Un renard noir croisé dans une forêt peut donner l’impression d’appartenir à une espèce inconnue. Il s’agit pourtant généralement d’un Renard roux, Vulpes vulpes, dont le pelage présente une proportion inhabituellement élevée de pigments sombres. La même espèce peut ainsi être rousse, noire, argentée ou associer plusieurs de ces couleurs.
Le renard argenté se reconnaît à sa fourrure noire parsemée de poils aux extrémités blanches ou argentées. Le renard dit « croisé » conserve davantage de roux, avec une bande sombre sur le dos et une autre sur les épaules. Ces animaux sont rares dans de nombreuses régions, mais ils ne constituent ni des races sauvages distinctes ni de nouvelles espèces.
Renard noir au pelage sombre et argenté marchant dans la neige. Crédit photo JimCumming.
À retenir
- Le renard noir et le renard argenté sont généralement des formes colorées du Renard roux, Vulpes vulpes.
- Le mélanisme correspond à une production importante de pigments foncés appelés eumélanines.
- Un renard noir possède un pelage presque entièrement sombre, tandis qu’un renard argenté présente des poils noirs terminés par des pointes claires.
- Le renard croisé associe du roux à une bande noire dessinant une croix sur le dos et les épaules.
- Ces différentes robes peuvent apparaître naturellement au sein des populations sauvages, parfois dans une même portée.
- Les renards noirs sont possibles en France, mais la forme presque entièrement noire y reste exceptionnelle.
- De nombreux renards argentés visibles en photographie vivent dans des parcs animaliers, des sanctuaires ou des élevages.
- Un renard gris n’est pas nécessairement un renard argenté : le Renard gris d’Amérique est une espèce différente.
Le renard noir est-il une espèce différente ?
Le renard noir n’est généralement pas une espèce particulière. Il appartient à l’espèce Vulpes vulpes, exactement comme le renard au pelage roux le plus répandu en Europe.
L’expression « Renard roux » désigne donc une espèce et pas uniquement une couleur. Le même principe explique pourquoi un ours brun peut présenter un pelage très clair ou presque noir sans cesser d’appartenir à l’espèce Ursus arctos.
Le Renard roux possède naturellement une grande diversité de robes. Les principales formes décrites sont :
- la forme rousse, dominée par l’orange, le brun et le rouge ;
- la forme croisée, mêlant le roux, le gris et le noir ;
- la forme argentée, noire avec des poils aux pointes claires ;
- la forme mélanique presque entièrement noire.
Plusieurs couleurs peuvent apparaître dans une même population et même, dans certains cas, parmi les petits d’une seule portée. La couleur ne modifie ni l’anatomie générale de l’animal, ni son régime alimentaire, ni son appartenance à l’espèce.
Il ne faut pas non plus confondre la couleur du pelage avec les particularités d’autres canidés. Le renard à oreilles de chauve-souris, par exemple, appartient à une espèce africaine différente, Otocyon megalotis.
Un renard argenté en forêt. Crédit photo HanjoHellmann.
Pourquoi certains renards roux deviennent-ils noirs ?
La coloration du pelage des mammifères dépend principalement de deux familles de pigments produits par les mélanocytes :
- les eumélanines, responsables des teintes noires et brunes ;
- les phéomélanines, à l’origine des couleurs jaunes, orangées et rousses.
Chez un renard roux classique, les deux types de pigments sont répartis différemment selon les parties du corps et la longueur des poils. Le dos et les flancs paraissent roux, les pattes et l’arrière des oreilles sont souvent noirs, tandis que le ventre et l’extrémité de la queue restent plus clairs.
Chez les renards noirs ou argentés, certaines variations génétiques favorisent au contraire la production ou la répartition des pigments foncés. Des recherches ont notamment mis en évidence le rôle des gènes MC1R et ASIP, deux acteurs importants de la coloration chez de nombreux mammifères.
Le récepteur produit par MC1R favorise la fabrication d’eumélanine lorsqu’il est activé. La protéine codée par ASIP peut freiner ce mécanisme et favoriser l’apparition de pigments plus clairs. Différentes mutations perturbent cet équilibre et produisent des pelages noirs, argentés ou intermédiaires.
Le mélanisme n’est pas propre aux renards. On retrouve un mécanisme comparable chez l’écureuil noir, autre mammifère dont la coloration sombre est liée à la mélanine.
