Rouge écarlate, orange vif, vert presque fluorescent, pourpre ou jaune citron : les champignons colorés semblent parfois avoir été peints à la main. Le photographe australien Stephen « Steve » Axford s’est spécialisé dans cette palette naturelle, qu’il traque au ras du sol dans les forêts d’Australie mais aussi lors d’expéditions en Asie.
Ses macrophotographies ne montrent pas des végétaux ni de simples « moisissures » : les champignons appartiennent au règne des Fungi, distinct de celui des plantes. Et derrière leur spectaculaire photogénie se cache une diversité biologique tout aussi étonnante, depuis de minuscules fructifications de quelques millimètres jusqu’à des amanites aux couleurs dignes d’un nuancier industriel.
Hygrocybe anomala var. anomala, photographié à Minyon Falls en Nouvelle-Galles du Sud, avec ses pieds rouge vif et ses chapeaux jaune pâle. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
À retenir
- Steve Axford est un photographe australien spécialisé dans la macrophotographie et le time-lapse de champignons.
- Ses images documentent des espèces rencontrées notamment en Australie, en Chine et en Nouvelle-Zélande.
- Les champignons ne sont pas des végétaux : ils constituent un règne biologique distinct.
- Le rouge, l’orange, le jaune, le brun ou le noir peuvent être produits par différentes familles de pigments fongiques ; leur fonction biologique n’est pas toujours connue.
- Une couleur spectaculaire ne permet évidemment pas de savoir si un champignon est comestible : la règle « joli = délicieux » serait une assez mauvaise méthode de détermination.
Steve Axford, le photographe qui explore le monde des champignons
Installé dans la région subtropicale du nord de la Nouvelle-Galles du Sud, Stephen Axford a acquis une réputation internationale pour ses macrophotographies de champignons. Il ne cherche pas seulement la belle image : son travail vise également à conserver suffisamment de détails pour documenter les espèces et être utile aux mycologues. Avec la réalisatrice Catherine Marciniak, il développe aujourd’hui le projet Planet Fungi et collabore avec des chercheurs et organismes scientifiques dans plusieurs pays.
Ses images et surtout ses séquences en time-lapse ont été utilisées dans de nombreux documentaires, parmi lesquels Planet Earth II, Our Planet, Fantastic Fungi ou encore le film IMAX Fungi: Web of Life. Une belle évolution pour quelqu’un qui a commencé par photographier les champignons des forêts proches de chez lui.
De minuscules fructifications jaune orangé de Dicephalospora rufocornea, photographiées à Terania Creek en Nouvelle-Galles du Sud. Elles ne mesurent qu’environ 1 à 2 mm de diamètre. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
À cette échelle, la macrophotographie change complètement la perception. Ces petites coupes orange et jaunes pourraient facilement passer inaperçues lors d’une promenade, alors que l’objectif révèle un décor qui semble presque fabriqué en miniature.
Touffe orange de Mycena leaiana var. australis, photographiée sur du bois dans le Nightcap National Park en Nouvelle-Galles du Sud. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
La troisième photographie change encore d’échelle avec une véritable petite forêt orange. Les chapeaux serrés, les longs pieds et la lumière soigneusement contrôlée donnent presque à la colonie l’allure d’une ville miniature.
Du vert au rouge : une palette de champignons presque irréelle
Dans la forêt humide de Bunyip, dans l’État australien du Victoria, Axford a photographié un spécimen de Cortinarius austrovenetus dont le chapeau affiche un vert particulièrement inhabituel.
Cortinarius austrovenetus et son imposant chapeau vert, photographié dans la Bunyip State Forest, dans le Victoria en Australie. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
Le monde des champignons verts et bleus réserve d’autres surprises. En Nouvelle-Zélande pousse par exemple l’étonnant entolome de Hochstetter et sa couleur bleu ciel, encore plus improbable lorsqu’il apparaît au milieu des mousses et des fougères.
Un représentant du genre Sphaerobolus photographié dans la réserve de Na Ban He, au Xishuangbanna, dans la province chinoise du Yunnan. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
Le genre Sphaerobolus mérite son surnom anglais d’« artillery fungus ». Sa petite structure étoilée peut éjecter violemment une masse contenant les spores à plusieurs mètres grâce à un mécanisme mécanique extrêmement rapide. Pour quelque chose qui tient presque dans une ponctuation, c’est un joli canon biologique.
Boletellus obscurecoccineus, avec son chapeau et son pied rouges, photographié sur le Balfour Track en Tasmanie. Le spécimen mesurait environ 12 cm de haut et son chapeau environ 5 cm de diamètre. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
Sous son chapeau rouge, ce bolet montre une surface poreuse plutôt que des lamelles. L’identification Boletellus obscurecoccineus reste aujourd’hui reconnue par Index Fungorum et les bases australiennes de biodiversité.
