Une cathédrale sans pierre, sans vitrail et sans clocher, mais avec des troncs, des branches, des arbres et beaucoup de patience : voilà l’idée derrière la cathédrale végétale de Giuliano Mauri, une œuvre de land art où l’architecture humaine sert seulement de tuteur temporaire à la nature.
L’artiste italien Giuliano Mauri a imaginé plusieurs Cattedrali Vegetali, dont les plus connues se trouvent ou se trouvaient dans le nord de l’Italie : à Arte Sella, dans le Trentin, à Oltre il Colle, près de Bergame, et à Lodi, sa ville natale.
Le principe est simple, mais très poétique : construire une structure de bois qui évoque une église ou une basilique, puis laisser des arbres grandir à l’intérieur de ces colonnes. Avec le temps, les branches prennent le relais, tandis que l’ossature artificielle se dégrade. Une cathédrale classique cherche à résister aux siècles ; celle-ci accepte au contraire d’être remplacée par le vivant.
Arte Sella – Cattedrale Vegetale par Alessandro (CC BY 2.0).
À retenir
La Cattedrale Vegetale, ou cathédrale végétale, est une œuvre de land art imaginée par l’artiste italien Giuliano Mauri.
Elle repose sur une idée forte : une structure de bois guide la croissance des arbres, puis disparaît progressivement pour laisser la nature prendre la forme de l’architecture.
L’œuvre d’Arte Sella, dans le Val di Sella, date de 2001 et se trouve dans l’aire de Malga Costa, à Borgo Valsugana.
La cathédrale d’Oltre il Colle, près de Bergame, a été réalisée après la mort de Mauri, sur la base de son projet, avec 5 nefs, 42 colonnes et des hêtres plantés à l’intérieur des structures.
La cathédrale végétale de Lodi, inaugurée en 2017, n’existe plus : elle a été démontée en 2019 après des dégâts, des effondrements et des problèmes de sécurité.
Le sujet ne doit donc pas être présenté comme une seule œuvre intacte et visitable partout : il existe plusieurs cathédrales végétales de Mauri, avec des états de conservation différents.
Qui était Giuliano Mauri ?
Giuliano Mauri est un artiste italien né à Lodi en 1938 et mort en 2009. Il est considéré comme l’un des grands représentants italiens de l’Art in Nature, une approche artistique qui utilise des matériaux naturels et installe les œuvres directement dans le paysage.
Son travail ne cherchait pas seulement à poser un objet dans la nature. Il voulait créer une collaboration lente avec elle. Branches, troncs, fibres végétales, tressages et structures provisoires deviennent chez lui des instruments pour accompagner le temps, la croissance, la décomposition et la transformation.
Dans une époque obsédée par le durable au sens “indestructible”, Mauri travaillait plutôt avec une autre idée de durée : une œuvre peut durer parce qu’elle change, parce qu’elle se défait, parce qu’elle laisse une trace vivante après elle.
Une cathédrale qui pousse au lieu d’être bâtie
La cathédrale végétale reprend le vocabulaire de l’architecture religieuse : colonnes, nefs, élévation, alignements, perspective, verticalité. Mais au lieu de marbre, de pierre ou de béton, elle utilise des matériaux organiques : poteaux de sapin, branches de châtaignier, rameaux de noisetier, bois flexible, cordes, clous et arbres vivants.
L’idée n’est pas de faire semblant de construire une église. L’idée est de créer une architecture temporaire qui prépare l’architecture future des arbres. Les colonnes en bois agissent comme des cages ouvertes, ou plutôt comme des tuteurs monumentaux. Elles donnent une direction à la croissance, puis laissent progressivement leur place.
Crédit photo Sergio (CC BY-NC-ND 2.0).
Dans un registre très différent, l’église d’arbres de Barry Cox en Nouvelle-Zélande propose aussi une architecture végétale, mais avec une logique plus fonctionnelle : un véritable lieu d’accueil, pensé comme un espace utilisable. Chez Mauri, la cathédrale est davantage une œuvre de temps long, destinée à être transformée par les arbres eux-mêmes.
La cathédrale végétale d’Oltre il Colle, près de Bergame
L’une des cathédrales végétales les plus connues de Giuliano Mauri se trouve à Oltre il Colle, dans la province de Bergame, en Lombardie. Elle est installée dans les Alpes bergamasques, sur les pentes du Pizzo Arera, dans un décor de montagne qui donne à l’œuvre une dimension presque rituelle.