Contrairement à une idée fréquente, le renard n’a pas « décidé » de devenir noir pour mieux se cacher. La mutation apparaît d’abord au hasard. Sa fréquence peut ensuite varier selon la reproduction, les déplacements des animaux, la sélection naturelle et l’histoire de chaque population.
Quelle différence entre un renard noir et un renard argenté ?
Les appellations ne sont pas toujours employées de manière rigoureusement identique. Un même animal très sombre peut être qualifié de renard noir par un observateur et de renard argenté par un autre.
La distinction repose principalement sur l’apparence des poils :
- le renard noir possède une fourrure dominée par des poils entièrement noirs ou brun très foncé ;
- le renard argenté possède une base noire, mais de nombreux poils de couverture se terminent par une portion blanche ou gris argenté ;
- le renard croisé conserve des zones rousses bien visibles et une bande noire sur le dos et les épaules.
Les poils clairs du renard argenté produisent un effet moucheté ou brillant. Selon la lumière, la distance et la densité de son pelage hivernal, l’animal peut paraître gris, noir, bleuâtre ou presque blanc sur certaines zones.
Le museau, les oreilles et les pattes restent généralement très sombres. La queue peut également présenter de nombreux reflets argentés, mais son extrémité blanche demeure un bon indice de l’appartenance au Renard roux.
Le pelage du renard argenté associe une base noire à des poils de couverture gris ou blancs. Crédit photo JimCumming.
Qu’est-ce qu’un renard croisé ou « cross fox » ?
Le renard croisé, appelé cross fox en anglais, n’est pas le résultat d’un croisement entre deux espèces. Il s’agit encore d’une variation colorée du Renard roux.
Son pelage conserve généralement une importante teinte rousse ou brun orangé sur les flancs. Une bande noire suit la colonne vertébrale tandis qu’une seconde traverse les épaules. Vues depuis le dessus, ces deux zones sombres forment une croix qui a donné son nom à cette robe.
La tête et les pattes sont souvent foncées. La queue mêle du noir, du roux et parfois des poils gris ou argentés.
Il existe de nombreuses apparences intermédiaires entre la forme rousse, la forme croisée et la forme argentée. La nature n’utilise pas toujours le nuancier parfaitement ordonné que les humains aimeraient lui imposer.
Les expressions « renard charbonnier » ou « renard noir et roux » sont parfois employées pour désigner ces animaux sombres. Elles restent toutefois imprécises et peuvent aussi décrire un simple Renard roux dont le pelage est particulièrement brun.
Un renard au pelage sombre mêlant différentes nuances. Crédit photo jan.rozehnal.
Les renards noirs sont-ils vraiment rares ?
La rareté dépend fortement de la région observée. La forme rousse domine dans une grande partie de l’Europe, tandis que les robes croisées, argentées et noires sont davantage signalées dans certaines populations nord-américaines et dans les régions froides ou montagneuses.
Cela ne signifie pas que tous les renards du Nord deviennent sombres. Les différentes robes peuvent coexister dans une même région, et leur fréquence varie selon l’histoire génétique locale.
Le mot « rare » doit donc être employé à la bonne échelle. Un renard noir est exceptionnel dans de nombreux paysages français, mais il peut être beaucoup moins surprenant dans certaines populations du Canada, de l’Alaska ou des montagnes Rocheuses.
La forte densité du pelage hivernal accentue également les contrastes. Les longs poils de couverture peuvent rendre un renard argenté beaucoup plus clair et brillant en hiver qu’après sa mue estivale.
Renard argenté allongé. Crédit photo C-Hoare (CC BY 2.0).
Les paysages enneigés permettent de mieux distinguer ces robes inhabituelles. D’autres images de l’espèce sous son apparence plus classique sont visibles parmi ces photographies de renards dans la neige.
Existe-t-il des renards noirs en France ?
Le Renard roux vit dans toute la France métropolitaine, du littoral jusqu’aux montagnes. Son pelage présente naturellement d’importantes variations selon les individus : orange vif, roux, brun, grisâtre ou parfois très sombre.
Un renard mélanique peut donc théoriquement naître dans une population française. Cela ne crée pas pour autant une population ou une sous-espèce appelée « renard noir de France ».