Pourquoi certains champignons sont-ils si colorés ?
Il n’existe pas une unique « molécule de la couleur des champignons ». Les recherches sur les pigments fongiques décrivent notamment des caroténoïdes, mélanines, quinones, azaphilones et autres composés issus de voies métaboliques variées. Certains caroténoïdes produisent par exemple des tonalités jaunes, orange ou rouges, tandis que les mélanines sont plus souvent associées aux tons bruns ou noirs.
La fonction de ces couleurs peut également varier et reste parfois mal comprise. Certains pigments participent à la protection contre le rayonnement ultraviolet ou différents stress environnementaux ; dans d’autres cas, la couleur est simplement l’expression visible d’une chimie beaucoup plus complexe. À ne pas confondre non plus avec la bioluminescence, qui produit réellement de la lumière : c’est notamment le cas des lamelles de la pleurote de l’olivier dans certaines conditions.
Les fructifications en coupe de Phillipsia subpurpurea, photographiées dans la réserve de Booyong en Nouvelle-Galles du Sud, offrent une étonnante surface pourpre bordée de blanc. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
Ces formes en coupe rappellent aussi que tous les champignons ne correspondent pas au classique dessin « pied + chapeau ». Le règne fongique possède une architecture nettement plus imaginative, comme le montre aussi le xylaire polymorphe surnommé doigt de l’homme mort.
Deux spécimens d’Amanita hemibapha aux teintes orange, rouges et jaunes, photographiés à Na Ban He, au Xishuangbanna dans le Yunnan. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
Le contraste entre le jeune spécimen rouge orangé et l’individu adulte au large chapeau orange montre aussi combien l’apparence d’un champignon peut évoluer pendant son développement. La couleur seule n’est donc jamais un critère suffisant pour identifier une espèce.
Atheniella adonis, photographié à Minyon Falls en Nouvelle-Galles du Sud. Cette espèce était autrefois classée sous le nom Mycena adonis, encore présent dans le nom historique du fichier. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
Cette petite silhouette presque translucide illustre aussi les changements permanents de la taxonomie. Le nom actuellement retenu par Index Fungorum est Atheniella adonis, après son transfert hors du genre Mycena en 2012.
Marasmius purpureostriatus, photographié dans la réserve de Na Ban He au Yunnan. La vue par-dessous révèle des chapeaux profondément plissés aux tonalités pourpres et bleu sombre. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
La photographie joue ici autant avec la structure qu’avec la couleur. Photographiés à hauteur de mousse, les deux champignons deviennent presque monumentaux alors qu’ils appartiennent au monde discret du sous-bois.
Hygrocybe rubrocarnosa, photographié près du glacier Fox sur la côte ouest de l’île du Sud en Nouvelle-Zélande. La vue basse met particulièrement en évidence ses lamelles et son pied rouge vif. Crédit photo Steve Axford (CC BY-SA 3.0).
Du minuscule Dicephalospora orange aux amanites du Yunnan, cette série montre surtout à quel point l’expression « champignon coloré » recouvre des formes, des tailles et des lignées très différentes. Certaines espèces semblent sorties d’une boîte de peinture, d’autres d’un atelier de design plutôt porté sur l’étrange. Même un champignon parasite peut contribuer au spectacle, comme le montrent les masses orange de la rouille du genévrier.
Quand les champignons se mettent à bouger
Stephen Axford ne s’est pas arrêté à la photographie fixe. Il a développé une technique de time-lapse permettant de condenser plusieurs jours de croissance en quelques secondes, révélant des mouvements impossibles à percevoir à l’œil nu. Son travail a notamment alimenté Planet Earth II et Fantastic Fungi.
Cette vidéo publiée par Planet Fungi réunit vingt séquences en time-lapse réalisées par Axford pour le documentaire Fantastic Fungi :
Entre photographie naturaliste, esthétique et documentation scientifique, le travail d’Axford montre finalement une chose assez simple : pour découvrir une partie des créatures les plus colorées de la planète, il suffit parfois de regarder quelques centimètres au-dessus du sol.
Sources pour aller plus loin
- Stephen Axford — site officiel et galerie photographique
- Planet Fungi — projet de Stephen Axford et Catherine Marciniak
- ABC News — Stephen Axford et ses images pour Planet Earth II
- PubMed — revue scientifique sur la diversité des pigments produits par les champignons
- Index Fungorum — nomenclature actuelle d’Atheniella adonis
- University of Maine Cooperative Extension — mécanisme de dispersion de Sphaerobolus