Selon Italia.it, cette cathédrale monumentale possède une organisation de style gothique, avec 5 nefs et 42 colonnes. Ces colonnes sont constituées de 1 800 poteaux de sapin, 600 branches de châtaignier et environ 6 000 mètres de branches de noisetier. Des hêtres ont été plantés à l’intérieur pour prendre progressivement le relais de la structure.
Cattedrale Vegetale, 2018 par Luca Florio (CC BY-SA 2.0).
Le projet avait quelque chose de très clair : au fil des années, les hêtres devaient grandir jusqu’à ne plus avoir besoin de leur armature. Le bois mort tomberait, les arbres resteraient. Une cathédrale à retardement, en quelque sorte, où le chantier le plus important est assuré par la photosynthèse. On a connu des architectes plus pressés.
Une œuvre marquée par la tempête
La cathédrale végétale d’Oltre il Colle ne doit pas être présentée comme une structure parfaitement intacte. Le site touristique officiel de la Lombardie indique qu’elle a été endommagée par le vent en mars 2018. D’autres sources locales évoquent aussi les dégâts provoqués par la tempête Vaia, qui a durement touché le nord de l’Italie à l’automne 2018.
Ce point est important, car il rejoint presque brutalement l’esprit de l’œuvre. Mauri avait imaginé une architecture destinée à changer, à vieillir, à céder devant les arbres. Mais la nature n’a pas toujours la délicatesse d’attendre le bon rythme. Elle peut aussi renverser, casser et accélérer le processus sans demander l’avis du cartel explicatif.
Lodi – Cattedrale vegetale – 04 par Marco Musmeci (CC BY-SA 4.0).
Il faut donc vérifier l’état du site avant toute visite. La cathédrale d’Oltre il Colle reste associée au paysage des Alpes bergamasques, mais l’installation visible aujourd’hui peut différer fortement des images prises avant les dégâts.
Arte Sella, la cathédrale végétale du Val di Sella
Une autre œuvre majeure se trouve à Arte Sella, dans le Val di Sella, à Borgo Valsugana, dans le Trentin. Le site officiel d’Arte Sella présente la Cattedrale Vegetale / Tree Cathedral comme une œuvre de Giuliano Mauri réalisée en 2001, dans l’aire de Malga Costa.
Arte Sella est un parcours d’art contemporain dans la nature, où les œuvres dialoguent avec les bois, les prairies et les montagnes. La cathédrale végétale y prend donc place dans un ensemble plus vaste, consacré à des installations évolutives, souvent soumises à la météo, à la croissance végétale et à la disparition progressive des matériaux.
Arte Sella – Cattedrale Vegetale par Alessandro (CC BY 2.0).
Cette œuvre est essentielle pour comprendre la démarche de Mauri. On n’est pas devant un monument figé, mais devant une forme que le vivant doit interpréter. La cathédrale n’est pas seulement regardée : elle pousse, se déforme, vieillit, perd des éléments et continue d’exister autrement.
La cathédrale végétale de Lodi, un projet posthume aujourd’hui disparu
À Lodi, ville natale de Giuliano Mauri, une autre cathédrale végétale a été réalisée après sa mort. Domus indique que l’installation a été inaugurée en 2017 et que la structure accueillait 108 chênes, plantés à l’intérieur des colonnes formant 5 nefs.
Cette œuvre avait une dimension très particulière : elle reprenait un projet que Mauri avait imaginé pour sa propre ville. Il y avait donc une forme de testament artistique, mais aussi de retour au territoire natal.
Crédit photo Gdec (CC BY-SA 4.0)
Mais la cathédrale de Lodi n’existe plus. Artribune rapporte qu’elle a été démontée en décembre 2019 après seulement quelques années, à la suite de dégâts, d’effondrements, de problèmes de maintenance et de sécurité. Le site officiel touristique de la Lombardie confirme également qu’elle a été démantelée et ne peut plus être visitée.
Il faut donc éviter une confusion fréquente : les images de Lodi existent encore, mais l’œuvre, elle, a disparu. C’est une mauvaise nouvelle pour les amateurs de land art, mais une information très utile pour éviter d’envoyer quelqu’un admirer une cathédrale qui a déjà quitté le monde des arbres debout.