Les formes presque entièrement noires restent exceptionnellement observées dans le pays. Il n’existe pas de recensement national permettant de donner une proportion fiable de renards mélaniques.
Une photographie sombre doit également être interprétée avec prudence. La lumière, un pelage humide, la mue ou une exposition insuffisante peuvent rendre un renard roux beaucoup plus noir qu’il ne l’est réellement.
Dans d’autres cas, un animal très sombre aperçu près d’habitations peut provenir de captivité. Les renards argentés ont été largement élevés pour leur fourrure et certaines lignées possèdent des robes peu fréquentes dans les populations sauvages européennes.
Quelques critères permettent néanmoins de reconnaître un Renard roux sombre :
- un museau fin et allongé ;
- de grandes oreilles triangulaires ;
- de longues pattes relativement minces ;
- une queue très touffue généralement terminée de blanc ;
- une silhouette identique à celle d’un renard roux ordinaire.
Un renard gris est-il la même chose qu’un renard argenté ?
Un renard argenté est une forme colorée de Vulpes vulpes. Le Renard gris d’Amérique, Urocyon cinereoargenteus, appartient en revanche à une autre espèce et même à un autre genre.
Le Renard gris possède un dos grisonnant, des zones rousses sur les flancs et les pattes, ainsi qu’une bande noire courant sur le dessus de sa queue. L’extrémité de cette queue est généralement noire, alors que celle du Renard roux reste habituellement blanche.
Il présente aussi une silhouette plus compacte et possède une capacité étonnante pour un canidé : il grimpe régulièrement aux arbres grâce à ses griffes partiellement rétractiles.
Les recherches sur « renard gris noir » et « renard gris argenté » peuvent donc recouvrir deux animaux très différents :
- un Renard roux à la robe argentée ;
- un véritable Renard gris nord-américain.
La couleur seule ne permet pas de déterminer l’espèce. La forme de la queue, sa pointe, la silhouette et la région où la photographie a été prise sont souvent plus utiles.
Pourquoi voit-on autant de renards argentés en captivité ?
La robe argentée a longtemps été recherchée pour le commerce de la fourrure. Des renards présentant cette coloration ont été sélectionnés et reproduits pendant de nombreuses générations dans des élevages.
Cette sélection explique pourquoi les photographies de renards argentés prises dans des zoos, des sanctuaires ou d’anciens élevages sont beaucoup plus nombreuses que les rencontres avec des individus sauvages.
Les renards argentés ont également joué un rôle dans une célèbre expérience scientifique commencée en Union soviétique en 1959. Dmitri Belyaev et Lyudmila Trut ont sélectionné, génération après génération, les renards d’élevage qui se montraient les moins craintifs et les moins agressifs envers les humains.
L’expérience portait sur le comportement et non sur la création de la couleur argentée, qui existait déjà chez les animaux d’élevage utilisés au départ. Au fil des générations, les lignées sélectionnées ont développé une plus grande tolérance au contact humain et différents changements physiques ou comportementaux.
Ces renards ne doivent pas être confondus avec un animal sauvage simplement apprivoisé. La domestication résulte d’une sélection héréditaire menée sur de nombreuses générations, tandis qu’un renard nourri par une personne reste un animal sauvage habitué à sa présence.
Yard picture: Black Fox at Birdbath par Carol L Simmons (CC BY 2.0).
Le pelage d’un renard change-t-il avec l’âge ou les saisons ?
Les renardeaux naissent avec une fourrure courte, douce et généralement beaucoup plus sombre que celle des adultes. Leur coloration définitive apparaît progressivement au cours des premières semaines et des premiers mois.
Ce pelage juvénile ne signifie pas qu’ils deviendront forcément des renards noirs. La majorité des petits foncés acquièrent ensuite la robe rousse caractéristique de leur population.
Les étapes de leur croissance sont illustrées dans cette série de photographies de bébés renards et de jeunes renardeaux.
Le Renard roux effectue également une mue saisonnière. Son pelage devient dense, long et isolant à l’approche de l’hiver, puis il perd progressivement cette fourrure au printemps et en été.
La lumière se réfléchit différemment sur les longs poils hivernaux et sur le pelage estival plus court. Un renard argenté peut alors sembler changer de teinte, mais il ne passe pas réellement d’une robe rousse à une robe noire selon la saison, contrairement au Renard arctique dont certaines populations deviennent blanches en hiver.
