel environnement urbain. Certaines sources distinguent ainsi la première version de 1988, plus souvent donnée autour de 8 mètres, et la version actuelle, fréquemment décrite comme haute d’environ 12 mètres.

Ce détail est important, car il corrige l’idée d’une seule sculpture inchangée depuis son origine. Dromeas a connu une histoire matérielle mouvementée : il représente la vitesse, mais il a aussi dû se déplacer pour survivre. Là, l’ironie urbaine court toute seule.

Glass Running Man Dromeas sculpture monumentale à Athènes


Glass Running Man par CaptSpaulding (CC BY-NC-ND 2.0).

Le cas de Dromeas rappelle que certaines sculptures publiques ont une vraie biographie urbaine : elles changent de lieu, déclenchent des discussions et finissent parfois par devenir indissociables d’un nouvel emplacement. Dans un registre plus historique, la statue de l’impératrice Sissi à Budapest a elle aussi connu une existence mouvementée, entre déplacements, contexte politique et mémoire collective.

Un coureur moderne dans une ville antique

Dromeas fonctionne aussi parce qu’il casse un cliché : Athènes n’est pas seulement une ville de colonnes, de ruines et de cartes postales antiques. C’est une capitale moderne, bruyante, dense, parfois chaotique, où l’art public contemporain a aussi sa place.

Le choix du coureur n’est pas anodin dans une ville associée à la légende de Marathon. Mais l’œuvre de Varotsos ne se réduit pas à un hommage sportif. Elle parle surtout de vitesse contemporaine, d’espace urbain, de corps pressé, de passage. Elle montre un être humain qui ne semble jamais arriver, comme si la ville l’obligeait à continuer.

Dans ce sens, Dromeas rejoint d’autres œuvres qui figent un mouvement impossible. Les sculptures d’éclaboussures de Zheng Lu transforment elles aussi un instant liquide en forme solide, tandis que Dromeas change un sprint en architecture de verre. Dans un registre plus organique, Thrive, la sculpture géante de Daniel Popper, utilise elle aussi un corps monumental pour créer une expérience physique dans l’espace public.

Le nettoyage délicat d’un géant de verre

Un autre petit plus souvent oublié : Dromeas n’est pas seulement difficile à fabriquer, il est aussi compliqué à entretenir. Ses plaques de verre sont exposées à la pollution, aux gaz d’échappement, à la poussière et aux intempéries, en plein centre d’Athènes.

Un nettoyage classique serait risqué, car les plaques sont fines, nombreuses et fragiles. Kärcher indique avoir développé une procédure spéciale avec l’Université de Stuttgart pour restaurer l’éclat de la sculpture sans abîmer le verre. L’opération comporte plusieurs phases : application d’une mousse nettoyante, rinçage à l’eau chaude sous pression contrôlée, puis rinçage à l’eau déminéralisée pour éviter les traces.

La procédure dure environ 15 heures. On imagine le mode d’emploi : nettoyer un coureur de 12 mètres en verre sans le transformer en puzzle coupant. Une activité très éloignée du petit chiffon sur la table basse.

détails des plaques de verre de Dromeas The Runner à Athènes
« The Runner » / « Ο Δρομέας » art glass statue par Tilemahos Efthimiadis (CC BY-NC-ND 2.0).

Un monument adopté, mais pas sans débats

Comme beaucoup d’œuvres publiques très visibles, Dromeas n’a pas toujours fait l’unanimité. Sa forme fragmentée, son matériau inhabituel et son emplacement central ont alimenté des discussions dès son installation. C’est souvent le destin de l’art public : quand une œuvre est installée dans un musée, on peut l’éviter ; quand elle se plante au milieu de la ville, elle s’invite dans le quotidien de tout le monde.

Dromeas The Runner art glass statue par Costas Varotsos
« The Runner » / « Ο Δρομέας » art glass statue Tilemahos Efthimiadis (CC BY-NC-ND 2.0).

En 2019, Dromeas a même été au centre d’une controverse après l’évocation d’un possible échange culturel avec la Macédoine du Nord. Costas Varotsos s’y est opposé, rappelant que l’œuvre appartient symboliquement à Athènes et à ses habitants. Le coureur est donc resté dans la capitale grecque, ce qui est assez pratique pour un monument censé incarner le mouvement mais qui, finalement, refuse de partir.

Cette tension entre œuvre, ville et habitants est aussi ce qui rend Dromeas intéressant. Il n’est pas seulement une sculpture photogénique : c’est une intervention urbaine qui a changé de lieu, déclenché des débats, demandé des soins techniques, et fini par devenir un repère.

Vidéo de Dromeas

Voici une petite vidéo de ce coureur en éclats de verre de Costas Varotsos dans son contexte urbain :

Où voir Dromeas à Athènes ?

Dromeas se trouve aujourd’hui sur la place Megalis tou Genous Sholi, près de l’ancien hôtel Hilton d’Athènes, sur l’avenue Vasilissis Sofias, non loin de la Galerie nationale.

Ses coordonnées GPS sont: 37°58’35.6”N, 23°44’57.7”E (37.976565, 23.749364). Voici sa position sur Google Maps:

Dromeas la sculpture geante d un coureur en eclats de verre athenes costas varotsos maps

L’œuvre est visible librement depuis l’espace public. Elle se découvre particulièrement bien en mouvement, depuis le trottoir ou depuis la circulation, ce qui correspond finalement très bien à son intention initiale : un coureur observé par une ville qui ne s’arrête jamais vraiment.

FAQ sur Dromeas, The Runner

Qui a créé Dromeas à Athènes ?

Dromeas, aussi appelé The Runner, a été créé par l’artiste grec Costas Varotsos.

Que signifie Dromeas ?

Dromeas signifie “le coureur” en grec. Le nom s’est imposé en raison de la forme de la sculpture, qui représente une silhouette humaine en pleine course.

De quoi est faite la sculpture Dromeas ?

La sculpture est faite de verre et de fer. Des milliers de plaques ou fragments de verre sont assemblés sur une structure métallique pour créer l’effet de mouvement.

Où se trouve Dromeas à Athènes ?

Dromeas se trouve près de l’ancien hôtel Hilton d’Athènes, sur la place Megalis tou Genous Sholi, au bord de l’avenue Vasilissis Sofias.

Pourquoi Dromeas a-t-il été déplacé ?

La sculpture se trouvait d’abord sur la place Omonia. Elle a été déplacée et reconstruite en 1994 en raison des travaux du métro d’Athènes et des inquiétudes liées aux vibrations souterraines.

Sources pour aller plus loin

Costas Varotsos — fiche officielle de The Runner II
Colossal — article sur Dromeas, la sculpture en éclats de verre de Costas Varotsos
Clio Muse Tours — présentation de Costas Varotsos et de Dromeas
Kärcher — nettoyage de la sculpture Dromeas à Athènes
Ta Nea — histoire de Dromeas, de sa création à son déplacement
The Guardian — controverse de 2019 autour d’un éventuel déplacement de Dromeas
Atlas Obscura — localisation et présentation de Dromeas à Athènes

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