Une cathédrale sans religion obligatoire
Le mot “cathédrale” peut faire penser à un édifice religieux, mais l’œuvre de Mauri fonctionne plutôt comme un espace de contemplation. Elle reprend la structure symbolique d’un lieu sacré, sans imposer une pratique ou une croyance.
Les alignements de colonnes créent un rythme. La hauteur invite à lever les yeux. Les branches remplacent les ogives. La lumière traverse tout. La nature fait office de nef, de voûte et de vitrail. On peut y voir une architecture spirituelle, écologique, artistique, ou simplement un très grand tuteur pour arbres ambitieux.
Cette relation entre recueillement et nature rappelle, dans une autre approche architecturale, la chapelle Thorncrown, lieu de méditation forestière dans l’Arkansas. Thorncrown est une construction vitrée qui s’ouvre sur la forêt ; la cathédrale végétale de Mauri, elle, demande à la forêt de devenir peu à peu l’édifice.
Une architecture qui accepte sa propre disparition
La grande idée de Mauri tient dans ce paradoxe : il construit une architecture pour qu’elle cesse un jour d’être nécessaire. Les colonnes de bois ne sont pas la fin du projet. Elles sont son échafaudage visible, sa phase humaine, son squelette provisoire.
Avec le temps, les arbres grandissent, épaississent, occupent l’espace et brisent ou remplacent les structures qui les entourent. L’œuvre n’est donc pas vraiment achevée le jour de son inauguration. Elle commence plutôt ce jour-là.
Crédit photo Pierangelo Zavatarelli (CC BY-NC 2.0).
Cette logique rejoint d’autres paysages où les arbres finissent par créer une forme architecturale. En Ukraine, le tunnel de l’amour de Klevan transforme une voie ferrée en cathédrale végétale naturelle, sans plan d’artiste ni colonnes de bois. Dans les deux cas, la force du lieu vient de la même chose : les arbres ne décorent pas seulement l’espace, ils le construisent.
Land art, architecture végétale et temps long
La cathédrale végétale appartient au land art, mais elle s’en distingue par sa dimension vivante. Beaucoup d’œuvres de land art utilisent la terre, la pierre, le bois ou le paysage comme matériaux. Ici, l’arbre n’est pas seulement un matériau : c’est un acteur.
Ce détail change tout. Une branche coupée est un élément de construction. Un arbre planté, lui, continue sa propre histoire. Il pousse selon la lumière, l’eau, le sol, le vent, les maladies, les saisons. L’artiste propose une forme ; la nature négocie les conditions.
Dans un registre plus urbain, cette idée d’architecture et de végétal se retrouve dans des projets contemporains comme l’immeuble-forêt imaginé par Vincent Callebaut ou l’immense jardin vertical d’un immeuble de Bogota. La différence, c’est que Mauri ne cherche pas à végétaliser un bâtiment : il laisse le bâtiment devenir végétal.
Une œuvre à plusieurs vies
Les cathédrales végétales de Giuliano Mauri ont une particularité délicate pour un article : elles ne sont pas toutes dans le même état. Celle d’Arte Sella relève d’un parcours d’art en nature encore documenté officiellement. Celle d’Oltre il Colle a été très endommagée. Celle de Lodi a été démontée.
Ce n’est pas un défaut du sujet, au contraire. Cette histoire en plusieurs états permet de comprendre la fragilité du land art. Une œuvre installée dehors ne vieillit pas comme un tableau dans un musée. Elle affronte le vent, la pluie, les champignons, les insectes, la neige, l’entretien humain, les décisions politiques et parfois les tempêtes.
Crédit photo Pierangelo Zavatarelli (CC BY-NC 2.0).
La cathédrale végétale est donc à la fois une œuvre et une leçon. Elle montre que le vivant ne se contente pas d’exécuter un dessin. Il pousse à son rythme, résiste, casse, remplace, efface. La nature a rarement lu le cahier des charges.
Aller voir la cathédrale végétale d’Oltre il Colle
La cathédrale végétale d’Oltre il Colle se situe dans la province de Bergame, en Lombardie, près du Pizzo Arera. L’adresse généralement indiquée est : 24013 Oltre il Colle, province de Bergame, Italie.
Les coordonnées GPS mentionnées pour le site sont environ : 45°54′59.0″N, 9°47′22.5″E (45.916396, 9.789579). Voici sa position sur google Maps:
Arte Sella – Cattedrale Vegetale par Alessandro (CC BY 2.0).