Renardeaux noirs et argentés. Crédit photo FrankFichtmüller.
Comment reconnaître les différentes robes sur les photographies ?
L’identification d’une robe demande d’observer l’ensemble de l’animal et pas uniquement une zone sombre de son dos.
Le renard mélanique ou noir
Son corps, sa tête et sa queue sont presque entièrement noirs ou brun très foncé. Quelques zones rousses ou blanches peuvent néanmoins subsister, notamment sous le menton, sur le poitrail ou au bout de la queue.
Renard noir en forêt. Crédit photo EllyGri.
Le renard argenté
Sa fourrure possède une base noire. Les longs poils de couverture présentent des extrémités blanches ou grises qui produisent un aspect argenté, surtout sur le dos, les flancs et la queue.
Renard argenté. Crédit photo OndrejProsicky.
Le renard croisé
Il conserve une importante coloration rousse, mais une bande sombre traverse ses épaules et rejoint une autre bande suivant sa colonne vertébrale. Sa face et ses pattes sont souvent noires.
Renard croisé. Crédit photo USFWSAlaska (domaine public).
Le renard roux sombre
Certains renards ordinaires possèdent simplement une robe brun foncé ou rouge sombre. Ils ne présentent pas nécessairement les caractéristiques d’un véritable morphotype noir, argenté ou croisé.
Un renard au pelage très sombre.Crédit photo dianakuehn30010/Pixabay.
Il faut enfin tenir compte du contexte. Une photographie prise dans un parc animalier ne permet pas d’estimer la fréquence de cette robe dans la nature. Un animal photographié dans une cour ou un jardin peut être sauvage, mais aussi provenir d’un élevage ou avoir été recueilli par un sanctuaire.
La diversité du Renard roux ne se résume donc pas à l’opposition entre le roux et le noir. Entre les deux se déploie toute une gamme de bruns, de gris, de bandes sombres et de reflets argentés.
Ces couleurs inhabituelles changent profondément son apparence, mais l’animal reste le même opportuniste adaptable, capable de vivre dans les forêts boréales, les campagnes, les montagnes et jusque dans certaines grandes villes.
Quelles légendes entourent le renard noir ?
La rareté du renard noir lui a parfois donné une dimension surnaturelle. En Europe, le renard incarne surtout la ruse et l’habileté à tromper plus puissant que lui. Cette réputation a notamment été renforcée par le Roman de Renart, un ensemble de récits médiévaux dans lesquels le rusé Renart ridiculise régulièrement le loup Ysengrin et les autres animaux.
Au Japon, les kitsune occupent une place plus ambiguë. Ces renards surnaturels peuvent changer d’apparence, prendre une forme humaine, jouer des tours aux voyageurs ou posséder une personne. D’autres sont au contraire considérés comme les messagers d’Inari, divinité associée notamment au riz et aux récoltes. La couleur noire n’a cependant pas une signification unique dans l’ensemble du folklore japonais.
Un récit local recueilli au début du XXe siècle à Matsumae, sur l’île d’Hokkaidō, raconte ainsi qu’un homme avait tué et dépouillé un mystérieux renard noir. Son enfant étant ensuite tombé malade, la famille avait attribué le malheur à la vengeance de l’animal et fait construire un petit sanctuaire pour apaiser son esprit.
Ce genre de récit ne décrit évidemment pas le comportement réel des renards mélaniques. Il montre surtout comment un animal inhabituel, rencontré très rarement et souvent dans une lumière incertaine, pouvait rapidement devenir un présage, un esprit ou une créature de légende.
Sources pour aller plus loin
- National Park Service — les différentes formes colorées du Renard roux
- Indiana Department of Natural Resources — description des formes rousse, noire, argentée et croisée
- Nature Genetics — rôle des gènes MC1R et ASIP dans la coloration du renard
- Online Mendelian Inheritance in Animals — génétique du pelage argenté chez Vulpes vulpes
- Office français de la biodiversité — répartition et écologie du Renard roux en France
- LPO — description, variations du pelage et cycle saisonnier du Renard roux
- U.S. Fish and Wildlife Service — le Renard gris, une espèce différente
- National Library of Medicine — l’expérience de domestication menée avec des renards argentés











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