Avant tout déplacement, il faut toutefois vérifier l’état du site, l’accessibilité et les conditions locales. Une cathédrale végétale n’est pas un monument classique avec horaires éternels, boutique de souvenirs et bancs toujours au même endroit. Ici, l’œuvre change, le bois vieillit, la montagne impose ses règles, et les informations pratiques peuvent évoluer.
Une cathédrale végétale à ne pas confondre avec une ruine
Voir une partie de la structure abîmée ne signifie pas forcément que l’idée a échoué. Chez Giuliano Mauri, la disparition progressive des matériaux fait partie du projet. Le bois doit se dégrader, les arbres doivent grandir, et l’œuvre doit passer d’une architecture construite à une architecture vivante.
La difficulté vient surtout du rythme. Si la structure disparaît trop vite, les arbres n’ont pas le temps de prendre le relais. Si elle reste trop longtemps, elle devient un monument de bois plus qu’une œuvre végétale. La cathédrale parfaite est donc une affaire d’équilibre, et l’équilibre est rarement le point fort des tempêtes.
Dans un autre registre végétal, la charmille du Haut-Marais, en Wallonie, montre une forme d’architecture arborée plus maîtrisée, taillée et entretenue. Chez Mauri, la forme est donnée au départ, mais la suite appartient davantage au temps.
Vidéo de la Cattedrale Vegetale
Voici également une vidéo de cette cathédrale d’arbres imaginée par Giuliano Mauri :
Mini-FAQ sur la cathédrale végétale de Giuliano Mauri
Qu’est-ce que la cathédrale végétale de Giuliano Mauri ?
La cathédrale végétale est une œuvre de land art dans laquelle une structure de bois guide la croissance d’arbres plantés à l’intérieur de colonnes. Avec le temps, les arbres doivent remplacer l’ossature construite.
Où se trouve la cathédrale végétale ?
Il existe plusieurs cathédrales végétales liées à Giuliano Mauri. Les plus connues se trouvent ou se trouvaient à Arte Sella, dans le Trentin, à Oltre il Colle près de Bergame, et à Lodi, en Lombardie.
La cathédrale végétale de Lodi existe-t-elle encore ?
Non. La cathédrale végétale de Lodi, inaugurée en 2017, a été démontée en 2019 après des dégâts, des effondrements et des problèmes de sécurité.
La cathédrale végétale d’Oltre il Colle est-elle intacte ?
Non, elle a été endommagée par le vent et le mauvais temps, notamment autour de 2018. Il faut vérifier l’état du site avant toute visite.
Quels arbres sont utilisés dans la cathédrale végétale d’Oltre il Colle ?
La structure d’Oltre il Colle est associée à des hêtres plantés dans les colonnes. L’ossature utilise notamment des poteaux de sapin, des branches de châtaignier et des rameaux de noisetier.
Qui était Giuliano Mauri ?
Giuliano Mauri était un artiste italien né à Lodi en 1938 et mort en 2009. Il est connu pour ses œuvres d’Art in Nature, utilisant le bois, les branches, les arbres et les paysages comme matériaux évolutifs.
Sources pour aller plus loin
• Italia.it — Cattedrale Vegetale d’Oltre il Colle, données sur la structure, les matériaux et le site
• In Lombardia — Le Cattedrali Vegetali, état des sites d’Oltre il Colle et de Lodi
• Arte Sella — Cattedrale Vegetale / Tree Cathedral de Giuliano Mauri, œuvre de 2001 à Malga Costa
• Domus — La Cattedrale Vegetale de Lodi, projet posthume avec 108 chênes
• Artribune — Démontage de la cathédrale végétale de Lodi en 2019
• Lorenzo Taccioli — Cattedrale Vegetale d’Oltre il Colle, accès, dimensions et état après les dégâts
• Archivio Giuliano Mauri — œuvres et parcours artistique de Giuliano Mauri









Retour de ping : une église d'arbres en Nouvelle Zélande - 2Tout2Rien
bonjour
super intéressant ! merci pour votre partage. comment la trouve-t-on ? on y accède à pied ? Est-ce indiqué ?
merci de vos précisions.
Bonne journée
Bonjour,
l’adresse est la suivante: 24013 Oltre il Colle, Province of Bergamo, Italie
je n’ai malheureusement aucune idée de l’accessibilité…
bonne journée